Comme dit si bien Verlaine

L’affaire Verlaine 3/9
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On continue notre enquête sur l’usage du nom de Verlaine par de nombreux paroliers avec Serge Gainsbourg. Avant d’en venir à sa chanson, rappelons sa célèbre altercation avec Guy Béart sur le plateau d’apostrophe le 26 décembre 1986. Regardez les vidéos sur le site de l’INA : Gainsbourg en appelle à Rimbaud (vers 2:30, ici), tandis que Béart en appelle à Verlaine (vers 1:00, ici) ! Rassurez-vous, ils ne se sont pas tirés dessus.

Gainsbourg en appelle donc à Rimbaud, mais il n’hésite pas à citer Verlaine dans Je suis venu te dire que je m’en vais. Je vous en propose deux versions, une par Catherine Ringer, puis une parodique par Philippe Duquesne (hilarante) accompagné de Yolande Moreau.

 

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Absinthe et aube grise

L’affaire Verlaine 2bis/9
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On a dit dans le dernier post que Verlaine était un buveur d’absinthe. Mathilde, internaute de Paris 10è, me signale une chanson évoquant cet aspect,  L’Absinthe de Barbara. Mathilde me signale également que Verlaine est mentionné dans l’une des plus célèbres chanson de Barbara, Göttingen. La liste des chansons mentionnant Verlaine s’allonge … On écoute tout ça.

 

 

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L’art poétique

L’affaire Verlaine 2/9
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Pourquoi les paroliers se plaisent-ils à mentionner Verlaine ? D’abord, son nom a une belle consonance. On a vu dans le dernier post qu’il offrait une rime ingénieuse à « rengaine » et « incertaine » et dans quelques jours on le verra même rimer avec verveine, ce qui est un comble pour un buveur d’absinthe. Mais c’est un peu futile quelques rimes, Verlaine lui-même vous le dira pas plus tard que dans une minute… Sa poésie aurait-elle plutôt quelque affinité avec la chanson ? Certainement si l’on en croit Verlaine lui même qui dans son poème L’art poétique nous livre un manifeste dont bien des paroliers endosseraient volontiers les préceptes  : « De la musique avant toute chose », « soluble dans l’air », « l’Indécis au Précis se joint. », « Oh! la nuance seule fiance// Le rêve au rêve et la flûte au cor ! », « Et tout le reste est littérature. », etc. Je vous livre le poème intégral suivi de sa mise en musique par Léo Ferré. J’ai la curieuse impression que la musique enlève ici quelque chose à la poésie, mais sur ce point épineux, faites-vous votre opinion (et allez bien au bout du post, il y a une 2è chanson).

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L’art poétique
, de Paul Verlaine

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

C’est des beaux yeux derrière des voiles
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est par un ciel d’automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles!

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance!
Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.
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Je vous mets une autre mise en musique de Verlaine par Ferré, que je trouve bien plus réussie, Àme te souvient-il, interprétée par Christine Sèvres.

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Baudelaire, on en parle

L’affaire Verlaine 1bis/9
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J’ai écrit dans le dernier post que je ne connaissais pas de chansons qui cite Baudelaire. Floréal me signale dans un commentaire Comme Rimbaud de Brigitte Fontaine (merci) :

Et je jure que c’est vrai, j’en ai entendu une autre quelques heures après avoir écrit le post, dans un podcast de Étonnez-moi Benoît, l’émission de Benoît Duteurtre sur France Musique.  Il doit y en avoir plein en fait.  Nos chères maisons, paroles de Bernard Dimey, interprétée par Juliette Gréco. Le jour où j’écris ces lignes, la vidéo sur youtube a seulement 216 vues, ce qui est assez injuste, la chanson est très belle. Encore un petit effort Juliette avant de rattraper Gangnam Style. On retrouve Verlaine dans le prochain post.

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La rengaine qui se prend pour du Verlaine

L’affaire Verlaine 1/9
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Vous rappelez-vous cette série sur Jean-Sébastien Bach dans la chanson (ici) ? On y notait ce paradoxe que Bach est mentionné nommément dans quelques chansons, alors que sa musique, qui ne se prête pas tellement à de la chansonnette, est assez rarement utilisée. Verlaine est victime d’un phénomène similaire : on cite beaucoup son nom dans les chansons, on parle de lui, on le proclame, on s’en réclame.  Certes, il a souvent été mis en musique (voir ici).  Mais le nombre de chansons (assez connues pour certaines) qui parlent de lui est surprenant, alors que je n’en connais pas qui parle de Baudelaire par exemple.

Enquête sur ce mystère : l’affaire Verlaine. Pour le percer à jour, on va alterner pendant quelques jours des chansons dont les paroles sont de Verlaine avec des chansons parlant de Verlaine. On commence par Paris Jadis, générique du film Des Enfants Gâtés,  de Bertrand Tavernier. Musique de Philippe Sarde, paroles de Jean-Roger Caussimon, interprétée par Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort. Écoutez bien, Verlaine est mentionné dans le 1er couplet.

 

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Quand j’écoute Michel Sardou

Quel amateur de chanson êtes-vous (5/5) ?
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Voilà le clou, l’acmé, le climax. Quand on écoute Sardou, on est submergé d’émotions : envie de laver sa voiture, de voter pour Giscard, de chanter au karaoké du camping de Cavalaire et peut-être même gagner le premier prix au tournoi de boules : un jambon. Si vous ne ressentez pas tout ça, vous n’êtes pas un vrai amateur de chanson. Le verdict est dur : vous êtes banni de radio Nostalgie à jamais. Et j’oubliais : en écoutant Sardou, on a envie de se prendre une murge à New-York.

 

Vous l’avez compris, je suis fan de La Java de Broadway, hymne final du beauf. Les paroles sont énigmatiques si on y prend garde. Car la java, ça ne swingue pas, même à Meudon. Et pourquoi plaît-elle ? Pourquoi cette intro en anglais d’école de commerce ? On a connu Pierre Delanoë plus précis, mais rarement plus inspiré… Citation de mon fils à qui j’essaye d’inculquer quelques valeurs : « Oui, elle est énigmatique cette chanson, mais derrière, c’est un tas de conneries ». Pffff, allez donc éduquer ces ados. Privé de radio Nostalgie.

Analyse de la vidéo : le chœur de filles n’est pas tout à fait en place. Le naturel y gagne ce qu’y perd le solfège et certifie une performance sans playback. La troisième choriste en partant de la gauche, c’est la chanteuse Christelle Chollet. Si vous aimez associer des chansons à ceci ou cela comme dans cette petite série de posts, regardez-la plutôt. Pas fin mais efficace.

 

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Quand j’écoute Michel Delpech

Quel amateur de chanson êtes-vous (4/5) ?
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On a vu dans le dernier post qu’écouter Véronique Sanson rendait à coup sûr amoureux, toute autre réponse est gravement frappée du sceau de l’erreur. Et Michel Delpech ? Donne-t-il envie d’un petit flirt, de marcher dans la boue ou de chasser les oies avec un épagneul ? Difficile à dire. En tout cas, ce qu’il a trouvé de plus glamour, c’est divorcer.

 

Petite explication de texte :

« Si tu voyais mon avocat,
Ce qu’il veut me faire dire de toi :
Il ne te trouve pas d’excuses.

Les jolies choses de ma vie,
Il fallait que je les oublie :
Il a fallu que je t’accuse. »

Pourquoi faut-il « accuser » ? La chanson date de 1973. Le divorce par consentement mutuel n’a été instauré qu’en 1975 (loi du 11 juillet 1975). Avant, pour divorcer, il fallait trouver des « torts » comme on disait. Et la pauvre petite Stéphanie de la chanson, elle porte le prénom le plus donné en France en 1974 et 1975. Alors, quand on écoute Delpech, on  a peut-être envie de devenir sociologue ?  Ou juriste ? Ou statisticien ?

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