Le silence pendant Mozart, il est très bien aussi

Le silence en chanson 6/8
11bis22bis34566bis788bis

L’une des citations les plus rabâchées à propos de la musique est probablement : « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. » C’est de Sacha Guitry. Le propos est discutable : Mozart a beaucoup souffert pour apprendre le contrepoint, s’inspirant sans relâche des maîtres du genre (voir par exemple ici). On pourrait donc dire que dans certains cas, le silence qui suit Mozart est peut-être de Bach ? Ou alors de John Cage ? D’Alphonse Allais ?

Qu’en est-il du silence pendant Mozart ? Écoutons l’ouverture de Don Giovanni. L’opéra débute par deux accords scandés par tout l’orchestre, chacun suivi d’un silence, qui apparaît dans sa vertigineuse verticalité sur la partition, une vraie merveille.

 

Il est intéressant de voir comment les chefs d’orchestre traitent ces deux silences. D’abord Theodor Currentzis. Je trouve que ça « presse » un peu. C’est le choix assumé et souverain du chef, qui confère un petit rien de fébrile à ce départ.

 

À comparer avec James Levine. Les silences plus longs et plus habités. J’aime bien son petit geste pour faire taire l’orchestre.

 

En bonus, une longue vidéo sur l’enregistrement de Don Giovanni par Theodor Currentzis et l’orchestre de l’Opéra de Perm. On parlait de contrepoint au début du post, il y en a un que j’aime beaucoup vers 1:25 : les trois voix graves de Don Giovanni, de Leporello et du Commandeur s’entremêlent.

Tous les thèmes

Le silence du chanteur de jazz

Le silence en chanson 1/8
11bis22bis34566bis788bis

On s’intéresse à partir d’aujourd’hui au silence dans la chanson. Le thème se prête particulièrement au bavardage, mais n’insistons pas sur ce paradoxe, ça en rajouterait encore (du bavardage).

Avant de démarrer la série, je lance un grand concours : trouvez-moi le plus long silence dans une chanson. Attention, John Cage ne compte pas (ceux qui ne connaissent pas ce compositeur le découvriront très bientôt dans cette série). Je veux une vraie chanson, avec un vrai silence dedans : pas de silence qui suit Mozart et qui est encore du Mozart (on en parlera aussi dans la série, c’est tout à fait valable, mais ce n’est pas de la chanson). J’ai un exemple de silence de presque trois secondes, je le passerai à la fin de la série. Qui dit mieux ?  J’attends vos propositions avec impatience.

Commençons notre étude du silence par une scène du Chanteur de Jazz, tout premier film « parlant et chantant » de l’histoire du cinéma. En fait, le film est principalement muet, seules quelques scènes sont parlantes et chantantes. Il raconte la relation conflictuelle de Jakie Rabinowitz avec son père, chantre dans une synagogue de New York.  Ce dernier souhaiterait que son fils vive dans la tradition juive et devienne chantre à son tour. Surtout pas chanteur de jazz en tout cas. Je vous passe une scène où un silence des plus éloquents interrompt notre chanteur : Al Jolson, dans une chanson dont je n’ai pas retrouvé le titre.

Ce silence soudain induit une belle dramatisation et fait basculer la scène « parlante et chantante » dans une esthétique typiquement muette. L’intertitre « Papa, you have no words for your son » peut se comprendre à plusieurs niveaux : le père n’a effectivement pas de mots, puisque le film est redevenu muet… à moins que le film ne redevienne muet faute de mots.

À écouter sur le silence au cinéma (et en particulier cette scène du Chanteur de Jazz) : sur le site de France Culture, Quand le cinéma donne la parole au silence, dans l’émission Les Chemins de la philosophie d’Adèle Van Reeth, avec José Moure. Ici.

Tous les thèmes

 

Bobby Mc Ferrin finit au violon

Samba de uma nota só – 6/6
1 – 2 – 3 4 – 56

On termine la série sur la samba de uma nota só. La version la plus curieuse, avec Bobby Mc Ferrin au violon, et un très beau scat pour finir…

Bobby Mc Ferrin et le MozART group, un quartet polonais qui a une approche très particulière du classique. Toute la vidéo vaut le coup, mais la samba elle même commence vers 5min45s.

Tous les thèmes

Bach précurseur du métal ?

J.-S. Bach dans la chanson – 4/5
1 – 2 – 3 – 4 – 5

J’ai dit hier que Bach était l’un des moins chantant de nos grands compositeurs classiques. Je voulais dire que tout le monde peut siffloter un petit air de Mozart, de Beethoven, de Chopin ou de Brahms, parfois sans trop le savoir, ou en croyant que c’est une chanson de Serge Gainsbourg. Mais de Bach ? Peut-être le début de Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565. Les plus mélomanes des geeks-de-moins-50-ans se risqueront au thème de l’Offrande musicale (on verra pourquoi dans une série consacrée à la chanson chez les geeks).  Le Prélude en Do majeur par lequel on a commencé cette série, on le reconnait, mais de là à le chanter, essayez pour voir, ça n’est pas commode.

Donc, si Bach n’est pas très « chanson », peut-être est-il très « rock » ? Oui, bien sûr. La parenté de Bach avec certains musiciens de hard rock a été mainte fois notée. Par exemple, le guitariste Eddie van Halen et son célèbre solo Eruption, qui a fait date pour sa technicité. La parenté est soulignée dans la première vidéo. La deuxième donne le solo en entier, préparez vous à 10 minutes de son brut. Van Halen s’inspire-t-il de Bach, ou ayant fait face aux mêmes contraintes, est-il parvenu aux mêmes solutions ? Débat ouvert, avis aux musicologues.

Et une petite devinette : qui pourrait donner une chanson française qui cite le nom du guitariste Van Halen ? Ça existe, mais la solution sera donné bien plus tard quand on fera une petite série sur le solfège…

 

Tous les thèmes

Comment réchauffer du chocolat chaud avec Bach

J.-S. Bach dans la chanson – 3/5
1 – 2 – 3 – 4 – 5

Continuons d’explorer ce paradoxe : l’un des moins chantant de nos compositeurs classiques est l’un des plus cités dans la chanson. Il y a quelques grands mythes issus de la musique classique, comme Mozart, incarnation du génie pur.  Jean-Sébastien Bach est un mythe d’une nature différente, sur lequel courent bien des poncifs : musique divine et compliquée, mais froide et dépourvue de sentiments. On le dit mathématicien, c’est-à-dire que la froideur de sa musique puise à une source magique et incompréhensible.

Maintenant, imaginez que vous ayez à peindre une scène de famille un dimanche après-midi, avec tartines et chocolat chaud.  Comment faire ressentir cette chaleur ? Vous pouvez essayer la méthode directe comme José-Maria de Heredia :

Ce soir, au réduit sombre où ronfle l’athanor,
Le grand feu prisonnier de la brique rougie
Exalte son ardeur et souffle sa magie
Au cuivre que l’émail fait plus riche que l’or.

A-t-on jamais rien écrit de plus incandescent ?  Mais vous pouvez aussi procéder par contraste : mettez donc Bach dans un coin, il est tellement glacial qu’il fait apparaître tout le reste plus chaud, ambiance garantie !

Catherine et Maxime Le Forestier, La petite fugue. 

 

Tous les thèmes