Êtes vous Ramones ou Pink Floyd ?

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 15/16
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Nous voilà maintenant en plein XXè siècle. On ne sait toujours pas si la chanson est un art majeur ou mineur. Je n’ai pas tellement envie de parler de la Rive Gauche, de chanson française « de qualité », des grands de la chanson… Si vous en voulez, retournez donc voir la série sur les poncifs en chansons, il en est beaucoup question dedans. Je voudrais plutôt parler de la grande révolution rock qui a mis au centre de ses préoccupations le vieux débat entre art savant et art brut. C’est peut-être le seul genre musical qui se soit vraiment construit dans cette opposition. Le rocker, dont l’estomac pourtant « se limite aux cheeseburgers », selon le bon mot d’Eddy Mitchell, aurait donc digéré trois ou quatre siècles de controverses, de Malherbe à Gainsbourg. À moins qu’il ne les ait régurgités. Je note à l’appui de cette dernière hypothèse que plusieurs rockers sont morts noyés dans leur vomi (Jim Morrison, Jimi Hendrix, …).

Le débat entre sophistication et simplicité, art savant et art brut, est vraiment structurant pour le rock, une véritable dialectique. Son histoire, tout comme la musique rock d’ailleurs, est un balancement binaire. D’un côté, une musique simple, brute, mode passagère à la stupéfiante résilience, dont chaque jeune enragé peut apprendre les trois accords et le boom-tchak dans une cave. De l’autre côté, une musique métisse,  influencée par le jazz, le blues, les musiques traditionnelles occidentales, et propice à toute sorte de perfectionnements. On a déjà noté dans le blog les liens entre le heavy metal et la musique de Bach, ici.

Aujourd’hui, on s’intéresse aux deux styles de rocks les plus extrêmes : au punk et au rock progressif ainsi qu’à leurs meilleurs représentants, les Ramones et Pink Floyd. Les Ramones : quelques drogués new-yorkais qui achètent une guitare d’occase, lancent la mode du jean troué, jouent mal, révolutionnent le rock et meurent jeunes. Seul grand groupe de rock dont tous les membres soient morts parait-il. Pink Floyd : bons musiciens, créatifs, qui inventent des nappes de synthé comme-ci, du son comme-ça, des solos on sait plus dire comment, exécrés des Ramones, parce que c’est vrai qu’ils nous font chier.

Ramones, Blitzkrieg Bop

Pink Floyd, Time

Encore un Pink Floyd, Money. Pour les amateurs de solfège, c’est écrit en 7/4, pfff, quel pédantisme franchement du 7/4. Je crois que c’est les Ramones qui ont raison.

Un dernier des Ramones. On les voit sur la vidéo, ils sont beaux, on peut admirer leur technique à la guitare : tenue vers les genoux, ça fait viril tendance déglingué, et surtout ça rend presque impossible d’en jouer correctement, c’était probablement là le but. I just want to have something to do.

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Molière, le Misanthrope, 1666

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 5/16
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Nous restons au XVIIè siècle, le grand siècle classique, qui développa l’art français « majeur » (ou alors il n’y a pas d’art majeur). Cet art était-il réservé à une élite ? Sans doute, c’était un art de cour. Mais en fait, dès le début du XVIIè, l’idée d’un art pour le peuple existait. Jean Chapelain, autorité littéraire à l’époque, un des premiers académiciens, écrivait en 1640 à Jean-Louis Guez de Balzac : « le peuple, pour qui est faite la poésie ». Je tire la citation d’un livre d’André Gide, Attendu que…, aimablement prêté par Patrick Hannais, abonné au Jardin (d’ailleurs, allez voir le programme de ses lectures de Gide, Camus, Giono, etc, ici). Gide lui-même tire la citation du Tome XII des Causeries du lundi de Saint-Beuve, je l’ai cherchée en vain sur Gallica, j’espère qu’aucun tuyau n’est percé en cette étrange affaire.

Gide signale aussi un passage de la Lettre à l’Académie Française, de Fénelon, cette fois je l’ai retrouvé.

Ronsard avait trop entrepris tout à coup. Il avait forcé notre langue par des inversions trop hardies et obscures; c’était un langage cru et informe. Il y ajoutait trop de mots composés, qui n’étaient point encore introduits dans le commerce de la nation : il parlait français en grec, malgré les Français mêmes. Il n’avait pas tort, ce me semble, de tenter quelque nouvelle route pour enrichir notre langue, pour enhardir notre poésie, et pour dénouer notre versification naissante. Mais, en fait de langue, on ne vient à bout de rien sans l’aveu des hommes pour lesquels on parle. On ne doit jamais faire deux pas à la fois; et il faut s’arrêter dès qu’on se voit pas suivi par la multitude. La singularité est dangereuse en tout : elle ne peut être excusée dans les choses qui ne dépendent que de l’usage.

Même l’académisme le plus élitiste se souciait donc du « peuple » ou de « la multitude » à cette époque. Paradoxalement, c’était en un sens sa vocation : l’édification d’une langue uniformisée, centralisée, c’est un projet assez démocratique ou socialiste dans ses finalités si on me pardonne cet anachronisme. Le foisonnement anarchique de la Renaissance, quoique plus charmant, était bien plus élitiste : néologismes, érudition, maitrise du latin et du grec, universalisme, tels étaient ses mamelles… L’époque des « amis choisis par Montaigne et La Boétie » comme le chantait Brassens. En ce sens, il ne faut pas s’étonner de voir un auteur de gauche, Francis Ponge, écrire un hommage (assez délirant d’ailleurs) au poète des rois, Malherbe : Pour un Malherbe, déjà cité dans le billet précédent. On peut y lire :

On nous a un peu trop battu et rebattu les oreilles de Villon, Scève, Ronsard, Sponde, d’Aubigné, Théophile, etc. : chanteurs, grogneurs, geigneurs ou roucouleurs. Il faut remettre chacun à sa place.

Merci Monsieur Ponge de remettre les chanteurs à leur place : grogneurs, geigneurs, roucouleurs, chacun retrouvera son préféré… Toujours est-il que vers le milieu du XVIIè siècle les principaux personnages de la pièce de théâtre « la chanson est-elle un art majeur ? » sont presque tous entrés en scène : l’artiste, l’académie, l’élite, le peuple, la multitude, le grand art, la poésie, la langue française. Avec Molière entrera même en scène un personnage secondaire destiné à prendre ensuite de l’importance : le Bourgeois, si bête que même un bourgeois peut s’en rendre compte, et qui se ridiculise en s’essayant au grand art.

Je note au passage plusieurs points communs entre la France du début du XVIIè siècle et l’époque de Béart/Gainsbourg, la deuxième moitié du XXè siècle : pays sorti d’un traumatisme existentiel (guerres de religions / seconde guerre mondiale), stabilité politique retrouvée, grand foisonnement dans la langue (pléiade / surréalisme) et angoisse de voir le français devenir une langue morte. On avait déjà noté dans la série sur les poncifs en chanson les rapports entre la nouveauté de l’écriture de Boris Vian et la tentative de « néo-français » de Raymond Queneau. Je ne crois pas qu’il y ait de coïncidence à ce que ces tentatives soient contemporaines du Pour un Malherbe de Francis Ponge. Où l’on peut même lire une sorte de slogan à placer au fronton des chansons de Boris Vian : « Il faut snober les snobs eux-même. Il faut périodiquement désaffubler la poésie ».

Mais au milieu du XVIIè siècle, il manque encore un personnage, le principal, pour poser la question qui nous occupe dans cette série : La Chanson. La voilà, dans Le Misanthrope, de Molière. Je propose donc comme date de naissance de la question « la chanson est-elle un art majeur ? » : 4 juin 1666, première représentation du Misanthrope, avec la scène du sonnet d’Oronte.

Je vous résume : Oronte veut l’avis d’Alceste (le Misanthrope) à propos du sonnet qu’il a écrit. Voilà le sonnet, L’espoir.

L’espoir, il est vrai, nous soulage,
Et nous berce un temps notre ennui ;
Mais, Philis, le triste avantage,
Lorsque rien ne marche après lui !

Vous eûtes de la complaisance ;
Mais vous en deviez moins avoir,
Et ne vous pas mettre en dépense
Pour ne me donner que l’espoir.

S’il faut qu’une attente éternelle
Pousse à bout l’ardeur de mon zèle,
Le trépas sera mon recours.

Vos soins ne m’en peuvent distraire :
Belle Philis, on désespère,
Alors qu’on espère toujours.

C’est très mauvais, effet comique assuré… Alceste tergiverse, mais finit par rendre son avis :

Oronte.
Mais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet… ?
Alceste.
Franchement, il est bon à mettre au cabinet.

Je me demande si Molière fait référence à ce que Malherbe aurait dit dans une circonstance semblable, tel que rapporté par Tallemant des Réaux : « Il dit à un homme qui lui montra un méchant poème où il y avait pour titre : Pour le Roi, qu’il n’y avait qu’à ajouter : Pour se torcher le cul. ». D’autres anecdotes similaires trainent par-ci par-là. Dans Pour un Malherbe, Francis Ponge rapporte qu’au début de sa gloire, Malherbe fut invité par Philippe Desportes, poète officiel de la dynastie valoise finissante :

Desportes le reçut avec toute la civilité imaginable et lui dit qu’il lui voulait donner un exemplaire de ses Psaumes qu’il venait de faire imprimer. En disant cela, il se met en devoir de monter à son cabinet pour l’aller quérir. Malherbe l’arrête : « je les ai déjà vus. Ne vous donnez pas la peine. Ce potage vaut mieux que des psaumes ».

Revenons au Misanthrope. Alceste s’explique de son jugement sur le sonnet d’Oronte :

Le méchant goût du siècle, en cela, me fait peur.
Nos pères, tous grossiers, l’avoient beaucoup meilleur,
Et je prise bien moins tout ce que l’on admire,
Qu’une vieille chanson que je m’en vais vous dire :
Si le roi m’avoit donné
Paris, sa grand’ville,
Et qu’il me fallût quitter
L’amour de ma mie,
Je dirois au roi Henri :
« Reprenez votre Paris :
J’aime mieux ma mie, au gué !
J’aime mieux ma mie. »
La rime n’est pas riche, et le style en est vieux :
Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux
Que ces colifichets, dont le bon sens murmure,
Et que la passion parle là toute pure ?

Voilà le débat lancé : chanson ou poésie ? Et plutôt mal parti : difficile de trancher entre deux textes aussi mauvais l’un que l’autre. Dans Attendu que…, André Gide note :

Il y a toujours et pour tout, en France (et tant mieux !), deux pôles, deux tendances, deux partis; et, pour ce qui nous occupe : celui de la poésie réfléchie (c’est dire à la fois : de réflexion et de reflet) et celui de la poésie directe : celui du sonnet d’Oronte et celui de la Chanson du roi Henri. Je vous avoue que je ne trouve pas si ridicule le Sonnet d’Oronte et suis bien prêt de préférer :
L’espoir, il est vrai, nous soulage,
Et nous berce un temps notre ennui
à :
Si le Roi m’avait donné
Paris sa grande ville
qui n’est, entre nous soit dit, pas grand-chose.

Comme chanson du jour, que diriez-vous de Mireille Mathieu, encore jamais passée dans ce misérable blog ? 762 billets pour en arriver à cette extrémité… Molière.

Le Misanthrope, pièce intégrale.

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L’art océanien de naviguer en chanson

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 2/16
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Évidemment, la poésie, la musique et la chanson datent d’avant toutes nos questions, d’avant qu’on parle d’Art, d’avant l’écriture, d’avant le néolithique. Je propose donc encore un pas en arrière :

Jadis, longtemps avant que la lyre thébaine
Ajoutât des clous d’or à sa conque d’ébène

Ceci nous emmène un peu loin de notre sujet, mais je veux simplement souligner dans ce billet à quelle point notre façon de penser est conditionnée par notre culture. Notre pensée est un peu arborescente, qui procède et classifie par oppositions : science/religion, art/science, etc. Religion, art, chanson, musique, technique et science, peuvent s’entremêler de manière différente. J’en donne un exemple chez les peuples océaniens.

Les premiers Occidentaux qui les ont approchés, les compagnons de Magellan lors du tour du monde en 1521, ont remarqué leurs grands talents de navigateurs. Dans les siècles qui ont suivi, les Occidentaux se sont demandé comment, sans écriture, sans cartes et sans instruments (boussole, compas), les Océaniens ont pu coloniser des centaines d’îles, et effectuer régulièrement des traversées de plusieurs milliers de kilomètres sans escale, en visant des petits points perdus dans l’océan. Pour rejoindre Hawaï, l’île de Pâques, ou même l’Amérique du Sud, le fait est aujourd’hui attesté. Leur art de la navigation était très perfectionné, et s’appuyait notamment sur des connaissances poussées en astronomie. Un navigateur savait reconnaitre et nommer près de 200 étoiles (essayez d’en apprendre une trentaine juste pour voir…), et savait selon les heures ou les saisons quelle étoile était au zénith de quelle île, ce qui faisait du ciel une sorte de carte : fiable, mais présentant le défaut de tourner en permanence. S’y ajoutait une connaissance intime des courants, de la houle, des oiseaux, des nuages, des vents, etc. Cet art transmis oralement s’appuyait sur une mémoire prodigieuse, remarquée dans d’autres domaines : par les colonisateurs français qui au moment d’établir des cadastres s’étonnaient que les Océaniens pussent réciter le nom de leurs ancêtres sur trente générations, ou par des missionnaires surpris par leur facilité à apprendre par cœur la Bible.

Bon, très bien, et la chanson alors ? Dans L’art de la navigation dans le Pacifique, article d’Emmanuel Desclèves, Pour La Science, octobre 2011, on lit :

On utilise encore en Micronésie une méthode de navigation fort ancienne, caractérisée par le fractionnement de la route à suivre en plusieurs segments successifs, dénommés etok. Le navigateur a recours à un point de référence, réel ou imaginaire, situé au large de la route. Ce point sert d’axe autour duquel pivotent les différents repères directionnels qu’il va successivement utiliser. Le premier azimut de référence du voyage est celui qui relie le point de départ à une certaine étoile se levant à l’horizon, en passant par le point pivot. À la fin du premier segment de route — etok — le navigateur verra une deuxième étoile se lever à l’horizon, dans l’alignement du point de référence, et ainsi de suite.

Pour mémoriser ces routes maritimes, les navigateurs ont associé à chaque etok des images de la vie en mer — un banc de thons jaunes, un vol de frégates, un croisement de houle… L’ensemble constitue un récit de voyage ponctué d’événement réels ou imaginaires. Simplifiés et chantés en cœur [sic] par les équipages, ces récits rythment les efforts et marquent les principaux changements de cap sans dévoiler au non-initiés les secrets de la route maritime.

Voilà, dans cette partie du monde, une chanson est un livre d’instructions, un livre encrypté qui plus est… Même celui qui chante ignore peut-être le sens véritable de ce qu’il chante. Cela fait-il de la chanson en Polynésie un art majeur ou un art mineur ? Allez demander à leurs Serge Gainsbourg et à leurs Guy Béart, je n’ai pas la réponse. Et allez savoir si quelque rengaine machinale bien de chez nous n’a pas un sens caché, perdu depuis longtemps…

Malheureusement, je n’ai pas trouvé de chants « d’etok ». Pour en savoir plus, vous pouvez lire un article intéressant de Georges et Geneviève Boulinier.   Ou regarder la vidéo de Jean-Paul Berlier.

Plus généralement, la seule ressource pour avoir une idée d’à quoi ressemblait la musique ou la chanson dans des temps très reculés semble être l’ethnomusicologie. J’ai trouvé un bel enregistrement de chants pygmées Baka.

Sur les polyrythmies d’Afrique de l’Ouest, vidéo intéressante de l’ethnomusicologue Simha Arom, ici.

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Fautes de goût et décalages divers

La chanson sexuellement explicite 14/18
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La chanson sexuellement explicite est évidemment un espace privilégié pour diverses fautes de goût intentionnelles et autres décalages balourds. Par exemple, prenez l’homme le moins sexy du monde et faites lui chanter des bidules plus ou moins suggestifs entre de longues paires de jambes chaussées de cuissardes. Qu’est-ce qu’on rigole. Marcel Zanini, Tu veux ou tu veux pas ?

Je t’aime moi non plus, chanté par le chœur d’hommes de l’opéra Garnier, ça prend un relief bouffon. Cette reprise était la chanson-hôn préférée de Philippe Meyer il me semble.

Les sucettes encore, par l’ensemble vocal Garnier, dirigée par Gainsbourg en personne et présentée par Jacques Martin, probablement lors d’une de ses tentatives pour battre le record du mauvais gout dans la catégorie rire gras. Je ne vous sers pas une n-ième resucée  de l’histoire des Sucettes, y en a marre. Ceux qui ne connaissent pas peuvent aller voir ici.

À la décharge de Gainsbourg, il n’était pas le seul à écrire des paroles équivoques pour France Gall. La petite, en duo avec Maurice Biraud. Et croyez-le ou pas, les paroles sont de Robert Gall, père de la jeune France.

Puisqu’on parlait des Sucettes, je vous passe Banana split, un rien moins rabâchée et plutôt meilleure comme chanson. Lio, qui fait une entrée bien tardive au 745è billet du blog.

Une reprise toute récente, avec les Fatals Picards, et Lio la magnifique, bien sûr.

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Le meilleur, c’est Bashung

La chanson sexuellement explicite 13/18
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Passé l’effet de sidération de Je t’aime moi non plus, comment encore écrire des chansons sexuellement explicites ? Les tentatives un peu ratées de Jean Yanne, Herbert Léonard ou Jean Ferrat montrent que malgré l’absence de censure (ou peut-être à cause de son absence ?) ça n’a rien d’évident. Gainsbourg aurait tué le job. Lui-même a connu un coup de mou après Je t’aime moi non plus, voir les billets précédents.

Bashung est peut-être celui qui a su renouveler le genre avec le plus de bonheur. Je vous passe trois de ses chansons plus ou moins explicites. Comme les paroles sont assez obscures (voir ici), on peut imaginer bien des choses… je vous épargne les explications de texte.

Ma petite entreprise.

Madame rêve.

Malédiction, c’est ma préférée.

Vous avez remarqué ? Les trois titres commencent par « ma ». Parlez-en à votre psychanalyste.

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La pornographie

La chanson sexuellement explicite 12/18
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La chanson ne s’est pas tellement essayée à la pornographie. Il faut dire que le porno, c’est plus fait pour être vu qu’entendu, pour ce qu’on m’en a dit bien sûr. Selon Wikipedia,  la pornographie est une « représentation complaisante — à caractère sexuel — de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique, cette représentation explicite d’actes sexuels finalisés ayant pour but de susciter de l’excitation sexuelle ».

Si l’on s’en tient à cette stricte définition, la première tentative de chanson porno, peut-être la dernière, on la doit sans doute à Gainsbourg, je vous renvoie au billet précédent. Toutefois, au milieu des années Top 50 sont apparues des chansons érotiques aussi sinistres qu’un porno soft sur M6 à 22h55. Regardez le clip ci-dessous, c’est curieux comme laideur. Et la tête qu’ils tirent les deux tourtereaux, ça n’a pas l’air drôle tous les jours pour eux, surtout quand ils s’aiment. Quand tu m’aimes, par Herbert Léonard.

La parolière, c’est Vline Buggy, qui est surtout connue pour avoir écrit beaucoup de chansons de Claude François. Une spécialiste de la chanson à décor, des ambiances : Le pénitencier, Céline ou Le petit âne gris d’Hugues Auffray, c’est elle. Pour cette ambiance là, elle s’est un peu plantée, mais ce n’était pas le plus facile. Moins connu, toujours pour Herbert Léonard, Et toi, sexuellement parlant. Cette fois, la musique est d’un certain Julien Lepers, gloire à lui. Déniché par le site horreursmusicales.com…

Spécialement pour ce billet, je vous ai dégoté une star du porno qui s’est essayée à la chanson : Ilona Staller, plus connue sous son pseudonyme : la Cicciolina. Je suppose que l’exemple n’est pas isolé, mais je me suis refusé à trop enquêter sur ce sujet par égard pour ma e-réputation. J’attends les suggestions de mes lecteurs. La Cicciolina, actrice, politicienne, et donc chanteuse. Baby love.

Vous avez vu ? Étonnant comme la mauvaise qualité des vidéos sur YouTube renouvelle le flou hamiltonien. Pour ceux qui ne connaissent pas, le concept nous vient de David Hamilton, photographe érotique qui a aussi réalisé des films. Un critique facétieux de Télérama écrivait à leur propos : « Dans la salle, les spectateurs crient ‘mise au point’ ».

La Cicciolina a épousé l’artiste kitsch Jeff Koons, et ils ont réalisé ensemble une exposition pornographique d’art contemporain : Made in Heaven. Il parait que le scandale a été unanime chez les critiques d’art, comme quoi ça restait possible en 1990. Puisqu’on est sur un blog de chanson et tout public, je retiens que l’exposition emprunte son titre à une chanson posthume de Freddie Mercury. Made in heaven, par Queen.

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Gainsbourg

La chanson sexuellement explicite 11/18
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Le grand écrivain anglais Samuel Johnson a dit : « La musique est le seul plaisir sensuel sans vice. » . Ce dont on déduit qu’il a vécu avant Serge Gainsbourg, qui mérite bien sûr un billet à lui tout seul dans cette série.

Je t’aime, moi non plus. Avec Jane Birkin.

Pas mal cette chanson, il fallait oser. C’est juste gênant quand Radio Nostalgie la passe pendant que je conduis la voiture avec mes trois enfants derrière. Faites gaffe les gars, restez plutôt concentrés sur Joe Dassin.

Après le succès planétaire de Je t’aime moi non plus, Gainsbourg a un peu ramé. Il est parvenu à déclencher encore quelques scandales, en chantant la Marseillaise en reggae, en brûlant un billet de 500 francs à la télé, en chantant l’inceste avec sa fille, en draguant Whitney Houston en prime time, en rappelant à Catherine Ringer son passé d’actrice de film X, etc. Mais ses chansons de sexe n’ont jamais atteint le retentissement de son duo : La décadanse a fait un bide. La quasi pornographique Love on the beat, (qu’on a déjà vue dans la série sur les chats, ici) passait à la télé sans esclandre. Il y a plusieurs clips et live disponibles sur youtube, en voici un.

Et finalement des chansons encore plus crues sont sorties dans une certaine indifférence. Suck baby suck, extrait de son dernier album. Viril, puéril ou sénile, à vous de voir…

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Coït

La chanson sexuellement explicite 3/18
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Je sens de la déception. J’avais promis de l’explicite, et je passe Patachou et les Frères Jacques. C’est naze le Jardin, les abonnés crient « remboursez ». Ou même « à poil ». Je voudrais bien, mais l’abonnement est gratuit et ma webcam en panne… Je me rattrape aujourd’hui. Voilà du lourd, de l’explicite. Coït de Jean Yanne, basse et vaine tentative d’égaler le grand Gainsbourg (qu’on garde pour plus tard dans la série). Chanson écrite pour le film Chobizenesse.

Dans le même film, il y a un pastiche des Swingle Singers, avec Anne Germain à la voix lead. Rien à voir avec le sexe (enfin, je ne crois pas… méfiance).

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Léo Ferré, merde au poncif

La chanson, art majeur ou art mineur II. Du poncif en chanson, 10/12
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On a vu que Brel, Barbara, ou même à sa manière Gainsbourg, ne revendiquaient pas le titre de poète. C’est aussi le cas de Brassens, on voit ça dans la prochaine série. Souchon ou Delerm, on ne leur pose même pas la question, les pauvres petits. Majeur ou mineur, on ne sait pas, mais la chanson serait en tout cas un art modeste. Heureusement qu’elle a eu ses mégalomanes, comme Léo Ferré, seul donc de la clique des Grands-de-la-Chanson à se revendiquer poète haut et fort.

Dans son écriture riche, parfois hermétique (voir ici), il renonce souvent au poncif, c’est la moindre des choses pour un poète. On a déjà observé dans le blog qu’il prend le contre-pied du décor brélien d’Amsterdam dans Rotterdam, voir ici.  Quand il s’abaisse à chanter un thème banal, comme « avoir vingt ans », il s’efforce d’inventer un machin nouveau par ligne. Écoutez bien. Bravo monsieur Ferré, à vous tout seul vous sauvez la chanson du naufrage dans la phrase toute faite. Vingt ans.

Un beau reportage sur la célèbre photo où l’on voit Brassens, Brel et Ferré. Écoutez bien vers 8:00, on leur demande s’ils sont poètes.

Vous pouvez aussi écouter Les poètes.

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Serge Gainsbourg

La chanson, art majeur ou art mineur II. Du poncif en chanson, 6/12
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Passons à Serge Gainsbourg. Puisqu’on parle de poncif, puisque la question qui nous occupe est elle-même un poncif, je me dois de passer le poncif de ce poncif, la célèbre altercation de Gainsbourg avec Guy Béart.

Donc, Gainsbourg considérait les chansons comme de l’art mineur. Sauf les siennes. Nous voilà bien avancés… Il propose tout de même un critère simple de classification des arts : la nécessité d’une initiation pour les arts majeurs. Ainsi, selon cette théorie, l’artiste majeur Rimbaud aurait longuement étudié la versification avant d’écrire des chefs-d’œuvre à l’âge de quinze ans. Tandis que l’artiste mineur Brassens aurait pondu ses chansonnettes sans rien lire du tout avant… Bon, ça ne marche pas du tout cette théorie. Toujours est-il que Gainsbourg était un auteur exigeant, on l’a déjà noté dans la toute première série de ce blog, voir ici. Et il avait la dent dure pour les collègues, comme Michel Berger, dont il critiquait les rimes faciles en « é ».

D’accord mais qu’en est-il du poncif dans les chansons de Gainsbourg ? Je dirais que Gainsbourg avait un rapport décontracté au poncif. Artiste revendiquant la recherche du succès, il en usait sans complexe, mais sans que ça soit une facilité. Il a par exemple inventé la « chanson liste », inventaire-à-la-Prévert, ou à la Perec, perfectionnant la poétique du banal inaugurée en chanson par Vian et qu’on retrouvera chez Souchon ou Delerm et bien d’autres. On a déjà évoqué dans le blog Ford Mustang ici, il y a aussi Les petits papiers. Par Marie-Paule Belle (qui fait son entrée dans le Jardin au 708è billet …).

Tout à l’autre bout de sa longue carrière : You’re under arrest, qui combine catalogue d’images toute faites sur « le Bronx » et innovations (mélange de rap et de chanson, recette promise à un bel avenir).

Je vous propose encore Du jazz dans le ravin, qui ressasse plusieurs mythes.

Notez la référence à une sorte de poncif, qu’on retrouve dans le cinéma : l’accident sur la route de la Corniche, mis en pratique quelques années plus tard par Grace de Monaco. Aussi invoqué par Souchon. La ballade de Jim.

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