Au rythme de Sambre et Meuse

Le silence en chanson 2bis/8
11bis22bis34566bis788bis

Mon collègue Serge me fait remarquer un autre lien entre les débuts du cinéma et la chanson. Les premières caméras étaient actionnées par une manivelle qu’il fallait tourner bien en rythme pour obtenir exactement 18 images par secondes (et non 24 comme aujourd’hui). Traditionnellement, les opérateurs tournaient la manivelle tout en chantant Le Régiment de Sambre-et-Meuse, pour se donner le rythme.  C’est une marche militaire de 1870, que tout le monde connaissait par cœur en ces temps de service militaire obligatoire. « Au rythme de Sambre et Meuse » était une indication de tempo courante semble-t-il. Voir par exemple ici.

C’est vrai que c’est bien rythmé. Derrière le silence de chaque film muet français, se cacherait donc hors-champ une musique militaire ? La musique est de Robert Planquette. Si vous vous intéressez aux paroles de Paul Cézano, c’est là :

Petite devinette pour ceux qui ont lu jusqu’au bout : trouver une chanson qui cite la chanson Sambre et Meuse.

Tous les thèmes

Charlot chante

Le silence en chanson 2/8
11bis22bis34566bis788bis

Je vous rappelle qu’on cherche toujours le plus long silence dans une chanson. Christelle de Villeurbanne me propose l’absence de réaction de Bob Dylan à son prix Nobel de littérature. Merci. C’est effectivement un très long silence d’un chanteur (voir ici), mais pas dans une chanson, réponse refusée !

On a vu dans le premier post de la série comment, en 1927, le tout premier film parlant entremêlait chanson, silence et dramatisation. Qu’en est-il du dernier grand film muet ?

En 1934, Charlie Chaplin décide de tourner un Charlot parlant. Mais après quelques essais, il réalise que la poésie de son personnage est difficile à transposer en film parlant… Il se décide donc finalement pour un film muet, alors que toute l’industrie du cinéma est déjà passée au parlant depuis longtemps. Les Temps Modernes sera donc le dernier grand film muet de l’histoire du cinéma. Certains passages sont parlants ou sonorisés, mais on peut y voir une critique du parlant, puisqu’on entend surtout le bruit aliénant des machines et la voix tyrannique du patron de l’usine.

La voix de Charlot résonne toutefois dans une unique scène vers la fin du film. Il doit chanter une chanson, mais incapable de mémoriser les paroles, il en place une copie sur  des manchettes qu’il perd au début de sa performance. Il improvise alors un texte fantaisiste en grommelot, variante de charabia en usage dans la Commedia dell’arte.

Juste avant qu’il chante, dans un bel intertitre, Paulette Goddard lance un ultime plaidoyer pour le cinéma muet : »Sing, never mind the words ! » Et oui, qu’importent les mots… On retiendra que le long silence de Charlot (sa filmographie s’étale sur une vingtaine d’années) est brisé par une chanson en charabia.

Pour finir, que diriez vous d’un petit massage ?

Tous les thèmes

Fantine Leprest en concert

Aujourd’hui, c’est mercredi. On fait quoi ce week-end ?
Les annonces du mercredi

(Et accessoirement Le silence en chanson 1bis/8
11bis22bis34566bis788bis
)

Ce week-end, allez découvrir Fantine Leprest à Agend’art. Les vendredi 31 mars, samedi 1er avril 2017 à 20h. Et encore le dimanche 2 avril à 18h, aucune excuse. Pour la billetterie, les contacter au 09 51 62 58 77 ou par mail agendartshorslesmurs@free.fr.

En 1ère partie, vous verrez Anissa Karat, dont on a déjà annoncé les concerts ici. Fantine Leprest, La trame :

Une autre belle vidéo : Fantine Leprest en duo avec son père Allain. L’interprétation convient particulièrement bien au thème de la semaine : écoutez tous ces beaux silences ! Mais ça ne compte pas pour le concours, a capella, il y a forcément des silences. Tu valseras pour rien (ça commence vers 0:35) :

Tous les thèmes

 

Le silence du chanteur de jazz

Le silence en chanson 1/8
11bis22bis34566bis788bis

On s’intéresse à partir d’aujourd’hui au silence dans la chanson. Le thème se prête particulièrement au bavardage, mais n’insistons pas sur ce paradoxe, ça en rajouterait encore (du bavardage).

Avant de démarrer la série, je lance un grand concours : trouvez-moi le plus long silence dans une chanson. Attention, John Cage ne compte pas (ceux qui ne connaissent pas ce compositeur le découvriront très bientôt dans cette série). Je veux une vraie chanson, avec un vrai silence dedans : pas de silence qui suit Mozart et qui est encore du Mozart (on en parlera aussi dans la série, c’est tout à fait valable, mais ce n’est pas de la chanson). J’ai un exemple de silence de presque trois secondes, je le passerai à la fin de la série. Qui dit mieux ?  J’attends vos propositions avec impatience.

Commençons notre étude du silence par une scène du Chanteur de Jazz, tout premier film « parlant et chantant » de l’histoire du cinéma. En fait, le film est principalement muet, seules quelques scènes sont parlantes et chantantes. Il raconte la relation conflictuelle de Jakie Rabinowitz avec son père, chantre dans une synagogue de New York.  Ce dernier souhaiterait que son fils vive dans la tradition juive et devienne chantre à son tour. Surtout pas chanteur de jazz en tout cas. Je vous passe une scène où un silence des plus éloquents interrompt notre chanteur : Al Jolson, dans une chanson dont je n’ai pas retrouvé le titre.

Ce silence soudain induit une belle dramatisation et fait basculer la scène « parlante et chantante » dans une esthétique typiquement muette. L’intertitre « Papa, you have no words for your son » peut se comprendre à plusieurs niveaux : le père n’a effectivement pas de mots, puisque le film est redevenu muet… à moins que le film ne redevienne muet faute de mots.

À écouter sur le silence au cinéma (et en particulier cette scène du Chanteur de Jazz) : sur le site de France Culture, Quand le cinéma donne la parole au silence, dans l’émission Les Chemins de la philosophie d’Adèle Van Reeth, avec José Moure. Ici.

Tous les thèmes

 

Let it will be

L’énigme VF 9/9
123455bis6789

Voici l’heure tant attendue de la solution. Nous cherchions le point commun entre huit chansons : Comme hier, Je t’aime, Le père Ubu, Plus de patrons, Infinitif, C’est pas l’homme qui prend la mer, N’avez-vous rien à déclarer et La bourrée du célibataire.

Vous avez tous trouvé : ces chansons ont en commun d’avoir des fautes de conjugaison dans les paroles ! Réécoutez-les, vous verrez.  Dans certaines, la faute prétend refléter un parler authentique, qu’il soit patoisant ou argotique (Comme hier, Plus de patrons, La bourrée du célibataire). Dans d’autres, elle est un jeu de langage humoristique (Le père UbuInfinitif, C’est pas l’homme qui prend la mer). Dans les deux dernières (Je t’aime et N’avez-vous rien à déclarer), je ne sais pas trop, mais la faute est curieusement dans le même verbe : mourir (on mourira, j’en mourirai). Je suppose qu’il s’agit d’une licence poétique allégeant le propos d’un brin de fantaisie tout en évitant le « r » redoublé des formes correctes « mourra » et « mourrai », assez malcommode à chanter. À moins qu’il n’y ait quelque prévention superstitieuse à conjuguer sans faute ce verbe…

Floréal me propose dans un commentaire La fille dont auquelle, une chanson de Jacques Bertin, pleine de fautes (plutôt de concordance des temps).  Merci !

Évidemment, toutes les fautes de la série sont intentionnelles. Qu’en est-il des véritables fautes, certainement commises par ces chanteurs incultes qui maltraitent notre belle langue ? Par exemple Georges Brassens. Écoutons Le gorille.

Au début du sixième couplet, on entend nettement « Bah soupirait la centenaire, qu’on pût encore me désirer… ». Le verbe pouvoir est conjugué à l’imparfait du subjonctif, ce qui semble logique par concordance des temps, puisque soupirer est à l’imparfait. Mais « pouvoir » est dans une citation de la centenaire, qui elle, ne parle pas à l’imparfait, et n’a pas à subir la concordance d’un temps utilisé par le narrateur. « Qu’on puisse » me semble la forme correcte. Certaines sources donnent d’ailleurs « puisse », par exemple ici, mais sur l’enregistrement, on entend très nettement « pût ».

J’attends les commentaires des brassensolâres indignés et des trolls grammairiens (sur le style indirect libre ?)…Je les renvoie à Brassens lui-même qui tranche le débat trois vers plus loin. Car si « pouvoir » doit se conjuguer à l’imparfait du subjonctif pour la centenaire, et bien logiquement, on devrait entendre ensuite « Le juge pensait impassible / Qu’on me prît pour une guenon », et non pas « qu’on me prenne ».

Si ça vous amuse, retournez donc voir la série sur l’imparfait du subjonctif, ici. On y disait que le temps le plus rare en chanson est l’obscure passé antérieur. On le rencontre pourtant quelquefois, mais pas toujours à propos. Vous pouvez par exemple aller réécouter Ma plus belle histoire d’amour c’est vous de Barbara, déjà passée dans le blog, ici. Voilà ce que m’écrit Arnaud, internaute de l’Arbresle et meilleur résolveur d’énigme de ce blog :
___________
J’ai le souvenir d’une chanson avec une faute très subtile. J’ai tourné le problème dans tous les sens, je confirme qu’il y a faute : Dans Ma plus belle histoire d’amour, Barbara chante : « que pour vous je l’eus faite à genoux ». J’ai réécouté et j’ai vérifié l’écriture. C’est donc un passé antérieur (dont le sens en français est très difficile à déterminer d’ailleurs tant il est oublié). Or ici, on devrait avoir un subjonctif plus-que-parfait à valeur d’irréel du passé « je l’eusse faite », variante soutenue de « l’aurais faite ». Il y a bien un sens hypothétique que n’a pas du tout le passé antérieur (d’ailleurs c’est un temps de l’indicatif donc de la certitude, pas de l’hypothèse).
______________

En résumé, la concordance des temps en chanson est plus affaire de sonorité que de rigueur grammaticale, l’important étant d’être un homme heureux. Quel que soit le temps que ça prenne, comme dirait William Sheller !

Pour finir, ne croyez pas que les anglophones avec leurs conjugaisons super simples soient à l’abri des fautes … Je ne suis pas expert en anglais, mais « Let it will be » ça paraît quand même un rien plus bizarre que « Let it be »…

Let it will be, par Madonna.

Dernière chose : VF, c’était pour « verbe faux ».

Tous les thèmes

La bourrée de Jacques Brel

L’énigme VF 8/9
123455bis6789

C’est le dernier volet de l’énigme aujourd’hui. On a commencé par une chanson de Brassens, on termine par une pas très connue de Jacques Brel, j’espère que le voyage vous a plu. La bourrée du célibataire.

Je suis sûr que vous avez tous trouvé le lien entre toutes les chansons de la série ! Solution demain.

Tous les thèmes

N’avez-vous rien à déclarer

L’énigme VF 7/9
123455bis6789

On fait aujourd’hui connaissance avec Yvan Dautin, chanteur bien trop méconnu. N’avez-vous rien à déclarer.

On est déjà au septième volet de l’énigme, tout le monde peut trouver, il faut juste un peu écouter les chansons…

Tous les thèmes