L’anti soixante-huitardisme de gauche

La chanson anti-soixante-huitarde 6

Les anti-soixante-huitards ne sont pas tous de droite… Car Mai 68 ne fut pas une révolution très exemplaire si on la compare à 1789, 1830, 1848, 1917 ou même à la Commune de Paris : menée principalement par des étudiants petit-bourgeois (et non par des ouvriers), pas un seul flic tué, pas de changement de régime à la fin. Bref, comme disait Renaud dans Hexagone : « une révolution manquée ». À l’époque, tel mouvement « de masse » ou tel groupuscule trouvait que Mai 68 n’était pas assez « prolétarien », arrivait trop tôt, trop tard, pas au bon endroit, etc. Je ne vais pas me lancer dans l’exégèse des différentes variantes de marxisme et d’anarchisme, car comme disait encore Renaud dans HLM :

Au quatrième, dans mon HLM
Y’a celui qu’ les voisins
Appellent  » le communiste « 
Même que ça lui plaît pas bien
Y dit qu’il est trotskiste
J’ai jamais bien pigé
La différence profonde
Y pourrait m’expliquer
Mais ça prendrait des plombes

D’ailleurs, quand j’étais petit et très fan de Renaud, je croyais que « la différence profonde » était un concept mystérieux issu du marxisme, qui aime ce type de constructions nom+épithète légèrement oxymoriques : « centralisme démocratique », « comité central », « matérialisme dialectique », mais passons.

Comme exemple d’anti-soixante-huitardisme de gauche, voici Nous sommes les nouveaux partisans, proposée par un internaute anonyme au début de la série. Cette chanson est parue sur un disque produit par la Gauche Prolétarienne, un mouvement maoïste très actif en 1968. Je la range dans la série anti-soixante-huitarde à cause de l’allusion aux accords de Grenelle. Ces accords qui ont mis fin à la grève générale de 1968 sont ici perçus comme une trahison des syndicats qui vendent la révolution contre quelques augmentations. Nous sommes les nouveaux partisans, Dominique Grange.

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Sarcloret en concert

Les annonces du mercredi

Le week-end prochain, je vous conseille d’aller au concert de Sarclo, encore appelé Sarcloret.  C’est à Thou Bou d’Chant, Lyon 1er, vendredi 19 et samedi 20 janvier 2018.  Billetterie : ici.

Deux chansons pour faire connaissance. On n’est pas assez beau pour les filles qui sont belles.

Et une vieille chanson de Gilles, C’est un rien mais qui fait plaisir (Sarclo, c’est celui qui a les bretelles noires).

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Boul’mich du temps qui passe (il n’y a pas de contrepètrie (presque pas))

La chanson anti-soixante-huitarde 5

Georges Brassens était un chanteur très politique, ne lui en déplaise : on l’a vu dans notre première série sur Mai 68 avec La non demande en mariage, ici. Je vous épargne la longue liste de ses chansons engagées à un titre ou un autre. Mais dans plusieurs chansons, il critique explicitement l’engagement ou le militantisme. Par exemple dans Honte à qui peut chanter, Les deux oncles, ou Mourir pour des idées. Puisque le sujet c’est Mai 68, j’ai retenu une chanson désabusée, visiblement inspirée par les événements, Le boulevard du temps qui passe (il s’agit probablement d’une allusion au boulevard Saint-Michel).

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Les CRS réhabilités

La chanson anti-soixante-huitarde 4

Mai 68 fut le théâtre d’un affrontement entre étudiants et C.R.S. Il paraît que les étudiants criaient « CRS, SS », ce à quoi les CRS rétorquaient « Étudiant, diant-diant ».

Jean Yanne a écrit un hymne des C.R.S, suffisamment ironique pour avoir figuré un moment dans la playlist de Radio Libertaire. Mais comment savoir ce qu’il pensait vraiment ce bougre ? Générique de son film Moi y en a vouloir des sous, La marche des C.R.S., musique de Michel Magne.

Notez l’apparition dans le film du groupe Magma (déjà évoqué dans le billet sur l’avant-garde en Mai 68, ici), avec comme spectateurs Michel Serrault et Jean-Roger Caussimon en ecclésiastiques. Teddy Lasri est au saxophone soprano et le fondateur du groupe, Christian Vander, à la batterie.

Par la suite, le C.R.S. a été discrètement réhabilité comme personnage de chanson comique. L’idée est de jouer sur le décalage entre réputation de brute et situations plus romantiques. Bref, le C.R.S. presque aussi sympa et rigolo qu’Obélix. Dans la chanson comique, ce rôle contrasté est plus souvent tenu par le boucher, type moins polémique (avant que les vegans ne s’en mêlent bien sûr). On consacrera bientôt une série aux chansons de boucherie, il y en a plus qu’on ne le suppose. En attendant, Mon C.R.S. chanté par Annie Cordy.

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Manifestant professionnel

La chanson anti-soixante-huitarde 3

On quitte la chanson aujourd’hui, car Mai 68 a donné lieu à quelques sketches plus ou moins caustiques : Jean Yanne et Daniel Prevost, Le manifestant professionnel. Notez que Daniel Prevost était présent dans la première vidéo du billet précédent, à croire qu’il a fait toute sa carrière dans l’anti-soixante-huitardisme primaire.

Les mêmes, avec L’appariteur musclé, c’est de l’humour vintage.

 

Le slogan « Il est interdit d’interdire » a été inventé par Jean Yanne. J’en profite pour livrer ma modeste contribution à la théorie du complot (il parait que c’est obligatoire de dénoncer un complot pour faire de l’audience sur internet).

Mai 68 n’a jamais existé. C’est un coup monté par Jean Yanne, mandaté par Pompidou et De Gaulle pour organiser une fausse révolution afin de programmer et gagner les législatives de juin 1968 ! Tous les films d’archives sont des faux, tournés par Jean-Luc Godard dans un studio installé sur la Lune (car en fait, la théorie du complot selon laquelle les Américains ne sont jamais allés sur la Lune est une intoxication des services secrets français, destinés à cacher le fait qu’ils y sont allés sur ordre de De Gaulle pour y filmer le faux Mai 68, vous me suivez ?). La preuve : Godard s’entrainait les années précédentes, regardez par exemple cet extrait de son film Week-End, un film de 1967. Jean-Pierre Léaud lit du Saint-Just, pendant que Jean Yanne et Mireille Darc déambulent tranquillement. Vous noterez aussi les cris de Mireille Darc au début : « Mon sac, mon sac », c’est un plagiat de Dom Juan de Molière, où Sganarelle crie « Mes gages, mes gages », encore une preuve que tout ça a été recopié à l’arrache. Vous n’avez jamais entendu parler de ce complot ? C’est bien la preuve de tous les efforts qui sont faits pour le dissimuler…

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L’œuvre de Jean Meyrand

La chanson anti-soixante-huitarde 2

Le personnage du soixante-huitard se prête bien à la parodie à cause de toutes les contradictions de sa révolution bancale. Plus que dans la chanson, c’est dans la bande dessinée qu’on trouve le meilleur de cette veine, chez Claire Bretécher et surtout Gérard Lauzier et ses Tranches de vie. C’est hilarant, allez-y voir si vous ne connaissez pas.

Dans la chanson, je retiens Jean Meyrand, chanteur engagé imaginé par Bruno Carette. Son répertoire se limite à une seule chanson, La rue Lepic. J’aime bien le début : « 68, c’était hier pour moi aussi ». Pourquoi « pour moi aussi », hein pourquoi ? La chanson commence vers 2:25.

En live à Bercy.

Par Renaud :

Et pour ceux qui se demandent à quoi ressemble vraiment la rue Lepic, Pierre Desproges nous explique.

Sinon, Jean Meyrand aurait très bien pu chanter des tubes comme La Lambada, mais ce n’était pas un vendu !

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Les bonbons, version réactionnaire

La chanson anti-soixante-huitarde 1

Voici la quatrième série sur Mai 68, après la société, la politique et la chanson de mai. Toute révolution entraîne une réaction. On aborde donc aujourd’hui la chanson anti-soixante-huitarde, répertoire assez abondant. De même que la chanson de Mai 68 n’a pas commencé d’exister le 1er mai 1968, la réaction à Mai 68 a commencé avant 68.

Exemple : Jacques Brel qui est très « soixante-huitard » en ce qu’il dénonce souvent les conventions sociales ou la religion avec l’énergie du défroqué. Mais qui n’hésite pas à se moquer de qui défile en « criant paix au Viet Nam ». Son public est enthousiaste, il est mûr pour tourner la page et passer directement à Sardou. Les bonbons, deuxième version de 1967. Pour voir la vidéo, il faut cliquer sur le lien ici.

Pour mémoire, vous pouvez écouter la première version de la chanson (1964).

Et puis une parodie par Jean Poiret, en présence de Brel !

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Le plus grand bluesman français est une femme

Qui est le plus grand bluesman français ? 8/8
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Voilà, on est tout au bout du chemin, et on n’a pas trouvé le plus grand bluesman français. Tout simplement parce que la question était mal posée. Le plus grand bluesman français, c’est une blueswoman, c’est une femme bien sûr : Madame Colette Magny.

Bravo à Partageux, qui a trouvé la bonne (quoique subjective) réponse dans un commentaire du 30 décembre. Précédemment, Pierre Delorme et NP s’étaient approchés de la vérité en proposant respectivement les blueswomen Édith Piaf et Véronique Sanson.

Je vous laisse écouter.

Saint James Infirmary, au Petit Conservatoire de Mireille, avec une interview à ne pas manquer au milieu de la vidéo.

Nobody knows you when you’re down and out (chanson déjà entendue dans la série, par Scrapper Blackwell).

Any Woman’s Blues.

L’original, par Bessie Smith.

Un reportage sur elle.

Partageux m’a aussi proposé des chansons de Annkrist, merci pour cette découverte. Par exemple Prison 101. Peut-être une référence à 1984 de Georges Orwell ?

Ou encore Par la rue haute, qui sonne moitié celtique moitié blues d’Afrique de l’ouest.

 

Et pour finir, un autre blues d’une autre blueswoman. Janis Joplin, Turtle Blues. Paroles traduites ici.

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Ni Jean-Jacques Goldman, ni JeHan, ni Hubert-Félix Thiefaine, ni Jean-Jacques Milteau n’est le plus grand bluesman français (ni Personne ?)

Qui est le plus grand bluesman français ? 7bis/8
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C’est promis : demain, on met fin au suspense, on saura qui est le plus grand bluesman français. Un dernier points sur les nombreuses propositions des lecteurs du blog.

Merci à « Genzo le parolier » pour sa proposition d’authentiques blues de Renaud : Le blues de la Porte d’Orléans, et À quelle heure on arrive.

 

NP propose Jean-Jacques Goldman comme plus grand bluesman français avec à l’appui de cette hypothèse Reprendre c’est voler qui est assez blues. Je ne sais plus quoi inventer pour repousser toutes ces bonnes idées … Disons qu’il est trop optimiste ce bon J.-J. G.

 

Sur Facebook, Alain Berjon nous propose JeHaN qu’on a déjà vu sur le blog dans une veine plutôt réaliste (ici). Il excelle aussi dans le blues donc, avec par exemple cette reprise d’un grand succès de Michel Fugain, Je n’aurai pas le temps, extrait de son album La vie en blues. Tiens tiens, encore des paroles de Pierre Delanoë, ça avait suffit à éliminer Joe Dassin !

 

Loïc Perlman propose un duo, Paul Personne et Hubert-Félix Thiefaine. Le vieux bluesman et la bimbo. Très réussi, mais on cherche un seul plus grand bluesman français, ça ne peut pas être un duo.

 

Pierre Aboulker nous propose enfin l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau. Ça ne compte pas, ici on ne s’intéresse qu’aux chanteurs ! Blues Harp.

 

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Henri Salvador n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 7/8
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On a peut-être fait fausse route. Peut-être qu’il n’y a pas de blues français, tout simplement. Parce qu’il n’y a pas de champs de coton en France, parce qu’il n’y a qu’une très ancienne Orléans. Et on n’a pas de descendants d’esclaves noirs… mais si on réfléchit, il y a bien des descendants d’esclaves noirs en France, à la Guadeloupe, à la Martinique, etc. Si c’est là qu’il fallait chercher le plus grand bluesman français ?

J’ai un peu cherché dans cette direction, c’est une fausse piste. Pourquoi les Antillais feraient-ils du blues d’ailleurs ? Pointe-à-Pitre est à 2000 km de la Nouvelle-Orléans et on ne demande pas à Cabrel de chanter de  l’Occitan ou à Johnny du belge. Et puis les Antilles françaises ont inventé la biguine et le zouk. Voilà ce qu’écrit Bertrand Dicale sur le zouk dans son Dictionnaire amoureux de la chanson française.

[…] cette musique inventée à Paris par trois Guadeloupéens (Jacob Desvarieux et les frères Pierre-Édouard et Georges Décimus) va conquérir le monde, influencer durablement les musiques urbaines d’Afrique, de l’océan Indien et des Amériques latine et centrale, et pourtant ne sera considérée en France que comme une fantaisie pour dancing d’arrière-plage, quelque part dans les années 80. […] Alors on préfère ne pas percevoir qu’une révolution musicale porte la nationalité française. Et finalement, le reggae de Bob Marley est plus aisément soluble dans la culture française.

C’est vrai Monsieur Dicale : la France invente le zouk, chante son hymne national en reggae, mais ne parle que de blues ou de java dans les paroles de ses chansons, allez savoir pourquoi. Si vous vous intéressez aux Antilles et à la chanson française, je vous recommande l’émission de Benoit Duteurtre du 11 novembre 2017, avec comme invité Pascal Légitimus, en réécoute ici.

Il y a quand-même un célèbre blues, chanté et composé par un Antillais d’origine. Blouse du dentiste, musique de Henri Savador, paroles de Boris Vian. On reconnaît le genre parodique propre aux débuts du rock en France (voir notre série sur ce sujet, ici). The genius, Ray Charles en personne, n’en veut pas du tout au bon Henri.

Quel farceur vous faites Monsieur Salvador. Sans ça, vous seriez sûrement devenu le plus grand bluesman français. Et puis voilà du blues. Brownie McGhee, Pawn Shop Blues.

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