L’Amérique (et accessoirement la France)

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 2/8
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Pierre Delanoë a beaucoup écrit sur les États-Unis. Et plus que tout autre pays, l’Amérique est présentée comme opposée à la France dans ses chansons. Je vois là l’angoisse du gaulliste Delanoë, inquiet de voir la France perdre sa place de grande puissance mondiale. Par exemple dans Moi je suis français, par Claude François.

Delanoë sait aussi présenter l’Amérique sous un jour plus favorable. J’y vois non tant une contradiction qu’un réel talent pour s’adapter à l’univers de ses interprètes (et à leur public donc). L’Amérique, par Joe Dassin.

Car Joe Dassin a passé son enfance aux États-Unis, pas question de lui faire chanter des paroles chauvines ou de l’anti-américanisme primaire. On garde ça pour le phrasé de grosse caisse de Claude François et son public populeux. Dassin évoque sa double culture dans Côté banjo, côté violon. Avec Jeane Manson, sur des paroles de Pierre Delanoë, of course.

 

Pour finir sur l’Amérique, on doit bien sûr à Pierre Delanoë La java de Broadway. Ce choc des civilisations, mi-onirique mi-éthylique, décrit un français très franchouillard qui se prend une biture à New-York et qui mate les filles dans un bar. C’est l’hymne définitif du beauf. Taillé sur mesure pour Sardou, donc.

 

Et puis je vous disais au début du billet que Delanoë était gaulliste. Je le prouve. Il a écrit une hommage à De Gaulle, particulièrement appropriée en ce 18 juin. Tu le regretteras, par Gilbert Bécaud.

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C’est la même chanson

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 5/13
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On enfonce une dernière porte ouverte aujourd’hui avec les expressions qui contiennent une variante du mot « chanson » comme « on connait la chanson », « c’est toujours la même chanson » ou « céder au chant des sirènes ». Ces expressions sont tout à fait respectables, mais on ne peut pas dire qu’elles viennent d’une chanson. Quoiqu’elles soient parfois utilisées en chanson.

C’est la même chanson, par Claude François.

 

Puisqu’on parle de Claude François, Nadia (de Meylan) me propose le mot « claudette » et ses dérivés, comme bernardette. J’apprends que ce mot est inspiré de « ikette », nom des danseuses de Ike et Tina Turner.  Bien joué, mais ça ne vient pas vraiment d’une chanson. Pour continuer sur Cloclo, vous pouvez aussi vous procurer le récent ouvrage de Philippe Chevalier, La chanson exactement, l’art difficile de Claude François. Je ne l’ai pas encore lu, mais ça a l’air intéressant. Interview de l’auteur en réécoute sur le site de France Culture, ici.

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Jean-Pierre Bourtayre n’a rien composé pour Nougaro

Ils n’ont rien composé pour Nougaro 6/8
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Nougaro a fait appel aux grands compositeurs de la variété française : Jacques Datin, Marguerite Monnot, Jimmy Walter, ou Maurice Vander. Mais pas à Jean-Pierre Bourtayre, qui savait pourtant composer toutes sortes de chansonnettes, des discos de Claude François jusqu’à des ballades comme Gentleman cambrioleur. Par Jacques Dutronc.

 

Jean-Pierre Bourtayre savait même écrire des musiques de film à l’occasion. J’aime bien le final des Maitres du temps, film d’animation de Laloux (encore) sur des dessins de Mœbius. Admirez en prime la toute première animation 3D en images de synthèse de l’histoire du cinéma. Et regardez à 4:06, le nom du parolier Jacques Lanzmann est mal orthographié !

Bourtayre savait même composer des chansons à boire galactiques (répertoire qui ne comporte hélas qu’une seule chanson). Paroles de Jacques Lanzmann, La chanson du pochard, encore extraite des Maitres du temps (ce qui explique sa présence au générique…).

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Il avait un marteau

Paralipomènes 44/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La vingt-neuvième série du blog proposait un choix de parodies. Le thème est inépuisable, on y reviendra. En attendant, je disais à propos du phrasé de Claude François que « oui, il avait bien un marteau ». Pour ceux qui n’auraient pas saisi l’allusion, Si j’avais un marteau.

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Hijo de la luna

Paralipomènes 24/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Dans la quinzième série du blog, consacrée aux Roms, j’ai passé quelques chansons parlant des Gitans, Romanichels, etc. Il en existe beaucoup d’autres, comme Hijo De La Luna de Mecano.

Le sous-genre est si répandu qu’on trouve des chansons de chanteurs inattendus dans ce registre. Par exemple Claude François, avec Voleur-Bohémiens (qui irait bien aussi dans le thème Esprit d’épicerie et révolution sexuelle dont on reparle bientôt).

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La dynastie Ouvrard

Le comique troupier 3/9
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Je vous présente aujourd’hui une dynastie de la chanson, bien antérieure aux familles Chedid, Dutronc ou Gainsbourg. Gaston Ouvrard, fils d’Éloi Ouvrard : deux grandes stars du comique troupier en leur temps. On doit au fils la chanson de comique troupier qui est restée la plus célèbre jusqu’à aujourd’hui ! Le succès durable de la chanson s’explique avant tout par ses qualités propres, mais le fait qu’elle reste compréhensible en dehors de tout contexte militaire joue sûrement un rôle non négligeable. C’est pourtant une chanson militaire : le pas-bien-portant est bien un troufion, tentant peut-être d’obtenir quelques jours de repos auprès du major… Je ne suis pas bien portant.

Pour ceux qui rêvent de voir Claude François en uniforme de comique troupier, c’est là.

Hypothèse hardie : Ouvrard premier rappeur ? Voyez plutôt son « flow » :

Pour finir, puisqu’on parlait de Gainsbourg au début du post, on oublie parfois que lui aussi a donné dans le comique troupier ! Mais est-il adjudant ou capitaine ? Voyez plutôt :

Le sketch s’inspire d’une histoire véridique, l’affaire des disparus de Mourmelon.

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Comme d’habitude

Parodies 6/6
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Retour à la case départ avec Claude François et sa chanson Comme d’Habitude, transformée en tube planétaire par Paul Anka et Frank Sinatra, et qui poursuit sa carrière aujourd’hui comme standard de karaoké en Asie orientale. Parodié par The Sex Pistols :

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L’escalier vers la parodie

Parodies 2/6
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Facile de se moquer de ce pauvre Cloclo (voir le post précédent) :  voix de canard, chorégraphies et placement rythmique par lesquels on s’aperçoit que oui, il avait bien un marteau, et bien sûr des paroliers qui n’ont lu que la quatrième de couverture du dictionnaire de rimes. Il a quand même chanté quelques chansons dignes d’intérêt. D’ailleurs, qui en France s’est essayé au perfectionnisme de la Motown ? Et s’il est acquis que Trenet a su intégrer le jazz à la chanson française, qui s’est acoquiné au compositeur Jean-Pierre Bourtayre pour y intégrer le disco ? Aller Cloclo, on reparlera de toi un jour ou le thème n’est pas « parodie ».

Il est plus compliqué de s’attaquer à un monument du rock comme Led Zeppelin et au célèbre Stairway to Heaven. Mais Frank Zappa n’a pas son pareil pour désosser un tube : bruitages ridicules, rythmique appuyée, diction qui met en valeur les paroles (ce qui rend rarement service à ce type de chanson), etc. Vous noterez le fameux solo de guitare, scrupuleusement pris en charge par une fanfare de cuivres (vers 6:25 minutes sur la 2è vidéo), ce qui le réduit à une broderie de notes arbitraires. Et l’accord final qui sonne avec un peu trop de grandiloquence. Ceci est dû à une magnifique tierce picarde, un procédé fréquent à l’époque de la Renaissance ou du Baroque, consistant à jouer un accord majeur là ou l’on attendrait plutôt un accord mineur pour conclure un morceau. Alors, hommage, recréation, ou mise en pièce ? Le débat fait rage sur les commentaires des vidéos sur youtube.

Une version au son un peu moins crado, mais sans l’image :

Pour entendre la tierce picarde plus en détails, munissez vous d’un piano, et passez Stairway to Heaven. À la fin de la chanson, frappez en même temps La-Do-Mi sur le piano : ça sonne très bien, la chanson est en La mineur, et La-Do-Mi c’est justement un accord de « la mineur », l’accord (mineur) fondamental de la tonalité (mineure donc, je me tue à le répéter). Puis à la place, frappez La – Do diése – Mi : ça sonne un peu véhément comme sur la vidéo de Zappa, l’accord est majeur, le do dièse est la fameuse tierce picarde.

Et puis l’original de Led Zeppelin.

 

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Cloclo parodié

Parodies 1/6
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Dans les prochains jours, on va se distraire avec quelques parodies. On commence par Ça s’en va et ça revient, de Claude François, parodié par François Morel et Philippe Duquesne (qu’on a déjà vu parodier Gainsbourg dans ce blog, ici).

 

La troupe des Deschiens (à qui on doit les parodies de ce post) avait semble-t-il un problème avec ce pauvre Cloclo. Elle a même lancé une parodie de concours d’imitations parodiques : le 3615 Cloclo, un véritable acharnement anti-cloclo !

Le téléphone pleure, par le gars Bruno Lochet.

 

Toi et moi contre le monde entier par Atmen Kelif (qu’a pas le physique).

 

Où l’on apprend que Claude François a été pillé par Charles Trenet. C’est la même chanson, par Philippe Duquesne.

 

Comme d’habitude, avec une vraie voix lyrique pour une fois (non identifiée). C’est qu’à l’opéra, y’a pas un chanteur connu.

Et n’oubliez pas, tapotez, tapotez !

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Claude François témoigne

Les péchés originels du rock français 6/8
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L’affaire est entendue, le rock français des débuts était nul. Pris en main sur un mode parodique par de bons musiciens qui n’y croyaient pas, il empruntera ensuite des détours avec les yéyés et le twist avant de pouvoir produire quelques groupes qui tiennent la route. On parlera de ça une autre fois.

Mais que faisaient nos stars à l’époque au lieu d’essayer de devenir des rock-stars ? En 1962 par exemple, l’année de J’aime pas le rock (voir le dernier post) ? Je vous livre aujourd’hui sur ce sujet un témoignage exceptionnel et de première main, celui de Claude François dont Le Jardin aux Chansons qui Bifurquent a pu obtenir une interview exclusive.  C’est édifiant, il n’en avait rien à cirer du rock. Il nous a dit : « Cette année-là, le rock’n’roll venait d’ouvrir ses ailes. Et dans mon coin, je chantais Belle, Belle, Belle« .  Et aussi « Déjà les Beatles étaient quatre garçons dans le vent. Et moi ma chanson disait Marche tout droit« .

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