Goldman et Guichard

La dizaine des blogueurs 2bis

La dizaine des blogueurs suscite de nombreux commentaires de mes collègues blogueurs, merci à eux.

À propos de Jean-Jacques Goldman, Pascal du blog Life Sensations In Music me raconte ses expériences comme musicien de bal, ou lors d’un projet au conservatoire. Intéressant. Je réalise en y réfléchissant que Goldman est rarement pris au sérieux comme auteur de chanson : on retient sa musique énergique, immédiatement reconnaissable, même avec une épaisse couche de Johnny par dessus ou noyée dans la grande chorale des Enfoirés. On retient ses orchestrations… Mais allez voir les « cover » de Goldman qui trainent ici ou là, personne n’essaye de chanter les chansons de Goldman comme de simples chansons. Je pense que ça pourrait marcher. Personne sauf Goldman lui-même de temps en temps évidemment. Pas toi, par Fredericks, Goldman et Jones.

Juthova, du blog La Reprise Musicale m’indique que Mon vieux n’est pas une chanson de Daniel Guichard au départ, ce que j’ignorais. L’histoire est détaillée ici et sur la vidéo à suivre. Paroles de Michelle Senlis, musique de Jean Ferrat, par ses premiers interprètes Jacques Boyer et Jean-Louis Stain (le disque est rayé !).

Allez donc voir le blog Approximative But Fair, j’ai trouvé de très belles chansons dessus. Et tous les autres blogs :

Aux Sons Islandais (Spydermonkey)
Life Sensations In Music (Pascal)
Gaitapis (Devant)
Les Jolies Compiles de Keith Michards (Keith)
Jardins Aux Chansons (Pas de lien, vous êtes dessus !)
Blinking Lights (Xavier)
JeePeeDee (JP)
Charlu (Charlu)
Absolutely Cool (Audrey)
Fracas64 (Fracas)
Ma Petite Boîte A Musiques (Chris)
Approximative But Fair (Olivier)
Muziks et Cultures (Francky)
La Reprise Musicale (Juthova)
Dancing On Architecture (Guic)
La Critique Selon Moi (Papasfritas69)

Et les organisateurs :
La Pop D’Alexandre et Etienne (Alexandre et Etienne)
Last Stop ? This Blog ! (Elnorton)

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André Gide

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 14/16
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André Gide m’a beaucoup aidé à préparer cette série, autant avec son Anthologie de la Poésie française (et sa merveilleuse préface) qu’avec le chapitre VI de Attendu que… On y lit :

Aussi bien le seul genre lyrique vraiment populaire, c’est la chanson, la chanson chantée. Ne faites pas fi des chansons ! Celles de Béranger, il est vrai, sont aptères et le plus souvent d’une bassesse qui nous offense lorsque l’on songe que l’on y voulut reconnaître naguère la voix du peuple de France. Ô honte ! c’est en raison de sa vulgarité qu’il put passer pour « national ». Mais nombre de nos vieilles chansons, parmi les anonymes surtout, sont exquises; ce sont celles où se reconnait la France, à la fois prudente et hardie, fervente, souvent grave mais plus volontiers souriante, vite moqueuse et doucement ironique jusque dans sa tendresse. C’est vers la chanson que tendait Apollinaire, que tend parfois Aragon aujourd’hui. N’empêche que la vraie poésie a toujours, du moins jusqu’à aujourd’hui, été l’expression d’individualités particulières et s’adressant non à la masse, mais à des êtres particuliers. Ce n’est qu’à force de banalité que la popularité s’obtient. Ajoutons vite : en littérature.

Notez que ce texte a été écrit en 1941, avant la grande vogue des mises en chanson d’Aragon, belle prophétie donc. Et ceux qui ont dédaigné les funérailles nationales d’Aznavour et Hallyday trouveront quelque consolation à ces mots prophétiques eux aussi : « c’est en raison de sa vulgarité qu’il put passer pour « national » » .

Louisa Bey, Le Pont Mirabeau, de Guillaume Apollinaire.

Sur les différentes mises en musique du Pont Mirabeau, voir le billet de Crapauds et Rossignols, ici.

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Béranger

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 8/16
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Nous voilà au XIXè siècle. La question des mérites comparés de la grande poésie et de la chanson populaire a déjà une longue histoire. Elle a commencé au XVIIè, siècle classique, siècle de l’art de cour et des règles. L’art de cour est par nature élitiste, mais les règles sont communes, et portent donc en elles le germe d’un art « majeur » et populaire, ou au moins partagé. La controverse connait un premier revirement au XVIIIè siècle, où les philosophes louent « les chansons villageoises préférables à nos plus savantes compositions », voir les billets précédents.

Au XIXè siècle, la poésie se porte bien à nouveau grâce aux romantiques, c’est le grand siècle des poètes : Lamartine, Hugo, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Heredia, etc. En parallèle, la célébration de la Chanson atteint son point culminant avec le véritable culte voué à Pierre-Jean de Béranger, aujourd’hui considéré comme un poète tout à fait mineur. Voilà ce qu’on peut lire à son propos dans le Cours familier de littérature de Lamartine :

Souvent il était interrompu par quelques noces, de paysans ou d’ouvriers qui venaient passer leur journée de miel dans les guinguettes de Neuilly qui le reconnaissaient sous son chapeau de feutre gris et sous sa redingote couleur de muraille.

Ils se rangeait respectueusement et se chuchotaient l’un à l’autre le nom du Père la joie, comme disent les Arabes ; ils levaient leur chapeau et criaient quand il avait passé : Vive Béranger !

Béranger se retournait, leur souriait d’un sourire moitié attendri, moitié jovial. « Merci mes enfants ! merci leur disait-il; amusez-vous bien aujourd’hui, mais songez à demain. Chantez une de mes chansons puisqu’elles vous consolent, mais surtout suivez ma morale : le bon Dieu, le travail et les honnêtes gens. »

Ces scènes se renouvelaient pour lui à chaque promenade que nous faisions ensemble. Il y avait autant de couplets de Béranger chantés que de verres de vin versés dans les jours de fête de ce pauvre peuple. Combien de fois moi-même, dans des réunions d’un ordre moins plébéien, à la campagne avec le riche cultivateur, le curé, le notaire, le médecin, l’officier en retraite groupés autour d’une table rustique à la fin du jour, combien de fois n’ai-je pas entendu le coryphée libéral du canon entonner au dessert d’une voix chevrotante, la chanson du Dieu des bonnes gens, du Vieux Sergent, de la Bonne Vieille, tandis que la table tout entière répétait en chœur, excepté moi, le refrain aviné, et qu’une larme d’enthousiasme mal essuyée sur la manche du vieil uniforme tombait entre la poire et la noix dans le verre du vétéran !… Béranger, pour ces ouvriers, n’était réellement plus un homme ; c’était un ménétrier national dont chaque coup d’archet avait pour cordes les cœurs de trente millions d’hommes exaltés ou attendris.

Grandiose, comme il nous manque. Aznavour ou Johnny, c’est du pipi de chat à côté, je demande qu’on privatise leurs funérailles nationales, ils ne les méritaient pas. En ce grand siècle de la bêtise bourgeoise, il faut aller chez Flaubert pour trouver le début de la réaction à Béranger. Lettre à Mlle Leroyer de Chantepie, Croisset, le 4 novembre 1857.

Vous me parlez de Béranger dans votre dernière lettre. L’immense gloire de cet homme est, selon moi, une des preuves les plus criantes de la bêtise du public. Ni Shakespeare, ni Goethe, ni Byron, aucun grand homme enfin n’a été si universellement admiré. Ce poète n’a pas eu jusqu’à présent un seul contradicteur et sa réputation n’a pas même les taches du soleil. Astre bourgeois, il pâlira dans la postérité, j’en suis sûr. Je n’aime pas ce chansonnier grivois et militaire. Je lui trouve partout un goût médiocre, quelque chose de terre à terre qui me répugne. De quelle façon il parle de Dieu ! et de l’amour ! Mais la France est un piètre pays, quoi qu’on dise. Béranger lui a fourni tout ce qu’elle peut supporter de poésie. Un lyrisme plus haut lui passe par-dessus la tête. C’était juste ce qu’il fallait à son tempérament. Voilà la raison de cette prodigieuse popularité. Et puis, l’habileté pratique du bonhomme ! Ses gros souliers faisaient valoir sa grosse gaieté. Le peuple se mirait en lui depuis l’âme jusqu’au costume.

En 1857, un procès est intenté à Charles Baudelaire, pour l’immoralité de son recueil Les fleurs du mal. Flaubert, qui a subi quelques mois auparavant un procès similaire contre Madame Bovary, conseille à Baudelaire de se prévaloir de Béranger pour sa défense ! Lettre à Charles Baudelaire, le 23 Août 1857, Croisset.

Mon cher ami,

[…] Tenez-moi au courant de votre affaire, si ça ne vous ennuie pas trop. Je m’y intéresse comme si elle me regardait personnellement. Cette poursuite n’a aucun sens. Elle me révolte.
Et on vient de rendre des honneurs nationaux à Béranger ! à ce sale bourgeois qui a chanté les amours faciles et les habits râpés !
J’imagine que, dans l’effervescence d’enthousiasme où l’on est à l’encontre de cette glorieuse binette, quelques fragments de ses chansons (qui ne sont pas des chansons, mais des odes de Prud’homme), lus à l’audience, seraient d’un bel effet. Je vous recommande Ma Jeanneton, la Bachante, la Grand’mère, etc. Tout cela est aussi riche de poésie que de morale. – Et puisqu’on vous accuse, sans doute, d’outrages aux moeurs et à la religion, je crois qu’un parallèle entre vous deux ne serait pas maladroit. Communiquez cette idée (pour ce qu’elle vaut ?) à votre avocat.
Voilà tout ce que j’avais à vous dire, et je vous serre les mains.
À vous.

Je vous passe La Grand’mère, de Béranger donc. Effectivement je ne vois pas très bien en quoi c’est plus moral que Baudelaire.

 

Allez, encore un peu de Flaubert, c’est addictif. Et puis qui d’autre que lui imaginerait un hamac en plume de colibri… Notez aussi que Flaubert sous-entend que Béranger serait « de grand talent ».

Lettre à Louise Collet, Rouen, le 11 janvier 1847.

C’est pr cela que je suis toujours prévenu contre Béranger avec ses amours dans les greniers et son idéalisation du médiocre. Je n’ai jamais compris que dans un grenier on fût bien à vingt ans. et dans un palais sera-t-on mal ? Est-ce que le poète n’est pas fait pr nous transporter ailleurs ? je n’aime pas à retrouver l’amour de la grisette, et la loge du portier et mon habit râpé là où je vais pr oublier tout cela – Que les gens qui sont heureux là-dedans s’y tiennent, mais donner ça comme du beau, non, non. j’aime encore mieux rêver, dussé-je en souffrir, des divans de peau de cygne et des hamacs en plume de colibri.

[…]

On a fait l’éloge de Béranger dans presque tous les discours. Quel abus on en fait de ce bon Béranger ! Je lui garde rancune du culte que les esprits bourgeois lui portent. il y a des gens de gd talent qui ont la calamité d’être admirés par de petites natures. Le bouilli est désagréable surtout parce que c’est la base des petits ménages – Béranger est le bouilli de la poésie moderne – tout le monde peut en manger et trouve ça bon.

Béranger apparaît aussi à plusieurs reprises dans les romans de Flaubert. À propos de Charles Bovary, jeune étudiant en médecine, avant qu’il n’épouse Emma. J’aime bien la description si concise du peu d’immatériel concédé à ce bon bougre : « … s’enthousiasma pour Béranger, sut faire du punch et connut enfin l’amour. » (connut l’amour, probablement au boxon, je pense qu’à l’époque, ce n’était même pas la peine de le préciser).

Naturellement, par nonchalance, il en vint à se délier de toutes les résolutions qu’il s’était faites. Une fois, il manqua la visite, le lendemain son cours, et, savourant la paresse, peu à peu, n’y retourna plus.

Il prit l’habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S’enfermer chaque soir dans un sale appartement public, pour y taper sur des tables de marbre de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté, qui le rehaussait d’estime vis-à-vis de lui-même. C’était comme l’initiation au monde, l’accès des plaisirs défendus ; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle. Alors, beaucoup de choses comprimées en lui, se dilatèrent ; il apprit par cœur des couplets qu’il chantait aux bienvenues, s’enthousiasma pour Béranger, sut faire du punch et connut enfin l’amour.

À propos de Dussardier, personnage secondaire de l’Éducation sentimentale. Dussardier est peut-être le seul personnage positif de tout ce long roman, le seul honnête, généreux et le seul courageux en tout cas. Mais cet ouvrier est perméable à la bêtise bourgeoise, symbolisée par un portrait de Béranger, déité suprême d’une sorte d’autel naïf consacré au mauvais goût de l’époque. Le passage ci-dessous décrit les préparatifs du « bon commis » afin de bien recevoir ses amis bourgeois ou étudiants. « Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois » disait Flaubert.

Dussardier, trois jours d’avance, avait ciré lui-même les pavés rouges de sa mansarde, battu le fauteuil et épousseté la cheminée, où l’on voyait sous un globe une pendule d’albâtre entre une stalactite et un coco. Comme ses deux chandeliers et son bougeoir n’étaient pas suffisants, il avait emprunté au concierge deux flambeaux ; et ces cinq luminaires brillaient sur la commode, que recouvraient trois serviettes, afin de supporter plus décemment des macarons, des biscuits, une brioche et douze bouteilles de bière. En face, contre la muraille tendue d’un papier jaune, une petite bibliothèque en acajou contenait les Fables de Lachambeaudie, les Mystères de Paris, le Napoléon, — de Norvins, — et, au milieu de l’alcôve, souriait, dans un cadre de palissandre, le visage de Béranger !

Une chanson de Béranger, très morale, Les cinq étages, par Germaine Montero.

Un de ses plus grands succès, Le vieux drapeau. Par Isabelle Druet, Jean-François Novelli.

Gaël Liardon nous chante Le bon Dieu, de Pierre-Jean de Béranger

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L’art mineur d’Aristophane et Nougaro

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 1/16
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Voici notre quatrième série autour de la question : la chanson est-elle un art majeur ou mineur ? Les trois premières tournaient autour de l’idée de la chanson comme art du poncif, à travers une énigme, l’étude du poncif chez différents paroliers, et une étude des expressions toute faites chez Georges Brassens.

On aborde maintenant le cœur de la question. La chanson serait un art facile, rudimentaire, brut, populaire. Opposée à la musique savante, élitiste, ou aux raffinements de la poésie. L’opposition est assez stérile, propice à des péroraisons sans fin : oui on aime Johnny, mais c’est mineur, mais c’est national (sans payer d’impôt), donc c’est bien, donc c’est pas bien, donc oui on peut aimer puisque c’est pas bien car national, mais non il ne faut pas, mais oui, en fait c’est majeur, c’est quand même Johnny merde !! Ah, Johnny… quand j’étais au service militaire, je jouais Le pénitencier à la guitare, et des compagnons de chambrée me le redemandaient encore et encore en disant « qu’est-ce que c’est beau », souvenir authentique. C’est vrai qu’enfermé dans une caserne, ça prend du sens.

johnnygaretoulouse

Dans cette série, je propose plutôt une déambulation sans but dans le passé, en quête de citations des meilleurs auteurs qui seront nos guides. Depuis quand se demande-t-on si l’art est destiné à une élite ou à tous ? Depuis quand oppose-t-on poésie et chanson ? Grande musique et chanson ? Et pour préférer laquelle des deux ?

On commence dès aujourd’hui avec des extraits des Grenouilles d’Aristophane. On est en 405 avant J.-C., ce sont les citations les plus anciennes que j’ai trouvées qui comparent chanson (bonne ou mauvaise), poésie, etc. Les notions d’art majeur et mineur, voire même d’art tout court, sont peut-être anachroniques, mais c’est tout le charme du passé justement. Vous découvrirez qu’à l’époque, ce qu’on appellerait « art majeur », c’était l’art inspiré par les dieux ou les muses. Et « l’art mineur », plutôt un fatras de chansons populaires : de porteur d’eau, de courtisane, etc.

DIONYSOS.
Qu’est-ce que ce phlattothrat ? Vient-il de Marathôn, ou bien as-tu recueilli les chansons d’un tireur d’eau ?

ÆSKHYLOS.
Moi, j’ai ajouté de la beauté à ce qui était beau, pour ne point paraître faucher dans la prairie sacrée des Muses le même gazon que Phrynikhos. Lui, il emprunte au langage des courtisanes, aux skolies de Mélétos, aux airs de flûte kariens, aux thrènes, aux airs de danse. Cela sera bientôt mis en évidence. Qu’on m’apporte une lyre ! Mais à quoi bon une lyre pour lui ? Où est la joueuse de coquilles ? Viens ici, Muse d’Euripidès ; à toi revient la tâche de moduler ces vers.

Plus loin, Dionysos veut comparer le génie d’Euripide à celui d’Eschyle. Il renonce à s’appuyer sur leurs chants (un art trop « mineur » peut-être ?). Il décide plutôt de comparer leurs vers, en les pesant dans une balance, comme du fromage !

DIONYSOS.
Laissez là les chants.

ÆSKHYLOS.
J’en ai moi-même assez. Je veux maintenant le mettre en face de la balance, qui, seule, fera connaître la valeur de notre poésie et déterminera le poids de nos expressions.

DIONYSOS.
Approchez donc, puisque je dois apprécier le génie des deux poètes en marchand de fromage.

Texte intégral, ici. Et pour bien commencer la série, une chanson de Claude Nougaro, Art mineur.

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La CSQ (chanson sexuelle de qualité)

La chanson sexuellement explicite 9/18
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La chanson explicite n’est pas le point fort des grands poètes de la chanson. Voyez L’amour est cerise, de Jean Ferrat, véritable accident industriel (à mon humble avis). Mais où a-t-il été fourrer sa moustache pour nous pondre une chanson pareille ? Je ne parle même pas des roses écarquillées du clip, voyez plutôt.

Jean Ferrat, L’amour est cerise.

Dommage Jean Ferrat, j’aimais mieux quand tu disais simplement dans Ma môme :

On s’dit toutes les choses qui nous viennent
C’est beau comm’ du Verlaine
On dirait
On regarde tomber le jour
Et puis on fait l’amour
En secret

Chez Charles Trenet, il n’y a pas trop de sexe, pas explicite en tout cas. La folle complainte, chanson personnelle à l’ambiance provinciale, bourgeoise et poisseuse, contient le célèbre couplet de la bonne qui se donne de la joie. Avec une passoire.

La folle complainte est très souvent reprise. Après un petit tour sur le web, je vous ai choisi ma reprise préférée, par Romain Didier.

Higelin adore.

Brassens, parle très souvent de sexe dans ses chansons, sur un mode tendre, humoristique ou paillard. Puisqu’aujourd’hui c’est grand-de-la-chanson-bashing, je vous passe Le blason, l’une des rares chansons de Brassens que je trouve un peu ratée. Le texte en est si alambiqué que je l’aurais plutôt appelée Les circonlocutions, mais faites-vous votre opinion vous-même. Le blason, version tempo endiablé. Brassens en casse une corde à sa guitare !

Une amie me disait à propos de cette chanson : imagine-t-on une femme qui chante la gloire de cet engin viril, qu’on qualifie par un mot de quatre lettres, ignoble, infâme, désignant normalement un dispositif d’amarrage ? Une femme, certes non. Mais un homme oui. Dans C’est extra, Léo Ferré compare sa quéquette à un archet. Si, si, écoutez bien. Contradiction surprenante : comment une métaphore peut-elle être simultanément aussi prétentieuse et si peu virile ? C’est extra (j’aime pas du tout, voilà, c’est dit).

Si vous vous intéressez à Léo, je vous propose l’exercice suivant. Réécoutez attentivement La mémoire et la mer, puis Jolie môme, et partout où vous le pouvez, interprétez chaque tournure et chaque métaphore sexuellement. Racontez votre expérience dans un commentaire.

Dans cette série, je vous épargne Que je t’aime de Johnny National : le cheval mort, ou lourd, ou en sueur, ou tiède et gluant, ou je ne sais plus trop quoi, j’ai même pas envie d’aller vérifier, beuaaaark. Johnny, je préfère quand tu es enfermé dans un pénitencier (au fait, pénitencier, d’après mon psychanalyste, ce serait en fait pénis-entier, et ce serait à cause de ça que j’ai joué de la guitare).

Johnny, je te range dans le billet sur la chanson de qualité aujourd’hui. Mais c’est juste pour que Crapauds et Rossignols s’indigne bruyamment, ce qui me fera un peu de pub. En attendant, c’est moi qui leur fait de la pub… Bon, il faut bien en passer une de Johnny, je propose la jolie Sarah, une de mes préférées, le Johnny destroy des seventies. Le parolier, l’écrivain Philippe Labro, raconte qu’une fois, pour se plaindre de ses visites trop espacées, sa vieille maman lui a dit : « tu viens me voir… merci pour ton effort ». Oh ma jolie Sarah, avec David Hallyday à la batterie, pauvre petit bonhomme, je réclame une juste part de l’héritage pour lui.

 

Finalement, parmi les « grands de la chanson », je trouve que Jacques Brel tire son épingle du jeu. Jamais paillard Brel. Il fait rarement allusion au sexe. Sur un mode caustique dans Les Jardins du Casino (tiens un jardin…) :

Passent aussi indifférents
Quelques jeunes gens faméliques
Qui sont encore confondant
L’érotisme et la gymnastique

Fataliste et désabusé dans Les vieux amants :
Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte

Ce misogyne maladif trouve finalement les mots justes dans J’arrive.

J’arrive, j’arrive
Mais qu’est-ce que j’aurais bien aimé
Encore une fois remplir d’étoiles
Un corps qui tremble et tomber mort
Brûlé d’amour, le cœur en cendres
J’arrive

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Barbara

La chanson, art majeur ou art mineur II. Du poncif en chanson, 7/12
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Dans cette série sur les poncifs, je trouve le cas de Barbara particulièrement intéressant. De tous les « grands » de la chanson, elle est sans doute celle qui abuse le plus du poncif. Elle parvient d’ailleurs à caser deux de ses chansons dans l’énigme ART (voir ici). Quand on essaye de jouer ses musiques à la guitare, on découvre que plusieurs sont bâties sur les mêmes suites d’accords convenues. Bien plus que celles de collègues à elle dont on critique volontiers les musiques. Par exemple, Brassens, ou même des compositrices rangés dans la « variété » et pas dans la chanson « de qualité », ne me demandez pas pourquoi. Je pense à Véronique Sanson.

Dans ses paroles, Barbara n’a pas de complexe : amour rime avec toujours, tout coule facilement. Dans Pierre, des phrases d’une poétique cul-cul frisant le mauvais gout, telles que « Oh mon dieu que c’est joli la pluie », côtoient une écriture tout en platitude :

Tiens il faut que je lui dise
Que le toit de la remise
A fuit
Il faut qu’il rentre du bois
Car il commence à faire froid
Ici

C’est pas du Mallarmé (heureusement en fait, j’aime pas du tout Mallarmé). Mais les vers de sept pieds sont rythmés par leurs consonnes. Ceux de deux pieds expirent au contraire des sonorités suaves. Sur une musique assez banale pour se faire oublier, placé rubato, avec la clarinette de Michel Portal au contre-chant et une voix discrètement entrecoupée de soupirs, ça produit son effet. La platitude même des mots laisse finalement entendre qu’ils sont sans importance, en cette circonstance. C’est de la belle chanson, l’une des plus belles qui soit à mon goût. Pierre.

Barbara ne prétendait nullement être poétesse. Dans ses interviews, elle expliquait qu’elle ne comprenait pas pourquoi on la rangeait dans la catégorie des chanteuses intellectuelles. C’est vrai que pour avoir écrit « il pleut… », « donne-moi la main », « un matin ou peut-être une nuit », etc, c’est étrange comme classification.

Quel est le secret de son art, qui manie le poncif sans s’affadir ? Prenons un autre exemple, dans Göttingen : « les enfants sont les mêmes à Paris ou à Göttingen ». Le poncif est éculé, on se croirait dans une chanson de scout écrite au presbytère. Mais chanté par Barbara, ceci prend un relief spécial : elle a échappé à l’extermination pendant la seconde guerre mondiale, elle a vraiment été chanter à Göttingen, où elle a vraiment rencontré des enfants allemands, qui étaient sans doute vraiment blonds. « Les enfants sont les mêmes à Paris ou à Göttingen » donc, ça n’a rien à voir avec une phrase vidée de son sens du genre « si tous les enfants du monde voulaient se donner la main », « heureux les pauvres d’esprit », etc.

On peut multiplier les exemples dans le répertoire de Barbara : l’inceste chanté et vécu, la mort de son père à Nantes. Tout est vrai, il n’y a pas eu de besoin de la presse people pour que son public le ressente. Barbara est une entité globale : sa vie, ses textes, ses musiques et ses interprétations ne font qu’un. Il y a de nombreux exemples de ces artistes-personnages dans la chanson : plus ou moins fabriqués par l’industrie du loisir, fantasmés par le public, parfois au corps défendant de l’artiste. Dans des rôles très variés : Mylène Farmer, Johnny, Renaud, Marilyn Monroe, Brassens d’une certaine manière… Si on remonte dans le temps, Eugénie Buffet, peut-être l’inventeuse du personnage en chanson, avec son rôle de la pierreuse (voir ici). Et encore avant Béranger. L’originalité de Barbara dans cette tradition, c’est qu’elle résiste à l’examen : le personnage fantasmé est curieusement proche de la vraie Barbara, sans qu’on sache si l’une s’est efforcée de ressembler à l’autre.

Allez donc voir la vidéo d’Agnès Gayraud, sur la musique pop (qui n’est pas exactement la chanson, mais la recoupe en grande partie). Le passage vers la fin, sur Nina Simone, n’est pas sans rapport avec ce que je raconte aujourd’hui.

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Le grandiose et l’intime

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 4/8
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De même que Victor Hugo réconciliait le « grotesque et le sublime », Pierre Delanoë mariait le grandiose à l’intime. Dans Les yeux d’Émilie, les Québécois se terrant au chaud dès l’automne ou sortant leur nez comme des marmottes au printemps soulignent le flux et le reflux des sentiments de Joe Dassin et de sa belle Émilie… Et la débâcle du Saint-Laurent, c’est la débâcle tout court.

Dans Une belle histoire, on évoque discrètement le Nord et le Sud, et à l’occasion, Michel Fugain en remet une couche.

Dans Derrière l’amour, Pierre Delanoë théorise sur l’Amour. Quand c’est Johnny qui chante, on peut enfin se passer des leçons d’histoire-géo de Maître Pierre. Johnny est un continent assez vaste à lui tout seul (pour les « visions de néant » en tout cas).

Minute de solfège : je trouve que sur la vidéo Johnny chante un peu « devant », surtout au début de la chanson, vers 0:37. C’est-à-dire qu’il est légèrement en avance sur le tempo, ce qui accentue la tension érotique produite par l’animal Johnny prêt à bondir… Sur des versions live de sa fin de carrière, il chante un peu derrière. C’est le Johnny philosophe, qui jette un regard rétrospectif sur l’amûûûr, la vie, les oiseaux et tout ça.

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La décadanse

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 6/13
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Nous sommes toujours en quête d’expressions courantes de la langue française venant de la chanson. Nous avons vu des phrases toute faites, moitié proverbe, moitié expression, bref un peu à côté. Nous avons vu le rickroll et la franck-mickaélisation, deux expressions intéressantes mais plutôt confidentielles et spécialisées. Et qui ne viennent pas tant de la chanson que de la politique et de l’internet, grands pourvoyeurs d’expressions nouvelles. Explorons d’autres grandes sources de néologismes, expressions, phrases toutes faites, etc.

Tout d’abord, les antonomases, figures consistant en la transformation d’un nom propre en nom commun, ce qui a donné silhouette ou poubelle. Ensuite la bande dessinée. Saviez-vous que le mot « pied » a été inventé par un personnage de bande dessinée ? La dame assise, dans Les poulets n’ont pas de chaise, de Copi.

pouletPasDeChaise

 

Bécassine fut une bande dessinée avant d’être une chanson ou un synonyme d’idiote évidemment. On doit « ils sont fous ces romains » et « il est tombé dedans quand il était petit » au grand René Goscinny. Le génial Franquin nous a laissé, « m’enfin » et « rogntudju ». Quant aux « pieds nickelés » c’est bien sûr une bande dessinée, quoique le titre provienne selon certains d’une pièce de théâtre. La palme du genre revient à Cabu, le plus merveilleux des dessinateurs de presse, assassiné le 7 janvier 2015, et qui a inventé un mot passé dans le langage courant : « beauf ». Le 25 juillet 1980, Cabu invité de l’émission de Bernard Pivot, Apostrophe. Regardez notamment la fin de la vidéo.

Plus généralement, la littérature est bien sûr une bonne source d’expressions toutes faites, comme d’innombrables moralités de fables de La Fontaine. Si vous êtes un Don Juan, vous devez quelque chose à Molière… à moins que ne soyez un tartuffe ou que vous ne vous embarquiez dans une galère ?

J’aime beaucoup l’expression « élémentaire mon cher Watson » parce qu’il paraît qu’on ne la trouve dans aucune aventure de Sherlock Holmes. C’est le comble de l’inventeur d’inventer ce qu’il n’invente pas. Notez que dans un précédent billet, on a eu un cas similaire. Comme me l’a fait remarquer Daniel Maillot dans un commentaire, Georges Marchais  n’a jamais dit « taisez-vous Elkabbach ». La citation est en fait une invention de Thierry Le Luron ! Ce qui nous amène aux comiques…

Les comiques ne sont pas en reste donc : le schmilblick, « faire chauffer la colle », ou loufoque (qui n’est autre que le mot fou traduit en loucherbem, voir ici) sont des expressions inventées par Pierre Dac. « C’est étudié pour », « tonton, pourquoi tu tousses ? » ou « ça eu payé, mais ça paye plus » furent inventées par Fernand Raynaud. On doit à Coluche « C’est l’histoire d’un mec », ou « sans blague merde ». Les Deschiens nous ont laissé le gibolin. N’oublions pas Nabila qui a su renouveler le mot allô.

C’est triste à dire quand on aime la chanson, mais les paroliers paraissent bien faibles à côté de Cabu, Goscinny, Pierre Dac, Fernand Reynaud, Charles de Gaulle ou Nabila. Ces prétendus génies du mot ont l’oreille du peuple tout entier. Radio Nostalgie nous bourrent le crâne de leurs ritournelles. Résultat : le sociologue Michel Delpech, le provocateur Serge Gainsbourg, l’amoureuse Véronique Sanson, l’ado révolté Renaud, le droitiste Michel Sardou, l’idole des vieux/jeunes Johnny… quelles expressions toutes faites nous ont-ils laissées ? « Que je t’aime » ? Soyons sérieux : pas grand chose.

Ont-ils seulement essayé ? Je le crois. Par exemple, Serge Gainsbourg a essayé d’inventer tout ensemble une nouvelle chanson, un nouveau mot et une nouvelle danse : La décadanse, tentative contre-nature de rétrograder ce bon vieux slow au niveau de ringardise de la position du missionnaire. Jane Birkin et Serge Gainsbourg, La décadanse, en 1972.

 

Vidéo de l’Ina qui atteste le côté « plan com » de l’opération : ici ! Cette danse, je l’aurais plutôt appelée slowrette… Le plan n’était pas mauvais toutefois, j’en conviens. Mais l’échec fut complet : la chanson, quoique sulfureuse et bien écrite, n’a pas marché. Et surtout, la danse n’a rencontré aucun succès, je ne connais personne qui danse la décadanse (si vous en connaissez, balancez, hashtag balance ton décadanseur). Pourquoi cet échec ? Le public était peut-être rassasié de scandale après le succès de Je t’aime moi non plus ? Le contraste entre érotisme torride et jeu de mot bidon a dû plomber le concept « décadanse ». Et puis franchement, je ne suis pas danseur, mais ça m’a l’air un peu nul comme danse, je veux dire d’un point de vue strictement dansant, non ? Aller, on remet ça.

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Henri Salvador n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 7/8
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On a peut-être fait fausse route. Peut-être qu’il n’y a pas de blues français, tout simplement. Parce qu’il n’y a pas de champs de coton en France, parce qu’il n’y a qu’une très ancienne Orléans. Et on n’a pas de descendants d’esclaves noirs… mais si on réfléchit, il y a bien des descendants d’esclaves noirs en France, à la Guadeloupe, à la Martinique, etc. Si c’est là qu’il fallait chercher le plus grand bluesman français ?

J’ai un peu cherché dans cette direction, c’est une fausse piste. Pourquoi les Antillais feraient-ils du blues d’ailleurs ? Pointe-à-Pitre est à 2000 km de la Nouvelle-Orléans et on ne demande pas à Cabrel de chanter de  l’Occitan ou à Johnny du belge. Et puis les Antilles françaises ont inventé la biguine et le zouk. Voilà ce qu’écrit Bertrand Dicale sur le zouk dans son Dictionnaire amoureux de la chanson française.

[…] cette musique inventée à Paris par trois Guadeloupéens (Jacob Desvarieux et les frères Pierre-Édouard et Georges Décimus) va conquérir le monde, influencer durablement les musiques urbaines d’Afrique, de l’océan Indien et des Amériques latine et centrale, et pourtant ne sera considérée en France que comme une fantaisie pour dancing d’arrière-plage, quelque part dans les années 80. […] Alors on préfère ne pas percevoir qu’une révolution musicale porte la nationalité française. Et finalement, le reggae de Bob Marley est plus aisément soluble dans la culture française.

C’est vrai Monsieur Dicale : la France invente le zouk, chante son hymne national en reggae, mais ne parle que de blues ou de java dans les paroles de ses chansons, allez savoir pourquoi. Si vous vous intéressez aux Antilles et à la chanson française, je vous recommande l’émission de Benoit Duteurtre du 11 novembre 2017, avec comme invité Pascal Légitimus, en réécoute ici.

Il y a quand-même un célèbre blues, chanté et composé par un Antillais d’origine. Blouse du dentiste, musique de Henri Savador, paroles de Boris Vian. On reconnaît le genre parodique propre aux débuts du rock en France (voir notre série sur ce sujet, ici). The genius, Ray Charles en personne, n’en veut pas du tout au bon Henri.

Quel farceur vous faites Monsieur Salvador. Sans ça, vous seriez sûrement devenu le plus grand bluesman français. Et puis voilà du blues. Brownie McGhee, Pawn Shop Blues.

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Johnny Hallyday n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 5/8
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Le blues est rudimentaire et malléable, on l’a dit. On en retrouve des éléments dans toutes sortes de musiques : le jazz bien sûr, le rythm’n blues évidemment, et le rock surtout. Mais de là à dire que « toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues », c’est un peu exagéré monsieur Johnny. Il y a le ragtime, le gospel, le jazz, la country et toutes sortes de traditions européennes.

À part, ça, oui, vous êtes presque le plus grand bluesman français monsieur Johnny, parce que vous avez composé le plus grand blues en français de tous les temps. Le public ne s’y est pas trompé qui d’une de vos musiques a décidé de faire votre plus grand tube. Les paroles sont de Michel Mallory, principal parolier de Johnny, avec 114 chansons au compteur ! Johnny, Toute la musique que j’aime.

Mais il ne suffit pas d’avoir composé le plus grand blues pour être le plus grand bluesman. D’ailleurs, les paroles sont trop précieuses à mon goût : « La musi QUE-QUE j’aime », c’est clairement inspiré de Victor Hugo, qui lui aussi maniait le « que-que » avec aisance. Extrait de Paroles sur la dune :

Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau,
Que mes tâches sont terminées ;
Maintenant que voici que je touche au tombeau
etc

Ah, que voici que je touche… Vous avez bien mérité vos funérailles nationales tous les deux. En tout cas, un vrai bluesman, ça ne chante pas Que je t’aime en japonais.

Bref, Monsieur Johnny, vous n’êtes pas le plus grand bluesman français. Mais vous êtes le plus grand bluesman suisse, ça d’accord. Et paix à votre âme. En attendant, un blues. Lightnin’ Hopkins, Woke up this morning.

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