Un crabe appelé Bach

J.-S. Bach dans la chanson 13

Il y a bien longtemps, le Jardin a consacré une série aux contraintes formelles exotiques en chanson, ce qu’on appelle l’ouchanpo, par analogie à l’oulipo qui explore cet aspect de la littérature. Voir ici. Je vous ressers le billet de cette série consacré à Bach.

Prenez une petite ligne mélodique. Jouez là une fois à l’endroit, une fois à l’envers, et puis une troisième fois, en même temps à l’endroit et à l’envers. Quelle cacophonie… sauf si la ligne a été savamment concoctée par Jean-Sébastien Bach. C’est le principe de son Canons à cancrizans, un passage de L’Offrande musicale (« cancrizan » veut dire à la manière du crabe, dont on ne sait pas s’il avance ou s’il recule). Notez que le thème est très proche de celui du Ricercare passé dans le précédent billet.


Exercice pour un atelier d’écriture de chansons : mettre des paroles là dessus (en palindrome si possible). La vidéo n’est pas mal faite, sauf que je ne vois aucun rapport entre le canon de Bach et le ruban de Mœbius.

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Un geek appelé Bach

J.-S. Bach dans la chanson 12

On reprend aujourd’hui un billet de la série qu’on a consacrée au geeks en chanson. Car Jean-Sébastien Bach est le compositeur préféré des geeks ! Allez découvrir sur YouTube le nombre impressionnant de vidéos de musiques de Bach sur des images plus ou moins scientifiques.

Outre la complexité combinatoire de sa musique, la popularité de Bach chez les geeks provient d’un best-seller paru en France en 1985, Gödel, Escher, Bach : les Brins d’une Guirlande Éternelle de Douglas Hofstadter. Ce livre rapproche les structures autoréfentielles apparaissant dans la preuve du théorème de Gödel, la musique de Bach et les dessins de M.C. Escher. Sont oubliées les boites de Vache qui rit, qui contiennent le dessin d’une boite de Vache qui rit, et ainsi de suite à l’infini (c’est ça l’autoréférence, que nos amis littéraires appellent pompeusement mise en abyme, expression honnie du geek et du consommateur de Vache qui rit).

Le théorème de Gödel affirme que pour tout système formel de preuves suffisamment riche, il existe un énoncé vrai et pourtant non prouvable. La démonstration repose sur une manière astucieuse d’écrire dans le système considéré un énoncé un peu similaire à « cet énoncé est faux », qui, si on arrive à le prouver fait s’écrouler tout le système (parce qui si il est vrai, alors il est faux, donc il est vrai, etc). En bonne logique, la prouvabilité de l’énoncé menant à une contradiction, la seule possibilité est que l’énoncé n’est pas prouvable.

Cette phrase qui parle d’elle-même (autoréférentielle donc) est comparée à une musique de Bach où des suites de modulations nous font quitter la tonalité de départ pour finalement y revenir, ce qui crée une sorte de boucle infini. Le procédé est assez anecdotique, mais il est utilisé dans le Canon perpétuel, un passage de l’Offrande Musicale, œuvre magistrale écrite à la fin de la vie de Bach, une sorte de testament. La comparaison est un peu exagérée peut-être, son plus grand mérite étant probablement d’avoir fait connaître Bach à un public qui ne s’y serait pas intéressé sans ça. Je me demande combien de geeks ont écouté l’Offrande Musicale à cause du livre de Hofstadter (j’en fais partie). Du reste, nombreux sont les chercheurs en informatique fondamentale qui ont été marqués par ce livre en leur prime jeunesse.

On écoute Canon perpetuus.

Voilà ce qu’en pense la chanteuse Camille.

Je vous propose aujourd’hui le Ricercare à 6 voix. Il s’agit d’un sommet dans l’art du contrepoint : six lignes mélodiques indépendantes démarrent les unes après les autres et vivent en parfaite harmonie. Il paraît que composer de telles pièces est un véritable casse-tête combinatoire, ce qui convient bien aux geeks n’est-ce pas. La partition n’indique pas d’orchestration. J’ai choisi ce que je préfère, le clavecin seul, instrument sec, peu timbré et qui laisse bien les voix indépendantes, ce qui permet de les suivre sans se laisser perturber par le sentiment et toutes ces bêtises, comme un bon geek quoi. Vous noterez les images scientifiques sur la vidéo (la grande galaxie d’Andromède, le fameux champ profond de Hubble et deux galaxies non identifiées). Robert Hill, Ricercare à 6 voix.

Si vous voulez vous entrainer à suivre les six voix, je recommande cette vidéo.

Et puis la version des Swingle singers, plus émouvante.

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American Tune

J.-S. Bach dans la chanson 11

On aborde aujourd’hui le Bach subliminal, le Bach prétendu là. On lit un peu partout que Paul Simon s’est inspiré d’une mélodie de Bach pour composer American tune. Par Simon et Garfunkel lors du célèbre concert à Central Park.

Effectivement, il y a une parenté avec un passage de La passion selon Saint-Matthieu. Paul Simon le dit lui-même (je ne retrouve plus où…). C’est vrai que c’est plutôt la classe de s’inspirer de Bach, alors pourquoi s’en cacher.

En fait, la situation est assez complexe parce que Bach lui-même recyclait des mélodies, et puis a été à son tour recyclé dans d’autre compositions classiques. Démêler tout ça dépasse le cadre de mon travail d’amateur. Allez voir sur wikipedia, ici.

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Un métaleux appelé Bach

J.-S. Bach dans la chanson 9

Le célèbre solo Eruption de Eddie Van Halen a parfois été rapproché de Bach. C’est vrai que ça ressemble par moments. Je ne sais pas trop si on est dans la réminiscence, l’inspiration ou la citation. Ou peut-être que des contraintes similaires conduisent à des solutions similaires…

Extrait.

L’intégrale du solo. Écoutez par exemple vers 2:45 ou 3:50.

Je vous propose aussi une vidéo amusante, qui prétend montrer que je ne sais pas trop quel riff métaleux apparenté à une sorte de charabia musical sonne sur un orgue comme du Bach, mais en fait pas du tout.

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All you need is Bach

J.-S. Bach dans la chanson 7

On s’intéresse aujourd’hui à l’usage de Bach dans la grande révolution rock des années 1960-1970. Évidemment, il faut plutôt aller chercher du côté du rock progressif ou du rock savant. Knife-edge par Emerson, Lake & Palmer. La citation de Bach commence vers 4:50. Noter que Keith Emerson ne peut pas se passer de sa partition. La vidéo n’est accessible que depuis le site de youtube, ici.

Vous pouvez comparer à l’original. Allemande de la Suite française numéro 1 en ré mineur, BWV 812 de Jean-Sébastien Bach. Par Murray Perahia.

Dans l’effort de leur producteur George Martin pour faire paraître les Beatles « géniaux », il faut bien sûr une pincée de Bach. On écoute All you need is love, titre approprié en cette Saint-Valentin.

Sur wikipedia, je lis cette description de la fin de la chanson :

Un bric-à-brac musical pour le final, où on distingue plusieurs éléments : Greensleeves (jouée par les cordes), une chanson traditionnelle anglaise du XVIe siècle, l’invention no 8 en fa majeur de Johann Sebastian Bach (transposée en sol et jouée par deux trompettes piccolo), ainsi que le titre jazzy In the Mood de Glenn Miller.

Merci Georges.

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Des hommes en devenir

La balade aux jardins actuels, 34

Des Camarades

qui font La part belle aux images

racontent le jour qui Serpente

dans la ville et la terre qui tourne encore Au milieu des météores

Il en rit

le Lyonnais

que vous retrouverez aussi dans les chansons de Khaban’.

Plus de Stéphane Balmino, sur Youtube Music, Youtube et Facebook.
Crédits :
Sur Des hommes en devenir, voir la page du spectacle.
Sur Camarades, La part belle aux images, Serpente, Au milieu des météores et Il en rit
Guitare : David Suissa / Basse : Raphaël Vallade

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