Quasimodo

Handicap et chanson 1

À partir d’aujourd’hui, le Jardin aborde le handicap en chanson. Quand on étudie un peu la chanson, on est vite frappé par l’existence de mythes qui la parcourent. Les plus grands d’entre eux sont sans doute l’amour et Paris. Il y a des milliers de chansons sur Paris. Mais il y a des mythes plus spécialisés. Par exemple les Gitans. Il y a une foule de chansons sur les Gitans, et c’est un répertoire très stéréotypé. En chanson le Gitan est toujours pareil : libre, farouche, musicien génial, à la fois amical et dangereux. C’est frappant, parce que les Gitans, ou les Roms, sont, selon des enquêtes très sérieuses, la population la plus discriminée en Europe.Voir la série que le Jardin a consacrée aux Gitans en chanson.

Un autre mythe intéressant en chanson, c’est la « putain ». Là, c’est un peu le contraire des Gitans, en ce sens que les images de prostituées sont assez variées, voire opposées. En gros, il y a la « fille de joie », opposée à « l’esclave », et de chanson en chanson, il y a comme un débat. Voir la série Putain de métier.

Tous ces mythes, et j’aurais pu en citer plein d’autres (le blues, la java (série en préparation), J.-S. Bach, le scientifique, l’accent espagnol (série en préparation), etc etc), c’est pratique pour les paroliers, parce que c’est partagé, tout le monde comprend en deux secondes, et heureusement parce qu’une chanson dure trois minutes. Tous les chanteurs qui rencontrent le succès utilisent ce genre d’idées toute faites, je dis bien tous (ou presque… ce qui se rapproche le plus d’une exception, c’est peut-être Léo Ferré), voir la série sur les poncifs en chanson ou sur les expressions toute faites chez Brassens.

Et le handicap ou les handicapés ? C’est la première chose à dire : le handicap ne semble pas faire partie de ces mythes chansonniers. C’est typique des sujets gênants ou tabous, comme l’avortement (une série est en préparation, mais il n’y a vraiment pas beaucoup de chansons). J’ai interrogé de nombreux amateurs de chanson, ils ont tous des chansons à citer sur le handicap, mais aucune chanson très connue, pas de « grande chanson » du type Comme ils disent pour l’homosexualité ou La complainte des filles de joie pour la prostitution. Au total, les chansons ne manquent pas. Il faut juste aller les chercher dans de nombreux recoins du répertoire. On s’embarque jusqu’en 2022 dans l’écoute d’une grosse quarantaine de chansons, que j’ai classées par usage du handicap.

Le premier usage, c’est l’identification, un ressort classique en chanson. Charles Aznavour a dit qu’il ne faut pas chanter sa vie mais celle de ceux qui écoutent. C’est très net dans le répertoire sur la prostitution, par exemple L’accordéoniste :

La fille de joie est seule,
Au coin la rue là-bas
Son accordéoniste,
Il est parti soldat

Pas grand monde est « fille de joie », mais tout le monde a ressenti la solitude, le départ de l’être aimé, etc. D’ailleurs, pour L’accordéoniste, plein de gens qui connaissent la chanson ont oublié que ça parle d’une prostituée. Le procédé est banal : présenter des personnages exceptionnels, mais à qui il arrive des choses banales pour qu’on s’y identifie. Et comme l’identification est un mode un peu puéril d’usage des objets culturels, on le retrouve naturellement dans la chanson pour enfants. Rien qu’un jour, extrait du Bossu de Notre-Dame des studios Walt Disney. Notez un détail parmi d’autres : Quasimodo joue avec des sortes de Playmobil, un enfant peut facilement s’y identifier. Francis Lalanne (qui fait son entrée au 1475e billet de ce blog) prête sa voix à Quasimodo et Jean Piat à Frollo.

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