Yop la boum, tagada tsoin tsoin

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 10bis/13
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Dans un commentaire, Arnaud (internaute de l’Arbresle) nous propose l’expression « Yop’la boum, tagada tsoin tsoin ». On trouve Yop’la boum dans Prosper, chanson créée par Maurice Chevalier, déjà passée dans la série sur la prostitution ici. J’ai bien écouté, je n’entends pas tagada tsoin tsoin dedans, mais il y a peut-être d’autres versions …

On retrouve le tagada tsoin tsoin dans Ça c’est de la musique par Colette Renard.

Quant à l’origine de cette expression, je m’en remets à Georges Perec et son roman Un cabinet d’amateur. Ce merveilleux fatras labyrinthique raconte l’histoire d’un richissime américain d’origine allemande, collectionneur de tableaux berné par ses conseillers. Extrait :

La plupart de ces conseillers étaient allemands ou américains, peut-être par xénophobie ou chauvinisme, mais plus vraisemblablement pour des questions de langue ; de fait, on trouve parmi eux quelques Anglais (dont John Sparkes, qui rédigea l’excellent catalogue de la collection de peintures du collège de Dulwich), trois Suisses (Reinhardt Burckhardt, conservateur du musée de Bâle, qu’il ne faut pas confondre avec son cousin lointain Jakob, l’historien d’art ami de Nietzsche, le peintre bernois Lengacker, et le marchand zurichois Anton Pfann), mais seulement deux Italiens (Zannoni et le directeur de la revue Befana, Franco Veglioni), un Hollandais (Ernst Moes, directeur du cabinet des estampes au Rijks Museum) et un Français (Henri Pontier, alors chargé de cours à l’université d’Aix, mais qui allait devenir, sous le sobriquet de La Flanelle, un comique troupier extrêmement prisé : c’est de lui que daterait, encore que cette opinion soit aujourd’hui controversée, l’habitude de finir les chansons par « tagada tsoin tsoin »).

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L’ouchanpo

Ouchanpo – 1/5
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Connaissez-vous l’oulipo, ou OuLiPo ? C’est un mouvement littéraire (même si ses membres récusent cette appellation) fondé par l’écrivain Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais. Les oulipistes se proposent d’utiliser des contraintes formelles plus ou moins arbitraires, souvent mathématiques, dans des œuvres littéraires.  Par exemple écrire des palindromes (textes qu’on peut lire dans les deux sens comme « Esope reste ici et se repose »). Ça a produit des trucs plus ou moins foutraques, amusants ou pénibles, et de beaux livres de Georges Pérec. Oulipo veut dire « OUvroir de LIttérature POtentielle ».

Pourquoi se limiter à la littérature ? Les contraintes formelles iraient bien au plus ancestral des arts abstraits, la musique : c’est l’oumupo. Pour la peinture, c’est l’oupeinpo. L’esprit de généralisation propre aux mathématiques a rapidement conduit les oulipistes à la notion d’ouXpo. Il ne s’agit pas d’appliquer des contraintes formelles aux films pornographiques, le « X » doit être entendu ici comme l’inconnue des équations mathématiques, une variable qui ne demande qu’à être instanciée à une certaine valeur. Vous comprenez donc que pour X = « chanson », on arrive à l’ouchanpo, l’application de contraintes formelles plus ou moins bizarres à la chanson.

Je propose ici un travail anouchanpiste (« an » veut dire « analytique »). C’est-dire qu’on va analyser les contraintes formelles dans des chansons classiques. Je remets à plus tard le synthouchanpisme (« synth » veut dire « synthétique ») qui se propose d’inventer et d’appliquer des contraintes nouvelles. Disons à beaucoup plus tard, quand je serai vraiment désespéré de ne plus rien trouver pour ce blog, et après vous avoir fourgué les 5000 chansons de Pierre Delanoë traduites en japonnais.

On commence en douceur avec un peu de métrique : l’alexandrin, vers de douze pieds, est tout à fait célèbre, mais pas si commode en chanson, car un peu long. Le vers de trois pieds est beaucoup plus rare, mais on le trouve dans quelques chansons. On l’a déjà rencontré dans ce blog (qui saurait dire où ?)

Ici un autre exemple : La marguerite, de Georges Brassens, qui nous prouve une fois de plus qu’il était bon catholique. Après avoir chanté la messe en latin (ici), il nous rappelle en trois vers de trois pieds que l’espérance est l’une des trois vertus théologales. Une chanson marquée par la très sainte trinité donc.

« Notre Père,
Qui j’espère,
Êtes aux cieux […] »

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