La marine

La chanson, art majeur ou art mineur I. L’énigme ART 6bis/9
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De plus en plus de lecteurs trouvent la solution (Diego notamment, bravo). Bon, personne ne m’a dit pourquoi l’énigme s’appelle ART. Je réalise que j’ai oublié cette chanson de Brassens, qui colle très bien. La marine, adaptation d’un poème de Paul Fort.

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Les copains d’abord

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 8/13
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On a vu dans le dernier billet qu’il y avait des sources et des robinets. Mais tous les hydrologues vous le diront, l’eau de la source elle-même vient bien de quelque part.

Voyez la Sorgue, petite rivière, qui surgit d’une falaise directement, sans avoir jamais été ni torrent ni ruisseau, pas très loin d’Avignon. Sa source est la 5è du monde par le débit. Cette rivière qui jaillit de la terre a donné son nom à un département, le Vaucluse (vallée close). Le village où la Sorgue prend sa source s’appelait simplement Vaucluse, on l’a rebaptisé Fontaine-de-Vaucluse pour éviter la confusion avec le département.

« Rivière trop tôt partie, d’une traite, sans compagnon » écrivait l’enfant du pays René Char. Quelques siècles auparavant, c’est là qu’a choisi de vivre une autre source, le poète Pétrarque, à qui l’on doit une grande invention : la promenade en montagne.

Les géologues n’ont toujours pas réussi à explorer complètement le trou d’eau d’où jaillit la Sorgue. Quel analogue de la Sorgue existerait en chanson, quelle source ? Quel jaillissement soudain et inespéré ? On pense bien sûr à Georges Brassens.
Mais Brassens lui même a ses sources, on a déjà vu ici qu’il a beaucoup emprunté au poète Paul Fort, qui lui-même s’inspirait parfois d’un auteur-compositeur du XIXè siècle un peu oublié aujourd’hui, Gustave Nadeau.

Ecoutez par exemple ce texte de Nadeau mis en musique par Brassens, Carcassonne.

Puis Le nombril des femmes d’agents, paroles et musique de Brassens. La parenté est évidente et assumée (je ne parle pas de la musique, qui est la même, mais de la structure des paroles).

Brassens lui-même a donc ses sources. Parfois, il cite subtilement tel ou tel poète. Dans Le bulletin de santé, « Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut » , vient peut-être de chez Stéphane Mallarmé, qui conclut son poème L’azur (texte intégral ici par

Je suis hanté, l’Azur, l’Azur, l’Azur, l’Azur.

Brassens cite souvent Villon, dont il a mis en musique la Ballade des dames du temps jadis, voir ici. Et ses mises en musique de Victor Hugo deviennent si proverbiale qu’elle peuvent même resservir quand un journaliste annonce le mariage d’un sculpteur et d’une actrice porno (« peu s’en fallu que ne pleurassent … », emprunté à la Légende de la nonne). Voir ici. Je vous propose aussi un beau document, interview de Brassens sur la langue, sur le site de l’INA, ici.

Bon, source ou pas, quels mots ou expressions nous aurait laissés Brassens ? Pas grand chose… « Gare aux gorilles » peut-être. Et puis j’ai l’impression que « les copains d’abord » est une tentative ratée de créer une expression, un échec marketing comparable à la décadanse de Gainsbourg.

Si on y réfléchit, les quatre mots ont un potentiel énorme de subversion. Quand un bateau fait naufrage, on sauve « les femmes et les enfants d’abord ». Appeler un bateau « les copains d’abord », ça va à l’encontre de la morale admise, ça aurait dû devenir une expression bougrement immorale et non pas une célébration vague et abstraite l’amitié. Mais non… Le côté provocant de la formule a échappé au public. Il est dans un arrière plan de la chanson. C’est un refrain auquel on ne prête qu’une oreille distraite, un moment de repos qui permet de garder toute son attention pour des couplets dont, sous le charme du swing, on décortique avec gourmandise les textes retors.

Je conclus par une anecdote à propos d’une variante de l’expression « les copains d’abord ». Je me suis vu rétorquer une fois par ma chef lors d’un petit cataclysme bureaucratique comme il y en a tous les jours dans les administrations : « sauve qui peut le vin et le pastis d’abord ». J’ai répondu : « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète », chanson de Georges Brassens déjà passée ici d’où est tirée cette expression. Il me fut rétorqué « nous avons les même valeurs ». Monsieur Brassens, votre expression a été utilisée au moins une fois … Pour « les copains d’abord », j’attends encore.

Un dernier truc pour les amateurs de solfège (je mets ça à la fin, ça enquiquine la plupart des lecteurs en général). Le côté subversif des Copains d’abord est attesté par sa mélodie qui contient l’intervalle le plus diabolique : le triton, « diabolus in musica », voir ici. En effet, Brassens chante ré – sol dièse, sur « des ports », la deuxième fois. L’intervalle est descendant en plus, et bien exposé puisqu’il tombe sur une rime et des notes assez longues. C’est rarissime en chanson, et très difficile à chanter juste. Vous me direz, ré et sol dièse, ce ne sont jamais que la 7è et la tierce de l’accord de Mi7, pas de quoi crier au loup…

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La marche nuptiale

Brassens et les poètes 6/8
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Dans le dernier billet, on écoutait une mise en musique par Georges Brassens d’un poème de Hugo. Je me suis demandé si Brassens était parfois hugolien. Il partage beaucoup avec Hugo : art classique de la versification et références nombreuses à la culture classique (mythologies grecque et romaine). Mais évidemment, Brassens est moins grandiloquent que Hugo, et sa poésie familière et faussement naïve le rapproche de Paul Fort, on l’a vu.

Mon choix tout personnel de la chanson de Brassens la plus hugolienne : La marche nuptiale, récit très imagé d’un mariage campagnard dans une ambiance panthéiste très éloigné du village conventionnel à la Paul Fort.

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Il suffit de passer le pont

Brassens et les poètes 4/8
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On a vu dans le dernier billet le lien de filiation entre Paul Fort et Georges Brassens. Conformément à l’esprit de la série, je me suis mis en quête d’une chanson de Brassens dans la manière de Paul Fort. Ça n’est pas trop difficile, j’ai choisi Il suffit de passer le pont, comptine désuète d’un Brassens qui cultive l’art de se placer à l’abri des modes.

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S’il l’avait voulu

Brassens et les poètes 3/8
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Je continue avec Paul Fort l’étude des poètes mis en musique par Brassens. On a déjà noté dans ce blog que c’était le poète le plus adapté par Brassens avec quatre chansons : La Marine, Si le bon Dieu l’avait voulu, Le petit cheval et Comme hier  (déjà passée ici). Je vous passe aujourd’hui Si le bon Dieu l’avait voulu.

Très bonne vidéo sur le site de l’INA : ici.

On est là dans une configuration totalement différente d’Antoine Pol. On a vu qu’Antoine Pol dit ce que Brassens ne dit pas ou ne sait pas dire. Avec Paul Fort, on a plutôt affaire à l’inspirateur principal de Brassens, celui qui écrivait du Brassens avant Brassens. Dans Brassens ?, de Bertrand Dicale, page 51, on lit :

Dans une interview radiophonique recueillie à l’occasion de la mort de Fort, Brassens dit : « Paul Fort me convenait beaucoup plus que d’autres à cause de son langage familier, de son langage populaire et pittoresque. Mais une familiarité et un pittoresque qui cachaient beaucoup d’art. Un art très, très savant ».

On découvre là le Brassens « très savant », fin connaisseur de toute la poésie française, de la plus académique à la plus confidentielle ou populaire. Toujours dans le livre de Dicale, on découvre d’ailleurs une étonnante filiation : Brassens, le fils. Paul Fort, le père. Et le grand-père serait Gustave Nadeau, poète-chanteur du XIXè siècle aujourd’hui un peu oublié, peut-être le tout premier auteur-compositeur-interprète.  Brassens et Paul Fort lui ont beaucoup emprunté. Pour preuve, Si la Garonne l’avait voulu, de Gustave Nadeau. La filiation avec Si le bon Dieu l’avait voulu est limpide.

Jules Beaucarne a écrit une autre musique pour le même texte (il ignorait peut-être l’existence d’une musique originale).

Pour finir, un enregistrement de Si la Garonne l’avait voulu, en 1903 par un certain Charlus. Vous noterez qu’à l’époque on disait « le Volga » et non pas « la Volga ».

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Comme hier

L’énigme VF 1/9
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On commence une petite énigme sur le blog à partir d’aujourd’hui. Il s’agit de trouver le lien secret entre toutes les chansons de la série à venir. Mettez vos solutions dans les commentaire !

On commence avec Renaud, qui interprète Comme hier, une chanson de Georges Brassens sur un poème de Paul Fort. Saviez-vous que Paul Fort est le poète le plus souvent mis en musique par Brassens ? Pas moins de quatre chansons : Comme hier, La Marine, Si le bon Dieu l’avait voulu et Le petit cheval … Ouh la, je parle, je parle, je vais finir par donner la solution de l’énigme…

Si vous aimez les énigmes, regardez toutes celles qu’on a données dans le blog (au mot clef énigme ici). Et si vous ne les aimez pas, allez voir les autres thèmes (ici) !

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