Juif espagnol

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 11/14

Dans les derniers billets, nous avons évoqué les juifs français « de souche » puis les juifs ashkénazes. La troisième grande composante du judaïsme français, ce sont les juifs séfarades. Au sens strict, ce sont les juifs espagnols expulsés au XVe siècle, qui ont émigré dans tout le bassin méditerranéen. Certains de leurs descendants se sont retrouvés en Afrique du nord, et donc colonisés par la France au XIXe siècle. Ils vivaient d’abord sous le régime « d’indigénat », puis ont obtenu la citoyenneté française à l’occasion des fameux décrets Crémieux au début de la troisième république. Au moment de l’indépendance de l’Algérie, ils étaient donc des pied-noirs, et ont été à ce titre rapatriés en France. De 1492 à 1962 : presque cinq siècles pour simplement traverser les Pyrénées.

À la différence des ashkénazes, les séfarades ont un grand chanteur populaire pour raconter leur histoire, Enrico Macias bien sûr. Juif espagnol.

Sur la vidéo à suivre, Enrico Macias chante en anglais, en japonais. Puis il chante Oseh shalom en hébreux et Ya rayah en arabe. Avec Faudel et Shirel (et non pas Chirel comme indiqué dans la légende de la vidéo).

Avec Khaled, L’oriental.

Une belle vidéo d’archive, J’ai quitté mon pays.

Excuses à mes abonnés, un billet sur Léo Ferré prévu pour la prochaine série est parti par erreur hier …

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

 

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Le neveu du capitaine Dreyfus

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 7/14

On a vu jusqu’ici quelques figures juives de la chanson, surtout d’avant guerre, sans chercher à définir, ou même à simplement décrire le judaïsme français. Sa complexité est peut-être l’une des raisons de sa discrétion dans les chansons, parce que les sujets trop compliqués, c’est mauvais pour le hit parade. Il y a très peu de chansons sur la trigonométrie ou la physique des particules par exemple. Dans les billets qui viennent, on va explorer les trois strates principales du judaïsme français, en chanson bien sûr.

La présence de juifs sur le territoire de la France remonte à l’empire romain, il y a environ 2000 ans, soit avant même que la France n’existe en tant que telle. Il y a eu plusieurs vagues d’expulsion des juifs au moyen-âge puis pendant les guerres de religion, à la suite desquelles il n’aurait pas dû rester de juifs en France. Au moment de la révolution française, il y avait toutefois quelques communautés :

– Les juifs de Bordeaux, parfois appelés Portugais car récemment immigrés du Portugal, ou encore « nouveaux chrétiens », car prétendument convertis. Pierre Mendès France était par exemple issu de cette communauté.

– Les juifs comtadins, ou juifs du pape, qui vivaient en Provence dans le comtat vénaissin, autour de Carpentras. Ce territoire faisait partie des États pontificaux, et n’a pas été concerné par certaines expulsions ordonnées par les rois de France. Ce sont les ancêtres d’Adolphe Crémieux ou de Bernard Lazare.

– Les plus nombreux, les juifs d’Alsace, dont la présence s’explique par un rattachement tardif à la France. Ce sont les ancêtres de Léon Blum ou du capitaine Dreyfus.

Ces communautés implantées depuis plusieurs siècles, ce sont les juifs français « de souche », ceux qui aujourd’hui n’ont pas d’immigrés parmi leurs proches ancêtres. Des juifs français dont les ancêtres sont des juifs gaulois en quelque sorte, qu’on appelait autrefois israélites. On a déjà rencontré Pierre Dac et Emmanuel Berl dans les billets précédents. Comme chanteur, je vous propose aujourd’hui Yves Duteil. Il est le petit neveu du capitaine Alfred Dreyfus. Il en parle au micro de Sylvie Nicolet sur Radio Bleue, dans l’émission À mots découverts en octobre 1997.

SN : On vous a entendu vous exprimer dans diverses interviews. Parfois pour râler, pour dire je ne suis pas celui que vous croyez. Mais ça, jamais vous ne l’aviez dit.

YD : Non. C’est vrai. Parce que c’était un réflexe chez moi. Un réflexe de rétention. Y avait un grand signe « attention danger », ne pas dire. Et c’était devenu une seconde nature.

SN : Mais ne pas dire pourquoi ?

YD : Justement, sans très bien savoir pourquoi. Parce que je crois que dans les familles où des choses comme celles-là sont pas trop révélées, vous êtes élevés dans une sorte de culture de discrétion. Et moi, mes parents m’ont toujours élevé dans ce silence-là. Et je ne peux pas dire que c’était un secret, tout le monde le savait dans la famille, on en parlait beaucoup. Mais jamais longtemps.

SN : Mais on en avait honte ?

YD : Oh, non, au contraire. Moi je me suis rendu compte que j’en étais très fier. Mais c’était une sorte d’absence. C’était un sujet qu’on n’évoquait pas, je me suis souvent demandé pourquoi. Et je crois avoir compris que c’était parce qu’il était douloureux, simplement. Et de la même manière que les gens qui ont traversé la guerre se réveillent la nuit en hurlant, mais n’en parlent jamais, il y a quelque chose au fond de leurs yeux qui est cassé, mais ils n’en parlent pas. Et bien chez nous, c’était ça. C’était une affaire tellement douloureuse, mes parents évitaient d’en parler.

Yves Duteil, Dreyfus.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

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