On peut rire de tout, mais pas en mangeant du couscous

Les Juifs et la chanson IV – Image des juifs dans la chanson 13/19

Dans ce billet, on aborde un autre art populaire : le comique. La question juive y est abordée plus franchement qu’en chanson, ce qui montre qu’il ne s’agit pas d’un tabou universel. La symétrie avec les gitans est intéressante là encore. Si tout amateur de chanson qui se respecte est capable de citer en une minute quatre ou cinq chansons parlant d’un gitan, et si tout raconteur de blagues en connait au moins quelques-unes sur les juifs, je les mets tous au défi de raconter une blague gitane. Ou de citer en moins d’une minute ne serait-ce que trois chansons avec un personnage juif (à moins de lire ce blog bien sûr).

Autre symétrie intéressante : que ce soit en chanson ou dans le comique, le judaïsme est traité en gros de la même manière par les artistes juifs ou pas : discrétion, neutralité et non-dit en chanson, contre étalage bienveillant de poncifs et d’exagérations dans le comique. Il y a quand même des différences subtiles, je dirais un regard plus tendre ou ému quand il vient de l’intérieur, mais je vous laisse en juger.

J’adore les sketchs de Popeck, mais ce n’est qu’en préparant cette série que j’ai découvert qu’il était aussi musicien. Popeck et Mozart.

Si la Chanson a magnifiquement combattu la réputation de radinerie des auvergnats, il n’en est rien de l’Art de la parodie d’émission de télé avec celle des juifs. Des chiffres et des chiffres, par Les Inconnus.

Vous êtes juif, excellent sketch d’Élie Kakou.

Élie Kakou évoque aussi un sujet plus spécialisé : le racisme entre juifs ashkénazes et séfarades, dans Le kibboutz.

Les Nuls, dont je vous avoue que je n’apprécie pas trop l’humour, ont quand même eu quelques idées touchant au génie surréaliste.

Pour ceux qui ne connaissent pas, l’original : pub pour Royal Canin, aliment complet pour chien. Musique de Enno Moriconne (c’est la bande original du film Le professionnel).

Les Nuls ont aussi commis une parodie balourde de Est-ce que tu viens pour les vacances de David et Jonathan (Il faut dire qu’ils n’étaient pas aidés par l’original). Qu’est-ce que tu vends pour les vacances.

L’original.

Allez, pour conclure ce long billet, un peu de Woody Allen ne nous fera pas de mal.

1 – Le chandelier
2 – Le mot « juif » dans des listes
3 – La chanson anticléricale œcuménique
3bis – Souchon et Ferré
4 – Le juif non-dit
5 – Les juifs chez Gainsbourg
6 – Un juif célèbre
7 – L’Aziza
8 – La chanson pro-israélienne
9 – Le conflit israélo-palestinien
10 – Image des juifs dans le rap
11 – L’anti-antisémitisme de Pierre Perret
12 – La chanson antisémite
13 – On peut rire de tout, mais pas en mangeant du couscous
14 – Les mères juives
15 – Betty Boop
16 – Noirs et juifs aux USA
17 – Nica
18 – Noirs et juifs en chanson chez Jean-Paul Sartre
19 – Azoy
19bis – Retour sur quelques commentaires

 

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Henri Tachan

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 15/18
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Henri Tachan nous propose aujourd’hui un petit tour d’horizon de la musique classique (en chanson). Mozart, Beethoven, Schubert et Rossini.

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La sonate au clair de lune de Beethoven

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 12/18
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En chanson, on entend parfois une citation classique subreptice. Dans Les bonbons de Jacques Brel, au moment de « sur le kiosque on joue Mozart », l’orchestre se prend pour Mozart un quart de seconde.

 

Dans Couché dans le foin, une chanson de Mireille et Jean Nohain, il y a un emprunt rapide à Carmen de Georges Bizet (sur « Hélas le métier de toréador », vers 1:02). Je vous propose une interprétation par Pills et Tabet. On aperçoit Jean Nohain au début de la vidéo.

Dans Il fait des …, l’une des 87 chansons écrites par Édith Piaf, Yves Montand nous fait entendre quelques passages classiques, dont un petit bout de la Sonate au clair de lune de Beethoven, c’est vers la fin.

J’en profite pour vous repasser l’excellent sketch de Bernard Haller.

Il est vrai que cette sacrée sonate se prête volontiers à toutes sortes de massacres. Au kazoo, Joël Van Der Mark.

Puisqu’on parle de Beethoven, je vous raconte un souvenir personnel. En cours de solfège, la prof nous demande pourquoi à la fin de la Cinquième symphonie, l’orchestre joue plusieurs fois l’accord de tonique. J’ai répondu : « parce que Beethoven était sourd ». On m’a viré de l’école de musique.

Meuh non, on ne m’a pas viré, personne n’a entendu ma bonne blague. Et la vraie réponse c’était plutôt que vue la colossale quantité d’énergie harmonique accumulée, il fallait résoudre plusieurs fois.

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Quand la musique classique fait des chansons

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 3/18
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Êtes-vous amateur de rondeaux ? Liriez-vous un blog consacré aux formes strophiques ? Écouteriez-vous une radio appelée « rire et lieds » ? À toutes ces questions, je réponds oui à votre place, puisqu’en musicologie, rondeau, forme strophique et lied sont plus ou moins des synonymes de chansons ! Les plus grand compositeurs ne rechignent pas à écrire des airs faciles à chanter, à la structure « strophique » (= couplet/refrain) facilement identifiable, des sortes de chansons donc. Je vous en passe quelques-uns. Mozart en a composé plusieurs, comme Der Vogelfänger bin ich, ja!, dans La flûte enchantée. Par le baryton Teddy Tahu Rhodes.

Autre air très connu, déjà passé dans le blog, Voi che sapete. Je vous passe ma version préférée, par Julia Lezhneva. Je lui trouve quelque chose de plus droit et net que d’autres… Mais partez à la pêche sur youtube, il y a toute sorte d’interprétations.

J’observe que de bonnes chanteuses de variété peuvent se casser les dents sur cet air. Le chant classique ne s’improvise pas… Par Natasha St-Pier.

D’un autre côté, quand des vedettes du chant classique s’essayent à la chanson, le résultat n’est pas toujours génial, mais enfin à vous de voir. Je m’voyais déjà, par Philippe Jaroussky & friends. On reconnait Natalie Dessay, Karine Deshayes et Philippe Jaroussky. J’adore l’air des musiciens, un peu « mais qu’est-ce qu’on s’encanaille aujourd’hui ». Le timbre « lyrique » plait ou pas… mais pour passer par dessus un orchestre, on est contraint d’utiliser certaines harmoniques. On reparle de cette version bientôt dans la série.

Jusqu’à une époque récente, certains de ces airs étaient repris par des vedettes. Le rondeau du brésilien, air célèbre de La vie parisienne, opérette de Jacques Offenbach, par Dario Moreno.

Pour conclure ce billet, puisqu’on parle d’airs favoris, une citation assez éclairante tirée de l’extraordinaire Guide illustré de la musique d’Ulrich Michels. Cette curieuse mini-encyclopédie, richement illustrée et très complète ne comporte qu’un ou deux paragraphes sur la chanson, alors qu’il y a des tartines sur des notions aussi centrales que les appoggiatures ou autres conneries, passez-moi l’expression. Mais ça tombe bien, ça nous fera moins à lire aujourd’hui … Voilà les deux paragraphes.

Après le succès remporté depuis le milieu du XIXè siècle par certains airs favoris d’opéra et d’opérette, on a vu se créer de toutes pièces des « succès » dont les médias, en particulier le disque et la radio, ont fait une véritable marchandise musicale, qui représente un chiffre d’affaire important.

Des équipes organisée de façon rationnelle et professionnelle collaborent à cette production : auteurs, compositeurs, arrangeurs, chanteurs, acteurs, ingénieurs du son, directeurs commerciaux, jusqu’aux disc-jockeys. Ces musiques de variété s’appuient sur les habitudes auditives et les sentiments les plus simples. Faisant rarement preuve d’originalité, elles s’inscrivent toujours dans les courants de la mode, qu’elles contribuent parfois à orienter. À des paroles sur le thème de la solitude, de l’amour, correspond une musique délibérément simple — mélodies diatoniques aux intervalles caractéristiques, rythmes réguliers, harmonies tonales, structure strophique avec refrain, sonorités connues et parois clichés les plus éculés : valse musette pour Paris, guitare hawaïenne pour les mers du sud, etc.

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D’accord, mais qu’est-ce que la musique classique ?

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 2/18
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On l’a vu dans le dernier billet, la musique classique est plus facile à célébrer ou critiquer qu’à définir. Au sens le plus strict, la période classique est un bref moment de la grande musique occidentale, vers la fin du XVIIIè siècle, entre la musique baroque et la musique romantique, marqué par Haydn, Mozart et Beethoven.

Dans un sens plus large, le public définit la musique classique par certaines caractéristiques implicites, réelles ou supposées : musique officielle, nécessitant un long apprentissage, perfection, exigence technique primant sur toute autre considération, raffinement, musique non amplifiée, instruments anciens, fidélité rigoureuse à un répertoire figé. La musique classique est aussi perçue comme exempte de tous les vices de la musique : lascivité des musiques dansantes, facilité de la musique populaire, crétinisme des paroles des chansons de variété. Et surtout paresse de nos habitudes auditives, car écouter de la musique classique, ce n’est pas pour les paresseux. On se réjouis que ce soit si abstrus, on se flatte de son endurance. En tout cas, qu’on en écoute ou pas, on la respecte, un peu comme une religion qu’on ne pratique plus.

Les musicologues insistent quant à eux sur l’historicité du pilier véritable de la musique classique : le répertoire. La notion est en fait assez récente. Il semble que le premier compositeur qui ait eu l’idée de jouer le répertoire ancien était Beethoven au début du XIXe siècle. Il a en quelque sorte « inventé » la musique classique. Selon wikipedia, La passion selon saint Matthieu, de Jean-Sébastien Bach n’a pas été jouée entre sa création en 1736 et son exécution en 1829 par Felix Mendelssohn. Avant le XIXè siècle, les musiques étaient composées pour être jouées immédiatement, personne ne songeait à jouer de vieux trucs, ou n’imaginait que le truc du jour serait joué plus tard. Puisqu’on parle de la Passion selon Saint Matthieu.

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Nougaro et Lavilliers nous parlent de classique

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 1/18
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Voici l’avant-dernière série consacrée à notre lancinante question : la chanson est-elle un art majeur ou un art mineur ? Dans notre quête désespérée d’une absence de réponse, on étudie à partir d’aujourd’hui la relation entre la chanson et l’un des arts les plus majeurs du monde : la musique classique.

Dans son altercation avec Béart, Gainsbourg invoque la musique classique comme art majeur indiscutable. Il est vrai que dans notre imaginaire, elle est un absolu : composée par des génies comme Bach ou Mozart, exécutée par des virtuoses comme Liszt ou Paganini, elle nous propose une intercession directe avec Dieu, l’univers, ou encore plus difficile avec soi-même. Les non-croyants, et jusqu’aux scientistes, peuvent idéaliser cet exemple unique d’art abstrait séculaire. Critiquer la musique classique, c’est le blasphème total, voilà bien sur quoi Homais et Bournisien ont fini par s’entendre. Pas facile donc de trouver des critiques à l’encontre de la musique classique, notamment dans des paroles de chansons… Dans La samba de Bernard Lavilliers, on entend au détour d’une sociologie un peu sommaire de la musique :

Une musique morte impuissante et statique
Suintait par le plafond très aristocratique

Morte, impuissante ? Peut-être… Claude Nougaro est plus indulgent, lorsqu’il imagine les aller-retour d’un pauvre piano, de la salle Pleyel à un club de jazz ! Je vous propose une interprétation par Jacqueline François du Piano de mauvaise vie, à écouter en détail pour sa belle collection de poncifs.

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Mozart, Ein musikalischer Spaß

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 7/16
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On fait une pause au milieu de notre enquête sous le capot de la poésie française, mais on garde le cap chronologique : on est à la fin du XVIIIè siècle. Vous voulez de l’art majeur ? En voilà. Du Mozart : si ce n’est pas majeur ça, allez vous abonner à un autre blog. Écoutez bien Ein musikalischer Spaß

 

Mozart à part, vous ne trouvez pas que c’est très mauvais ? En fait, cette œuvre est bel et bien composée par Mozart, mais il s’agit d’une parodie (Ein musikalischer Spaß veut dire Une plaisanterie musicale). Mozart y a glissé volontairement toutes les maladresses qu’il a pu imaginer, pour singer une sorte de compositeur incompétent, l’histoire est bien connue. Ce qui est amusant, ce que certaines « maladresses » inventées par Mozart devinrent plus tard des techniques autorisées, utilisées par Debussy ou Starvinsky par exemple, voir ici. Allez savoir ce qui est majeur ou mineur après ça…

Le métier de compositeur ne s’improvise donc pas. J’en ai moi-même fait la cuisante expérience, en tentant d’écrire un arrangement pour chorale d’Under my thumb des Rolling Stone. J’ai travaillé dur, à partir d’un arrangement pour piano, plusieurs heures chaque matin pendant quinze jours, fort de quelques notions de solfège, avec un petit clavier et une guitare. J’ai pondu une longue partition, et une chorale a accepté de chanter le machin. Comme c’est le seul que je n’ai jamais écrit, j’ai eu la chance d’entendre chanter mes œuvres complètes, et ça n’a pris que 5 minutes, le pied. J’ai trouvé ça pas mal à entendre, mais la chef de chœur m’a expliqué que ça avait été un enfer à monter : ça ne sonnait pas, la voix de soprano était trop aiguë, les phrases se terminaient mal, … Les chanteurs, tous bons musiciens, ont fait un peu à leur sauce. J’avais confié la partie de marimba de Brian Jones à l’alto, je n’ai pas osé lui adresser la parole pendant des semaines, la pauvre a dû endurer de longues séances de répétition à faire tourner en boucle « tu-tu-tu-tu-tu-tup », etc.

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Florence Jenkins

Chanter faux 2/6
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Impossible de parler de fausses notes sans évoquer Florence Foster Jenkins. Cette cantatrice américaine était incapable de chanter juste ou en rythme. Deux films lui ont été consacrés récemment : Marguerite, et Florence Foster Jenkins. Grâce à sa fortune et à sa passion, elle a fait une authentique carrière, culminant lors d’un célèbre concert au Carnegie Hall le 25 octobre 1944. Elle avait un public nombreux et fervent. Il paraît que Caruso lui-même l’admirait (voir plein d’autres infos ici). Elle disait : « Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n’ai pas chanté. » L’air de la reine de la nuit, dans la Flûte enchantée de Mozart, par Florence Jenkins.

C’est complètement faux, c’est arythmique, mais j’aimerais bien avoir ces aigus (même s’ils ne sont pas tout à fait assez aigus). Et puis comme toujours avec les choses bizarres ou inhabituelle, si on se force à écouter un peu, on finit par trouver quelques vertus au machin. Si vous êtes chanteur, essayez de chanter comme Florence Jenkins, ça n’est pas si simple. Si vous êtes musicien, essayez de repiquer exactement ce qu’elle chante, ça n’a rien d’évident, elle chante des notes nouvelles, c’est une musique tout à fait créative. En tout cas, que votre musique plaise ou non, bravo Mme Jenkins, vous n’avez pas eu peur de chanter !

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Chérubin, précurseur de Suzy Solidor

Paralipomènes 40/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Toujours sur homme au féminin, femme au masculin, on a vu hier que Gainsbourg avait comme précurseur Suzy Solidor, mais en remontant en encore plus loin, on peut parler de ces rôles d’homme tenus traditionnellement par des femmes à l’opéra. Rien de très surprenant à ces dynasties inversées de précurseurs : dans son article Kafka et ses précurseurs, Borges écrivait : « le fait est que chaque écrivain crée ses précurseurs ». Pourquoi en serait-il autrement des chanteurs ?

Comme exemple, je vous propose Chérubin, personnage masculin des Noces de Figaro de Mozart qui est traditionnellement chanté par une femme. Voi che sapete, chanté par Ioulia Lejneva.

Je vous recommande de chercher plusieurs versions de cet air sur youtube, il y a vraiment plein de façons de l’aborder, le chant classique n’a rien d’un art figé.

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Le silence pendant Mozart, il est très bien aussi

Le silence en chanson 6/8
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L’une des citations les plus rabâchées à propos de la musique est probablement : « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. » C’est de Sacha Guitry. Le propos est discutable : Mozart a beaucoup souffert pour apprendre le contrepoint, s’inspirant sans relâche des maîtres du genre (voir par exemple ici). On pourrait donc dire que dans certains cas, le silence qui suit Mozart est peut-être de Bach ? Ou alors de John Cage ? D’Alphonse Allais ?

Qu’en est-il du silence pendant Mozart ? Écoutons l’ouverture de Don Giovanni. L’opéra débute par deux accords scandés par tout l’orchestre, chacun suivi d’un silence, qui apparaît dans sa vertigineuse verticalité sur la partition, une vraie merveille.

 

Il est intéressant de voir comment les chefs d’orchestre traitent ces deux silences. D’abord Theodor Currentzis. Je trouve que ça « presse » un peu. C’est le choix assumé et souverain du chef, qui confère un petit rien de fébrile à ce départ.

 

À comparer avec James Levine. Les silences plus longs et plus habités. J’aime bien son petit geste pour faire taire l’orchestre.

 

En bonus, une longue vidéo sur l’enregistrement de Don Giovanni par Theodor Currentzis et l’orchestre de l’Opéra de Perm. On parlait de contrepoint au début du post, il y en a un que j’aime beaucoup vers 1:25 : les trois voix graves de Don Giovanni, de Leporello et du Commandeur s’entremêlent.

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