Copyright apéro mundi

Vin, alcool et ivrognerie 22

Hubert Félix Thiefaine, Copyright apéro mundi.

Et Paul Verlaine nous chante la petite fée …

En robe grise et verte avec des ruches,
Un jour de juin que j’étais soucieux,
Elle apparut souriante à mes yeux
Qui l’admiraient sans redouter d’embûches ;

Elle alla, vint, revint, s’assit, parla,
Légère et grave, ironique, attendrie :
Et je sentais en mon âme assombrie,
Comme un joyeux reflet de tout cela ;

Sa voix, étant de la musique fine,
Accompagnait délicieusement
L’esprit sans fiel de son babil charmant
Où la gaité d’un cœur bon se devine.

Aussi soudain fus-je après le semblant
D’une révolte aussitôt étouffée,
Au plein pouvoir de la petite Fée
Que depuis lors je supplie en tremblant.

Tous les thèmes

Ponchon pochtron

Vin, alcool et ivrognerie 21

On a beaucoup cité Raoul Ponchon dans cette série. C’était un journaliste bohème qui pratiquait un art aujourd’hui perdu : la gazette rimée. Sa citation la plus célèbre :

Quand mon verre est vide, je le plains ; quand mon verre est plein, je le vide.

Sa vie recèle un étrange mystère : alcoolique et goinfre, n’ayant pas eu une hygiène de vie très exemplaire, il vécu pourtant jusqu’à l’âge de 88 ans sans grand problème de santé. Il se pourrait qu’il ait grandement exagéré son alcoolisme. Sa pratique intensive de la marche à pied l’a peut-être aussi gardé en forme. Excellente émission à son sujet sur France Culture ici.

En écoutant l’émission, j’ai pris quelques notes pour cette série, à propos de la vie de « bohème ». Jean-Didier Wagner, historien de la littérature :

Il ne faut pas oublier que « bohème » est un terme qui a été pratiquement imaginé par Henri Murger. Auparavant, on pouvait vivre de façon artiste, en dehors des règles de la vie bourgeoise. Mais le mot « bohème » et « bohème littéraire » n’a pas été associé avant 1842 je dirais au champ littéraire et artistique. C’est une manière de se vendre au public. On est bohème pour le bourgeois en fait. Donc, si on veut vendre, il suffit de mettre comme Goudot « dix ans de bohème » sur ses mémoires.

Renaud, Pochtron.

Tous les thèmes

On boira d’la bière

Vin, alcool et ivrognerie 20

Le Cabaret de François Coppée.

Dans le bouge qu’emplit l’essaim insupportable
Des mouches bourdonnant dans un chaud rayon d’août,
L’ivrogne, un de ceux-là qu’un désespoir absout,
Noyait au fond du vin son rêve détestable.

Stupide, il remuait la bouche avec dégoût,
Ainsi qu’un bœuf repu ruminant dans l’étable.
Près de lui le flacon, renversé sur la table,
Se dégorgeait avec les hoquets d’un égout.

Oh ! qu’il est lourd, le poids des têtes accoudées
Où se heurtent sans fin les confuses idées
Avec le bruit tournant du plomb dans le grelot !

Je m’approchai de lui, pressentant quelque drame,
Et vis que dans le vin craché par le goulot
Lentement il traçait du doigt un nom de femme.

On boira d’la bière de Mano Solo.

Tous les thèmes

Vins d’appellation

Vin, alcool et ivrognerie 19

Les poètes et paroliers vont parfois jusque dans le détail des appellations. Contrerime de Paul-Jean Toulet, Un Jurançon 93.

Un Jurançon 93
Aux couleurs du maïs,
Et ma mie, et l’air du pays :
Que mon cœur était aise.

Ah, les vignes de Jurançon,
Se sont-elles fanées,
Comme ont fait mes belles années,
Et mon bel échanson ?

Dessous les tonnelles fleuries
Ne reviendrez-vous point
À l’heure où Pau blanchit au loin
Par-delà les prairies ?

La Romanée Conti, chanson d’Anne Sylvestre qui célèbre la plus fameuse parcelle de Bourgogne.

Tous les thèmes

1 scotch, 1 bourbon, 1 bière

Vin, alcool et ivrognerie 18

Aujourd’hui, nous lisons Cocher ivre, poème zutique d’Arthur Rimbaud, en vers de un pied s’il vous plait.

Pouacre
Boit :
Nacre
Voit :

Acre
Loi,
Fiacre
Choit !

Femme
Tombe,
Lombe

Saigne :
Geigne.
— Clame !

Pour ce billet sous le signe du nombre un, Marcel Zanini nous chante 1 scotch, 1 bourbon, 1 bière.

Tous les thèmes

Commando Pernod

Vin, alcool et ivrognerie 16

Bacchanale de José-Maria de Heredia.

Une brusque clameur épouvante le Gange.
Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants,
Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs élans
Les Bacchantes en fuite écrasent la vendange.

Et le pampre que l’ongle ou la morsure effrange
Rougit d’un noir raisin les gorges et les flancs
Où près des reins rayés luisent des ventres blancs
De léopards roulés dans la pourpre et la fange.

Sur les corps convulsifs les fauves éblouis,
Avec des grondements que prolonge un long râle,
Flairent un sang plus rouge à travers l’or du hâle ;

Mais le Dieu, s’enivrant à ces jeux inouïs,
Par le thyrse et les cris les exaspère et mêle
Au mâle rugissant la hurlante femelle.

Berurier noir, Commando Pernod.

Tous les thèmes