Chat sensuel, érotique et paillard

Le chat 4

Le chat est souple, caressant, sensuel, ce dont les chansons des billets précédents tirent habilement parti. Et rappelez-vous ce passage de Colombine, adaptation par Brassens d’un poème de Verlaine, déjà passée ici :

Une belle enfant
Méchante
Dont les yeux pervers
Comme les yeux verts
Des chattes
Gardent ses appas
Et disent : « À bas
Les pattes ! »

Dans Under my thumb des Rolling Stone, qu’on a passé dans la série sur le sexisme, Mick Jagger compare sa petite amie à « a siamese cat of a girl » (ici). Le chat serait donc une métaphore misogyne. À l’occasion, il peut pourtant se faire matou, et rouler des mécaniques à la manière d’O’Malley dans Les Aristochats ou du chat de Pow Wow. Mais allons au-delà de ces vagues évocations pour aborder franchement le chat dans la chanson érotique ou paillarde.

Gainsbourg repousse les limites en disant à sa petite amie Bambou : « j’aime assez tes miaou-miaou » dans Love on the beat.

 

Dans la chanson paillarde, on s’étonnera peut-être de voir le sexe de l’homme (et non celui de la femme) comparé à un chat… Si, si ça existe, j’ai déniché ça à la suite de laborieuses documentations destinées à épater mes lecteurs. Écoutez bien, les Frères Jacques chantent La foire à Charenton (aussi appelée Tape ta pine) et l’organe viril est comparé à un cochon tout à la fin de la chanson. Tout à fait prémonitoire, quelques décennies avant le hashtag « balance ton porc ».

Mais, dans ce répertoire populaire, les paroles ne sont pas vraiment fixées. Sur le site paroles.net, dans la même chanson, toujours dans le dernier couplet, il est comparé à un chien, voir ici.

Sur paillardes.com, c’est un accordéon, voir ici.

Mais sur paipai.free, c’est enfin un chat, voir ici ! Rhâââ, j’ai trouvé. La théorie du genre est enfin validée : un chat peut être masculin (comme organe de genre s’entend, ou comme genre d’organe si vous préférez).

Ce réactionnaire de Boby Lapointe rétablit le langage dans un ordre genré plus classique. Embrouille minet, chanson qui parle du chat « pas repu de si peu » d’une « fillette comblée de bonheur ».

Pour finir, un conseil pour la vie de couple : faites comme Jean-Pierre Marielle, appelez votre chérie « ma petite chatte », ça marche à tous les coups.

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Le verbe mourirer

Paralipomènes 53/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Attention, ce billet contient un spoil. Si vous le lisez, l’énigme VF proposée dans la trente-septième série du blog perdra tout son intérêt.

 

 

Dans la série on notait que Michèle Bernard et Yvan Dautin faisaient la même faute intentionnelle dans la conjugaison du verbe mourir. Je proposais quelques explications plus moins tirées par les cheveux. En voilà une nouvelle : c’est une citation de En relisant ta lettre de Serge Gainsbourg ! Sur la vidéo, la chanson est présentée par Jean-Roger Caussimon.

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Chérubin, précurseur de Suzy Solidor

Paralipomènes 40/67
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Toujours sur homme au féminin, femme au masculin, on a vu hier que Gainsbourg avait comme précurseur Suzy Solidor, mais en remontant en encore plus loin, on peut parler de ces rôles d’homme tenus traditionnellement par des femmes à l’opéra. Rien de très surprenant à ces dynasties inversées de précurseurs : dans son article Kafka et ses précurseurs, Borges écrivait : « le fait est que chaque écrivain crée ses précurseurs ». Pourquoi en serait-il autrement des chanteurs ?

Comme exemple, je vous propose Chérubin, personnage masculin des Noces de Figaro de Mozart qui est traditionnellement chanté par une femme. Voi che sapete, chanté par Ioulia Lejneva.

Je vous recommande de chercher plusieurs versions de cet air sur youtube, il y a vraiment plein de façons de l’aborder, le chant classique n’a rien d’un art figé.

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Suzy Solidor, précurseur de Serge Gainsboug

Paralipomènes 39/67
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Dans la vingt-sixième série du blog, homme au féminin, femme au masculin, on présente Gainsbourg comme un précurseur : premier homme qui aurait chanté une chanson de femme, Mon légionnaire. Il a été précédé par Suzy Solidor. Je vous livre sa version du Parapluie de Georges Brassens, chanson d’homme.

Suzy Solidor était une personnalité très intéressante, vous pouvez lire sa biographie ici.  Encore une chanson d’elle, La fille des bars.

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Fuir le bonheur

Paralipomènes 5/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Pour continuer un peu avec Bach, je vous propose Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, une chanson de Serge Gainsbourg, sur une musique ressemblant fortement au 1er prélude en do majeur de Bach qu’on a passé au début de la série sur Bach (ici). Chantée par Jane Birkin.

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La marche des polytechniciens

Paralipomènes 2/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La série sur le système éducatif évoquait la place un peu disproportionnée des grandes écoles dans notre pays. On voyait l’argot de normale sup ou de l’X s’insinuer jusque dans les chansons de Gainsbourg, Renaud ou Vanessa Paradis. Pour continuer dans cette direction, je vous propose aujourd’hui La marche des polytechniciens, extrait de La tour Eiffel qui tue, comédie musicale de 1946. La musique est de Georges Delerue, qui livrait là l’une de ses toutes premières compositions.

« Grâce aux équations de tous les degrés, nous gouvernerons un jour l’univers »… Tiens tiens, j’aurais aussi pu mettre cette chanson dans la série sur les scientifiques dans la chanson (ici) !

La vidéo youtube totalise 85 vues au 7 janvier 2017 ! Le 8 mai 2017, il y avait 97 vues. Aidez un peu ces jeunes artistes nom de dieu, cliquez, cliquez.

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Yop’la boom

Putain de métier 4/11
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Le chanteur, tout comme la prostituée, doit aguicher le client. Rien de tel qu’un bon petit « hook ». Si j’en crois wikipedia : « Un hook (crochet) est un procédé musical, souvent un court riff, un passage ou une phrase, utilisé dans la musique populaire pour capter l’attention de l’auditeur. » Le hook est le plus souvent rythmique et/ou mélodique. Il peut être instrumental, mais lorsqu’il est pris en charge par le chanteur, il marchera d’autant mieux qu’il fera usage de syllabes régressives : « yop’la », ou « boum » par exemple. Si vous arrivez à caser les deux à la suite, c’est encore mieux. Prospère, par Maurice Chevalier.

Comme pour L’accordéoniste, la musique, et le hook donc, font oublier la violence des paroles. À tel point que les publicitaires n’ont pas hésité à reprendre la chanson pour vendre une marque de pain d’épice à nos chers petits enfants !

Vous pouvez vous amusez à collectionner les chansons avec « boum » (et transmettez-les moi, je ferai une série sur le sujet) : Boum de Trenet, Boum, Boum, Boum de Mika, Les Playboys de Jacques Dutronc, Comme un boomerang de Gainsbourg. En tirant un peu, il y a aussi Bim Bom de João Gilberto. Et puis une qui est déjà passée dans le blog…  Qui saura la retrouver ? C’est la petite devinette du jour. Un indice : réécoutez tout depuis le début, vous la retrouverez à coup sûr.

Sinon, merci à NP, internaute de Lyon 6è et plus fidèle commentatrice du blog, pour m’avoir signalé une erreur au début de la série : en fait Sanseverino chante bien le dernier couplet de Cayenne, je vais corriger ça. Et dans la série sur Brassens, je pointais vers une vidéo de Philippe Jaroussky chantant Gastibelza. La vidéo a été retiré de YouTube, je n’y peux rien…

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La flemme d’un énergumène n’est qu’un dédale de simagrées

Paroles cryptiques 9/9
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Pour conclure cette série, retour à la case départ avec Bashung, qui peut-être a su le mieux renouveler le genre « cryptique ». Il a inventé une manière originale de co-écrire des paroles avec Jean Fauque, sous forme d’échange d’idées, d’aller-retour et de collages. Il semblerait qu’avec Boris Bergman, la collaboration était plus classique et moins intriquée. Je vous recommande sur ce sujet d’écouter une interview récente de Boris Bergman, ici.

À titre tout à fait personnel, je mesure la qualité du travail de Bashung à la quasi-absence de références aux mathématiques dans ses textes, signe d’un refus des astuces un peu trop faciles pour paraître « hermétique » ou « profond » (à ce propos, allez donc lire ou relire la série sur la science en chanson si le cœur vous en dit, ici). En tout cas, Bashung n’a pas touché un si large public avec des textes en apparence obscurs sans se donner un peu de mal…

Je vous propose donc aujourd’hui la dernière piste de l’album Chatterton (dont je recommande l’écoute intégrale) : J’ai longtemps contemplé. Il y a quelques explications après la vidéo.

J’ai choisi l’extrait suivant du mémoire de Karine Daviet, Alain Bashung, entre rock et chanson, déjà mentionné dans le premier post de la série, qui montre la richesse du processus de création d’une chanson : musique et texte bien sûr, mais aussi influences assumées, interprétation, phrasé, orchestration, son, enregistrement, etc.

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Bien que le système d’écriture soit semblable sur tout l’album [Chatterton], les autres textes étant du même acabit, le traitement vocal de J’ai longtemps contemplé dénote. Le récitatif est donc bien issu d’un choix musical et n’est pas lié aux caractéristiques intrinsèques du texte. Par exemple, ce n’est pas l’absence de métrique régulière, qui bouscule les lois de la prosodie traditionnelle (débit régulier, accents rythmiques calqués sur les accents toniques de la langue, coïncidence des fins de phrase musicale et textuelle), qui a entraîné le choix de la parole, puisque cette métrique déconstruite est présente dès la collaboration avec le parolier Boris Bergman.

Léo Ferré influence tout de même l’écriture de l’album en confortant Jean Fauque et Alain Bashung dans leurs envies poétiques, mais il a également un impact sur le traitement sonore de la voix. En effet, depuis Osez Joséphine, Jean Fauque est insatisfait car la plupart des gens ont du mal à comprendre les textes des chansons à cause de la façon dont la voix est traitée à l’intérieur du mixage : trop en arrière, à l’anglaise. L’ingénieur du son, Phil Délire, est à l’écoute de ses attentes, mais Alain Bashung a peur d’obtenir un résultat où la musique serait en retrait par rapport à la voix. L’écoute de Léo Ferré finira par le convaincre :

« J’ai dit : “Regarde, Alain. Léo, il a un symphonique avec quarante cordes derrière et un pianiste lead, et la voix, elle n’est pas devant, c’est juste qu’on entend tout, on comprend tout, la moindre syllabe de ce qu’il raconte.” Ça m’a aidé. Il m’a dit : “Ouais.” Et du coup, à partir de ce moment-là, on a fait un truc tout bête, pour ne pas s’imposer des choses sur lesquelles on n’aurait pas pu revenir : en studio, quand l’ingé son faisait son mix final, — il y a évidemment des repères de référence au niveau des volumes —, on mettait la voix à  0dB, mais on tirait toujours une version à +1 dB sur la voix et -1 dB au cas où on en aurait mis trop. Et le +1db permettait, en réécoutant avant la dernière étape, le mastering, de se dire : “Finalement, ça mériterait un peu de voix.” Il y a un virage assez net sur cet album : tout à coup, la voix est redevenue devant » [Communication personnelle de Jean Fauque à Karine Daviet, janvier 2015]

Enfin, l’influence de Léo Ferré se manifestera directement sur la façon de « chanter » la chanson J’ai longtemps contemplé, pour laquelle Alain Bashung assume un mode récitatif proche du murmure.

« Il y a un morceau extrêmement influencé, qu’on a composé en studio, J’ai longtemps contemplé, qui est assez poétique, qu’on a fait avec des chutes de choses qu’on avait. Et Alain, là, pour la première fois, il devient chanteur français. C’est-à-dire que tout à coup, on dirait du Ferré. Comme c’est parlé, ça pourrait être du Gainsbourg, aussi.»[Communication personnelle de Jean Fauque à Karine Daviet, janvier 2015]
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Un dernier petit truc avant de passer au prochain thème : je me suis bien amusé dans cette série à choisir le titre des posts en sélectionnant la phrase la plus drôle, curieuse ou éclairante de chaque chanson. Je me suis dis qu’en les mettant tous bout-à-bout, ça ferait un poème surréaliste tout à fait génial. Et bien pas du tout, c’est nul (et surtout très bancal). Comme quoi le tout est moins que la somme de ses parties, et il ne suffit pas d’écrire n’importe quoi pour être Bashung-Tri-Yann-Charlebois-Roda-gil-Thiéfaine-Rimbaud-Les-Inconnus. Je vous le mets quand même :

Y a un truc qui fait masse
Poissons sanglants en dix orteils
Et surtout mon pot de biscuits

La graisse de mitrailleuse n’est pas la brillantine des dieux
J’ai mal aux globules
L’ombre qui perd son temps à dessiner mon théorème

Je me suis baigné dans le poème de la mer, infusé d’astres et lactescent
Telle est la question sinusoïdale de l’anachorète hypocondriaque
La flemme d’un énergumène n’est qu’un dédale de simagrées

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Est-ce la bonne ?

Homme au féminin, Femme au masculin 4/5
1 – 2 – 3 – 3bis – 45

Finalement, pourquoi devrait-on être une femme pour chanter une chanson de femme ? Parce que zut, Jacques Brel est-il un soir d’été ? Georges Brassens est-il fossoyeur ? Est-il pas du tout l’antéchrist ? Claude Nougaro est-il sous mon balcon ? Georges Guétary est-il Robin des Bois ? Alain Souchon a-t-il dix ans ? Est-il carrément méchant ? Et est-il bidon ? Johnny Hallyday est-il l’idole des jeunes ?  Joseíto Fernández est-il un homme sincère ? Allain Leprest est-il nu ? Léo Ferré est-il un chien ? Michel Sardou est-il pour ? Serge Lama est-il malade ? Les Beatles sont-ils le morse ? Boris Vian est-il snob ? Johnny Hess est-il swing ? Claude Barzotti est-il rital ? Renaud est-il une bande de jeunes à lui tout seul ? Elíades Ochoa est-il charretier ? Robert Charlebois est-il reparti sur Québec Air ? Aznavour est-il un homme (oh, comme ils disent) ? Serge Gainsbourg est-il un homme (à tête de chou) ? Est-il poinçonneur ? Et est-il venu me dire qu’il s’en allait ? Daniel Balavoine est-il pas un héros ? Et est-ce qu’il s’appelle Henri ? Michel Polnareff ou William Sheller sont-ils fous de nous ? Claude François est-il mal aimé ? Bigflo et Oli sont-ils ?  Alors pourquoi ne chanteraient-ils pas des chansons de femmes ?

Mathieu Rosaz livre une belle contribution au débat, avant de reprendre Si la photo est bonne, de Barbara.

Mathieu Rosaz a bien raison : la chanson n’est pas simple à reprendre pour un homme. Mais pourquoi se l’interdire, car finalement, si l’interprète devait vraiment coller au personnage de la chanson, et bien pour chanter Si la photo est bonne, il faudrait non seulement être une femme, mais en plus être une authentique femme de président. Quelle idée ridicule, vous voyez Tante Yvonne chanter du Barbara ? Quoique …

 

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Son légionnaire

Homme au féminin, Femme au masculin 3bis/5
1 – 2 – 3 – 3bis – 45

Pierre Delorme me signale sur facebook l’intéressante reprise par Serge Gainsbourg de Mon Légionnaire, un succès des années 1930 créé par Marie Dubas. Pierre Delorme me dit : « [Cette reprise] est à mon avis à l’origine de pas mal de tentatives de ce style qu’on entendra après. Il fallait oser, Gainsbourg l’a fait ! »

Cette chanson est la dernière du dernier album studio de Gainsbourg, You’re Under Arrest. L’album contenant plusieurs chansons évoquant de manière très crue les amours d’un homme avec une certaine Samantha, on peut se demander pourquoi conclure par Mon Légionnaire… Je vous laisse à vos conjectures : chanson homosexuelle, misogyne, provocatrice, commerciale ou simplement énigmatique ? Ou même réconciliation avec les militaires après l’affaire de La Marseillaise en reggae ?  (À l’appui de cette dernière hypothèse, un petit souvenir : je me souviens avoir vu quelque part une interview de Gainsbourg où on lui demandait le pourquoi de cette reprise, il a répondu « pour les paras », mais impossible de retrouver ça évidemment.). Si quelqu’un a des documents…

Autre particularité : il y a deux clips différents, je me demande pourquoi.

 

 

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