Gypsies rock’n roll band

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 1

Voici notre deuxième série consacrée au thème de l’année : les Juifs et la chanson. Son point de départ est une célèbre blague juive, popularisée par le livre de Hugh Nissenson, L’éléphant et le problème juif, dont voici un extrait :

C’est une classe de zoologie qui doit faire un devoir sur l’éléphant. L’Anglais écrit :« La Chasse à l’Eléphant », le Français : « La Vie amoureuse de l’Eléphant », et le juif : « l’Eléphant et le problème juif ».

Cette blague moque donc gentiment un problème identitaire (réel ou supposé) se traduisant par une obsession (encore une fois réelle ou supposée) des juifs pour les questions juives. Mais, en ce qui concerne les chanteurs juifs français, cette réputation est simplement l’exact opposé de la réalité. On va le voir dans cette série : si de nombreux romanciers, philosophes, historiens juifs se revendiquent comme tels, ils n’en est rien de la plupart des chanteurs français juifs, qui abordent très peu le judaïsme dans leurs chansons.

La chanson n’est pourtant par un art rétif à toute affirmation identitaire. Tout le jazz est parfois revendiqué comme musique noire par les noirs américains. La chanson francophone québécoise est en partie identitaire. Certaines communautés immigrées en France ont leur chanteur. Je pense surtout aux Italiens, de la variétoche de Claude Barzotti (« je suis rital et je le reste ») à la chanson « de qualité » de Serge Reggiani (« C’est moi, c’est l’Italien / Je reviens de si loin »). Il y a aussi Linda de Suza qui a chanté et représenté la grande vague d’immigration portugaise des années 1970-80. Ou Rachid Taha dont toute l’œuvre est traversée par l’histoire compliquée de la France et de l’Algérie, et qui chante Je suis Africain. Et bien sûr, l’arménien Charles Aznavour qui parvient à réunir quasiment toutes les vedettes du Top 50 dans Pour toi Arménie.

Mais à part peut-être Enrico Macias (qui sera bien sûr évoqué bientôt), je ne vois pas de chanteur français qui ait vraiment représenté une figure juive auprès du grand public, pas explicitement au moins. Il y a pourtant plusieurs chanteurs juifs très connus. Je me propose d’appeler « problème de l’éléphant » ce paradoxe, qu’on va explorer en chanson dans cette série. Lors de cette déambulation dans l’œuvre ou la vie de quelques chanteurs et musiciens juifs, il y aura plus de questions que de réponses…

Pour commencer, Jean-Pierre Kalfon. Jusqu’à récemment, je ne savais même pas qu’il était chanteur, alors qu’il a chanté toute sa vie dans un groupe de rock, le Kalfon rock chaud. Un de ses disques, passé inaperçu à sa sortie dans les années 1960, est même considéré aujourd’hui comme précurseur du punk (on en reparle un jour où c’est le sujet). Dans l’une de ses chansons, qu’il chante en début de concert pour se présenter, ses origines juives séfarades du côté de son père sont très discrètement évoquées. Extrait des paroles de Gypsies rock’n roll band, qui en quelques mots évoque l’arrière plan familial : l’Algérie française, les persécutions antisémites…

Père importé et mère papiste,
Planqué côté colonialiste […]
Avant ma naissance, une guerre braquait la race de mon père,
Ma mère gauloise se planquait, comme mon père

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Est-ce la bonne ?

Homme au féminin, Femme au masculin 4/5
1 – 2 – 3 – 3bis – 45

Finalement, pourquoi devrait-on être une femme pour chanter une chanson de femme ? Parce que zut, Jacques Brel est-il un soir d’été ? Georges Brassens est-il fossoyeur ? Est-il pas du tout l’antéchrist ? Claude Nougaro est-il sous mon balcon ? Georges Guétary est-il Robin des Bois ? Alain Souchon a-t-il dix ans ? Est-il carrément méchant ? Et est-il bidon ? Johnny Hallyday est-il l’idole des jeunes ?  Joseíto Fernández est-il un homme sincère ? Allain Leprest est-il nu ? Léo Ferré est-il un chien ? Michel Sardou est-il pour ? Serge Lama est-il malade ? Les Beatles sont-ils le morse ? Boris Vian est-il snob ? Johnny Hess est-il swing ? Claude Barzotti est-il rital ? Renaud est-il une bande de jeunes à lui tout seul ? Elíades Ochoa est-il charretier ? Robert Charlebois est-il reparti sur Québec Air ? Aznavour est-il un homme (oh, comme ils disent) ? Serge Gainsbourg est-il un homme (à tête de chou) ? Est-il poinçonneur ? Et est-il venu me dire qu’il s’en allait ? Daniel Balavoine est-il pas un héros ? Et est-ce qu’il s’appelle Henri ? Michel Polnareff ou William Sheller sont-ils fous de nous ? Claude François est-il mal aimé ? Bigflo et Oli sont-ils ?  Alors pourquoi ne chanteraient-ils pas des chansons de femmes ?

Mathieu Rosaz livre une belle contribution au débat, avant de reprendre Si la photo est bonne, de Barbara.

Mathieu Rosaz a bien raison : la chanson n’est pas simple à reprendre pour un homme. Mais pourquoi se l’interdire, car finalement, si l’interprète devait vraiment coller au personnage de la chanson, et bien pour chanter Si la photo est bonne, il faudrait non seulement être une femme, mais en plus être une authentique femme de président. Quelle idée ridicule, vous voyez Tante Yvonne chanter du Barbara ? Quoique …

 

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