Comment inventer le mouton français ?

Bouchers, boucherie et chanson, 2

Aujourd’hui, Les quatre barbus nous chantent Il pleut bergère.

Mais quel rapport avec les chansons de boucherie ? C’est peut-être un tiré par les cheveux, mais c’est au moins une chanson d’élevage. Je n’invente rien, lisez ce que disait l’historien Pierre Serna disait d’Il pleut bergère, au micro de Jean-Noël Jeanneney, sur France Culture, le 5 octobre 2019. J’en profite pour recommander l’émission Concordance des temps, et notamment son excellente programmation de chansons.

Pierre Serna : L’animal, c’est une grosse affaire d’argent. On le voit dans l’histoire de l’industrie agroalimentaire. On le voit au travers l’histoire des abattoirs de Chicago. On le voit au travers des startups californiennes qui investissent tous sur les aliments de substitution pour le véganisme qui monte. À l’époque, c’est déjà une immense affaire économique, les animaux.

Jean-Noël Jeanneney : C’est ça qu’il y a dans cette chanson ?

P.S. : Bien sûr. Parce que le mouton est en fait un objet économique essentiel. Pourquoi ? Parce tout simplement, la France perd des dizaines de millions de livres chaque année pour acheter la laine à l’Angleterre et à l’Espagne. Le mérinos espagnol, le shetland anglais écrasent le mouton français. Et pour les agronomes, vous savez que la grande bataille des années 1780, date d’écriture de cette chanson, c’est « quel choix veut-on pour l’agriculture française ? ». Une agriculture céréalière ou une agriculture de prairies artificielles qui développerait l’élevage, domaine dans lequel la France est très en retard.

Donc derrière cette petite comptine, « Il pleut Bergère, rentrez vos blancs moutons », il y un enjeu essentiel. Un enjeu tellement essentiel que pour remercier le roi de France en 1783, Charles III, son cousin d’Espagne, lui offre un petit troupeau que la reine Marie-Antoinette va chérir, dont elle va s’occuper dans sa fameuse bergerie. Et l’école vétérinaire de Maison-Alfort, qui existe encore, qui est créée en 1766 mais qui va s’intéresser de plus en plus à l’économie politique, donc au rôle des animaux dans la prospérité française, va en fait se poser la question de comment inventer le mouton français. Et ça va être un des enjeux de la grande commission d’agriculture qui fait partie des grands comités de gouvernement à partir de 1792, lorsque la convention est créée. […]

Et comment va-t-on inventer le mouton français ? Et bien, on va le placer en haut de l’histoire diplomatique. Lors du traité de Bâle en 1795, qui met fin à la guerre entre la France et l’Espagne, […], un des codicilles secrets du traité, implique que le roi d’Espagne doit donner à la République française un troupeau de 1000 brebis et moutons reproducteurs. Vous savez que celui qui fait passer un mouton par la frontière des Pyrénées est passible de la peine de mort en Espagne. C’est un trésor national le mouton.

Waouh. Bon, encore une petite, Il pleut bergère de Nino Ferrer.

Tous les thèmes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s