Dutronc soixante-huitard

Les chansons de Mai 4/9
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Je vous ai proposé un sondage il y a quelque temps : quel est le chanteur le plus « soixante-huitard ». Évidemment, il n’y a pas de « bonne réponse », je vous donne la mienne : Jacques Dutronc. Écoutez plutôt. Sur le disque Il est cinq heures, sorti en mars 1968, on trouve L’augmentation, portrait satirique d’un délégué syndical lâche, qui se fait traiter de « fainéant » par son patron. La chanson se trouve à la croisée de bien des chemins : basculement du mouvement ouvrier dans des revendications plus individualistes, luttes vues comme un spectacle (« aujourd’hui je fais mon discours »)…

Et Fais pas ci, fais pas ça, critique de l’éducation traditionnelle, thème hautement soixante-huitard.

Et puis une autre chanson plus surprenante qu’on garde pour le prochain billet…

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La révolution d’Évariste

Les chansons de Mai 3/9
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Je n’ai eu qu’une seule réponse au sondage « quel est le chanteur le plus soixante-huitard ? « . Répondez, répondez !

Dans son témoignage du billet précédent, Renaud évoque « un jeune mec qui avec sa guitare chante une chanson qu’il venait d’écrire : La révolution« . Il s’agit d’Évariste (pour ceux qui en doutent, écoutez bien les paroles que chantonne Renaud, ça correspond parfaitement). La révolution, par Évariste, qu’on a déjà rencontré dans la série sur les scientifiques dans la chanson (ici).

Quelques années plus tard, Renaud a d’ailleurs chipé à Évariste cette idée de dialogue avec une voix d’enfant imitée dans Pourquoi d’abord.

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Crève salope

Les chansons de Mai 2/9
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Peut-être la chanson la plus authentique de Mai 68 : Crève salope, de Renaud. Chanson mythique, écrite sur un coin de table, dans un amphi de la Sorbonne occupée. Renaud avait 15 ou 16 ans (comment savoir : il est né un 11 mai !). Crève salope a eu un succès immédiat mais n’a jamais été enregistrée en studio.

Témoignage de Renaud à son propos :

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Les anarchistes

Les chansons de Mai 1/9
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Voici la troisième de nos séries sur Mai 68. Dans les deux premières (ici puis ici), on a vu toutes sortes de chansons, évoquant tel courant social ou telle doctrine politique. Beaucoup d’entre elles datent d’ailleurs d’avant 68, ce qui montre bien qu’il y avait « quelque chose dans l’air ». Mais que chantait-on vraiment en mai 68 ? Quelles sont les chansons de mai ?

Je vous propose d’abord Les anarchistes, de Léo Ferré, sortie en 1969 sur l’album L’été 68. Sur Wikipedia, je lis : « Cette chanson est interprétée pour la première fois par Léo Ferré sur la scène de la Mutualité le 10 mai 1968, le soir de la première nuit des barricades au Quartier latin de Paris. » J’aurais bien aimé voir ça …

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Le chat de Nougaro

Le chat 7/7
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Claude Nougaro, a aussi chanté une chanson qui s’appelle Le chat. La musique est de Lalo Schifrin (connu par exemple pour le générique de Mission impossible, déjà passé ici). Profitez-en pour aller voir la série du blog consacré aux compositeurs de Nougaro, ici.

« Ramina quoi ? » demande Nougaro. Probablement Raminagrobis, nom inventé par Rabelais, et surnom donné au chat dans plusieurs fables de La Fontaine. Par exemple, dans Le chat, la belette, et le petit lapin.

Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.

Nous avons donc écouté au total six chansons dont le titre est Le chat : par Biscotte, Téléphone, Pow Wow, Léo Ferré, Georges Chelon et Claude Nougaro. Et encore, je me suis limité aux bonnes chansons. Pour en finir avec ces chatteries, ma vidéo de chat préférée, Le petit bout de la queue du chat par Les Frères Jacques.

Cette série a été initiée par Mathilde et Romain, internautes de Paris 10è, merci à eux.

Je vous recommande la page Wikipedia Chat dans la musique.

Et je vous avoue : les statistiques du premier billet de la série étaient bidons, comme noté par Christelle, internaute de Villeurbanne. Le moteur de recherche de la Sacem est tellement nul qu’il m’a compté « Chateaubriand », « Chatty », « Château », etc dans les chansons de chats. Chut, ne le répétez pas à mes lecteurs…

Aucun chat n’a été maltraité durant l’écriture de cette série.

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Le chat de Baudelaire

Le chat 6/7
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En préparation de la prochaine série sur Mai 68 (qui commence très bientôt, juste après les chats), je lance aujourd’hui un sondage : quel est le chanteur le plus « soixante-huitard » selon vous ? Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chats.

Le plus beau portrait de chat, c’est bien sûr Le chat de Charles Baudelaire, titre commun à deux de ses poèmes (ici et ici). Il a aussi écrit Les chats, ici. Morceau choisi.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Je vous propose Le chat (deuxième version) de Baudelaire, mis en musique par Georges Chelon.

Léo Ferré s’y est aussi essayé (avec un peu moins de bonheur à mon humble avis).

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Le chat chez les classiques (Brassens et Rossini)

Le chat 5/7
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Georges Brassens a chanté les chats. Dans Brave Margot évidemment, ici chantée par Patachou.

Et dans P… de toi, déjà passée ici, où il donne la patte aux chats perdus jusqu’à ce qu’un félin frappe à sa porte. Je préfère Le testament, où les pires tourments sont promis aux fouetteurs de chats.

Qu’il boive mon vin, qu’il aime ma femme
Qu’il fume ma pipe et mon tabac
Mais que jamais – mort de mon âme
Jamais il ne fouette mes chats
Quoique je n’aie pas un atome
Une ombre de méchanceté
S’il fouette mes chats, y a un fantôme
Qui viendra le persécuter

Chanté par les Montain Men.

D’autres classiques que Brassens se sont attelés au chat. Nathalie Dessay et Camille chantent le Duo des chats de Gioachino Rossini.

Le même dans un scène très réussie du film La sentinelle d’Arnaud Desplechin.

Je vous propose aussi une composition de Camille (avec notamment des imitations intéressantes à la fin). Cats and dogs.

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Annonce très spéciale

Les annonces du mercredi

Tout d’abord, je m’excuse auprès de mes abonnés qui ont reçu un billet envoyé par erreur hier, ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Ce billet repassera dans le blog bientôt.

Je vous suggère ce jeudi 16 novembre à 18h10 de regarder Question Pour Un Champion sur France 3, il y a une surprise (pour ceux qui me connaissent). Auparavant vous pouvez lire deux billets que j’ai écrit sur cette émission que je connais un peu.

Tout d’abord un billet sur la prime à l’ignorance, où je montre comment on peut triompher de ses adversaire dans le sujet où on est le moins fort, en devinant par exemple l’équipe championne de France de rugby. Yeah, c’est cool ça. Ici.

Puis un billet prémonitoire, dans lequel j’imaginais quelqu’un qui croit s’y connaître en chanson française et qui échoue lamentablement à un questionnaire chanson au « 4 à la suite ». Pfff, si j’avais su, j’aurais écrit moins de bêtises. Ici.

Ensuite, écoutez cette chanson, et vous êtes parés pour bien profiter de l’émission (et constater que je n’en veux pas à Robert Charlebois). Je reviendrai à Montréal (et pas Je retournerai à Montréal, rhaaaaaa, zut).

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Chat sensuel, érotique et paillard

Le chat 4/7
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Le chat est souple, caressant, sensuel, ce dont les chansons des billets précédents tirent habilement parti. Et rappelez-vous ce passage de Colombine, adaptation par Brassens d’un poème de Verlaine, déjà passée ici :

Une belle enfant
Méchante
Dont les yeux pervers
Comme les yeux verts
Des chattes
Gardent ses appas
Et disent : « À bas
Les pattes ! »

Dans Under my thumb des Rolling Stone, qu’on a passé dans la série sur le sexisme, Mick Jagger compare sa petite amie à « a siamese cat of a girl » (ici). Le chat serait donc une métaphore misogyne. À l’occasion, il peut pourtant se faire matou, et rouler des mécaniques à la manière d’O’Malley dans Les Aristochats ou du chat de Pow Wow. Mais allons au-delà de ces vagues évocations pour aborder franchement le chat dans la chanson érotique ou paillarde.

Gainsbourg repousse les limites en disant à sa petite amie Bambou : « j’aime assez tes miaou-miaou » dans Love on the beat.

 

Dans la chanson paillarde, on s’étonnera peut-être de voir le sexe de l’homme (et non celui de la femme) comparé à un chat… Si, si ça existe, j’ai déniché ça à la suite de laborieuses documentations destinées à épater mes lecteurs. Écoutez bien, les Frères Jacques chantent La foire à Charenton (aussi appelée Tape ta pine) et l’organe viril est comparé à un cochon tout à la fin de la chanson. Tout à fait prémonitoire, quelques décennies avant le hashtag « balance ton porc ».

Mais, dans ce répertoire populaire, les paroles ne sont pas vraiment fixées. Sur le site paroles.net, dans la même chanson, toujours dans le dernier couplet, il est comparé à un chien, voir ici.

Sur paillardes.com, c’est un accordéon, voir ici.

Mais sur paipai.free, c’est enfin un chat, voir ici ! Rhâââ, j’ai trouvé. La théorie du genre est enfin validée : un chat peut être masculin (comme organe de genre s’entend, ou comme genre d’organe si vous préférez).

Ce réactionnaire de Boby Lapointe rétablit le langage dans un ordre genré plus classique. Embrouille minet, chanson qui parle du chat « pas repu de si peu » d’une « fillette comblée de bonheur ».

Pour finir, un conseil pour la vie de couple : faites comme Jean-Pierre Marielle, appelez votre chérie « ma petite chatte », ça marche à tous les coups.

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Le chat revient

Le chat 3bis/7
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À propos du Chat de la voisine, chanté par Yves Montand, Pierre Delorme m’écrit :

Le chat de la voisine est de René Lagary et Philippe Gérard, ils sont derrière un rideau plus opaque, celui de l’oubli !

Effectivement, je ne mets pas toujours les auteurs des chansons que je passe. Je me suis un peu documenté du coup : le parolier René Lagary semble surtout connu pour Le chat de la voisine. Sur les 11 documents le concernant recensés sur le site de la BNF, 6 concernent Le chat de la voisine, les autres étant aussi des chansons sur une musique de Philippe Gérard. Ce dernier a été bien plus prolifique, avec de nombreuses compositions, comme La chansonnette, ici chantée par Lambert Wilson.

 

Un internaute anonyme et sibyllin me signale dans un commentaire The cat came back, que j’ai n’ai pas pensé à mettre dans la série sur Les chats. Sur Wikipedia, j’apprends qu’il s’agit d’une chanson de 1893 due à Harry S. Miller ! Sa version version française par Steve Waring, Le matou revient, a connu un grand succès.

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