Cayenne

Putain de métier 1/11
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Le jardin a déjà exploré l’image de divers groupes sociaux dans la chanson. Tout d’abord les Roms (ici), groupe le plus discriminé en France et en Europe. Leur image dans la chanson est pourtant excellente : les chansons vantant tel Gitan ou tel Manouche sont légion, à tel point que Le Gitan est devenu une sorte de personnage conventionnel qui permet d’évoquer beaucoup en peu de mots : liberté farouche, amitié, générosité, honneur, etc. Nous avons aussi évoqué les scientifiques, catégorie sociale parmi les plus favorisées, et dont l’image dans la chanson est presque systématiquement négative, voir ici. La chanson serait donc l’art d’inverser la réalité ? Miroir, contre-pied, contre-poids, le paradoxe est vieux comme la chanson réaliste.

Qu’en est-il de l’image de la prostituée dans la chanson ? C’est le thème de la série qui démarre aujourd’hui, et les chansons ne manquent pas. Encore une fois, on va voir que le lien avec la réalité est parfois distendu. Mais à la différence des Roms et des scientifiques dont l’image dans la chanson est nette et univoque, la situation est complexe : la chanson met en scène un véritable débat sur les prostituées. Sont-elles « filles de joie » vouées aux délices de l’amour, ou esclaves honteusement exploitées ? Le bordel est-il un lieu d’exotisme, d’abattage ou de raffinement ? Doit-on le regretter, voire même le célébrer comme lieu de haute culture (on a déjà passé une chanson là-dessus : Nos chères maisons, par Juliette Gréco, ici) ?

Pour commencer notre étude, on part des racines de la chanson réaliste, avec Cayenne, une chanson de Bruant qui raconte la vie d’un maquereau. La putain y est bien présente avec une image assez nette : elle est la compagne de l’Apache, en butte comme lui au mépris du « richard » en particulier et de la Société en général. Je vous en passe une reprise rock-punk par le groupe Parabellum.

Une version que j’aime bien, très punk aussi, par Sanseverino, qui se prend pour Jimi Hendrix le temps d’un mini-pont…

Parabellum omet le dernier couplet :

Sur la tombe on lira
Cette glorieuse phrase
Écrite par des truands
D’une très haute classe
Honneur à la putain
Qui m’a donné sa main
Si je n’étais pas mort
Je te baiserais encore !

Sinon, vous avez remarqué que Nina est la « reine des morue de la plaine Saint-Denis » ? Les parisiens s’attendraient plutôt à la rue Saint-Denis, haut lieu de prostitution. Mais vérification faite, c’est bien la plaine Saint-Denis, un quartier de la banlieue nord de Paris où on a construit le Stade de France et où on tourne des émissions de télé comme Loft Story, rien à voir avec la prostitution donc.  Le « petit cimetière près de la rue Saint-Martin », on le cherche encore.

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Bouché au réel ?

Petite géopolitique de Jacques Brel 13/13
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Dernier post de cette longue série sur la géopolitique chez Brel !! Avant de le quitter, mentionnons que sa vision du monde ne résiste pas toujours à la vérification factuelle. Par exemple, promenez-vous dans Amsterdam. Vous ne verrez pas tellement de marins qui naissent dans la chaleur épaisse des langueurs océanes ou qui dansent comme des soleils crachés. Comme noté par les gentils garçons du groupe Parabellum, qui vont jusqu’à traiter Brel de « bouché au réel » puis d' »abruti » dans leur version d’Amsterdam ! On ne leur en veut pas… Ilot Amsterdam par Parabellum.

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Los Carayos (ne demandez pas ce que ça veut dire)

La carrière de Manu Chao 2/6
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Après les Hot Pants, Manu Chao a participé à Los Carayos, une sorte de dream-team de la scène alternative parisienne de la fin des année 1980. Le groupe réunit outre Manu Chao, Schultz (plus connu comme chanteur et guitariste de Parabellum, on en reparle plus tard) et le célèbre multi-instrumentiste, François Hadji-Lazaro (les Garçons Bouchers,  Pigalle, …).

Los Carayos a la spécificité d’avoir écrit une chanson s’appelant Los Carayos, destinée à présenter Los Carayos au public de Los Carayos. On y trouve un mini-manifeste sur leurs influences (« De Nashville à Ménilmontos », le « os » étant là pour la rime mais aussi pour souligner l’influence hispanique), une appréciation objective (« C’est vraiment des bêtes les musiciens, C’est même les meilleurs du coin »), et bien d’autres chose que je vous laisse découvrir.

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