Tout va très bien madame la marquise

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 13

Depuis plusieurs jours, on cherche la meilleure expression venant de la chanson. On a eu le rickroll, la franck-mickaélisation, « on connait la chanson », la décadanse, hakuna matata, les copains d’abord, « se faire chanter Ramona », bidasse, « chauffe Marcel », « marche à l’ombre », « zazou », etc. Et le vainqueur (deviné sur Facebook par Pierre A.) est…

Tout va très bien madame la marquise !

Paroles et musique de Paul Misraki. Par Ray Ventura et ses Collégiens.

 

Sur la page wikipedia de la chanson, je lis :

Tout va très bien madame la marquise est devenu un raccourci historique pour dépeindre l’immédiate avant-guerre (années 1935-1939) en France et peut-être plus particulièrement les accords de Munich (septembre 1938). Dès l’année suivant son enregistrement (22 mai 1935), la formule fait déjà florès auprès des journalistes. L’expression « Tout va très bien monsieur Herriot » est employée au moment des grèves de juin 1936. Ce sera ensuite « Tout va très bien Monsieur Mussolini. » Et enfin Tout va très bien mon Führer sur les ondes de Radio-Londres.

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Zazou

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 12

Résultat du concours du meilleurs mot ou expression venant de la chanson. En numéro 2, je propose le mot « zazou », proposé par Mathilde de Paris, et qui désigne les adeptes d’une mode vestimentaire en usage pendant la seconde guerre mondiale. Le mot provient d’une chanson de Johnny Hess, Je suis swing, qui elle même emprunte les syllabes Za et Zou à une chanson de Cab Calloway, Zah Zuh Zaz.

Et l’expression « yeah ! » (en français), elle ne viendrait pas aussi de Je suis swing ?

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Chauffe bidasse !

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 11

Il est temps de conclure cette série sur les mots et expressions trouvant leur source dans la chanson. Je vous livre à partir d’aujourd’hui mon top 5.

Numéro 5 : « bidasse ». Ce mot désignant en argot un soldat vient directement de la chanson Avec Bidasse, interprétée par Bach en 1913, sur un texte de Louis Bousquet et déjà passée dans le blog ici. C’est à ma connaissance le seul mot un peu courant qui a été vraiment inventé dans une chanson. Il mériterait de gagner le concours si j’avais seulement envie de repasser cette fichue chanson dans mon blog… Ceux qui auraient développé une addiction peuvent toutefois la réécouter, par Fernand Raynaud sur le site de l’Ina, ici.

Numéro 4: À Pâques ou à la trinité, proposé par Roland, internaute de Toulouse. Cette expression qui signifie « à une date indéterminée » vient de la chanson Malbrough s’en va-t-en guerre, voir ici.

Numéro 3, je propose l’expression « chauffe Marcel », expression qu’utilise Jacques Brel pour encourager l’accordéoniste Marcel Azzola dans Vesoul.

Vesoul, par Marcel Azzola en solo.

En fait, la paternité de l’expression « chauffe Marcel » fait débat, voir ici.

Les deux gagnants du concours dans les billets suivants !

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Yop la boum, tagada tsoin tsoin

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 10bis

Dans un commentaire, Arnaud (internaute de l’Arbresle) nous propose l’expression « Yop’la boum, tagada tsoin tsoin ». On trouve Yop’la boum dans Prosper, chanson créée par Maurice Chevalier, déjà passée dans la série sur la prostitution ici. J’ai bien écouté, je n’entends pas tagada tsoin tsoin dedans, mais il y a peut-être d’autres versions …

On retrouve le tagada tsoin tsoin dans Ça c’est de la musique par Colette Renard.

Quant à l’origine de cette expression, je m’en remets à Georges Perec et son roman Un cabinet d’amateur. Ce merveilleux fatras labyrinthique raconte l’histoire d’un richissime américain d’origine allemande, collectionneur de tableaux berné par ses conseillers. Extrait :

La plupart de ces conseillers étaient allemands ou américains, peut-être par xénophobie ou chauvinisme, mais plus vraisemblablement pour des questions de langue ; de fait, on trouve parmi eux quelques Anglais (dont John Sparkes, qui rédigea l’excellent catalogue de la collection de peintures du collège de Dulwich), trois Suisses (Reinhardt Burckhardt, conservateur du musée de Bâle, qu’il ne faut pas confondre avec son cousin lointain Jakob, l’historien d’art ami de Nietzsche, le peintre bernois Lengacker, et le marchand zurichois Anton Pfann), mais seulement deux Italiens (Zannoni et le directeur de la revue Befana, Franco Veglioni), un Hollandais (Ernst Moes, directeur du cabinet des estampes au Rijks Museum) et un Français (Henri Pontier, alors chargé de cours à l’université d’Aix, mais qui allait devenir, sous le sobriquet de La Flanelle, un comique troupier extrêmement prisé : c’est de lui que daterait, encore que cette opinion soit aujourd’hui controversée, l’habitude de finir les chansons par « tagada tsoin tsoin »).

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Marche à l’ombre

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 10

À partir du prochain billet, on fera le top 5 des meilleurs mots ou expressions venant de la chanson. En attendant, notre récolte d’expressions toute faites venant de la chanson est un bien maigre bric-à-brac. Peut-être parce que dans l’immense tuyauterie des significations, populaires ou savantes, la chanson est tout en bout de chaine, du côté des robinets plutôt que des sources… On reverra cette théorie dans de prochaines séries sur les poncifs en chanson ou l’anachronisme en chanson. Mais je ne sais pas quand, ce type de séries est vraiment compliqué à écrire.

Résumons. Les sources : quelques poètes ou écrivains géniaux, des Rabelais, des Villon, ou alors des artistes populaires inspirés comme Goscinny ou Cabu, et peut-être quelques piliers de bistrots anonymes, qui inventent la langue, anticipent découvrent, défrichent. Et les robinets : rimailleurs astucieux, manieurs de poncifs, recycleurs, chanteurs, … Je vous livre quelques expressions d’un des plus doué d’entre eux, Renaud qui nous a mi-inventé mi-recyclé quelques belles expressions comme « laisse béton » (merci à Genzo le parolier pour cette proposition), « morgane de toi » ou « marche à l’ombre ».

Marche à l’ombre.

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La chaude pisse

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 9bis

Je vous fais un petit point sur quelques propositions d’internaute.

Nadia (internaute de Meylan) nous propose les expressions « ouvrez la cage aux oiseaux » ou « les jolies colonies de vacances » de Pierre Perret. Ou encore des expressions inventées par Georges Brassens et qui tirent plus vers la maxime (prouvant par là que Brassens était un bon fabuliste) : « Le temps ne fait rien à l’affaire  » ou « mourons pour des idées, d’accord mais de mort lente ».

À propos de la filiation entre Gustave Nadeau et Georges Brassens, Pierre (internaute de Grenoble), nous propose une variante de Carcassonne et du Nombril des femmes d’agent : La chaude pisse, interprétée par Maxime Le Forestier (que j’aurais aussi pu passer dans la série sur l’homosexualité, ici).

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La source Albert Willemetz

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 9

Un auteur de chanson un peu oublié aujourd’hui nous a laissé quelques belles expressions : Albert Willemetz. C’est probablement avec Pierre Delanoë le parolier français le plus prolifique. On lui doit plus de 3000 chansons, dont au moins deux déjà passées dans le blog : Les palétuviers, ici, et Dites-moi ma mère, ici.

Il a écrit des tubes comme Félicie aussi, Valentine, ou l’hakuna-matatatesque Dans la vie faut pas s’en faire. Par Maurice Chevalier.

Il a aussi inventé plusieurs expressions plus ou moins utilisées, comme « Est-ce que je te demande si ta grand-mère fait du vélo ». Ça vient de la chanson Est-ce que je demande ? Par Dranem.

Dans la version de Serge Clin, les paroles sont plus faciles à suivre.

Albert Willemetz a aussi inventé l’expression « si vous n’aimez pas ça, n’en dégoutez pas les autres ». Dans Si vous n’aimez pas ça, ici chanté par Marcel Amont.

Enfin, l’expression « se faire chanter Ramona », qui veut dire se faire engueuler, vient de la chanson Ramona, une adaptation co-écrite par Albert Willemetz d’une chanson américaine. Chantée par Saint-Granier.

Plus d’information sur un site remarquable, Du temps des cerises aux feuilles mortes.

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Les copains d’abord

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 8

On a vu dans le dernier billet qu’il y avait des sources et des robinets. Mais tous les hydrologues vous le diront, l’eau de la source elle-même vient bien de quelque part.

Voyez la Sorgue, petite rivière, qui surgit d’une falaise directement, sans avoir jamais été ni torrent ni ruisseau, pas très loin d’Avignon. Sa source est la 5è du monde par le débit. Cette rivière qui jaillit de la terre a donné son nom à un département, le Vaucluse (vallée close). Le village où la Sorgue prend sa source s’appelait simplement Vaucluse, on l’a rebaptisé Fontaine-de-Vaucluse pour éviter la confusion avec le département.

« Rivière trop tôt partie, d’une traite, sans compagnon » écrivait l’enfant du pays René Char. Quelques siècles auparavant, c’est là qu’a choisi de vivre une autre source, le poète Pétrarque, à qui l’on doit une grande invention : la promenade en montagne.

Les géologues n’ont toujours pas réussi à explorer complètement le trou d’eau d’où jaillit la Sorgue. Quel analogue de la Sorgue existerait en chanson, quelle source ? Quel jaillissement soudain et inespéré ? On pense bien sûr à Georges Brassens.
Mais Brassens lui même a ses sources, on a déjà vu ici qu’il a beaucoup emprunté au poète Paul Fort, qui lui-même s’inspirait parfois d’un auteur-compositeur du XIXè siècle un peu oublié aujourd’hui, Gustave Nadeau.

Ecoutez par exemple ce texte de Nadeau mis en musique par Brassens, Carcassonne.

Puis Le nombril des femmes d’agents, paroles et musique de Brassens. La parenté est évidente et assumée (je ne parle pas de la musique, qui est la même, mais de la structure des paroles).

Brassens lui-même a donc ses sources. Parfois, il cite subtilement tel ou tel poète. Dans Le bulletin de santé, « Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut » , vient peut-être de chez Stéphane Mallarmé, qui conclut son poème L’azur (texte intégral ici par

Je suis hanté, l’Azur, l’Azur, l’Azur, l’Azur.

Brassens cite souvent Villon, dont il a mis en musique la Ballade des dames du temps jadis, voir ici. Et ses mises en musique de Victor Hugo deviennent si proverbiale qu’elle peuvent même resservir quand un journaliste annonce le mariage d’un sculpteur et d’une actrice porno (« peu s’en fallu que ne pleurassent … », emprunté à la Légende de la nonne). Voir ici. Je vous propose aussi un beau document, interview de Brassens sur la langue, sur le site de l’INA, ici.

Bon, source ou pas, quels mots ou expressions nous aurait laissés Brassens ? Pas grand chose… « Gare aux gorilles » peut-être. Et puis j’ai l’impression que « les copains d’abord » est une tentative ratée de créer une expression, un échec marketing comparable à la décadanse de Gainsbourg.

Si on y réfléchit, les quatre mots ont un potentiel énorme de subversion. Quand un bateau fait naufrage, on sauve « les femmes et les enfants d’abord ». Appeler un bateau « les copains d’abord », ça va à l’encontre de la morale admise, ça aurait dû devenir une expression bougrement immorale et non pas une célébration vague et abstraite l’amitié. Mais non… Le côté provocant de la formule a échappé au public. Il est dans un arrière plan de la chanson. C’est un refrain auquel on ne prête qu’une oreille distraite, un moment de repos qui permet de garder toute son attention pour des couplets dont, sous le charme du swing, on décortique avec gourmandise les textes retors.

Je conclus par une anecdote à propos d’une variante de l’expression « les copains d’abord ». Je me suis vu rétorquer une fois par ma chef lors d’un petit cataclysme bureaucratique comme il y en a tous les jours dans les administrations : « sauve qui peut le vin et le pastis d’abord ». J’ai répondu : « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète », chanson de Georges Brassens déjà passée ici d’où est tirée cette expression. Il me fut rétorqué « nous avons les même valeurs ». Monsieur Brassens, votre expression a été utilisée au moins une fois … Pour « les copains d’abord », j’attends encore.

Un dernier truc pour les amateurs de solfège (je mets ça à la fin, ça enquiquine la plupart des lecteurs en général). Le côté subversif des Copains d’abord est attesté par sa mélodie qui contient l’intervalle le plus diabolique : le triton, « diabolus in musica », voir ici. En effet, Brassens chante ré – sol dièse, sur « des ports », la deuxième fois. L’intervalle est descendant en plus, et bien exposé puisqu’il tombe sur une rime et des notes assez longues. C’est rarissime en chanson, et très difficile à chanter juste. Vous me direz, ré et sol dièse, ce ne sont jamais que la 7è et la tierce de l’accord de Mi7, pas de quoi crier au loup…

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Hukuna matata

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 7

Ça rame cette série… On ne trouve pas d’expression très convaincante venant de la chanson. Je propose une explication. Supposons que la langue soit un vaste système hydrologique. Les mots, les expressions, c’est une eau qui fait tourner nos moulins (à paroles ?) et qui à l’occasion désaltère nos esprits. Il y a de l’eau, et donc des sources.  Et il y a des robinets. Les sources inventent la langue, les robinets la restituent.

La chanson se placerait du côté des robinets tout simplement… elle pourvoit plus qu’elle ne sourçoit. N’a-t-on pas parlé à propos de radios ou de chaines de télé de « robinet à musique » ? Il y a aussi des bassins d’épandage et de vastes usines d’épuration comme Walt Disney. On y recycle des expressions comme « Hakuna matatizo » qui signifie en swahili « pas de problème ». Sur wikipedia, j’apprends que

L’expression s’est d’abord fait connaître dans les pays occidentaux en 1983, avec la reprise, par Boney M., de la chanson Jambo Bwana du groupe kényan Them Mushrooms, sortie l’année précédente et qui reprend la phrase « Hakuna matata » dans son refrain. Elle a ensuite connu une nouvelle popularité avec le film d’animation Le Roi lion en 1994.

On écoute tout ça.

Jambo Bwana, du groupe kényan Them Mushrooms.

Jambo Bwana par Boney M.

Hakuna matata, dans le Roi lion.

Walt Disney ne fait pas que recycler. Le mot Supercalifragilisticexpidélilicieux a bien été inventé pour Mary Poppins, mais il ne sert quand même pas tous les jours. Supercalifragilisticexpidélilicieux, par Julie Andrews et Dick Van Dyke.

 

NB : Je ne suis moi-même qu’un robinet, puisque j’emprunte la métaphore de la source et du robinet à une lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet, le 16 septembre 1853.

Pourquoi perds-tu ton temps à relire Graziella quand on a tant de choses à relire ? Voilà une distraction sans excuse, par exemple ! Il n’y a rien à prendre à de pareilles œuvres. Il faut s’en tenir aux sources, or Lamartine est un robinet.

(Notez le Lamartine bashing, sport en vogue chez les écrivains, dont on a déjà eu un exemple ici).

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La décadanse

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 6

Nous sommes toujours en quête d’expressions courantes de la langue française venant de la chanson. Nous avons vu des phrases toute faites, moitié proverbe, moitié expression, bref un peu à côté. Nous avons vu le rickroll et la franck-mickaélisation, deux expressions intéressantes mais plutôt confidentielles et spécialisées. Et qui ne viennent pas tant de la chanson que de la politique et de l’internet, grands pourvoyeurs d’expressions nouvelles. Explorons d’autres grandes sources de néologismes, expressions, phrases toutes faites, etc.

Tout d’abord, les antonomases, figures consistant en la transformation d’un nom propre en nom commun, ce qui a donné silhouette ou poubelle. Ensuite la bande dessinée. Saviez-vous que le mot « pied » a été inventé par un personnage de bande dessinée ? La dame assise, dans Les poulets n’ont pas de chaise, de Copi.

pouletPasDeChaise

 

Bécassine fut une bande dessinée avant d’être une chanson ou un synonyme d’idiote évidemment. On doit « ils sont fous ces romains » et « il est tombé dedans quand il était petit » au grand René Goscinny. Le génial Franquin nous a laissé, « m’enfin » et « rogntudju ». Quant aux « pieds nickelés » c’est bien sûr une bande dessinée, quoique le titre provienne selon certains d’une pièce de théâtre. La palme du genre revient à Cabu, le plus merveilleux des dessinateurs de presse, assassiné le 7 janvier 2015, et qui a inventé un mot passé dans le langage courant : « beauf ». Le 25 juillet 1980, Cabu invité de l’émission de Bernard Pivot, Apostrophe. Regardez notamment la fin de la vidéo.

Plus généralement, la littérature est bien sûr une bonne source d’expressions toutes faites, comme d’innombrables moralités de fables de La Fontaine. Si vous êtes un Don Juan, vous devez quelque chose à Molière… à moins que ne soyez un tartuffe ou que vous ne vous embarquiez dans une galère ?

J’aime beaucoup l’expression « élémentaire mon cher Watson » parce qu’il paraît qu’on ne la trouve dans aucune aventure de Sherlock Holmes. C’est le comble de l’inventeur d’inventer ce qu’il n’invente pas. Notez que dans un précédent billet, on a eu un cas similaire. Comme me l’a fait remarquer Daniel Maillot dans un commentaire, Georges Marchais  n’a jamais dit « taisez-vous Elkabbach ». La citation est en fait une invention de Thierry Le Luron ! Ce qui nous amène aux comiques…

Les comiques ne sont pas en reste donc : le schmilblick, « faire chauffer la colle », ou loufoque (qui n’est autre que le mot fou traduit en loucherbem, voir ici) sont des expressions inventées par Pierre Dac. « C’est étudié pour », « tonton, pourquoi tu tousses ? » ou « ça eu payé, mais ça paye plus » furent inventées par Fernand Raynaud. On doit à Coluche « C’est l’histoire d’un mec », ou « sans blague merde ». Les Deschiens nous ont laissé le gibolin. N’oublions pas Nabila qui a su renouveler le mot allô.

C’est triste à dire quand on aime la chanson, mais les paroliers paraissent bien faibles à côté de Cabu, Goscinny, Pierre Dac, Fernand Reynaud, Charles de Gaulle ou Nabila. Ces prétendus génies du mot ont l’oreille du peuple tout entier. Radio Nostalgie nous bourrent le crâne de leurs ritournelles. Résultat : le sociologue Michel Delpech, le provocateur Serge Gainsbourg, l’amoureuse Véronique Sanson, l’ado révolté Renaud, le droitiste Michel Sardou, l’idole des vieux/jeunes Johnny… quelles expressions toutes faites nous ont-ils laissées ? « Que je t’aime » ? Soyons sérieux : pas grand chose.

Ont-ils seulement essayé ? Je le crois. Par exemple, Serge Gainsbourg a essayé d’inventer tout ensemble une nouvelle chanson, un nouveau mot et une nouvelle danse : La décadanse, tentative contre-nature de rétrograder ce bon vieux slow au niveau de ringardise de la position du missionnaire. Jane Birkin et Serge Gainsbourg, La décadanse, en 1972.

 

Vidéo de l’Ina qui atteste le côté « plan com » de l’opération : ici ! Cette danse, je l’aurais plutôt appelée slowrette… Le plan n’était pas mauvais toutefois, j’en conviens. Mais l’échec fut complet : la chanson, quoique sulfureuse et bien écrite, n’a pas marché. Et surtout, la danse n’a rencontré aucun succès, je ne connais personne qui danse la décadanse (si vous en connaissez, balancez, hashtag balance ton décadanseur). Pourquoi cet échec ? Le public était peut-être rassasié de scandale après le succès de Je t’aime moi non plus ? Le contraste entre érotisme torride et jeu de mot bidon a dû plomber le concept « décadanse ». Et puis franchement, je ne suis pas danseur, mais ça m’a l’air un peu nul comme danse, je veux dire d’un point de vue strictement dansant, non ? Aller, on remet ça.

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