Les grands de la chanson

L’homosexualité en chanson 13/15
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Aujourd’hui, on examine l’homosexualité chez les « grands » de la chanson française. Je n’ai rien trouvé chez Léo Ferré ou Barbara. Dans les chansons de Charles Trenet, qui était lui-même homosexuel, je n’ai rien trouvé non plus. Chez Brel, l’homosexualité est simplement un sujet de moquerie, comme dans la version de 1967 des Bonbons (voir ici).  Dans la Chanson de Jacky (déjà passée ici), Brel s’imagine vendant :

Du whisky de Clermont-Ferrand,
De vrais pédés, de fausses vierges.

Pour trouver un précurseur, il faut comme toujours chercher du côté de Brassens. Dans l’une de ses premières chansons, Le gorille, l’homosexualité est considérée comme une faute de goût (mais ni comme un crime ni quelque chose d’anormal ou ridicule). Elle n’est nullement efféminée d’ailleurs, tous les gorilles vous le diront.

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l’amour vaut son prix
On sait qu’en revanche il ne brille
Ni par le goût, ni par l’esprit
Lors, au lieu d’opter pour la vieille
Comme l’aurait fait n’importe qui
Il saisit le juge à l’oreille
Et l’entraîna dans un maquis
Gare au gorille

Dans Les copains d’abord, il précise que les dits copains ne sont pas « des gens Sodome et Gomorrhe ». Dans Le moyenâgeux, il avoue :

J’eusse aimé le corps féminin,
Des nonnettes et des nonnains
Qui en ces jolis temps bénis
Ne disaient pas toujours nenni.

Mais « nonnain » n’est pas un masculin de nonne, c’est un nom féminin, qui désigne une nonne !

Évocation la plus intéressante selon moi : dix ans avant Comme ils disent d’Aznavour, Brassens aborde l’homosexualité sous un angle assez décomplexé, sans jugement et sans trop de caricature, dans Trompettes de la renommée, en 1962. Conformément à sa morale habituelle, Brassens ne juge pas (voir ici).

Sonneraient-elles plus fort, ces divines trompettes,
Si, comme tout un chacun, j’étais un peu tapette,
Si je me déhanchais comme une demoiselle
Et prenais tout à coup des allures de gazelle ?
Mais je ne sache pas qu’ça profite à ces drôles
De jouer le jeu d’ l’amour en inversant les rôles,
Ça confère à leur gloire une once de plus-value,
Le crime pédérastique, aujourd’hui, ne paie plus.

 

Notons que Brassens s’inclut dans le nombre des homosexuels (potentiels), ainsi que « tout un chacun », un peu comme dans La complainte des filles de joie avec les fils de pute (au sens propre du terme) : « Il s’en fallait de peu mon cher // que cette putain ne fût ta mère ». Vous pouvez aussi vous délecter de S’faire enculer, un texte paillard et politique que Brassens n’a jamais enregistré, mis en musique et chanté par Jean Bertola.

Si ça vous a plu, regardez ça.

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Je veuze un État

L’énigme CPV 9/9
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Avant de quitter les pataquès, avis aux chanteurs en herbe : une petite faute de liaison peut gâcher les plus belles chansons. Par exemple, si vous chantez comme ça Il n’y a pas d’amour heureux (Aragon/Brassens), le four est garanti.

Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure,
Je te porte-z-en moi comme un oiseau blessé
Et ceux sans savoir, nous regarde passer
Répétant-z-après moi, les mots que j’ai tressé-EUH,
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent,
Il n’y a pas d’amour-z-heureux.

Parfois, c’est plus subtil. Dans Les copains d’abord de Georges Brassens encore, on a vite fait de chanter : « Cent ans-t-après coquin de sort, il manquait encore ». D’autant que « t-après » est plus percussif que « z-après » et produit des paroles plus efficaces.

Je pense que plusieurs fautes de l’énigme, volontaires ou non, viennent de là : les « doux mots dits-t-avec les yeux » de Lucienne Delyle, le bazar qu’on avait « mis-t-aux enchères » de Barbara, le lit qui ne « vient pas-t-à moi » de Brel,  les « joujoux pas-t-à toi » des Têtes raides : voilà de quoi améliorer le rythme de ses paroles pour moins cher qu’une paire de claves.

Les fausses liaisons avec un « z », ça produit plutôt un effet comique (volontaire ou non, je vous laisse voir…). Comme le « coucha-z-avec son remplaçant » chez Brassens, « y a-z-encore » chez Mac-Nab, « te voilà-z-éparpillé » chez Le soldat Moralès, plumes de z-oiseaux » chez Zizi Jeanmaire ou « j’étais venue-z-en Avignon » chez Angèle Lombard.

Pour conclure, je vous propose un magnifique exemple (en chanson) de ce qu’on appelle une liaison sans enchaînement. Il s’agit d’une variante du pataquès, assez répandue chez les journalistes ou les politiciens, et qui consiste à marquer la liaison avec une pause avant le mot auquel elle est sensée s’enchaîner. Par exemple Jacques Chirac qui disait « Quand on veut-te, on peut-te ». Et même en chanson, « je veux-ze … un État » !

Jacques Chirac, Tous les français.

Explications lumineuses sur cet étrange phénomène, ici. Si ça vous a plu, vous pouvez aller revoir les différentes énigmes proposées depuis le début du blog :

L’énigme HM
Incroyable mais vrai
L’énigme JB
L’énigme LdV
L’énigme ratée
L’énigme VF
Cinq devinettes sur Georges Brassens

Sur ce, Je vous dize… au revoir, et za la prochaine série (où il y aura beaucoup de bonne musique, ça nous changera un peu !).

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La solution

L’énigme CPV 8/9
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Voici l’heure tant attendue de la solution. Comme vous l’avez deviné, les chansons de la série présentaient toutes une faute de liaison. Comme dans « ce n’est pas-t-à moi, je ne sais pas-t-à qui est-ce ». La fin de cette phrase aurait donné le mot « pataquès », dont le sens premier désigne une faute de liaison. Qu’on appelle aussi « cuir » ou « velours », d’où le titre de l’énigme CPV : cuir, pataquès, velours. En fait chacun de ces mots désigne une faute différente, je vous épargne les détails, voir ici.

Je vous propose maintenant un examen détaillé des chansons passées au long de cette énigme, avec quand c’est possible des versions des chansons sans la faute.

Dans Mon amant de Saint-Jean, les doux mots d’amour sont « dits-t-avec les yeux ». Si ça vous chauffe les oreilles, rabattez vous sur la version de Marcel Mouloudji accompagné par Marcel Azzola, la faute n’y est pas… Pour une fois que Marcel ne chauffe pas (nos oreilles)…

Dans Le métingue du métropolitain, ce coquin de Maurice Mac-Nab, auteur des paroles, a glissé :

Peuple français, la Bastille est détruite,
Mais y a-z-encor des cachots pour tes fils !

Dans Drouot, Barbara laisse échapper « on avait mis-t-aux enchères ». Dans sa récente interprétation, Gérard Depardieu évite la faute :

Dans Les poupées, on entend « c’est pas-t-à moi », pataquès paradigmatique s’il en est. Dans Corne d’Auroch de Georges Brassens, on entend :

Alors sa veuve en gémissant
coucha-z-avec son remplaçant.

Notez que dans la reprise punk-rock par Brassens’s not dead, la faute est corrigée ! Merci messieurs les punks.

Dans Mon truc en plumes, on entend : « plumes de-z-oiseaux, de-z-animaux ». Si vous avez voyagé à l’île de la Réunion, vous avez sûrement remarqué les magasins de nourriture pour z’animaux. Si c’est le cas, vous êtes un vrai z’oreille.

Dans À jeun de Jacques Brel, on entend :

Guili, Guili, Guili,
Viens là mon petit lit
Si tu ne viens pas-t-à moi
C’est pas moi qui irai-t-à toi

Dans Pas de boogie woogie, on entend « Reprenez-r-avec moi tous en chœur ». Cette faute est recensée sur plusieurs sites internet consacrées aux fautes dans les chansons. Il s’agit probablement d’une bourde en studio, parce que dans les versions live que j’ai pu écouter, la faute n’est pas présente. Comme dans ma préférée (à propos, retournez voir la série sur le silence en chansons, celle-là aurait bien été dedans).

Dans Le soldat Moralès, il y a beaucoup de fautes de liaisons dans le préambule parlé, mais aussi une dans la chanson proprement dite : « Toi qui voulait voyager, te voilà-z-éparpillé »

La chanson Sur le Mireille commence par « J’étais venue-z-en Avignon ». Et Babx nous chante dans la pub pour son album « un jour je serai-z-une icône » (prédiction qui ne s’est pas réalisée d’ailleurs).

Voilà, partez à la pêche aux cuirs, pataquès et velours, et ramenez moi vos trouvailles. Je vous laisse à vos conjectures quant au caractère volontaire ou non des différents pataquès, dont on continue à parler dans le prochain billet.

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Un point sur l’énigme en cours

L’énigme CPV 3bis/9
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L’énigme en cours est assez difficile semble-t-il… On m’a proposé quelques pistes après le deuxième volet. Nadia, internaute de Meylan, propose trois idées différentes : l’âge des chansons, la prononciation des chanteurs, et la structure en deux parties des chansons. Louis note que toutes les chansons évoquent le passé. Véro observe que toutes les chansons évoquent Paris, et Louis précise en notant qu’il y a toujours un lien avec le métro parisien dans les deux premiers billets. En plus, Christelle de Villeurbanne me signale une image furtive de métro dans le clip du 3è volet ! Comme par coïncidence. Loïc quant à lui promet de « dédier un certain nombre d’heures à cette énigme« , merci.

Tout ce que je peux dire, c’est que personne n’a trouvé la solution, même si dans vos propositions se cache le début d’une piste intéressante… C’est difficile de trouver après le 3è volet, il y a encore quatre billets, ça deviendra plus facile, ne désespérez pas.

Un dernier conseil, écoutez bien les chansons. Pour plus de commodité, je les regroupe toutes dans le présent billet, ça vous évitera de perdre votre temps à naviguer de billet en billet. Les cinq chansons ont un point commun, c’est clair et précis (quoique subtil pour certaines des chansons) ! La suite de l’énigme c’est mardi.

Mon amant de Saint-Jean, par Lucienne Delyle.

Le métingue du métropolitain, par Marc Ogeret (c’est la première chanson de la vidéo).

Drouot de Barbara.

Les poupées des Têtes raides.

Corne d’auroch, de Georges Brassens.

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Les poupées

L’énigme CPV 3/9
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Alors, quel lien secret peut relier Drouot de Barbara et Mon amant de Saint Jean ? Et qu’en est-il du Métingue du métropolitain ? Troisième volet de l’énigme : Les têtes raides chantent Les poupées.

Et comme indice, je vous propose de réécouter Corne d’Auroch de Georges Brassens, déjà passée ici.

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La chanson de Margaret

Paralipomènes 63/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Toujours dans la série sur la prostitution, j’ai oublié de passer un grand classique, sur des paroles de Pierre Mac Orlan et une musique de V. Marceau (le V. n’est pas un abréviation de son prénom, allez voir ici pour plus d’info là-dessus). La chanson de Margaret.

D’abord par Germaine Montero.

Puis par Marie Dubas.

Vous pouvez chercher la très bonne version de Barbara, mais elle n’est pas disponible sur Youtube.

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De jolies putes

Paralipomènes 62/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La quarante-troisième série du blog était consacrée à la place éminente occupée par les prostituées dans la chanson. Je vous ai passé une chanson de Barbara, assortie d’un témoignage tiré de ses mémoires, ici. Mais elle a aussi chanté De jolies putes vraiment, vision pleine d’humour d’un bordel dans une atmosphère toute coloniale. Paroles de Remo Forlani, musique très réussie de Barbara.

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Le voleur de Nantes

Paralipomènes 15/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Dans la neuvième série, celle consacrée aux lieux impossibles ou imaginaires dans la chanson, je racontais l’histoire du Café Pouchkine, inventé pour les besoins d’une chanson de Gilbert Bécaud, et qui, suite au succès de la chanson, a fini par exister pour de bon (ici).

J’ai découvert une histoire similaire avec la rue de Grange-aux-Loups, à Nantes. La rue n’existait pas lorsque Barbara a écrit sa chanson Nantes (pourtant inspirée d’une histoire vraie). Voilà ce que je lis dans Il était un piano noir, mémoires interrompus, de Barbara :

Oui, c’est un voleur [Gérard Depardieu] ! Il vole tout, pour mieux te le transmettre.
Il te vole aussi tes émotions : à Nantes où nous sommes en tournée, nous assistons, un matin, au baptême de la rue de la Grange-aux-loups, hommage que la ville a décidé de me rendre pour ma chanson Nantes. Au moment où l’on découvre la plaque, il s’écrie : « C’est mon père ! » Nantes, à cet instant, est devenue la ville où est mort son propre père !
Voleur magnifique, il veut partager le butin de joie ou de douleur.

 

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Putain de metier

Putain de métier 9/11
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Peut-on sérieusement présenter le plus vieux métier de monde comme tout simplement agréable, dans un couplet en apparence dénué de toute ironie ? Ricet Barrier ose, mais après un premier couplet assez surprenant, on comprend où il voulait en venir avec son billard à trois bandes : célébrer la putain, pour en faire l’égale du curé, et finalement, dans un syncrétisme délirant dresser son auto-portrait de baladin (« moitié putain, moitié curé », belle définition, en tout cas Patrick Sébastien adore). Tout ceci est finalement assez proche des conceptions de Barbara déjà vues il y a quelques jours.

D’ailleurs, j’y pense, est-on bien certain que putain est « le plus vieux métier du monde » ? Dans les profondeurs de la préhistoire, il devait bien y avoir des sortes de chanteurs et des sortes de curés, qui étaient peut-être les mêmes en plus…

Par Ricet Barier, Putain de métier.

Explication de texte : « Joindre l’utile à l’agréable » = agréable au client et utile au maquereau. Et puis le public frappe bien bien dans les mains sur les temps 2 et 4, assez rare en France pour être signalé (ou alors je me suis décalé ?).

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