Common knowledge

Mathématiques et chansons 15

La spécularité infinie, ou « common knowledge » est un concept issu de la logique et de l’économie. Une information est dite « common knowledge » lorsque tout le monde la connait, que tout le monde sait que tout le monde la connait, que tout le monde sait que tout le monde sait que tout le monde la connait, et ainsi de suite à l’infini.

Il est assez difficile d’imaginer que la notion ait des applications ou seulement un sens. Comment se peut-il que tout le monde sache quelque chose, sans savoir que toute le monde le sait ? C’est pourtant possible, je vous donne un exemple. Imaginez une réunion de trois personnes. Deux d’entres elles ont un gros point noir sur le front, mais ne le savent pas. Donc, l’information A = « il y au moins une personne qui a un point noir sur le front » est connue de tous, puisque tout le monde voit au moins une personne avec un point noir sur le front. Par contre, tout le monde ne sait pas que tout le monde le sait. Car un individu X qui possède un point noir sur le front ne voit qu’une seule autre personne Y avec un point noir. Dans l’ignorance de son propre état, X ne sait pas si Y est au courant qu’il y a des gens avec un point noir sur le front. Mais si quelqu’un s ‘écrit « tu as un point noir le front », tout d’un coup, l’information devient « common knowledge » : tout le monde la sait, sait que tout le monde sait, sait que tout le monde sait que tout le monde la sait, etc.

Le concept a été formalisé par l’économiste Robert Aumann, mais on peut l’illustrer simplement par de surprenantes énigmes mathématiques comme le problème bien connu dit des Cocus de Bagdad, voir ici. Voir aussi la page wikipedia sur le sujet, bien mieux faite en anglais qu’en français, et qui présente une énigme similaire à celle des cocus de Bagdad.

Dans la vie courante, la notion est également importante, avec la notion de « secret de Polichinelle » et la contradiction apparente qu’elle recèle : un secret que tout le monde le connait. Ce paradoxe n’est qu’apparent car il perd son mystère pour qui connait le common knowledge : l’information « common knowledge », donc dite publiquement, est formellement différente de celle que « tout le monde sait », et les « secrets de Polichinelle » ne sont pas une illusion cognitive échappant à toute rationalité.

Maintenant, avançons pas à pas et en chansons dans la subtile hiérarchie de la spécularité.

Spécularité 1, Jean Gabin. Je sais.

Spécularité 2, Henri Salvador. Je sais que tu sais.

Spécularité 3, Patrick Gane. Je sais que tu sais que je sais.

Spécularité infinie, Johnny. Tout le monde sait que c’est un héros, et comme il le gueule assez fort tout en prétendant le contraire, tout le monde sait que tout le monde le sait, et etc jusqu’à l’infini de Johnny. Je ne suis pas un héros.

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Johnny Hallyday

En passant par la Halle Tony Garnier 3/5

Une fois, devant la Halle Tony Garnier, je suis tombé sur quelques gars sans âge, tatoués, avec des Kronenbourg, un air de grande gentillesse et une tête à avoir fait des conneries plus jeunes. C’était pour Johnny bien sûr. Ma gueule.

Sinon, j’ai déjà fait une série sur le plagiat en chanson, et en me documentant pour ce billet, j’ai trouvé ça sur Wikipedia :

Les droits d’auteurs de la chanson [Ma gueule] sont contestés devant les tribunaux. Pierre Naçabal, crédité en 1979 comme compositeur du titre, encouragé par son succès retentissant, comptant sur ses droits à venir, achète une maison. Mais il est poursuivi en justice pour plagiat par Philippe Bretonnière en raison de la ressemblance de la musique de Ma gueule avec une composition de ce dernier déposée à la Sacem en 1976. Alors que ses droits sont bloqués et avant même que la justice ne se soit prononcée, Pierre Naçabal se suicide.

En juin 1990, la justice rétablit Philippe Bretonnière dans ses droits et depuis, sur les disques incluant la chanson, c’est lui qui est désormais crédité comme compositeur de la célèbre chanson. Les rééditions à venir des disques antérieurs à cette décision, retiennent désormais les noms de Gilles Thibaut et Philippe Bretonnière, par exemple dans l’album live de 1979 Pavillon de Paris : Porte de Pantin, réédité en CD en 2003, sous la référence 077 195-213.

1- Mylène Farmer
2- JuL
3- Johnny Hallyday
4- Renaud
5- Boys bands

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Variations sur un prélude (de Bach)

J.-S. Bach dans la chanson 17/19

On explore aujourd’hui un peu plus le célèbre Prélude en do majeur, premier morceau du Clavier bien tempéré, déjà vu dans le billet précédent. Pour commencer, le pianiste Lang Lang nous explique quelques enjeux liés à son interprétation.

Encore Lang Lang. Son idée de respiration, je parie que ça a dû parler à Michel Jonasz qu’on aperçoit sur la vidéo …

On l’a déjà vu dans le billet précédent, le premier prélude de Bach a été beaucoup décliné. Il aurait inspiré Fuir le bonheur, de Serge Gainsbourg. Par Jane Birkin. Il y a bien une parenté, mais c’est quand même bien trafiqué.

Alexandre Astier, qui a consacré tout un spectacle à Bach, en a proposé une version au rythme un peu tordu. Amateurs de solfège, c’est du 15/16. Pour ceux qui ne comprennent pas ce que ça veut dire, retenez que c’est bancal mais que c’est fait exprès.

On entend le prélude dans Repent Walpurgis de Procol Harum, vers 3:00 sur la vidéo. Ça fait quand même un peu il y a un cheveu dans la soupe.

La version de Jacques Loussier. Je n’ai pas trouvé de version d’Edouard Ferlet, ça aurait été intéressant ce comparer leurs approches…

L’Ave Maria de Gounod est basé sur ce prélude, et d’après le site cover.info qui m’a bien aidé à préparer cette série, on en trouve 130 reprises : pop, chanson, variété, etc.

Par Tino Rossi, c’est pas mal du tout.

Par Bing Crosby.

Même Stevie Wonder s’y est collé.

On passe au kitch. Qui a eu l’idée de mettre la ligne de basse de Stand by me ? Et de mettre Johnny sur le coup ?

Et puis le spécialiste de Bach en variété. Dave, Marie mon rêve.


Pour finir, les meilleurs. Präludium und Fuge Nr. 1 C-Dur BWV 846. The Swingle Singers. À écouter ici.

1 – Un flingueur nommé Jean-Sébastien Bach
2 – Un tube de Bach
3 – Bach demeure dans un camion
4 – Encore du Bach par Frida Boccara
5 – Bach jazzman
6 – Bach swingue
7 – All you need is Bach
8 – Blondie is Bach
9 – Un métaleux appelé Bach
9bis – Bach, cet inconnu
10 – Bach popstar
11 – American Tune
12 – Un geek appelé Bach
13 – Un crabe appelé Bach
14 – Une fugue pas de Bach
15 – Bach s’invite chez les Le Forestier
16 – Maurane vs Gould
17 – Variations sur un prélude (de Bach)
18 – Un blagueur nommé Glenn Gould
19 – Répliques

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Les toponymes de Georges

Neuf devinettes (pas que sur Brassens) 7/10

Devinette du jour : Brassens cite souvent des toponymes. Environ 170 d’entre eux ont l’honneur de figurer dans au moins l’une de ses chansons. On va d’ailleurs consacrer une série à la géographie de Brassens un de ces jours. Le toponyme le plus cité est bien sûr « Paris » (directement dans 11 chansons, beaucoup plus par allusions), suivi par « Espagne » (9 chansons) et « France » (8 chansons). Mais quel est le quatrième de ce curieux palmarès ? Ce n’est pas facile à deviner, il est bien moins connu…

Question subsidiaire : de tous ces toponymes, un seul est en Amérique (Nord et Sud confondus). Lequel ?

Réponse à la devinette d’hier. On demandait dans quelle chanson Johnny Hallyday tombe dans un repli d’espace-temps. Bravo à Simon qui a trouvé le premier la bonne réponse. Il s’agit des Chiens de paille, où Johnny raconte un truc qui se passe « fin août, début juillet ». Enfin par là quoi, vers la fin du confinement.

1 – Devinettes
2 – Les premiers seront les premiers
3 – 13 à la douzaine
4 – Renaud dans le rap
5 – Brassens nous parle de chansons
6 – Johnny dans une faille spatiotemporelle
7 – Les toponymes de Georges
8 – Le plus cité
9 – Recollage
10 – Vers d’anthologie
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Johnny dans une faille spatiotemporelle

Neuf devinettes (pas que sur Brassens) 6/10

Devinette du jour : dans quelle chanson Johnny Hallyday tombe-t-il dans une faille spatiotemporelle, un repli de l’espace-temps ?

Réponse à la devinette d’hier. On demandait quelles chansons (à part Sambre-et-Meuse) sont citées deux fois dans les chansons de Georges Brassens. Bravo à Patrick Hannais, internaute de Villeurbanne, qui a trouvé les deux apparitions de La Marseillaise dans deux chansons assez obscures : Les châteaux de sable et Les patriotes. J’ajoute que les paroles de notre hymne national sont citées dans Corne d’Auroch (« on a su qu’il était enfant de la patrie ») et La mauvaise herbe (« quand le jour de gloire est arrivé »). Nadia, internaute de Meylan, nous propose Paroles paroles de Dalida et Alain Delon dans La complainte des filles joie, l’idée est excellente. Réponses refusées : Les prisons de Nantes, qui apparaissent bien dans La route aux quatre chansons, mais je n’ai pas trouvé l’autre apparition. Et Ne me quitte pas, dont l’apparition dans À l’ombre des maris me semble une coïncidence.

Ma réponse : un grand classique de la chanson paillarde, De profundis morpionibus. Il parait que ses paroles sont dues à Théophile Gautier. Elle est citée dans Les quat’z’arts et dans Le mécréant.

De profundis morpionibus, par la bien nommée Chorale CUCEC.

Le mécréant.

Les quat’z’arts.

1 – Devinettes
2 – Les premiers seront les premiers
3 – 13 à la douzaine
4 – Renaud dans le rap
5 – Brassens nous parle de chansons
6 – Johnny dans une faille spatiotemporelle
7 – Les toponymes de Georges
8 – Le plus cité
9 – Recollage
10 – Vers d’anthologie

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Les arbres de Corot

La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 9/17

On survole aujourd’hui le répertoire assez abondant des chansons consacrées à un peintre en particulier. Les arbres de Corot, de Pierre Delorme.

Le Johnny qui chante la peinture, c’est le Johnny artiste, celui qui a quelque chose de Tennessee. Comme tout le monde quoi. Un tableau de Hopper, Johnny Hallyday

Michel Berger, dans une tentative pour trouver un bon sujet pour le bac philo : « Si le bonheur existe, c’est une épreuve d’artiste ». D’accord, mais d’artiste majeur ou mineur ? France Gall, Cézanne peint.

1 – Pourquoy n’aura mon langage, son or et ses douces fleurs ?
2 – Être Dieu
3 – Brel à Gauguin
4 – Goya et la chanson
4bis – Goya bis
5 – La peinture en bâtiment est-elle un art majeur ?
6 – Figure mythique du peintre
7 – Van Gogh, peintre par excellence de la chanson
8 – Autres personnages de peintres
9 – Les arbres de Corot
10 – Regard impressioniste
11 – La Joconde
12 – Nicolas Schöffer
13 – Ekphrasis
14 – Serge Rezvani
15 – Nino Ferrer
16 – Mick Micheyl
17 – Serge Gainsbourg

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Johnny chante sur du Beethoven

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 14/18
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Aujourd’hui, Poème sur la 7è, sur une musique de Beethoven, par Johnny Hallyday. Les paroles sont de Philippe Labro. Cette chanson de 1970 est assez avant-gardiste, tant par le sujet abordé (l’écologie) que par la forme (parlé-chanté qui anticipe le slam).

Les mélomanes auront reconnu le Deuxième mouvement de la 7e symphonie de Beethoven.

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Ave Johnny

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 9/18
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Quelqu’un a eu la bonne idée de faire chanter l’Ave Maria de Schubert à Johnny. Regardez bien les vitraux, encore une bonne idée (pour restaurer Notre-Dame). Ce qui m’épate le plus, c’est la ligne de basse de Stand by me en intro. Ça me rappelle le jour où j’ai mis de la glace à la fraise dans mon kebab.

Jean Yanne s’y est aussi essayé, Avec Maria.

Aller, pour se rincer un peu les oreilles après toutes ces horreurs, écoutons Maria Callas.

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San Francisco

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 16/17

Le lieu le plus mythique de toute la chanson, c’est bien sûr Paris. Les chansons qui l’évoquent, et pas seulement des chansons françaises, se comptent peut-être par milliers. On en parlera une autre fois, le sujet est bien trop vaste pour un petit billet, ça pourrait même être un thème pour toute une année. Paris est donc la capitale du Pays des chansons. Mais ce beau pays compte bien d’autres principautés d’importance. Je vous propose par exemple San Francisco, popularisée en chanson par le Summer of love.

San Francisco, par Scott McKenzie.

Let’s go to San Francisco, par The flower pot men.

Il parait que la chanson (The lights went out in) Massachusetts des Bee Gees a été suggérée par le Summer of love. Les lumières étaient éteintes dans le Massachusetts parce que tout le monde était à San Francisco. Mais curieusement, il parait que les Bee Gees n’avaient encore jamais mis les pieds dans le Massachusetts, l’état des États-Unis aux sonorités les plus suaves.

En France, le mythe de San Francisco a été propagé jusqu’aujourd’hui par la célèbre maison bleue où Maxime Le Forestier a vraiment séjourné. Il a ensuite oublié l’adresse, et quand des amis lui demandaient : « mais au fait, où est-elle cette maison ?», il répondait « adossée à la colline ». San Francisco.

Même Johnny s’y est mis, il adorait les hippies de San Francisco, doux et gentils.

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson
1 – Entre Cuba et Manille
2 – Ménilmontant
3 – Le paradis
4 – La Molvanie
4bis – Le kamklep
5 – Chez Laurette
6 – L’underground café déménage rue Watt
6bis – La rue Watt
7 – Café Pouchkine
8 – Rue de la Grange aux Loups
9 – Le café des délices
10 – Quand la RATP invalide les chansons
11 – Les chants du Pelennor
12 – Comment se rendre en Transylvanie Transsexuelle
13 – Leindenstadt
14 – Porte des Lilas et Paimpol
14bis – Porte des Lilas (bis)
15 – La gare Saint Lazare de Brel
16 – San Francisco
17 – Rochefort
17bis – Saint-Lazare, bis
17ter – Gare du nord et Lountatchimo

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