Un ivrogne appelé Brel

Vin, alcool et ivrognerie 3

Jacques Brel nous a gratifiés de trois chansons avinées. Une pathétique, une comique, et une chanson à boire. À savoir respectivement L’ivrogne, Parfaitement à jeun et Ça sent la bière. Je vous passe L’ivrogne.

Sinon, je me demande qui était le premier artiste alcoolique. Non pas un qui, par coïncidence, serait à la fois artiste et alcoolique. Je veux dire un dont le génie procède de la déchéance et réciproquement. Je vote pour Gérard de Nerval, dont la descendance est prodigieuse, du Cercle des hydropathes au « sex drug and rock’n roll » en passant par Verlaine, Dimey et Gainsbourg. Vous noterez que l’avènement de l’artiste maudit, alcoolique ou drogué, est concomitante de celle du romantisme, qui exaltait les paysages parsemés de ruines. Concomitant aussi du début de la révolution industrielle. L’augmentation des rendements permet de diffuser plus largement le vin, que l’on peut boire pur et non plus coupé d’eau. L’alcool : l’une des drogues les plus dures selon de nombreuses études médicales, et qui permet de supporter le monde nouveau. Le travail, plaie des classes qui boivent comme disait Oscar Wilde.

Petit piqueton de Mareuil,
Plus clairet qu’un vin d’Argenteuil,
Que ta saveur est souveraine !
Les Romains ne t’ont pas compris
Lorsqu’habitant l’ancien Paris
Ils te préféraient le Surène.

Ta liqueur rose, ô joli vin !
Semble faite du sang divin
De quelque nymphe bocagère ;
Tu perles au bord désiré
D’un verre à côtes, coloré
Par les teintes de la fougère.

Tu me guéris pendant l’été
De la soif qu’un vin plus vanté
M’avait laissé depuis la veille ;
Ton goût suret, mais doux aussi,
Happant mon palais épaissi,
Me rafraîchit quand je m’éveille.

Eh quoi ! si gai dès le matin,
Je foule d’un pied incertain
Le sentier où verdit ton pampre !…
– Et je n’ai pas de Richelet
Pour finir ce docte couplet…
Et trouver une rime en ampre
.

Gérard de Nerval.

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Gérard de Nerval

La chanson, art majeur ou art mineur VII. Été 2019, chaque jour un poète, 18/68
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C’est l’été 2019, chaque jour un poète. Aujourd’hui Gérard de Nerval, né en 1808.

Hélène Triomphe (sans certitude) nous chante Le relais.

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Telle est la question sinusoïdale de l’anachorète hypocondriaque

Paroles cryptiques 8/9
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Pas question de quitter le thème des paroles cryptiques sans une petite blague… car le genre se prête naturellement à la parodie, Léo Ferré et Arthur Rimbaud ne nous en voudront pas. Vice et Versa, par Les Inconnus.

Au fait, je sais que ce blog est suivi par quelques internautes dont le français n’est pas la langue maternelle. Je leur propose un exercice difficile : chercher les nombreuses fautes de français glissées volontairement dans les paroles de la chanson du jour !

Sinon, j’ai peut-être dit un peu vite dans le dernier post que la poésie abstraite, ou hermétique n’avait pas d’exemple avant Rimbaud. Il y a eu Gérard de Nerval avant lui et son « épanchement du songe dans la vie réelle » (citation trouvée ici). Mais ça reste un cran en dessous de Rimbaud (en terme de « dérèglement de tous les sens »). El Desdichado, de Gérard de Nerval :

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phœbus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

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