Bach et l’ouchanpo

Ouchanpo – 5/5
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Un dernier jour d’ouchanpo, ou plutôt d’oumupo. Prenez une petite ligne mélodique. Jouez là une fois à l’endroit, une fois à l’envers, et puis une troisième fois, en même temps à l’endroit et à l’envers. Quelle cacophonie… sauf si la ligne a été savamment concoctée par Jean-Sébastien Bach. C’est le principe de son Canons à cancrizans, un passage de L’Offrande musicale (« cancrizan » veut dire à la manière du crabe, dont on ne sait pas s’il avance ou s’il recule).


Exercice pour un atelier d’écriture de chansons : mettre des paroles là dessus (en palindrome si possible). La vidéo n’est pas mal faite, sauf que je ne vois aucun rapport entre le canon de Bach et le ruban de Mœbius.

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Un chanteur de salle de bain

Ouchanpo – 4/5
1 – 2 – 3 – 45

Une contrainte ouchanpienne assez utilisée est la restriction à un vocabulaire très limité et insolite. Des exemples plus ou moins laborieux existent avec par exemple des chansons qui n’utilisent que les noms des stations de métro de Paris (ce serait bien plus ficelle à Lyon notez). Je préfère la poésie potache et naïve de Boby Lapointe, qui bâtit toute une chanson sur sa salle de bain. D’ailleurs Boby Lapointe était un peu mathématicien sur les bords, pas étonnant qu’il fît de l’ouchanpo. Le tube de toilette.

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Les Djinns

Ouchanpo – 2/5
1 – 2 – 3 – 45

On continue d’explorer les métriques anouchanpistes plus ou moins inhabituelles. On a vu hier les vers de trois pieds. Que dites-vous de ces vers de deux pieds :

Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit

Ce n’est pas du Francis Cabrel, c’est du Victor Hugo : la fin de son célèbre poème Les Djinns, du recueil Les orientales. Ce poème utilise des vers de deux pieds, puis trois pieds, etc, jusqu’à des décasyllabes, et redescend jusqu’aux vers de deux pieds. Toutes les métriques en un seul post ! Vous ne croyiez pas que j’allais me fatiguer à faire un post pour chaque métrique ? Au fait : celui qui me trouve une chanson en vers de onze pieds, je lui paye un coup à boire.

Avant d’écouter la mise en musique des Djinns par Gabriel Fauré, une petite énigme ouchanpiste, solution demain : LNALNAHOLNAAOTCOGAPLNAHOLNAHOGAPLNAOO.

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L’ouchanpo

Ouchanpo – 1/5
1 – 2 – 3 – 45
 
Connaissez-vous l’oulipo, ou OuLiPo ? C’est un mouvement littéraire (même si ses membres récusent cette appellation) fondé par l’écrivain Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais. Les oulipistes se proposent d’utiliser des contraintes formelles plus ou moins arbitraires, souvent mathématiques, dans des œuvres littéraires.  Par exemple écrire des palindromes (textes qu’on peut lire dans les deux sens comme « Esope reste ici et se repose »). Ça a produit des trucs plus ou moins foutraques, amusants ou pénibles, et de beaux livres de Georges Pérec. Oulipo veut dire « OUvroir de LIttérature POtentielle ».

Pourquoi se limiter à la littérature ? Les contraintes formelles iraient bien au plus ancestral des arts abstraits, la musique : c’est l’oumupo. Pour la peinture, c’est l’oupeinpo. L’esprit de généralisation propre aux mathématiques a rapidement conduit les oulipistes à la notion d’ouXpo. Il ne s’agit pas d’appliquer des contraintes formelles aux films pornographiques, le « X » doit être entendu ici comme l’inconnue des équations mathématiques, une variable qui ne demande qu’à être instanciée à une certaine valeur. Vous comprenez donc que pour X = « chanson », on arrive à l’ouchanpo, l’application de contraintes formelles plus ou moins bizarres à la chanson.

Je propose ici un travail anouchanpiste (« an » veut dire « analytique »). C’est-dire qu’on va analyser les contraintes formelles dans des chansons classiques. Je remets à plus tard le synthouchanpisme (« synth » veut dire « synthétique ») qui se propose d’inventer et d’appliquer des contraintes nouvelles. Disons à beaucoup plus tard, quand je serai vraiment désespéré de ne plus rien trouver pour ce blog, et après vous avoir fourgué les 5000 chansons de Pierre Delanoë traduites en japonnais.

On commence en douceur avec un peu de métrique : l’alexandrin, vers de douze pieds, est tout à fait célèbre, mais pas si commode en chanson, car un peu long. Le vers de trois pieds est beaucoup plus rare, mais on le trouve dans quelques chansons. On l’a déjà rencontré dans ce blog (qui saurait dire où ?)

Ici un autre exemple : La marguerite, de Georges Brassens, qui nous prouve une fois de plus qu’il était bon catholique. Après avoir chanté la messe en latin (ici), il nous rappelle en trois vers de trois pieds que l’espérance est l’une des trois vertus théologales. Une chanson marquée par la très sainte trinité donc.

« Notre Père,
Qui j’espère,
Êtes aux cieux […] »

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