I will derive

La chanson geek 2/5
1233bis45

Le geek a souvent étudié les sciences, ou est en train de les étudier, à moins qu’il ne s’apprête à bientôt les étudier… Dans le monde anglo-saxon où l’université tient une place éminente, les études scientifiques donnent lieu à toutes sortes de chansons de geeks. Par exemple I will derive.

Certaines chansons se proposent de décrire entièrement un algorithme. Ici, l’algorithme du simplexe, inventé par George Dantzig en 1947. Cet algorithme a une portée assez générale et permet d’optimiser de nombreux processus industriels ou organisationnels. Il fut utilisé pour la première fois par les militaires américains lors du pont aérien durant le blocus de Berlin. De nos jours, il donne lieu à de laborieuses séances de TD (tutorial en anglais). Linear Algebra Tutorial – Simplex Method par Pooyan.

 

Noter que ce genre de chanson n’exclut pas le glamour. Derive me may be ?

Vous vous rappelez peut-être la version quantique de la Bohemian Rhapsody de Queen passée dans la série sur la science en chanson (ici) ? Je vous en propose aujourd’hui une version calculatoire, Calculus Rhapsody (NB pour ceux qui ont étudié les maths, « calculus » en anglais désigne ce qu’on appellerait plutôt « analyse » dans les études en France).

Je n’ai rien trouvé de très intéressant en français. C’est dommage, il y avait autrefois un hymne des taupins, impossible d’en trouver la moindre version sur youtube. Si quelqu’un peut m’aider à le retrouver, ça se termine par « chic à la taupe et aux taupins ». Vous pouvez toujours revoir la Marche des polytechniciens, ici.

Tous les thèmes

Richard Feynman

Les scientifiques dans la chanson 10/12
1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 5bis – 6 – 7 – 8 – 9 – 10 – 11 12

Ça y est, c’est le 10è post de la série sur les scientifiques dans la chanson, c’est la plus longue série de ce blog. Un petit mot d’explication : c’est l’été. Ou bien vous êtes en vacances et vous ne lisez pas, ou bien vous êtes en vacances, et vous avez du temps pour lire. Dans les deux cas, cet alourdissement ne nuira pas : je n’hésite pas à être un plus verbeux que d’habitude. Aujourd’hui, ça vole très haut.

Dans le dernier post, on a évoqué plusieurs chanteurs français « scientifiques ». Mais aucun d’eux n’était réellement un scientifique professionnel. Ils ont étudié les sciences et se sont consacrés à d’autres choses ensuite. On peut supposer qu’un homme aussi créatif et intelligent que Boris Vian serait devenu un grand scientifique s’il l’avait voulu, mais cela ne restera qu’une hypothèse. Et allez savoir si Bernard Menez ne recèle pas dans le secret de son âme les qualités d’un grand mathématicien…

Aujourd’hui, on s’intéresse à un véritable scientifique, de très haut niveau, qui était musicien amateur. Les exemples sont très très nombreux chez ces anciens bons élèves, beaux esprits, surdoués, portés sur l’abstraction, durs à la besogne, souvent élevés dans de bonnes familles et ayant étudié la musique au conservatoire (allez donc voir par exemple le parcours de l’impressionnant Karol Beffa, qui après des études brillantes a finalement opté pour la musique, ici). Le cas que j’ai choisi pour cette série est d’une autre nature : Richard Feynman, prix Nobel de physique 1965 et joueur de bongo réputé (sa page wikipedia le qualifie prudemment de joueur « enthousiaste » pour ne pas se prononcer sur son niveau de jeu). Il a appris le bongo sur le tard, ça n’est pas vraiment de la chanson, mais disons de la musique populaire et sans prétention. Je trouve que ça jette un éclairage intéressant sur son parcours et son style, disons très détendu, libre et pour tout dire « américain ».

Richard Feynman est probablement le meilleur exemple de ces chercheurs en physique quantique de la troisième génération. La première génération, celle de Max Planck et Albert Einstein, a posé les principes de cette science nouvelle, sans trop y croire, comme un formalisme mathématique décrivant une réalité qui ne serait comprise que plus tard, d’une autre manière. La deuxième génération, celles des Niels Bohr, Werner Heisenberg, Erwin Schrödinger, ou Paul Dirac, a compris que la théorie quantique décrivait vraiment le monde physique, et constituait de ce fait une nouvelle étape, totalement imprévue, de la révolution copernicienne : après que la Terre fut éjectée hors du centre du monde, puis que Darwin eut éjecté l’homme du centre de la Création, les notions naïves de temps, d’espace et de matière se trouvaient éjectées au delà de toute possibilité de compréhension intuitive humaine. Cela n’allait pas sans difficultés philosophiques, une bonne lecture pour vous en faire une idée : ici.

La troisième génération, celle de Feynman donc, a accepté l’héritage des pères fondateurs, et a continué a bâtir le fantastique édifice sans la moindre angoisse philosophique, sans se retourner pour des génuflexions embarrassées à Kant, Bergson, ou je ne sais qui. Richard Feynman est particulièrement  significatif de ce point de vue : ses livres de vulgarisation sont extraordinaires de clarté et de fraicheur, et ses cours publiés, qu’on trouve encore aujourd’hui, écrits dans un style très direct et totalement dépourvu de pédanterie, ont une réputation excellente. Sa biographie n’a rien de rocambolesque. Il est un pur produit de l’Amérique : fils d’émigrés juifs d’Europe de l’Est installés à New-York, étudiant brillant, puis universitaire autant passionné par la recherche que l’enseignement (il a même refusé un poste de la plus prestigieuse institution scientifique du monde, l’Institute for Advanced Studies de Princeton, au motif qu’il n’y avait pas de charge d’enseignement). Un parcours très américain donc (et à titre de comparaison entre la France et les USA, je vous conseille de lire La nature de la physique, de Feynman, et de le comparer à Le hasard et la nécessité de Jacques Monod, qui par coïncidence a reçu le prix Nobel de Physiologie et de Médecine la même année où Feynman recevait son prix de physique).

Tout la vie de Feynman semble marquée par l’hédonisme : dans son autobiographie,  Vous voulez rire, Monsieur Feynman !, il raconte ses choix scientifiques, guidés par le plaisir de la découverte ou l’étonnement. Et puis des aspects plus curieux, comme sa participation au projet Manhattan (et oui, à un moment, le voilà vraiment « fabriquant de bombes atomiques »), dont il fut peut-être le plus jeune contributeur. Le gros de son travail a consisté en l’élaboration de codes secrets pour communiquer avec sa femme en échappant à la surveillance tatillonne du contre-espionnage. L’explication détaillée de ses techniques pour draguer les hôtesses de l’air de la TWA en escale à son hôtel ne manque pas non plus de saveur.  Et bien sûr sa passion pour le bongo, voilà une petite vidéo de lui en train d’en jouer.

Ne nous quittons pas sans une vraie chanson. Ci-dessous, Bohemian Gravity!, de A Capella Science, une version scientifique de la Bohemian Rhapsody de Queen (très beau travail, merci à Nathalie et Bastien, internautes de Lyon 7è de me l’avoir signalée).  À 1min. 6s., vous verrez même au tableau ce qu’on appelle un diagramme de Feynman, vous savez tout sur lui maintenant (mais ce que je préfère, c’est la petite marionnette d’Einstein) !

Tous les thèmes