Le jeu de go

Jeu et chanson 8/15

On aborde aujourd’hui le jeu de go, que j’ai beaucoup pratiqué et dont j’ai trop rarement l’occasion de parler dans ce blog. Il faut dire que presque aucune chanson n’y fait référence à ma connaissance, en France du moins. Voilà un problème pour un blog de chansons. Le go est le plus vieux jeu du monde, l’un des plus simples par ses règles, et des plus complexes par ses variations. « Le go est une profondeur hermétique » dit un proverbe.

À défaut de chanson française, je vous propose le générique de Hikaru No Go, adaptation en dessin animé d’un manga japonais qui a eu un immense succès et a débarrassé le go de son image vieillotte (au Japon). Il raconte l’histoire de Hikaru, un jeune garçon qui apprend le jeu et gravit tous les échelons jusqu’à devenir joueur professionnel. En français, les paroles sont vraiment exécrables. Comme Pierre Delanoë nous manque… C’est dommage que la chanson ne soit pas à la hauteur, parce que Hikaru No Go est très bien documenté. Toutes les parties ont été visées par des joueurs professionnels, c’est particulièrement crédible quant au jeu (le cas n’est pas si fréquent, voir le premier billet de la série consacré au jeu d’échecs).

En japonais, au moins on ne comprend rien, ça repose.

Tout comme le bridge, le go ne manque pas de poésie. Mais je dirais que la force de ses mots réside plus dans leur exotisme et leur surprenante résonance avec la vie courante que dans la poétique abstraite et mécanique des commentaires de parties de bridge. Aji Keishi, Shibori, Nozoki, Tenuki, Hamete, autant de concepts qui vous seront utiles tous les jours. Allez voir dans un club de go. Ou .

Lors de stages organisés par la fédération française de go, il y a des concours de Kibitzer. Le kibitzer est un personnage qu’on rencontre dans tous les clubs de jeu : il ne joue pas, mais gâche les parties des autres en les commentant de sa voix forte. À propos, un joueur français connu, Denis Feldman nous propose sur son site des pastiches Jacques Brel, allez-y voir, ici.

Pour en savoir plus sur le go, je vous propose un film de Frédéric Donzet, champion de France 1985.

Et si vous voulez voir une partie en entier :

1 – Les échecs
2 – Le jeu générique
3 – Monopoly
3bis – Chanteuses au nom de jeu
4 – Le flipper
5 – Marelle et pile ou face
6 – Le flambeur
6bis – Cache-cache
7 – La partie de bridge
8 – Le jeu de go
9 – La pétanque
9bis – Cache-cache party et go
10 – Question pour un champion
11 – La belote
12 – Le casino
13 – Les jeux vidéos
13bis – Les jeux vidéos (bis)
14 – Poker
15 – Le joujou du pauvre

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La complainte du tabac

La cigarette 15/26

Serge Reggiani chante La complainte du tabac, paroles de Claude Lemesle et Pierre Delanoë, musique d’Alice Dona.

Le bonus du jour, c’est peut-être le plus grand succès du « soft sell », la campagne publicitaire géniale imaginée par le publicitaire Leo Burnett pour Marlboro, avec son cow-boy. « Je suis sûr que la vie est là, avec ses poumons de flanelle ».

1 – La cigarette, c’est dans la tête
1bis – La gitane
2 – Du gris
3 – Il fume pour oublier
3bis – Don’t smoke
4 – La cigarette après l’amour
5 – Sanseverino fume
5bis – Confinement
6 – Cigarettes sur cigarettes
7 – Cigare à moteur
8 – Fumer le cigare
9 – Café, tabac
10 – La cigarette qui me brûle les doigts
11 – Addiction
12 – Brigitte fontaine fume
13 – Suzanne Gabriello
14 – Je suis une cigarette
15 – La complainte du tabac
16 – Je ne veux pas travailler
17 – La fête du tabac
18 – L’amour est-il comme une cigarette ?
19 – La cigarette d’Higelin
20 – Duo
21 – Dieu est un fumeur de havane
22 – Bien après minuit
23 – Sardou les enfume
24 – Cigarettes, whisky et p’tites pépées
25 – Bye Bye Clope
26 – Si j’étais une cigarette

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Le Boléro de Ravel

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 7/18
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Le Boléro de Ravel, plus grand tube de la musique classique, et pendant longtemps plus grosse source de revenu de la SACEM, a été plusieurs fois utilisé en chanson. Tout d’abord par Pierre Dac et Francis Blanche, Le parti d’en rire.

« Réconcilier les œufs brouillés », le jaune et le blanc donc, vaste programme. On entend le Boléro à l’arrière plan de Et maintenant de Gilbert Bécaud. Paroles de Pierre Delanoë.

On entend aussi comme un écho du Boléro chez Charles Aznavour, Dans tes bras.

Un petite dernière, Le batteur du Boléro, avec Jacques Villeret.

 

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Café Pouchkine

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 7/17

Vous connaissez sûrement Nathalie, le tube de Gilbert Bécaud. Aux paroles, Pierre Delanoë. « Un vent de Sibérie souffle sur la Bohème », c’était lui, dans Vladimir Illicth chanté par Sardou (ici). « La place Rouge était vide », c’est encore lui : on reconnait son art de planter le décor en une seule phrase qui combine une géopolitique sommaire à une poésie tout en efficacité.

L’histoire est bien connue, mais je la vous ressers encore une fois : le fameux café Pouchkine où l’on va boire un chocolat avec Nathalie à Moscou n’existait pas en 1964. Delanoë l’inventa et c’est seulement en 1999 qu’inspiré par la chanson il fut inauguré par un certain Gilbert Bécaud. Plus de détails dans une série consacrée à Pierre Delanoë, parolier le plus prolifique de toute la chanson française, l’homme aux 5000 chansons, ici.

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson
1 – Entre Cuba et Manille
2 – Ménilmontant
3 – Le paradis
4 – La Molvanie
4bis – Le kamklep
5 – Chez Laurette
6 – L’underground café déménage rue Watt
6bis – La rue Watt
7 – Café Pouchkine
8 – Rue de la Grange aux Loups
9 – Le café des délices
10 – Quand la RATP invalide les chansons
11 – Les chants du Pelennor
12 – Comment se rendre en Transylvanie Transsexuelle
13 – Leindenstadt
14 – Porte des Lilas et Paimpol
14bis – Porte des Lilas (bis)
15 – La gare Saint Lazare de Brel
16 – San Francisco
17 – Rochefort
17bis – Saint-Lazare, bis
17ter – Gare du nord et Lountatchimo

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Brel et le poncif

La chanson, art majeur ou art mineur II. Du poncif en chanson, 3/12
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On peut imaginer un bon roman ou une bonne poésie sans aucune image toute faite. C’est même une condition nécessaire diront certains. Mais une chanson ? Ça n’irait pas, ce ne serait plus une chanson. Elle doit être comprise de tous en quelques minutes seulement, et ce dès la première écoute. Ça ne peut marcher que si l’auditeur en connaît déjà quelque chose. Le mieux, c’est encore qu’il la connaisse par cœur. Mais il est malaisé d’écrire une chanson que le public connaisse d’emblée par cœur… À défaut, l’écriture doit recourir à des phrases toute faites, des idées convenues, divers poncifs mélodiques ou harmoniques, le contraire de l’art donc. On l’a vu avec la musique dans les deux billets précédents. On aborde maintenant les paroles.

La variété de bas étage se vautre évidemment dans le poncif sans aucune retenue, réécoutez Frank Michael dans la dernière série par exemple. Mais quand on analyse un peu la chanson à prétentions artistiques, dite « de qualité », ou poétique, on découvre que plusieurs grands paroliers entretiennent un rapport original au poncif. Par exemple Georges Brassens truffait ses chansons d’expressions toute faites, mais qu’il détournait ou retournait avec humour et originalité. Ceci fera l’objet d’une série à part (très bientôt). Pour ce premier tour d’horizon, on commence par Brel.

Jacques Brel n’avait pas de prétention à la poésie, ou du moins le prétendait-il. À la RTB en 1971 :

Si je lisais chaque soir Rimbaud, Baudelaire et Verlaine, si j’écoutais sans cesse Ravel, Fauré et Debussy, je n’écrirais plus une note, plus un mot. Quand je lis Baudelaire, je comprends tout ce que j’ai raté.

Quand on lui demandait pourquoi il ne se considérait pas comme un poète, il répondait « parce que je n’y crois pas » (on comprend sa fascination pour le parangon de qui-y-croit : Don Quichotte…).

Jacques Brel a pourtant développé une écriture originale et efficace, en renonçant quasiment à la métaphore pour se jeter tout entier dans les bras de cette figure de style du quotidien : la métonymie. On reparlera de ça dans une autre série, c’est hors-sujet aujourd’hui. Retenons que son écriture utilise assez peu la phrase toute faite ou la rime facile. Du côté de la musique, ses premières chansons, assez banalement composées à la guitare sur des suites d’accords qui viennent toute seules, ont laissé place à des compositions plus savantes de François Rauber ou Gérard Jouannest.

Dans ses textes, pour bénéficier des avantages du poncif (accrocher l’auditeur) sans en payer le prix, Brel recourt souvent à un procédé qu’on a aussi vu chez le parolier Pierre Delanoë : placer ses chansons dans un arrière-plan géographique convenu, qui permet à l’auditeur de s’y retrouver. Mais chez Delanoë, cet arrière-plan est le miroir exact des idées toute faites de l’époque, voir la série qu’on lui a consacré, ici. Tandis que chez Brel, il est déformé pas ses obsessions (femmes, aventure, vieillesse, etc), en bref, brelisé. Voir la série qu’on a consacrée à la géographie brélienne. Ici.

Plus belle illustration, Mon enfance.

Autodérision géographique dans Knokke-le-Zoute tango.

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Pierre Delanoë galactique

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 8/8
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Lorsque les pays ne suffisaient plus, Pierre Delanoë mettait en scène les empires ou les continents. Et lorsque ceux-ci devenaient trop étroits pour sa vision, il invoquait la Terre, les étoiles, ou Dieu tout simplement. La ballade des gens heureux, par Gérard Lenorman.

Bon, et au delà du soleil et des étoiles, qu’y a-t-il ? La galaxie, attaquée par les infâmes suppôts de Véga. Heureusement, Goldorak veille sur nous. Mais au fait, qui a écrit les paroles de la chanson de Goldorak ? Je vous laisse deviner… Et bravo pour vos 5000 chansons monsieur Delanoë, total respect. Mais je passerai les 4983 qui restent plus tard. Goldorak, par Noam.

Vous entendez un léger accent ? C’est normal, Noam était un tout jeune chanteur israélien. Il paraît en plus qu’il était grippé le jour de l’enregistrement.

La présente série s’appuyait surtout les tubes les plus connus écrits par Delanoë. Pour découvrir des chansons moins célèbres, meilleures diront certains, je recommande l’émission que lui a consacré Philippe Meyer, le 4 octobre 2014, en réécoute sur le site de France Inter, ici. Et puisqu’on parle de Philippe Meyer, une petite chanson hôn, sur des paroles de Pierre Delanoë : L’été indien, repris par Cazoul.

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Brel contre Delanoë

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 7/8
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Le Jardin a déjà abordé un auteur qui aimait à donner de la profondeur à ses chansons en les plaçant dans un arrière-plan historique ou surtout géographique : Jacques Brel, voir ici. En résumé, chez Brel, la géographie est une tragédie œdipienne. Je veux dire que sa vie est marquée par la malédiction de l’oracle : il est né belge et sera fatalement, selon sa propre terminologie, un « barbare » venu du nord. Condition dont il ne sortira que par une révolte personnelle, qui se traduit tantôt par des rêves d’Amérique ou d’iles désertes, tantôt par une volonté d’être « espagnol », et dans tous les cas par la conquête de femmes (le plus souvent vouée à l’échec).

Chez Delanoë, prédomine la sagesse de l’homme de droite qui refuse de se révolter contre un ordre établi naturel. Celui qui s’y conforme, comme Gilbert Bécaud à Moscou, qui bien que « de droite » ne se révolte même pas contre le communisme, est récompensé d’une belle conquête. En fait, Brel et Delanoë se rencontraient semble-t-il assez souvent, et discutaient à propos de leurs chansons. Delanoë raconte :

Quand Brel a sorti Les Vieux [1963], je lui ai fait ce reproche: «Tu me fais chier: c’est un tableau désespérant de la vieillesse!» J’ai proposé à Bécaud une réponse optimiste sur le même thème. Il n’en a pas voulu. En 1973, c’est devenu Les vieux mariés, chanté par Sardou. Interview donnée à l’Express.

Écoutons les deux chansons.

Tragédie de la vieillesse chez Brel, et vision traditionnelle, voire rétrograde, de la famille chez Delanoë/Sardou : l’affaire est entendue. Et l’arrière-plan géographique alors ? Même dans ces chansons très intimistes, elle fait des discrètes incursions : opposition Paris/province chez Brel, voyage carte-postale chez Delanoë.

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Le passé lointain

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 6/8
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Une des plus anciennes controverses philosophiques opposa Héraclite à Parménide il y a quelques milliers d’années. Pour le premier, l’être est éternellement en devenir, tandis que pour le second, l’être est. Doctrine que l’on résume par la maxime paradoxale « c’est toujours la même eau qui coule », refrain d’une chanson de Michel Sardou. Cette fois, les paroles ne sont pas de Pierre Delanoë, mais de son cadet de trente ans, Jean-Michel Bériat. Ce dernier utilisait la même ficèle que le maître, en écrivant des chansons dont la légèreté contrastait avec un arrière-plan géographique, philosophique ou historique profond. La même eau qui coule, donc, ou Africa interprétée par Rose Laurens, ou encore Ève lève-toi de Julie Pietri. Chez Bériat, l’impression de décor en carton-pâte est encore plus nette que chez Delanoë, et les images sont moins limpides « c’est toujours le raisin qui saoule », c’est pas très heureux franchement. Pourquoi pas « c’est toujours la même boule qui roule » tant qu’on y est… « Chie pas droit qui veut » comme disait Céline.

Mais j’en perds mon fil. Je voulais dire que Delanoë, en homme de droite, se range sans conteste du côté de Parménide. Il aime à se référer un passé lointain ou profond, à une certaine permanence des choses. Il le dit explicitement dans quatre vers de Attention mesdames et messieurs, de Michel Fugain :

Attention, mesdames et messieurs, c’est important, on va commencer
C’est toujours la même histoire depuis la nuit des temps
L’histoire de la vie et de la mort, mais nous allons changer le décor
Espérons qu’on la jouera encore dans 2000 ans

Voilà quelques exemples de passé lointain chez Delanoë. Il n’hésite pas à mettre en scène la guerre séculaire entre la France et l’Angleterre. Que fais-tu là Petula ? Par Petula Clark.

Dans Le bal des Lazes, il ressuscite une Angleterre aristocratique. Mais encore une fois, pour une histoire d’amour. Avec Michel Polnareff, compositeur inspiré et sans choucroute sur la tête.

Puisqu’on parle beaucoup d’Angleterre aujourd’hui, je ne résiste pas au plaisir de mettre en parallèle à celles de Delanoë la chanson de Philippe Katerine. La reine d’Angleterre. Avec cette vision encore plus profonde que « La place rouge était vide » : « car le monde est ainsi fait ».

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Salma Ya Salama

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 5/8
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L’affaire est entendue : Delanoë s’est intéressé à la géopolitique. Mais la géopolitique s’est-elle intéressée à Delanoë ? Sans doute, puisque j’apprends sur Wikipedia que la radio israélienne passait Salma Ya Salama, chanson qu’il a écrite pour Dalida sur une musique arabe, à l’occasion de la première visite d’un dirigeant arabe en Israël : Anouar el-Sadate en 1977.

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