Aldonza

Putain de métier 6/11
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On l’a vu dans les premiers posts de la série, la putain occupe une place de choix dans la chanson réaliste, et la Complainte de filles de joie vient clore (symboliquement) cette période. Mais les personnages de prostituées sont bien sûr présents dans toutes sortes de chansons. Dans son adaptation d’une comédie musicale américaine sur Don Quichotte, L’Homme de la Mancha, Jacques Brel nous dresse un portrait expressionniste d’Aldonza, fille de mauvaise vie que Don Quichotte prend pour sa Dulcinée. Aldonza, par Joan Diener.

La technique lyrique impressionnante de Joan Diener (il parait qu’elle pouvait chanter sur trois octaves et demi) ne sert pas toujours au mieux le texte, d’autant qu’elle ne parlait pas un mot de français. On peut trouver quelques reprises sur le web qui permettent de mieux suivre les paroles, par exemple ici par Valérie Campo.

Sur le site de Closer, je lis (mais je l’avais déjà lu dans Télérama !) ce témoignage de Johnny Hallyday sur Jacques Brel :

Brel adorait aller dans les bars à fille. Il connaissait tous les bars et toutes les prostituées des villes de province. Il ne faisait jamais rien avec elles, il était juste leur pote et elles, ses amies. Il leur offrait le champagne à toutes et refaisait le monde avec elles jusqu’à 5 heures du matin

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Vos grands nombres

Quel est le plus grand nombre (dans une chanson) ? (6bis/6)
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Comme promis, un petit florilège des nombreuses propositions de chansons citant des grands nombres (merci à tous … le post est exceptionnellement long du coup). Vous avez été plusieurs à me suggérer Et moi, et moi, et moi de Jacques Dutronc, mais seule So Raya me l’a proposée sur Facebook avec le bon nombre : 500 milliards (de petits martiens) !  C’est toutefois très loin du compte, et même mes 1000 milliards du post précédent sont bien petits. Car la vainqueur (ou vainqueuse ? ou vainqueure ?) est NP, internaute de Lyon 6è, qui a déniché une chanson sur un nombre vraiment gigantesque, le Gogolplex ! Par bonheur, tout est expliqué dans la chanson, Googolplex de Jack Pearson (voir ici pour plus d’infos).

 

Dans un commentaire, Alain Berjon écrit « revenons aux sources, et à Tonton Georges qui avait pris date dans la durée, fusse pour chasser le papillon : « Des milliards de fois, et mêm’ davantage ». » En effet, des milliards, c’est beaucoup, et davantage, c’est encore plus ! La chasse aux papillons, de Georges Brassens, chantée par Christine Lebail.

Sur Facebook, Vincent propose carrément une chanson évoquant l’infini : Capitaine Flam, générique d’un dessin animé du début des années 1980, aussi proposé par Nicolas B. quelques jours plus tard. Les paroles sont de Roger Dumas, qui a écrit plus de 80 chansons pour Chantal Goya ! Musique de Jean-Jacques Debout, époux de cette dernière. La chanson évoque aussi le nombre cent mille millions, ce qui se dit cent milliards en bon français, beaucoup moins que le nombre de martiens selon Jacques Dutronc. Si l’on en croit les paroles, Capitaine Flam descend « d’aussi loin que l’infini »… Bien y réfléchir : il est assez simple d’aller vers l’infini, il suffit de se mettre en route et puis d’être très, très patient. Mais venir de l’infini, ou a fortiori en descendre, comme faire ? Très fort Capitaine Flam.

 

Acaber, abonné au blog, nous propose une chanson de Guy Béart, Années Lumière. J’ignorais que Guy Béart eût abordé la science fiction dans ses chansons, intéressant. Ça donne envie de revoir les dessins animés de René Laloux (La planète sauvage ou Les Maîtres du Temps).

 

Découverte toujours, avec Pierre A, internaute de Bruxelles, qui nous propose L’homme fossile, paroles et musique de Pierre Tisserand, chantée par Serge Reggiani (qui arrive dans le blog au 215è post seulement, honte à moi…).

Sur le site de l’INA, ici.

Enfin, Alain, de Montreuil, nous propose  sur Facebook un bon vieux Johnny, 24000 baisers, pas moins. Je vous propose plutôt la version de Dalida pour changer un peu.

 

Dans la catégorie « calembour », la palme revient à Nadia, internaute de Meylan, qui nous propose Le petit vingt blanc. Pas de chance, il est petit justement. Elle nous propose aussi « jamais 203 » sans citer de chanson. Effectivement, il est très difficile de trouver une chanson citant le nombre 203… Tentez votre chance avec la bande originale du film Bollywood Victoria No. 203, mais il vaut mieux comprendre le Hindi. Attention, la vidéo dure 2 heures et 44 minutes.

 

Et vous pouvez regretter que Jacques Brel et son compositeur-arrangeur  François Rauber n’aient pas écrit de chanson sur la Peugeot 203 dans laquelle ils sillonnèrent la France de concert en concert (info piochée dans l’excellent Dictionnaire amoureux de la chanson française de Bertrand Dicale, à l’article Jacques Brel). Mais pourquoi se focaliser sur 203 ? Parce que s’il n’y en a jamais 2 sans 3, et bien il n’y en a peut-être jamais 4 sans 9 ?  Comme disaient les Beach Boys dans 409.

 

Dans la catégorie nombres exotiques, la récolte est bien maigre. Nadia encore se demande comment classer Quatre-vingt-quinze pour cent de Georges Brassens. Cela compte-t-il pour 95 ? Pour 100 ? Ou pour 0.95 ? Je penche pour cette dernière hypothèse, qui nous fournit le seul nombre non-entier de la série… Elle nous dit encore dans son commentaire que cette chanson ne plaît pas aux hommes. Et bien à moi, elle me plaît beaucoup, déduisez-en ce que vous voulez. Une jolie version par les 2moiZelles.

 

L’un des premiers suiveurs du blog, monsieur GA, internaute d’on ne sait plus très bien où, et dont on est très content d’avoir des nouvelles, nous propose en vrac le générique des Tortues Ninja (pour le nombre 4), et puis Albert le 5è Mousquetaire (pour le nombre 5). Je les passerai une autre fois, on a déjà eu Capitaine Flam… Aller GA, encore un effort : pour la prochaine fois, tous les nombres de 1 à 100 !

Pour finir, je vous demandais une chanson citant un nombre négatif, personne n’a trouvé. On en a pourtant déjà vu une dans le blog, c’est André de Sanseverino, déjà passée dans la série sur les roms, ici. Il faut suivre plus attentivement !

Demain, ça repart fort avec une série très spéciale pour passer les fêtes dans une ambiance famille+télé tout à fait typique de Noël (en compagnie de Julien Lepers bien sûr).

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Du rock pour dans dix siècles

Les péchés originels du rock français 8/8
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Nous voilà au terme de cette série sur les origines du rock français. Ses faiblesses tiennent-elles à ses origines parodiques ? Peut-être pas, le péché originel a bon dos … difficile à dire. L’affaire est complexe, comme le montrent certains musiciens qui suivent des chemins inattendus avant d’en venir au rock. Par exemple Frank Zappa, ici interviewé alors que Pierre Boulez s’apprêtait  à diriger sa musique.

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Peu de gens savent qu’avant de faire du rock, j’écrivais de la musique de chambre depuis l’âge de 14 ans. Je me suis seulement dirigé vers le rock à 21 ans. Ma passion initiale était la musique contemporaine. Mais personne ne voulait jouer mes partitions. Aux États-Unis, il est très difficile d’être joué. J’ai dû me consacrer au rock pour pouvoir tout simplement faire entendre ma musique.

Frank Zappa, Libération, le 9 janvier 1984
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Pour revenir à la France, il y a d’autres thèmes autour du rock qu’on explorera dans de prochaines séries.  Par exemple, la tradition française que veut que petit à petit, nos artistes « rockeurs » se transforment en chanteurs de variété (on avait déjà noté ça dans le blog, ici). La liste est longue : Johnny Halliday, Eddy Mitchel, Kent, Elli Medeiros, même dans une certaine mesure Bashung.  D’autres parcours sont plus tortueux, comme ceux d’Higelin et Lavillier, qui commencent comme chanteurs à texte rive gauche, deviennent rockeurs, puis retournent à de la chanson plus classique. Bref, comme dit le proverbe, « En France, tout finit par une chanson », même le rock.

Pour conclure, un chanteur de la plus pure tradition « chanson française » : ce bon Léo Ferré. Lui, il a pris le rock au sérieux (à la fin des années 1960, il n’y avait plus tant de mérite, d’autant qu’entre nous, Léo, il prenait tout au sérieux j’ai l’impression). Il a fait accompagner son poème Le Chien par un groupe de rock français, Zoo.

 

Plutôt réussi, avec ce gros riff qui produit son effet quand il faut (vers 4:00)… En fait, un texte parlé en rythme sur de la musique, ça anticipe peut-être plus le rap que ça ne conclut le rock ? Mais on parlera de rap une autre fois.  Vers 4:40, Ferré dit qu’il faut « mettre Euclide dans une poubelle ». Quelle drôle d’idée. Léo Ferré semble faire allusion aux géométries non euclidiennes, où les droites sont « courbes », ce qui est d’un grand soulagement poétique, parce que les droites droites, et bien elles sont désespérément droites.

Troublante coïncidence, la même année que Le Chien, 1969, le célèbre mathématicien Jean Dieudonné, éminent membre du groupe de mathématiciens Bourbaki, lançait son slogan « À bas Euclide », dont le sens était qu’il fallait enseigner autre chose que de la géométrie aux petits enfants, et aussi peut-être dégager le raisonnement géométrique de l’intuition trompeuse issue des figures. Les nouveaux programmes de maths, les fameuses « maths modernes » s’apprêtaient à débouler dans les écoles, voir ici pour en savoir plus. Ça doit être l’ébullition révolutionnaire qui faisait tout se mélanger (à la même époque, la révolution culturelle chinoise condamnait les « quatre vieilleries »…).  Si cette intrusion de la science dans la chanson vous intéresse, allez donc voir la série de ce blog consacrée aux scientifiques dans la chanson : ici.

Léo Ferré a essayé d’autres genres de musique pour accompagner Le Chien. Une polyphonie de la Renaissance : le motet O vos Omnes, de Tomás Luis de Victoria. Et aussi du piano qui sonne très « musique contemporaine ». Je vous mets tout ça, d’abord Le Chien sur le motet.

Le motet sans les paroles de Ferré (une merveille) :

Et la version qui sonne contemporain. Vers 2:38, Ferré a un « trou », mais il s’en tire bien. Très pro Léo.

 

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Est-ce la bonne ?

Homme au féminin, Femme au masculin 4/5
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Finalement, pourquoi devrait-on être une femme pour chanter une chanson de femme ? Parce que zut, Jacques Brel est-il un soir d’été ? Georges Brassens est-il fossoyeur ? Est-il pas du tout l’antéchrist ? Claude Nougaro est-il sous mon balcon ? Georges Guétary est-il Robin des Bois ? Alain Souchon a-t-il dix ans ? Est-il carrément méchant ? Et est-il bidon ? Johnny Hallyday est-il l’idole des jeunes ?  Joseíto Fernández est-il un homme sincère ? Allain Leprest est-il nu ? Léo Ferré est-il un chien ? Michel Sardou est-il pour ? Serge Lama est-il malade ? Les Beatles sont-ils le morse ? Boris Vian est-il snob ? Johnny Hess est-il swing ? Claude Barzotti est-il rital ? Renaud est-il une bande de jeunes à lui tout seul ? Elíades Ochoa est-il charretier ? Robert Charlebois est-il reparti sur Québec Air ? Aznavour est-il un homme (oh, comme ils disent) ? Serge Gainsbourg est-il un homme (à tête de chou) ? Est-il poinçonneur ? Et est-il venu me dire qu’il s’en allait ? Daniel Balavoine est-il pas un héros ? Et est-ce qu’il s’appelle Henri ? Michel Polnareff ou William Sheller sont-ils fous de nous ? Claude François est-il mal aimé ? Bigflo et Oli sont-ils ?  Alors pourquoi ne chanteraient-ils pas des chansons de femmes ?

Mathieu Rosaz livre une belle contribution au débat, avant de reprendre Si la photo est bonne, de Barbara.

Mathieu Rosaz a bien raison : la chanson n’est pas simple à reprendre pour un homme. Mais pourquoi se l’interdire, car finalement, si l’interprète devait vraiment coller au personnage de la chanson, et bien pour chanter Si la photo est bonne, il faudrait non seulement être une femme, mais en plus être une authentique femme de président. Quelle idée ridicule, vous voyez Tante Yvonne chanter du Barbara ? Quoique …

 

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La société, ça fait chanter Johnny

De l’usage du mot « société » en chanson – 2/5
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On continue à explorer le mot « société » et son usage dans la chanson. N’hésitez pas à soumettre vos idées dans les commentaires à propos, il y a sûrement de nombreux exemples (ou contre-exemple ?). On passe à Johnny. Mais qu’est ce qui le fait chanter depuis 50 ans ? La société bien sûr, c’est lui qui le dit dans J’ai oublié de vivre. On notera l’air particulièrement rageur de Johnny au moment de prononcer « société-hé-é ». C’est vers 2min 50s :

« À force d’oublier qu’il y a la société
M’arrachant du sommeil
Pour me faireuh chanter »



Les paroles sont de Pierre Billon, fils de Patachou et filleul de Brassens. On le reverra dans ce blog, on l’a même déjà évoqué sans le nommer dans une petite énigme non-encore résolue (c’est un indice, fouillez tout le blog pour voir de quoi il s’agit…). La musique est de Jacques Revaux.

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