Boby Lapointe, Euclide de la chanson

Mathématiques et chansons 43

Les exemples de chanteurs ayant étudié les mathématiques ne manquent pas : Guy Béart (ingénieur des Ponts et Chaussées), Antoine et Boris Vian (ingénieurs centraliens), Évariste bien sûr, Gauvain Sers (diplomé de l’École nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications) et même Bernard Menez (reçu au concours de l’ENSET, aujourd’hui appelée École Normale Supérieure de Paris-Saclay, et un moment prof de maths). J’en oublie sûrement. Je n’ai pas trouvé tellement de maths dans leurs chansons. Notamment de Boris Vian… si quelqu’un peut m’aider. De lui, je n’ai trouvé que ce couplet, mais pas de musique dessus, ni de vidéo ou d’audio.

Il y a des racines de tout’ les formes
Des pointues des rond’ et des difformes
Cell’ de la guimauve est angélique
Et la mandragore est diabolique
Il y a un’Racin’ qu’est un classique
Mêm’ s’il nous bassin’ on n’y peut plus rien
Mais la racine que j’adore
Et qu’on extrait sans effort-eu
La racin’ carrée ma préférée.

Il n’en va pas de même avec Boby Lapointe, déjà vu dans -2 billets. Son affinité avec les mathématiques a déjà été noté dans ce blog, par exemple dans la série sur la chanson oulipiste (ici). Il était mathématicien amateur dans sa jeunesse et auteur d’un mémoire sur la numération binaire. On trouve quelques traces de cette carrière parallèle dans ses chansons : goût immodéré pour ces constructions formelles que sont les calembours, art de tirer toutes les conséquences logiques d’une idée, aussi absurde soit-elle, et parfois même, une curieuse manière de procéder axiomatiquement, comme par exemple en posant que « uhuhuh » est un « refrain ». Le saucisson de cheval. Admirable (de lapin).

Bref, je nomme Boby Lapointe mathématicien d’honneur de la chanson française !

1 – Marie Mathématique
2 – Parallèles
3 – Booba, mathématicien du 100-8
4 – Tu fais trop de mathématiques
5 – Seul
6 – Si j’avais un piano
7 – Pourquoi la fatma l’a mis le feu ?
8 – Évariste
9 – Avec moins de clarté que de ferveur
9bis – Le chien du pope
10 – C’est quand qu’on va au pont-aux-ânes ?
11 – Pi
12 – Le théorème de l’électeur médian, l’art majeur et l’art mineur
12bis – Les arbres de Corot
13 – C’est bien ma veine
14 – Trois est un nombre magique
14bis – Great Teacher Issapa
15 – Pas des carrés
16 – Common knowledge
16bis – Everybody knows
17 – La preuve par trois
18 – Un zéro
19 – Rien
20 – New math
21 – Ma thématique
21bis – There a delta for every epsilon
22 – Compter
23 – La prof de math
23bis – L’enfant et les additions
24 – Deux fois deux font quatre
25 – Groupe d’automorphismes des chansons
26 – L’homme orange
27 – Mettre Euclide dans une poubelle
28 – La mémoire et les maths
29 – Lobachevsky
30 – Les valeurs approchées
31 – La vénus mathématique
32 – Mathématiques souterraines
33 – Logarithme 70
34 – Humour tautologique
35 – Quand j’étais petit, je n’étais pas grand
36 – Logical
37 – Permutation circulaire
38 – Contraposée
39 – Je serais pas Mistinguett si j’étais pas comme ça
40 – Les nombres négatifs
41 – Moins deux
42 – 7 est égal à -1 modulo 8
43 – Boby Lapointe, Euclide de la chanson
44 – That’s Mathematics
44bis – Amor Matemático

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Mathématiques souterraines

Mathématiques et chansons 32

Le chanteur le plus numérologue est sûrement Hubert-Félix Thiéfaine. Il n’a pourtant pas reçu de formation mathématique très poussée à ma connaissance, à la différence de plusieurs chanteurs comme Antoine, Boris Vian, Guy Béart, Évariste, Tom Lehrer, Boby Lapointe ou Bernard Menez. Mais les nombres sont très présents dans les paroles ésotériques de ses chansons, regardez par exemple la liste des titres de ses chansons ici, c’est impressionnant le nombre de nombres qu’on y dénombre.

Je vous propose sa chanson Mathématique souterraine. Encore une chanson érotique si je comprends bien les paroles, parce qu’avec Thiéfaine faut s’accrocher. Mais il n’y a de mathématiques que dans le titre ce me semble.

1 – Marie Mathématique
2 – Parallèles
3 – Booba, mathématicien du 100-8
4 – Tu fais trop de mathématiques
5 – Seul
6 – Si j’avais un piano
7 – Pourquoi la fatma l’a mis le feu ?
8 – Évariste
9 – Avec moins de clarté que de ferveur
9bis – Le chien du pope
10 – C’est quand qu’on va au pont-aux-ânes ?
11 – Pi
12 – Le théorème de l’électeur médian, l’art majeur et l’art mineur
12bis – Les arbres de Corot
13 – C’est bien ma veine
14 – Trois est un nombre magique
14bis – Great Teacher Issapa
15 – Pas des carrés
16 – Common knowledge
16bis – Everybody knows
17 – La preuve par trois
18 – Un zéro
19 – Rien
20 – New math
21 – Ma thématique
21bis – There a delta for every epsilon
22 – Compter
23 – La prof de math
23bis – L’enfant et les additions
24 – Deux fois deux font quatre
25 – Groupe d’automorphismes des chansons
26 – L’homme orange
27 – Mettre Euclide dans une poubelle
28 – La mémoire et les maths
29 – Lobachevsky
30 – Les valeurs approchées
31 – La vénus mathématique
32 – Mathématiques souterraines
33 – Logarithme 70
34 – Humour tautologique
35 – Quand j’étais petit, je n’étais pas grand
36 – Logical
37 – Permutation circulaire
38 – Contraposée
39 – Je serais pas Mistinguett si j’étais pas comme ça
40 – Les nombres négatifs
41 – Moins deux
42 – 7 est égal à -1 modulo 8
43 – Boby Lapointe, Euclide de la chanson
44 – That’s Mathematics
44bis – Amor Matemático

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Scandale dans la famille

L’inceste 11/15

Aujourd’hui plusieurs versions de Scandale dans la famille. Par Les surfs.

Par Dalida, qui donne la meilleure version à mon goût.

Par Bernard Ménez, juste parce que j’ai rarement l’occasion de programmer Bernard Ménez.

1- Les suites d’un premier lit
2- Rosa
3- Bonjour ma cousine
4- Le souffle au cœur
5- Mon frère
6- T’en fais pas mon p’tit loup
7- Touche pas à mon corps
8- Le secret
9- La maison en bord de mer
10- Inceste de citron
11- Scandale dans la famille
12- L’attentat à la pudeur
13- Oncle Ernie
14- Au cœur de la nuit
15- Peau d’Âne

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Richard Feynman

Les scientifiques dans la chanson 10/12
1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 5bis – 6 – 7 – 8 – 9 – 10 – 11 12

Ça y est, c’est le 10è post de la série sur les scientifiques dans la chanson, c’est la plus longue série de ce blog. Un petit mot d’explication : c’est l’été. Ou bien vous êtes en vacances et vous ne lisez pas, ou bien vous êtes en vacances, et vous avez du temps pour lire. Dans les deux cas, cet alourdissement ne nuira pas : je n’hésite pas à être un plus verbeux que d’habitude. Aujourd’hui, ça vole très haut.

Dans le dernier post, on a évoqué plusieurs chanteurs français « scientifiques ». Mais aucun d’eux n’était réellement un scientifique professionnel. Ils ont étudié les sciences et se sont consacrés à d’autres choses ensuite. On peut supposer qu’un homme aussi créatif et intelligent que Boris Vian serait devenu un grand scientifique s’il l’avait voulu, mais cela ne restera qu’une hypothèse. Et allez savoir si Bernard Menez ne recèle pas dans le secret de son âme les qualités d’un grand mathématicien…

Aujourd’hui, on s’intéresse à un véritable scientifique, de très haut niveau, qui était musicien amateur. Les exemples sont très très nombreux chez ces anciens bons élèves, beaux esprits, surdoués, portés sur l’abstraction, durs à la besogne, souvent élevés dans de bonnes familles et ayant étudié la musique au conservatoire (allez donc voir par exemple le parcours de l’impressionnant Karol Beffa, qui après des études brillantes a finalement opté pour la musique, ici). Le cas que j’ai choisi pour cette série est d’une autre nature : Richard Feynman, prix Nobel de physique 1965 et joueur de bongo réputé (sa page wikipedia le qualifie prudemment de joueur « enthousiaste » pour ne pas se prononcer sur son niveau de jeu). Il a appris le bongo sur le tard, ça n’est pas vraiment de la chanson, mais disons de la musique populaire et sans prétention. Je trouve que ça jette un éclairage intéressant sur son parcours et son style, disons très détendu, libre et pour tout dire « américain ».

Richard Feynman est probablement le meilleur exemple de ces chercheurs en physique quantique de la troisième génération. La première génération, celle de Max Planck et Albert Einstein, a posé les principes de cette science nouvelle, sans trop y croire, comme un formalisme mathématique décrivant une réalité qui ne serait comprise que plus tard, d’une autre manière. La deuxième génération, celles des Niels Bohr, Werner Heisenberg, Erwin Schrödinger, ou Paul Dirac, a compris que la théorie quantique décrivait vraiment le monde physique, et constituait de ce fait une nouvelle étape, totalement imprévue, de la révolution copernicienne : après que la Terre fut éjectée hors du centre du monde, puis que Darwin eut éjecté l’homme du centre de la Création, les notions naïves de temps, d’espace et de matière se trouvaient éjectées au delà de toute possibilité de compréhension intuitive humaine. Cela n’allait pas sans difficultés philosophiques, une bonne lecture pour vous en faire une idée : ici.

La troisième génération, celle de Feynman donc, a accepté l’héritage des pères fondateurs, et a continué a bâtir le fantastique édifice sans la moindre angoisse philosophique, sans se retourner pour des génuflexions embarrassées à Kant, Bergson, ou je ne sais qui. Richard Feynman est particulièrement  significatif de ce point de vue : ses livres de vulgarisation sont extraordinaires de clarté et de fraicheur, et ses cours publiés, qu’on trouve encore aujourd’hui, écrits dans un style très direct et totalement dépourvu de pédanterie, ont une réputation excellente. Sa biographie n’a rien de rocambolesque. Il est un pur produit de l’Amérique : fils d’émigrés juifs d’Europe de l’Est installés à New-York, étudiant brillant, puis universitaire autant passionné par la recherche que l’enseignement (il a même refusé un poste de la plus prestigieuse institution scientifique du monde, l’Institute for Advanced Studies de Princeton, au motif qu’il n’y avait pas de charge d’enseignement). Un parcours très américain donc (et à titre de comparaison entre la France et les USA, je vous conseille de lire La nature de la physique, de Feynman, et de le comparer à Le hasard et la nécessité de Jacques Monod, qui par coïncidence a reçu le prix Nobel de Physiologie et de Médecine la même année où Feynman recevait son prix de physique).

Tout la vie de Feynman semble marquée par l’hédonisme : dans son autobiographie,  Vous voulez rire, Monsieur Feynman !, il raconte ses choix scientifiques, guidés par le plaisir de la découverte ou l’étonnement. Et puis des aspects plus curieux, comme sa participation au projet Manhattan (et oui, à un moment, le voilà vraiment « fabriquant de bombes atomiques »), dont il fut peut-être le plus jeune contributeur. Le gros de son travail a consisté en l’élaboration de codes secrets pour communiquer avec sa femme en échappant à la surveillance tatillonne du contre-espionnage. L’explication détaillée de ses techniques pour draguer les hôtesses de l’air de la TWA en escale à son hôtel ne manque pas non plus de saveur.  Et bien sûr sa passion pour le bongo, voilà une petite vidéo de lui en train d’en jouer.

Ne nous quittons pas sans une vraie chanson. Ci-dessous, Bohemian Gravity!, de A Capella Science, une version scientifique de la Bohemian Rhapsody de Queen (très beau travail, merci à Nathalie et Bastien, internautes de Lyon 7è de me l’avoir signalée).  À 1min. 6s., vous verrez même au tableau ce qu’on appelle un diagramme de Feynman, vous savez tout sur lui maintenant (mais ce que je préfère, c’est la petite marionnette d’Einstein) !

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Boby Lapointe, mathématicien

Les scientifiques dans la chanson 9/12
1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 5bis – 6 – 7 – 8 – 9 – 10 – 11 12

On a déjà noté dans cette série que Boris Vian était ingénieur. À son instar, les exemples de chanteurs scientifiques ne manquent pas : Guy Béart (ingénieur des Ponts et Chaussées), Antoine (centralien comme Boris Vian),  Nicolas Peyrac (étudiant en médecine) et même Bernard Menez (reçu au concours de l’ENSET, aujourd’hui appelée École Normale Supérieure de Cachan, et un moment prof de maths). J’en oublie sûrement. Je n’ai pas trouvé tellement de traces de leurs études dans leurs chansons.

Il n’en va pas de même avec Boby Lapointe. Son affinité avec les mathématiques a déjà été noté dans ce blog, dans la série sur la chanson oulipiste (ici). Il était mathématicien amateur dans sa jeunesse et auteur d’un mémoire sur la numération binaire.  On trouve quelques traces de cette carrière parallèle dans ses chansons : goût immodéré pour ces constructions formelles que sont les calembours, art de tirer toutes les conséquences logiques d’une idée, aussi absurde soit-elle, et parfois même, une curieuse manière de procéder axiomatiquement, comme par exemple en posant que « uhuhuh » est un « refrain ». Le saucisson de cheval. 

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