Allain Leprest

La chanson, art majeur ou art mineur VII. Été 2019, chaque jour un poète, 68

C’est l’été 2019, chaque jour un poète. Aujourd’hui, le dernier de la série, Allain Leprest, né en 1954.

Jean-Sébastien Bressy nous chante Pauvre Lélian, chanson sur la vie de Paul Verlaine, poète dont les paroliers aiment à citer le nom (voir ici la série consacrée à ce phénomène). Sur une musique de Romain Didier.

Une autre, Rimbaud, par Allain Leprest sur une musique de Francis Lai.

Et voilà, la plus longue série du blog se termine aujourd’hui. « Tout le reste, c’est garniture ».

Tous les thèmes

Francis Carco

La chanson, art majeur ou art mineur VII. Été 2019, chaque jour un poète, 43

C’est l’été 2019, chaque jour un poète. Aujourd’hui Francis Carco, né en 1886.

Valérie Ambroise nous chante Il pleut (au Petit conservatoire de Mireille).

La chanson la plus connue de Carco est peut-être Le doux caboulot. Par Jean Sablon.

Parolier connu donc, au point que dans le cœur de Jean-Roger Caussimon, « y’a des rengaines dont les rimes incertaines se prenaient pour du Verlaine, du Bruant ou du Carco ». Soit. Tout ceci n’empêche pas certains sites de le confondre avec le sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux ! Voir ici.

Tous les thèmes

Paul-Jean Toulet

La chanson, art majeur ou art mineur VII. Été 2019, chaque jour un poète, 29

C’est l’été 2019, chaque jour un poète. Aujourd’hui Paul-Jean Toulet, né en 1867.

Voilà, encore un poète dont je n’ai trouvé aucune mise en musique. Toulet est pourtant si léger et délicat, ce serait mignon. Il n’est pas très célèbre, mais il a son fan-club inconditionnel, avec par exemple Jorge-Luis Borges, qui le tenait, à égalité avec Verlaine, pour le plus grand poète français (et puis moi). À défaut de chanson, je vous propose une lecture.

Tous les thèmes

Paul Verlaine

La chanson, art majeur ou art mineur VII. Été 2019, chaque jour un poète, 25

C’est l’été 2019, chaque jour un poète. Aujourd’hui Paul Verlaine, né en 1844.

Christine Sèvres nous chante Âme te souvient il ?, sur une musique de Léo Ferré.

Le Jardin a déjà consacré toute une série à un phénomène étrange : pourquoi Paul Verlaine est-il le poète dont le nom est le plus souvent mentionné dans des chansons ? Voir ici.

Tous les thèmes

Béranger

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 8/16
1234567899bis10111213141516

Nous voilà au XIXè siècle. La question des mérites comparés de la grande poésie et de la chanson populaire a déjà une longue histoire. Elle a commencé au XVIIè, siècle classique, siècle de l’art de cour et des règles. L’art de cour est par nature élitiste, mais les règles sont communes, et portent donc en elles le germe d’un art « majeur » et populaire, ou au moins partagé. La controverse connait un premier revirement au XVIIIè siècle, où les philosophes louent « les chansons villageoises préférables à nos plus savantes compositions », voir les billets précédents.

Au XIXè siècle, la poésie se porte bien à nouveau grâce aux romantiques, c’est le grand siècle des poètes : Lamartine, Hugo, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Heredia, etc. En parallèle, la célébration de la Chanson atteint son point culminant avec le véritable culte voué à Pierre-Jean de Béranger, aujourd’hui considéré comme un poète tout à fait mineur. Voilà ce qu’on peut lire à son propos dans le Cours familier de littérature de Lamartine :

Souvent il était interrompu par quelques noces, de paysans ou d’ouvriers qui venaient passer leur journée de miel dans les guinguettes de Neuilly qui le reconnaissaient sous son chapeau de feutre gris et sous sa redingote couleur de muraille.

Ils se rangeait respectueusement et se chuchotaient l’un à l’autre le nom du Père la joie, comme disent les Arabes ; ils levaient leur chapeau et criaient quand il avait passé : Vive Béranger !

Béranger se retournait, leur souriait d’un sourire moitié attendri, moitié jovial. « Merci mes enfants ! merci leur disait-il; amusez-vous bien aujourd’hui, mais songez à demain. Chantez une de mes chansons puisqu’elles vous consolent, mais surtout suivez ma morale : le bon Dieu, le travail et les honnêtes gens. »

Ces scènes se renouvelaient pour lui à chaque promenade que nous faisions ensemble. Il y avait autant de couplets de Béranger chantés que de verres de vin versés dans les jours de fête de ce pauvre peuple. Combien de fois moi-même, dans des réunions d’un ordre moins plébéien, à la campagne avec le riche cultivateur, le curé, le notaire, le médecin, l’officier en retraite groupés autour d’une table rustique à la fin du jour, combien de fois n’ai-je pas entendu le coryphée libéral du canon entonner au dessert d’une voix chevrotante, la chanson du Dieu des bonnes gens, du Vieux Sergent, de la Bonne Vieille, tandis que la table tout entière répétait en chœur, excepté moi, le refrain aviné, et qu’une larme d’enthousiasme mal essuyée sur la manche du vieil uniforme tombait entre la poire et la noix dans le verre du vétéran !… Béranger, pour ces ouvriers, n’était réellement plus un homme ; c’était un ménétrier national dont chaque coup d’archet avait pour cordes les cœurs de trente millions d’hommes exaltés ou attendris.

Grandiose, comme il nous manque. Aznavour ou Johnny, c’est du pipi de chat à côté, je demande qu’on privatise leurs funérailles nationales, ils ne les méritaient pas. En ce grand siècle de la bêtise bourgeoise, il faut aller chez Flaubert pour trouver le début de la réaction à Béranger. Lettre à Mlle Leroyer de Chantepie, Croisset, le 4 novembre 1857.

Vous me parlez de Béranger dans votre dernière lettre. L’immense gloire de cet homme est, selon moi, une des preuves les plus criantes de la bêtise du public. Ni Shakespeare, ni Goethe, ni Byron, aucun grand homme enfin n’a été si universellement admiré. Ce poète n’a pas eu jusqu’à présent un seul contradicteur et sa réputation n’a pas même les taches du soleil. Astre bourgeois, il pâlira dans la postérité, j’en suis sûr. Je n’aime pas ce chansonnier grivois et militaire. Je lui trouve partout un goût médiocre, quelque chose de terre à terre qui me répugne. De quelle façon il parle de Dieu ! et de l’amour ! Mais la France est un piètre pays, quoi qu’on dise. Béranger lui a fourni tout ce qu’elle peut supporter de poésie. Un lyrisme plus haut lui passe par-dessus la tête. C’était juste ce qu’il fallait à son tempérament. Voilà la raison de cette prodigieuse popularité. Et puis, l’habileté pratique du bonhomme ! Ses gros souliers faisaient valoir sa grosse gaieté. Le peuple se mirait en lui depuis l’âme jusqu’au costume.

En 1857, un procès est intenté à Charles Baudelaire, pour l’immoralité de son recueil Les fleurs du mal. Flaubert, qui a subi quelques mois auparavant un procès similaire contre Madame Bovary, conseille à Baudelaire de se prévaloir de Béranger pour sa défense ! Lettre à Charles Baudelaire, le 23 Août 1857, Croisset.

Mon cher ami,

[…] Tenez-moi au courant de votre affaire, si ça ne vous ennuie pas trop. Je m’y intéresse comme si elle me regardait personnellement. Cette poursuite n’a aucun sens. Elle me révolte.
Et on vient de rendre des honneurs nationaux à Béranger ! à ce sale bourgeois qui a chanté les amours faciles et les habits râpés !
J’imagine que, dans l’effervescence d’enthousiasme où l’on est à l’encontre de cette glorieuse binette, quelques fragments de ses chansons (qui ne sont pas des chansons, mais des odes de Prud’homme), lus à l’audience, seraient d’un bel effet. Je vous recommande Ma Jeanneton, la Bachante, la Grand’mère, etc. Tout cela est aussi riche de poésie que de morale. – Et puisqu’on vous accuse, sans doute, d’outrages aux moeurs et à la religion, je crois qu’un parallèle entre vous deux ne serait pas maladroit. Communiquez cette idée (pour ce qu’elle vaut ?) à votre avocat.
Voilà tout ce que j’avais à vous dire, et je vous serre les mains.
À vous.

Je vous passe La Grand’mère, de Béranger donc. Effectivement je ne vois pas très bien en quoi c’est plus moral que Baudelaire.

 

Allez, encore un peu de Flaubert, c’est addictif. Et puis qui d’autre que lui imaginerait un hamac en plume de colibri… Notez aussi que Flaubert sous-entend que Béranger serait « de grand talent ».

Lettre à Louise Collet, Rouen, le 11 janvier 1847.

C’est pr cela que je suis toujours prévenu contre Béranger avec ses amours dans les greniers et son idéalisation du médiocre. Je n’ai jamais compris que dans un grenier on fût bien à vingt ans. et dans un palais sera-t-on mal ? Est-ce que le poète n’est pas fait pr nous transporter ailleurs ? je n’aime pas à retrouver l’amour de la grisette, et la loge du portier et mon habit râpé là où je vais pr oublier tout cela – Que les gens qui sont heureux là-dedans s’y tiennent, mais donner ça comme du beau, non, non. j’aime encore mieux rêver, dussé-je en souffrir, des divans de peau de cygne et des hamacs en plume de colibri.

[…]

On a fait l’éloge de Béranger dans presque tous les discours. Quel abus on en fait de ce bon Béranger ! Je lui garde rancune du culte que les esprits bourgeois lui portent. il y a des gens de gd talent qui ont la calamité d’être admirés par de petites natures. Le bouilli est désagréable surtout parce que c’est la base des petits ménages – Béranger est le bouilli de la poésie moderne – tout le monde peut en manger et trouve ça bon.

Béranger apparaît aussi à plusieurs reprises dans les romans de Flaubert. À propos de Charles Bovary, jeune étudiant en médecine, avant qu’il n’épouse Emma. J’aime bien la description si concise du peu d’immatériel concédé à ce bon bougre : « … s’enthousiasma pour Béranger, sut faire du punch et connut enfin l’amour. » (connut l’amour, probablement au boxon, je pense qu’à l’époque, ce n’était même pas la peine de le préciser).

Naturellement, par nonchalance, il en vint à se délier de toutes les résolutions qu’il s’était faites. Une fois, il manqua la visite, le lendemain son cours, et, savourant la paresse, peu à peu, n’y retourna plus.

Il prit l’habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S’enfermer chaque soir dans un sale appartement public, pour y taper sur des tables de marbre de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté, qui le rehaussait d’estime vis-à-vis de lui-même. C’était comme l’initiation au monde, l’accès des plaisirs défendus ; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle. Alors, beaucoup de choses comprimées en lui, se dilatèrent ; il apprit par cœur des couplets qu’il chantait aux bienvenues, s’enthousiasma pour Béranger, sut faire du punch et connut enfin l’amour.

À propos de Dussardier, personnage secondaire de l’Éducation sentimentale. Dussardier est peut-être le seul personnage positif de tout ce long roman, le seul honnête, généreux et le seul courageux en tout cas. Mais cet ouvrier est perméable à la bêtise bourgeoise, symbolisée par un portrait de Béranger, déité suprême d’une sorte d’autel naïf consacré au mauvais goût de l’époque. Le passage ci-dessous décrit les préparatifs du « bon commis » afin de bien recevoir ses amis bourgeois ou étudiants. « Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois » disait Flaubert.

Dussardier, trois jours d’avance, avait ciré lui-même les pavés rouges de sa mansarde, battu le fauteuil et épousseté la cheminée, où l’on voyait sous un globe une pendule d’albâtre entre une stalactite et un coco. Comme ses deux chandeliers et son bougeoir n’étaient pas suffisants, il avait emprunté au concierge deux flambeaux ; et ces cinq luminaires brillaient sur la commode, que recouvraient trois serviettes, afin de supporter plus décemment des macarons, des biscuits, une brioche et douze bouteilles de bière. En face, contre la muraille tendue d’un papier jaune, une petite bibliothèque en acajou contenait les Fables de Lachambeaudie, les Mystères de Paris, le Napoléon, — de Norvins, — et, au milieu de l’alcôve, souriait, dans un cadre de palissandre, le visage de Béranger !

Une chanson de Béranger, très morale, Les cinq étages, par Germaine Montero.

Un de ses plus grands succès, Le vieux drapeau. Par Isabelle Druet, Jean-François Novelli.

Gaël Liardon nous chante Le bon Dieu, de Pierre-Jean de Béranger

Tous les thèmes

Les poncifs transversaux

La chanson, art majeur ou art mineur II. Du poncif en chanson, 11/12
123456789101112

Avant de conclure cette série sur le poncif, je voudrais évoquer ces grands mythes qui traversent toute la chanson. On a déjà consacré des séries au gitan, à la putain, au scientifique, au blues et à Verlaine, cinq magnifiques allégories. Il y aussi le mot « société », et les déflorations juvéniles, deux sujets typiques de la variété des années 1970.  Et puis Paris, mythe géant, mythe aux mille facettes… et la java… on en parlera dans de prochaines séries. Beaucoup d’autres sans aucun doute.

Leur côté conventionnel est bien pratique. Vous voulez évoquer la liberté farouche, l’aventure et l’honneur ténébreux ? Hop, un gitan, ça économisera de laborieuses explications, tout le monde connait. Voir la série sur les roms dans la chanson.

Vous voulez faire croire que vos rimes balourdes ont la légèreté du vent ?  Hop, écrivez « Verlaine » dans vos paroles, tout le monde croira que le maitre de la chanson grise soluble dans l’air aurait adoré vos couplets. Voir la série sur le nombre incroyable de chansons mentionnant le nom de Verlaine.

Vous prétendez à l’aura de l’Homme qui s’y connaît en Femme, en affectant un air à la fois profond, paternaliste et canaille ? Hop, écrivez une chanson-sur-les-putains. Mais surtout, dites exactement le contraire de la dernière chanson entendue sur le sujet. C’est la loi du genre chanson-sur-les-putains, espace de débat et non de communion. Voir la série sur la prostitution et la chanson.

Vous rêvez d’une chanson dépositaire d’une tradition ancestrale, populaire, authentique et rebelle ? Dont les harmonies ne soient pas souillées par les ratiocinations de notre civilisation criminelle ? Et qui en plus fasse étalage de vos états d’âmes (qui intéressent bien sûr tout le monde) ? Et oui, tout ça à la fois. C’est possible. Écrivez simplement dans les paroles que c’est du « blues », surtout si ça n’en est pas. Parce que si c’en est, pourquoi le dire ? Voir la série consacrée aux bluesmen français.

Et si pris d’un remord, vous préférez inscrire votre chanson dans la droite descendance de vos ancêtres gaulois, mettez « java » dans le titre, elle sentira fort le saucisson et le camembert (la série sur ce sujet est en préparation).

Pas besoin de mode d’emploi, tout le monde comprendra très vite. Ça tombe bien, une chanson ne dure que trois minutes. Je vous en remets quelques-unes sur les gitans.

Mon pote le gitan, par Barbara

De plous en plous fort, Les gitans, par Dalida.

Certains prennent le contre-pied des poncifs. Mais si les poncifs n’existaient pas, de quoi prendraient-ils le contre-pied ces ingrats ? Prière bohémienne, de Félix Leclerc (qui fait son apparition dans le blog au 713è billet, quelle injustice de traiter comme ça le pionnier du guitare/voix…).

Tous les thèmes

Brel et le poncif

La chanson, art majeur ou art mineur II. Du poncif en chanson, 3/12
123456789101112

On peut imaginer un bon roman ou une bonne poésie sans aucune image toute faite. C’est même une condition nécessaire diront certains. Mais une chanson ? Ça n’irait pas, ce ne serait plus une chanson. Elle doit être comprise de tous en quelques minutes seulement, et ce dès la première écoute. Ça ne peut marcher que si l’auditeur en connaît déjà quelque chose. Le mieux, c’est encore qu’il la connaisse par cœur. Mais il est malaisé d’écrire une chanson que le public connaisse d’emblée par cœur… À défaut, l’écriture doit recourir à des phrases toute faites, des idées convenues, divers poncifs mélodiques ou harmoniques, le contraire de l’art donc. On l’a vu avec la musique dans les deux billets précédents. On aborde maintenant les paroles.

La variété de bas étage se vautre évidemment dans le poncif sans aucune retenue, réécoutez Frank Michael dans la dernière série par exemple. Mais quand on analyse un peu la chanson à prétentions artistiques, dite « de qualité », ou poétique, on découvre que plusieurs grands paroliers entretiennent un rapport original au poncif. Par exemple Georges Brassens truffait ses chansons d’expressions toute faites, mais qu’il détournait ou retournait avec humour et originalité. Ceci fera l’objet d’une série à part (très bientôt). Pour ce premier tour d’horizon, on commence par Brel.

Jacques Brel n’avait pas de prétention à la poésie, ou du moins le prétendait-il. À la RTB en 1971 :

Si je lisais chaque soir Rimbaud, Baudelaire et Verlaine, si j’écoutais sans cesse Ravel, Fauré et Debussy, je n’écrirais plus une note, plus un mot. Quand je lis Baudelaire, je comprends tout ce que j’ai raté.

Quand on lui demandait pourquoi il ne se considérait pas comme un poète, il répondait « parce que je n’y crois pas » (on comprend sa fascination pour le parangon de qui-y-croit : Don Quichotte…).

Jacques Brel a pourtant développé une écriture originale et efficace, en renonçant quasiment à la métaphore pour se jeter tout entier dans les bras de cette figure de style du quotidien : la métonymie. On reparlera de ça dans une autre série, c’est hors-sujet aujourd’hui. Retenons que son écriture utilise assez peu la phrase toute faite ou la rime facile. Du côté de la musique, ses premières chansons, assez banalement composées à la guitare sur des suites d’accords qui viennent toute seules, ont laissé place à des compositions plus savantes de François Rauber ou Gérard Jouannest.

Dans ses textes, pour bénéficier des avantages du poncif (accrocher l’auditeur) sans en payer le prix, Brel recourt souvent à un procédé qu’on a aussi vu chez le parolier Pierre Delanoë : placer ses chansons dans un arrière-plan géographique convenu, qui permet à l’auditeur de s’y retrouver. Mais chez Delanoë, cet arrière-plan est le miroir exact des idées toute faites de l’époque, voir la série qu’on lui a consacré, ici. Tandis que chez Brel, il est déformé pas ses obsessions (femmes, aventure, vieillesse, etc), en bref, brelisé. Voir la série qu’on a consacrée à la géographie brélienne. Ici.

Plus belle illustration, Mon enfance.

Autodérision géographique dans Knokke-le-Zoute tango.

Tous les thèmes

La solitude

L’énigme ALF 1/9
12345677bis89

Aujourd’hui, truc préféré de nombreux de nombreux lecteurs du blog : on commence une énigme sur le Jardin aux Chansons ! Comme souvent, il faut deviner le lien secret reliant les différentes chansons qui passeront les prochains jours. La première, c’est La solitude, de Barbara.

Vous avez peut-être remarqué que la chanson parle incidemment de Verlaine, phénomène étrangement courant en chanson, auquel on a déjà consacré une série, voir ici. Mais ça n’a rien à voir avec la solution de l’énigme.

J’ajoute que l’idée de l’énigme a été évoquée dans des échanges avec mes plus fidèles lecteurs, il trouveront donc la solution tout de suite… S’il vous plait, laissez les autres chercher, ou mieux, puisque vous savez de quoi il s’agit, proposez des chansons comme indice !

Tous les thèmes

 

Claude Nougaro n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 1/8
11bis233bis44bis5677bis8

Nous démarrons un jeu de piste pour Noël, en quête d’un mythe de la chanson française. Elle n’en manque pas, le Jardin aux chansons qui bifurquent en a déjà abordé quelques-uns. Comme le Gitan (voir ici) : libre et farouche. Puisse sa liberté libérer notre chanson. Et puisse notre chanson nous faire gagner l’amitié si précieuse et redoutable du manouche.

Ou encore Verlaine (voir ici). On glisse son nom dans des paroles plus que celui d’aucun autre poète. On implore sa légèreté, on la supplie de dissoudre dans l’air notre chanson grise… Ça marche des fois. On a abordé des mythes d’importance moindre comme Jean-Sébastien Bach (ici), la « société » (ici), ou les scientifiques (ici).

D’accord, tout ceci est bien mythique. Mais quel style de musique est mythique ? Le menuet ? Non, Johnny Hallyday n’a pas écrit « toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du menuet ». La sonate ? Non, dans Starmania, il n’y a pas de Sonate du businessman. L’oratorio ? Non, Michel Jonasz n’a pas écrit « Enfant noir, femme de Toulouse, tous ceux qui chantent I was born to loose, on est des joueurs d’oratorio ». La fugue ? Non, Henri Salvador et Boris Vian n’ont pas écrit une Fugue du dentiste. L’opéra ? Non, Eddy Mitchell n’a pas chanté le Lèche-bottes opéra.

Vous l’avez compris, ce genre mythique, c’est bien sûr le blues. Un seul autre style peut lui être comparé (comme grand mythe de la chanson française s’entend) : la java.

Le blues et la java : je pense que ce sont les deux styles musicaux les plus souvent cités dans les paroles de chansons, voire même dans les titres de chansons… Deux pôles opposées. La java, c’est une référence purement nationale, une sorte de camembert originel franchouillard, à la fois paradis perdu et destination fatale d’un perpétuel retour aux sources. On parlera de java une autre fois, car là, on s’intéresse au blues.

Le blues est pour la chanson française un élément à la fois étranger, amical, authentique et pur, un art mineur qui ensemence un autre art mineur (la chanson française) pour le magnifier. Écoutez, c’est dit presque explicitement dans la chanson d’aujourd’hui. Claude Nougaro, Bleu, blanc, blues.

Mais je vous avais promis un jeu de piste, et je ne fais que parler… Le voilà : on cherche le plus grand bluesman français. C’est qui ?

Monsieur Nougaro, ce n’est pas vous, parce que Bleu, blanc, blues, ce n’est pas du blues, tout simplement. Sinon vous seriez sûrement le plus grand bluesman français. Sinon, voilà du blues. Big Bill Broonzy, In the evening (when the sun goes down).

Tous les thèmes

Chat sensuel, érotique et paillard

Le chat 4/7
1233bis4567

Le chat est souple, caressant, sensuel, ce dont les chansons des billets précédents tirent habilement parti. Et rappelez-vous ce passage de Colombine, adaptation par Brassens d’un poème de Verlaine, déjà passée ici :

Une belle enfant
Méchante
Dont les yeux pervers
Comme les yeux verts
Des chattes
Gardent ses appas
Et disent : « À bas
Les pattes ! »

Dans Under my thumb des Rolling Stone, qu’on a passé dans la série sur le sexisme, Mick Jagger compare sa petite amie à « a siamese cat of a girl » (ici). Le chat serait donc une métaphore misogyne. À l’occasion, il peut pourtant se faire matou, et rouler des mécaniques à la manière d’O’Malley dans Les Aristochats ou du chat de Pow Wow. Mais allons au-delà de ces vagues évocations pour aborder franchement le chat dans la chanson érotique ou paillarde.

Gainsbourg repousse les limites en disant à sa petite amie Bambou : « j’aime assez tes miaou-miaou » dans Love on the beat.

 

Dans la chanson paillarde, on s’étonnera peut-être de voir le sexe de l’homme (et non celui de la femme) comparé à un chat… Si, si ça existe, j’ai déniché ça à la suite de laborieuses documentations destinées à épater mes lecteurs. Écoutez bien, les Frères Jacques chantent La foire à Charenton (aussi appelée La foire à Besançon ou Tape ta pine) et l’organe viril est comparé à un cochon tout à la fin de la chanson. Tout à fait prémonitoire, quelques décennies avant le hashtag « balance ton porc ».

Mais, dans ce répertoire populaire, les paroles ne sont pas vraiment fixées. Sur le site paroles.net, dans la même chanson, toujours dans le dernier couplet, il est comparé à un chien, voir ici.

Sur paillardes.com, c’est un accordéon, voir ici.

Mais sur paipai.free, c’est enfin un chat, voir ici ! Rhâââ, j’ai trouvé. La théorie du genre est enfin validée : un chat peut être masculin (comme organe de genre s’entend, ou comme genre d’organe si vous préférez).

Ce réactionnaire de Boby Lapointe rétablit le langage dans un ordre genré plus classique. Embrouille minet, chanson qui parle du chat « pas repu de si peu » d’une « fillette comblée de bonheur ».

Pour finir, un conseil pour la vie de couple : faites comme Jean-Pierre Marielle, appelez votre chérie « ma petite chatte », ça marche à tous les coups.

Tous les thèmes