L’art est docile à l’ami

L’énigme LdV 6/6
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Voici venue l’heure tant attendue de la solution. Vous avez tous trouvé : le point commun entre toutes les chansons de la série : c’est qu’il y a dans les paroles des noms de notes de musique. « As simple as do, ré, mi » comme diraient les Jackson 5. Vous pouvez maintenant vous casser la tête pour savoir si la note énoncée est bien la note chantée (des fois oui, des fois non…).

Je n’ai pas trouvé de chanson dont les paroles soient exclusivement constituées de noms de notes, mais ça doit sûrement exister (une belle contrainte synthouchanpiste, voir la série sur l’Ouchanpo (ici)). Pour ceux qui croiraient que c’est impossible, la poétesse Louise de Vilmorin, amatrice de jeux de langage, a écrit un joli texte n’utilisant que les syllabes do, ré, mi, fa, sol, la, si. (Et au fait, Louise de Vilmorin, ça fait LdV).

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Fado

L’ami docile a mis là
Fade au sol ciré la sole
Ah ! si facile à dorer

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie,
S’y mire effarée.

L’art est docile à l’ami
La sole adorée dort et
L’ami l’a cirée, dorée.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie,
S’y mire effarée.

Sire et fade au sol ciré
L’adoré, dos raide aussi,
L’ami dort hélas ici.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie,
S’y mire effarée.

Louise de Vilmorin
(L’alphabet des aveux )
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Facile à (Fa Si La) mettre en musique : il suffit d’utiliser les notes telles quelles … Qu’est-ce ça donnerait ? Si quelqu’un l’enregistre, je le mets dans le blog, promis. Il est autorisé de varier la longueur des notes, de changer d’octave, de mettre des silences, voire même quelques altérations (dièse et bémol). Ne pas abuser de doubles dièses et doubles bémols s’il vous plaît.

Le site internet de Gérard Villemin m’a pas mal aidé pour cette série. Allez donc voir si vous doutiez que l’encyclopédisme pût être un art naïf. Ici ou ici.

Et j’oubliais, il faut une chanson !! Le Poisson Fa, de Boby Lapointe.

Une bonne blague pour finir. Pourquoi le parquet est-il toujours propre chez les musiciens ? Parce qu’ils ont un « domicile à sol facile à cirer » !

Encore un truc : c’est le 200è post que j’écris pour ce satané blog (mais si mes comptes sont bons, c’est le 199è que vous lisez, je ne les sors pas dans l’ordre où je les écris !!).

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La violoncelliste

L’énigme LdV 4bis/6
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Vous êtes deux à avoir trouver l’énigme (bravo à Christelle, internaute de Villeurbanne qui a trouvé la première). La solution se trouve dans les commentaires, mais vous pouvez continuer à chercher. Personne n’a trouvé pourquoi l’énigme s’appelle LdV, c’est la partie la plus difficile…

En attendant la suite, un petit indice de Pierre Delorme. La violoncelliste, par les Frères Jacques.

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Une petite cantate

L’énigme LdV 4/6
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On cherche toujours le lien secret unissant les chansons de la série. Ceux qui auraient déjà trouvé peuvent chercher pourquoi l’énigme s’appelle LdV (pas simple). Après Trenet, Brassens chanté par Jaroussky et les Jackson 5, je vous propose Une Petite Cantate, de Barbara. D’ailleurs, j’aurais pu vous proposer La Petite Fugue de Maxime Le Forestier à la place de la Petite Cantate, mais on l’a déjà vue dans le blog dans la série sur Bach, ici.  Ne connaîtriez-vous pas une Petite Symphonie, un Petit Concerto, ou un Petit Opéra pour la prochaine fois ?

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ABC

L’énigme LdV 3/6
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Je vous rappelle qu’on cherche le lien secret unissant quelques chansons, jusqu’à présent Moi, j’aime de Music-hall et Colombine. La suite, c’est ABC des Jackson 5, avec au chant un petit surdoué prénommé Michael.

L’énigme commence à être trouvable… La suite dans le prochain post.

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Brassens lyrique

L’énigme LdV 2/6
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En préparant l’énigme, je suis tombé sur cette étrange version de Colombine, qu’on a déjà écoutée dans la série sur Paul Verlaine (ici). Musique de Georges Brassens, interprétée Philippe Jaroussky sur un arrangement de Jérôme Ducros. Il me semble (sans certitude) que c’est bien Jaroussky qui chante tout le morceau, y compris les parties  plus graves (il bascule sur sa voix de poitrine).

 

Une petite anecdote sur le contre-ténor Philippe Jaroussky (qu’on reverra dans le blog) : son nom de famille proviendrait de son grand-père fuyant la révolution russe. On lui aurait demandé son nom, à quoi il aurait répondu « je suis russe », ce qui en russe se dit « ia rouski » ! Ouh la, je parle, je parle, je vais finir par donner la solution de l’énigme…

Sans lien avec l’énigme, une vidéo très intéressante sur Philippe Jaroussky et les mises en musique de Verlaine auxquelles il a consacré un album (et retournez donc voir la série sur Verlaine, ici) :

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Il aime le music-hall

L’énigme LdV 1/6
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Sur Le Jardin aux Chansons qui Bifurquent, on aime bien les énigmes. La dernière que je vous ai proposée (ici) était presque impossible à démêler, et je n’ai même pas félicité Arnaud, internaute de l’Arbresle, qui a quand même réussi à trouver la solution ! Pour me rattraper, une petite énigme un peu mieux conçue. Encore une fois, il faut trouver le lien secret qui relie toutes les chansons de la série.

Pour commencer, Moi, j´aime le music-hall, de Charles Trenet qui nous fait réviser tout un siècle de chansons : de Félix Mayol (un peu oublié, créateur de rengaines qu’on connait tous plus ou moins, comme Viens, Poupoule !) à un certain Charles Trenet (qui nous révèle ses talents d’imitateur, écoutez comment il dit « Maurice Chevalier » avec la voix de Maurice Chevalier !). Bon, trêve de blabla, je vais finir par donner la réponse à l’énigme…

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Du rock pour dans dix siècles

Les péchés originels du rock français 8/8
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Nous voilà au terme de cette série sur les origines du rock français. Ses faiblesses tiennent-elles à ses origines parodiques ? Peut-être pas, le péché originel a bon dos … difficile à dire. L’affaire est complexe, comme le montrent certains musiciens qui suivent des chemins inattendus avant d’en venir au rock. Par exemple Frank Zappa, ici interviewé alors que Pierre Boulez s’apprêtait  à diriger sa musique.

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Peu de gens savent qu’avant de faire du rock, j’écrivais de la musique de chambre depuis l’âge de 14 ans. Je me suis seulement dirigé vers le rock à 21 ans. Ma passion initiale était la musique contemporaine. Mais personne ne voulait jouer mes partitions. Aux États-Unis, il est très difficile d’être joué. J’ai dû me consacrer au rock pour pouvoir tout simplement faire entendre ma musique.

Frank Zappa, Libération, le 9 janvier 1984
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Pour revenir à la France, il y a d’autres thèmes autour du rock qu’on explorera dans de prochaines séries.  Par exemple, la tradition française que veut que petit à petit, nos artistes « rockeurs » se transforment en chanteurs de variété (on avait déjà noté ça dans le blog, ici). La liste est longue : Johnny Halliday, Eddy Mitchel, Kent, Elli Medeiros, même dans une certaine mesure Bashung.  D’autres parcours sont plus tortueux, comme ceux d’Higelin et Lavillier, qui commencent comme chanteurs à texte rive gauche, deviennent rockeurs, puis retournent à de la chanson plus classique. Bref, comme dit le proverbe, « En France, tout finit par une chanson », même le rock.

Pour conclure, un chanteur de la plus pure tradition « chanson française » : ce bon Léo Ferré. Lui, il a pris le rock au sérieux (à la fin des années 1960, il n’y avait plus tant de mérite, d’autant qu’entre nous, Léo, il prenait tout au sérieux j’ai l’impression). Il a fait accompagner son poème Le Chien par un groupe de rock français, Zoo.

 

Plutôt réussi, avec ce gros riff qui produit son effet quand il faut (vers 4:00)… En fait, un texte parlé en rythme sur de la musique, ça anticipe peut-être plus le rap que ça ne conclut le rock ? Mais on parlera de rap une autre fois.  Vers 4:40, Ferré dit qu’il faut « mettre Euclide dans une poubelle ». Quelle drôle d’idée. Léo Ferré semble faire allusion aux géométries non euclidiennes, où les droites sont « courbes », ce qui est d’un grand soulagement poétique, parce que les droites droites, et bien elles sont désespérément droites.

Troublante coïncidence, la même année que Le Chien, 1969, le célèbre mathématicien Jean Dieudonné, éminent membre du groupe de mathématiciens Bourbaki, lançait son slogan « À bas Euclide », dont le sens était qu’il fallait enseigner autre chose que de la géométrie aux petits enfants, et aussi peut-être dégager le raisonnement géométrique de l’intuition trompeuse issue des figures. Les nouveaux programmes de maths, les fameuses « maths modernes » s’apprêtaient à débouler dans les écoles, voir ici pour en savoir plus. Ça doit être l’ébullition révolutionnaire qui faisait tout se mélanger (à la même époque, la révolution culturelle chinoise condamnait les « quatre vieilleries »…).  Si cette intrusion de la science dans la chanson vous intéresse, allez donc voir la série de ce blog consacrée aux scientifiques dans la chanson : ici.

Léo Ferré a essayé d’autres genres de musique pour accompagner Le Chien. Une polyphonie de la Renaissance : le motet O vos Omnes, de Tomás Luis de Victoria. Et aussi du piano qui sonne très « musique contemporaine ». Je vous mets tout ça, d’abord Le Chien sur le motet.

Le motet sans les paroles de Ferré (une merveille) :

Et la version qui sonne contemporain. Vers 2:38, Ferré a un « trou », mais il s’en tire bien. Très pro Léo.

 

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À l’intérieur du rock

Les péchés originels du rock français 7/8
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Il a fallu un peu de temps pour que le rock soit pris au sérieux en France. Un exemple qui combine prophétiquement rock et musique électronique : Psyche Rock de Pierre Henry et Michel Colombier en 1967.

 

Aux États-Unis aussi évidemment, les meilleurs musiciens se rendent compte qu’il se passe quelque chose avec le rock. Un document extraordinaire de 1967 (encore), Inside Pop, The Rock Revolution, de Leonard Bernstein, grand compositeur et chef d’orchestre. Il dit par exemple  à 10′ :
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Never Forget that this new music employs a highly limited musical vocabulary. Limited harmonically, rythmically, and melodically. But within a restricted language, all these new adventures are simply extraordinary.
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Claude François témoigne

Les péchés originels du rock français 6/8
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L’affaire est entendue, le rock français des débuts était nul. Pris en main sur un mode parodique par de bons musiciens qui n’y croyaient pas, il empruntera ensuite des détours avec les yéyés et le twist avant de pouvoir produire quelques groupes qui tiennent la route. On parlera de ça une autre fois.

Mais que faisaient nos stars à l’époque au lieu d’essayer de devenir des rock-stars ? En 1962 par exemple, l’année de J’aime pas le rock (voir le dernier post) ? Je vous livre aujourd’hui sur ce sujet un témoignage exceptionnel et de première main, celui de Claude François dont Le Jardin aux Chansons qui Bifurquent a pu obtenir une interview exclusive.  C’est édifiant, il n’en avait rien à cirer du rock. Il nous a dit : « Cette année-là, le rock’n’roll venait d’ouvrir ses ailes. Et dans mon coin, je chantais Belle, Belle, Belle« .  Et aussi « Déjà les Beatles étaient quatre garçons dans le vent. Et moi ma chanson disait Marche tout droit« .

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