Êtes-vous heureux ?

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 7

On va voir dans les prochains billets que de nombreux chanteurs ou paroliers juifs, parfois enfants de déportés, parfois même orphelins, ont évoqué la Shoah dans leurs chansons. Mais les survivants des camps eux-mêmes, juifs ou non, n’ont pas témoigné en chanson à ma connaissance. Le témoignage sur la Shoah a pourtant été assez abondant et parfois contemporain de la Shoah. Annette Wieviorka commence son livre L’ère du témoin par cette citation de l’archiviste du ghetto de Varsovie, Emmanuel Ringelblum :

Tout le monde écrivait […]. Journalistes et écrivains, cela va de soi, mais aussi les instituteurs, les travailleurs sociaux, les jeunes et même les enfants.

Et dans sa thèse Déportation et génocide, entre la mémoire et l’oubli, elle recense 34 ouvrages parus en France dès 1945, 37 en 1946 et 36 en 1947. Mais ces témoignages sont des livres. Plus tard, ce seront des interviews, des documentaires, etc. Mais pas de chanson, française en tout cas, à ma connaissance. Mon avis sur la question, c’est que la chanson est tout simplement un art assez impropre au témoignage. Charles Aznavour aimait dire qu’on doit raconter dans une chanson non pas sa vie, mais celle de celui qui écoute… La chanson est plus l’art de ce qu’on veut entendre que celui de ce qu’on a à dire, il est rarement à l’avant garde, voir la série du blog sur les sources et les robinets.

À part la chanson de Simon Srebnik passée dans le premier billet de la série, je n’ai trouvé qu’une seule chanson où l’on entende une survivante des camps de la mort : Marceline Loridan-Ivens, dans Êtes-vous heureux, une chanson de Vincent Delerm qui ne concerne pas la Shoah a priori.

La chanson est plutôt un collage, à partir d’extraits de Chronique d’un été, un film expérimental, entre le documentaire et le cinéma-vérité, de Jean Rouch et Edgar Morin. Marceline Loridan-Ivens interviewe des passants Place de la République à Paris. Autre extrait du film :

Toujours dans Déportation et Génocide, je trouve des paroles écrites par un déporté tout juste libéré d’Auschwitz : Henry Bulawko. La chanson a été écrite en mars 1945 au centre de rassemblement des Français de Katowice. Ce n’est pas vraiment une chanson de témoignage, plutôt un chant patriotique. À chanter sur l’air du Chant du départ, je n’ai pas trouvé de version enregistrée.

Brisant enfin ses fers
Notre France éternelle
Ayant connu un véritable enfer
A déployé à nouveau ses ailes
Le fier coq de la liberté
A chanté le réveil de la patrie

Refrain
Une République nouvelle
Nous appelle à conquérir à nouveau
Tout ce qui fit la France si belle (bis)
Sa Marseillaise et son drapeau

[…]

 

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La chanson de Simon Srebnik

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 1

Notre troisième série sur les juifs et la chanson est consacrée à la Shoah. Le film Shoah de Claude Lanzmann commence par une chanson, chantée par Simon Srebnik, l’un des seuls survivants du camp d’extermination de Chelmno.

La chanson commence vers 4:50. Il me semble qu’elle est en polonais.

Dans L’ère du témoin d’Annette Wieviorka, page 111, je lis :
Dans son témoignage [au procès Eichmann], Srebnik n’évoque à aucun moment le chant. Or pour les spectateurs de Shoah, Simon Srebnik est l’enfant chanteur de Chelmno.

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