Le bouquet d’Ypres

Paralipomènes 9/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Le 9 mars 2016, j’ai posté un billet de remerciements à mes premiers suiveurs. C’est le billet qui a obtenu le moins de succès depuis le début du blog : un seul petit clic ! Je suis poli de dire « merci », et voilà comment on me récompense…

Je notais dans ce billet que Bécassine de Brassens citait la chanson Fleur Bleue de Trenet. En fait, selon Bertrand Dicale, les vers

Qui pourra chanter la chanson,
Des fleurs bleues en toute saison

font plutôt référence au Bouquet d’Ypres, que Brassens citerait également dans Corne D’auroch, voir le livre Brassens ? page 88. Le bouquet d’Ypres est une chanson de poilus, évoquant Ypres, ville belge où furent menés des combats très meurtriers lors de la première guerre mondiale, et où pour la première fois furent utilisés des gaz de combat (d’où le nom d’ypérite donné au gaz moutarde).

Vous êtes vraiment trop fort Monsieur Dicale. Pour ma part, je trouve que la référence au Bouquet d’Ypres est assez claire pour Corne d’Auroch, mais pour Bécassine, la référence à Trenet me semble plus pertinente, si toutefois il y a là une référence quelconque. Que chacun se fasse son opinion, je vous mets toutes les chansons concernées !

Le bouquet d’Ypres

Fleur bleue

Bécassine

Corne d’Auroch

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Jacques Brel, chanteur géopolitique

Petite géopolitique de Jacques Brel 1/13
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La présente série s’intéresse à la géopolitique dans les chansons de Jacques Brel. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à expliquer pourquoi en ce qui concerne la géopolitique, Brel est plus intéressant qu’un autre parmi les « grands de la chanson française » (ou même les petits).

Par exemple, chez Léo Ferré, la ligne politique est claire et nette : Léo est un anarchiste pur jus, on ne va pas écrire une série là-dessus. Chez Barbara, peu de géopolitique : le sentiment prédomine. Ses chansons se mêlent parfois de Grande Histoire, comme Göttingen ; mais en l’espèce, c’est à partir du sentiment intime de la petite fille juive cachée pendant la guerre puis émue quelques années plus tard par l’innocence d’enfants allemands. Chez Trenet, on aurait du mal à discerner de la géopolitique. Tout au plus un Chinois tient-il un rôle de figurant évadé de l’exposition coloniale (« Il s’nourrit de riz frit aux p’tits pois » dans Le Chinois déjà vue ici, ou sert « un plat de riz » sur fond de gamme pentatonique dans Je chante). Je peux continuer la liste avec Alain Souchon, chez qui la politique est bien sûr présente, mais qui, dans sa grande sagesse, ne prétend là à aucune originalité.

Brassens mérite quelques explications. Si la politique est bien présente dans ses chansons, la géopolitique en est résolument absente : sa vision du monde est à hauteur d’homme, dénuée de toute généralisation et pleine d’une indulgence qui dissout les catégories les plus établies et abolit toute frontière. S’il dénonce un groupe humain délimité, il prend soin de le désigner par un mot que personne ne comprend comme « croquant », ou désuet comme « sans-culotte ». Il pardonne à une criminelle dans L’assassinat (déjà vue ici), tout comme son père lui a pardonné dans la chanson autobiographique Les quatre bacheliers. Il émascule bien quelques gendarmes au marché de Brive-la-Gaillarde (dans Hécatombe), mais se refuse à crier « mort aux vaches » dans L’Épave (quelques décennies avant qu’une autre épave n’embrasse un flic, curieuse convergence de destins). Lui-même est presque émasculé par des « punaises de sacristie » dans Le Mécréant, mais il chante souvent les louanges de tout un aréopage de curés, de bonnes sœurs, de croyants ou du Christ en personne. Voir par exemple L’Antéchrist, La Religieuse, La Prière ou Le Grand Pan (déjà vu dans la série sur la science, ici).

À tel point que nombre de catholiques revendiquent l’anarchiste et mécréant Brassens comme l’un des leurs ! Ne cherchez là aucune contradiction : sa philosophie est solide comme le chêne et aussi simple que sa vieille pipe en bois. Il veut toujours voir l’homme derrière le criminel, le flic ou le curé. Et bien sûr, la femme derrière la putain (dans La complainte des filles de joie, déjà vue ici), l’épouse modèle (dans Pénélope), l’épouse adultère (dans À l’ombre des maris), la pauvre vieille (dans Bonhomme) ou la bonne sœur (dans La religieuse). Jusqu’à choquer son propre public, comme lorsqu’il aborde la seconde guerre mondiale dans sa chanson Les deux oncles, la seule ayant vraiment fait scandale : les Anglais et les Allemands y sont renvoyés dos-à-dos. Dans Entre la rue Didot et la rue de Vanves, Brassens nous présente même deux gestapistes sous un jour sympathique (« Deux sbires […] venus avec leurs noirs manteaux » qui « Aimaient la guitare et les trémolos », ce qui fait qu’ils repartent « sans finir leur boulot »). Tout ceci est analysé avec bien plus de détails dans Brassens ?, livre de Bertand Dicale dont on reparlera (lecture fortement recommandée en attendant).

Bref, chez  Brassens la géopolitique est réduite par principe au néant. Une nation, un empire, un couvent, un claque et même son fameux village de pure convention, intemporel et abstrait, ce village où une jeune Margot allaite un chaton devant un bougnat et des enfants de chœur pendant qu’on fait crever un petit cheval blanc, tout cela est moralement équivalent : dès qu’on est plus de quatre, on est une « bande de cons » (Le pluriel). Soit. Mais heureusement tous « braves types », au moins en puissance (car on finira tous « braves types », il nous le dit dans Le temps passé).

Le cas de Renaud est plus complexe : parolier brillant et mélodiste efficace, il excelle dans bien des styles de chansons (ce blog a même consacré toute une série à sa chanson L’Autostoppeuse, ici). Mais son message politique est terriblement confus à y regarder de près. Si on lit froidement ses paroles, on découvre un fatras incohérent d’idées toute faites, suggérées par l’air du temps, un coup de gueule, une rime ou peut-être le pastis. Entiché de Mitterrand (dans Tonton), il le renie (dans Le tango des élus). Il s’entiche alors de Gorbatchev jusqu’à lui chanter dans Welcome Gorby : « on est quelques-uns, je crois, un copain à moi et pi moi, à espérer qu’tu vas v’nir avec tes blindés nous délivrer ». Quand même bizarre pour un anarchiste-pacifiste… Ses analyses sont un peu étranges : il croit qu’Antoine est un chanteur contestataire (fait déjà noté dans la série sur le mot société, ici). Il pense dans Hexagone que durant la dernière guerre, des Français étaient « bien planqués à Londres » (on aime De Gaulle et les Français Libres ou pas, mais ils n’étaient sûrement pas partis « se planquer » à Londres) et fait cause commune avec Sardou en célébrant le « brave soldat riquain ». Enfin, les raisons de sa révolte sont parfois surprenantes : dans Hexagone encore, il est certes révolté par la peine de mort, mais plus encore par le Salon de l’Auto, et surtout par le proverbe « En avril, ne te découvre pas d’un fil » !  Le tout premier post de ce blog jouait déjà sur les contradictions de Renaud, voir ici. Réécoutez la chanson : il y a tout, à peu près le contraire, et ça se termine prophétiquement au bistrot. C’est peut-être ce côté fourre-tout qui permet finalement à Renaud le tour de force d’être à la fois outrancier comme Jarry et consensuel comme Béranger… c’est un peu l’ado de la famille, il dit n’importe quoi, mais on ne lui en veut pas. D’ailleurs dans Mistral Gagnant, il met tout le monde d’accord en livrant le point essentiel de sa vision du monde : « Les méchants, c’est pas nous ». On ne va quand même pas faire une série sur un tel capharnaüm.

On pourrait encore parler de Michel Sardou, notre seul grand chanteur engagé à droite. Mais quand on creuse un peu la question, ses vues politiques semblent finalement assez floues et surtout parasitées par sa longue collaboration avec son parolier Pierre Delanoë, authentique réactionnaire (dont on avait déjà noté la géopolitique un peu sommaire ici).

Un cas intéressant serait peut-être Francis Cabrel qui présente dans ses chansons (tout comme Brel) une vision du monde originale, cohérente et constante. Homme du Sud, athée, séducteur, gestionnaire avisé d’un riche fonds de belles métaphores, portant fièrement son accent et ses origines, heureux en amour avec sa Petite Marie : c’est l’antipode exact de Brel ! On le reverra dans la présente série.

Venons-en donc au plus passionnant de tous : Jacques Brel. Il nous offre un beau théâtre dans ses chansons, où défile toute l’humanité : des ivrognes, des colonels, des putains, des cocus, beaucoup d’amoureux, plusieurs moribonds, Jean Jaurès, un caporal, des bergers, des filles, des chiens, des singes, des enfants, des sous-préfets et bien sûr Jacques Brel (il cite son propre nom dans Grand Jacques, Les Bonbons et Les F…). Mais on s’intéresse ici au décor du théâtre, véritable théâtre derrière le théâtre, donnant une profondeur supplémentaire à ses chansons. Un arrière-plan particulièrement baroque et cohérent, et on va le voir, géopolitique.

Le fait est notable dès ses toute premières chansons, celles de sa brève période de chanteur catholique, où ses amis le surnommaient l’abbé Brel. Dans La Haine, première chanson de son intégrale en 10 CD, il se propose de ressouder « deux continents ». Dans Grand Jacques, il parle de l’époque où « les guerres sont finies ». Dans Le Diable (ça va), il évoque toutes sortes de problèmes du monde : les « dangereux jeux de la guerre », l’Europe qui « répète l’Avare« , les « dollars venus du pays des enfants », et un « décor mil neuf cent » (ce qu’on doit sans doute comprendre comme un climat de pré-guerre mondiale). Dans Il nous faut regarder, il propose de porter le regard « plus loin que les frontières qui sont des barbelés » et évoque « les enfants qui racontent les guerres ». Dans C’est comme ça, il opère une sorte de travelling arrière, des filles aux garçons, puis aux papas, jusqu’à « la guerre civile ». Dans La Bastille, il affirme que « L’avenir dépend des révolutionnaires » et que « L’avenir ne veut ni feu, ni sang ni guerre ». Dans Qu’avons-nous fait, bonnes gens, il chante « tout l’amour du monde […] vendu pour faire la guerre ». Dans Pardons, il évoque des « pays faits de sous-officiers ». Même dans Ne me quitte pas, il y a un roi, une reine, un domaine et il faut des lois !

Ce Brel des débuts rappelle Le Diapason Rouge, le célèbre « carnets de chants sélectionnés par les Scouts et Guides de France et le Mouvement Eucharistique des Jeunes » : le premier chapitre c’est Salut l’Artiste, mais le deuxième, à ne pas négliger, c’est Au rythme du monde : chants de paix sans frontières. Brel aborde donc ce « deuxième chapitre », et nous présente une géopolitique naïve, catholique et assez désincarnée (sa chanson la plus pacifiste, La colombe, ne donne pas le moindre indice de date ou de pays, même si dans des interviews, il dit qu’elle concerne la guerre d’Algérie). Dans la suite de son œuvre, le paysage se fera beaucoup plus précis, désacralisé et original comme le verra… En attendant, je vous passe sa chansons la plus géopolitique de sa première période, Le diable (ça va).

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L’escalier vers la parodie

Parodies 2/6
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Facile de se moquer de ce pauvre Cloclo (voir le post précédent) :  voix de canard, chorégraphies et placement rythmique par lesquels on s’aperçoit que oui, il avait bien un marteau, et bien sûr des paroliers qui n’ont lu que la quatrième de couverture du dictionnaire de rimes. Il a quand même chanté quelques chansons dignes d’intérêt. D’ailleurs, qui en France s’est essayé au perfectionnisme de la Motown ? Et s’il est acquis que Trenet a su intégrer le jazz à la chanson française, qui s’est acoquiné au compositeur Jean-Pierre Bourtayre pour y intégrer le disco ? Aller Cloclo, on reparlera de toi un jour ou le thème n’est pas « parodie ».

Il est plus compliqué de s’attaquer à un monument du rock comme Led Zeppelin et au célèbre Stairway to Heaven. Mais Frank Zappa n’a pas son pareil pour désosser un tube : bruitages ridicules, rythmique appuyée, diction qui met en valeur les paroles (ce qui rend rarement service à ce type de chanson), etc. Vous noterez le fameux solo de guitare, scrupuleusement pris en charge par une fanfare de cuivres (vers 6:25 minutes sur la 2è vidéo), ce qui le réduit à une broderie de notes arbitraires. Et l’accord final qui sonne avec un peu trop de grandiloquence. Ceci est dû à une magnifique tierce picarde, un procédé fréquent à l’époque de la Renaissance ou du Baroque, consistant à jouer un accord majeur là ou l’on attendrait plutôt un accord mineur pour conclure un morceau. Alors, hommage, recréation, ou mise en pièce ? Le débat fait rage sur les commentaires des vidéos sur youtube.

Une version au son un peu moins crado, mais sans l’image :

Pour entendre la tierce picarde plus en détails, munissez vous d’un piano, et passez Stairway to Heaven. À la fin de la chanson, frappez en même temps La-Do-Mi sur le piano : ça sonne très bien, la chanson est en La mineur, et La-Do-Mi c’est justement un accord de « la mineur », l’accord (mineur) fondamental de la tonalité (mineure donc, je me tue à le répéter). Puis à la place, frappez La – Do diése – Mi : ça sonne un peu véhément comme sur la vidéo de Zappa, l’accord est majeur, le do dièse est la fameuse tierce picarde.

Et puis l’original de Led Zeppelin.

 

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Cloclo parodié

Parodies 1/6
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Dans les prochains jours, on va se distraire avec quelques parodies. On commence par Ça s’en va et ça revient, de Claude François, parodié par François Morel et Philippe Duquesne (qu’on a déjà vu parodier Gainsbourg dans ce blog, ici).

 

La troupe des Deschiens (à qui on doit les parodies de ce post) avait semble-t-il un problème avec ce pauvre Cloclo. Elle a même lancé une parodie de concours d’imitations parodiques : le 3615 Cloclo, un véritable acharnement anti-cloclo !

Le téléphone pleure, par le gars Bruno Lochet.

 

Toi et moi contre le monde entier par Atmen Kelif (qu’a pas le physique).

 

Où l’on apprend que Claude François a été pillé par Charles Trenet. C’est la même chanson, par Philippe Duquesne.

 

Comme d’habitude, avec une vraie voix lyrique pour une fois (non identifiée). C’est qu’à l’opéra, y’a pas un chanteur connu.

Et n’oubliez pas, tapotez, tapotez !

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Une petite cantate

L’énigme LdV 4/6
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On cherche toujours le lien secret unissant les chansons de la série. Ceux qui auraient déjà trouvé peuvent chercher pourquoi l’énigme s’appelle LdV (pas simple). Après Trenet, Brassens chanté par Jaroussky et les Jackson 5, je vous propose Une Petite Cantate, de Barbara. D’ailleurs, j’aurais pu vous proposer La Petite Fugue de Maxime Le Forestier à la place de la Petite Cantate, mais on l’a déjà vue dans le blog dans la série sur Bach, ici.  Ne connaîtriez-vous pas une Petite Symphonie, un Petit Concerto, ou un Petit Opéra pour la prochaine fois ?

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Il aime le music-hall

L’énigme LdV 1/6
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Sur Le Jardin aux Chansons qui Bifurquent, on aime bien les énigmes. La dernière que je vous ai proposée (ici) était presque impossible à démêler, et je n’ai même pas félicité Arnaud, internaute de l’Arbresle, qui a quand même réussi à trouver la solution ! Pour me rattraper, une petite énigme un peu mieux conçue. Encore une fois, il faut trouver le lien secret qui relie toutes les chansons de la série.

Pour commencer, Moi, j´aime le music-hall, de Charles Trenet qui nous fait réviser tout un siècle de chansons : de Félix Mayol (un peu oublié, créateur de rengaines qu’on connait tous plus ou moins, comme Viens, Poupoule !) à un certain Charles Trenet (qui nous révèle ses talents d’imitateur, écoutez comment il dit « Maurice Chevalier » avec la voix de Maurice Chevalier !). Bon, trêve de blabla, je vais finir par donner la réponse à l’énigme…

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Cording, Bike et Sainclair : rockeurs

Les péchés originels du rock français 3/8
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On a vu dans le dernier post avec le ragtime que la France était parfaitement capable d’accommoder une musique étrangère. Le ragtime n’a pas pour autant marqué  la musique populaire française, on aurait pu prendre des exemples bien plus probants dans la chanson : Charles Trenet qui arrive même à faire swinguer Verlaine (voir ici), ou les Double Six avec le jazz (voir notre série sur le Vocalese, ici), ou même plus récemment le rap. Mais le rock, au départ, ça a donné ça.

Non mais quelle daube (et pour rappel, le rollmops, c’est du hareng roulé et mariné dans une sorte de saumure).  Qui chante ? Qui a écrit les paroles ? Et la musique ? Sûrement de pauvres nazes aujourd’hui bien oubliés. Effectivement, avez-vous entendu parler du chanteur Henry Cording, du compositeur Mig Bike, et du parolier Vernon Sinclair ?  Peut-être pas, mais sous ces trois pseudonymes se cachent respectivement Henri Salvador, Michel Legrand et Boris Vian ! Donc, c’est clair, ils se fichent de nous les vilains garnements, et ils n’osent même pas mettre leur vrai nom. Voilà le péché originel : le rock n’a pas été pris au sérieux. Il faut dire que dans ces années 1950, c’est pas génial le rock. Écoutons Rock Around The Clock de Bill Haley, l’un des tous premiers tubes de rock (regardez bien la vidéo, il y a même un accordéon derrière, et si vous voulez savoir ce que veut dire marquer les temps 2 et 4, regardez bien les petites filles qui tapent dans leurs mains).

 

C’est plein d’entrain, mais musicalement, après un demi-siècle de Ragtime, de Blues, de Swing, de Stride, de Be Bop, ça n’est vraiment pas une révolution. On dirait plutôt à une tentative de tirer le dernier jus commercial du jazz avant de passer à autre chose. Rien de très innovant. Pourquoi s’intéresser à cette mode passagère ? Surtout dans cette France qui a dominé la musique légère pendant des décennies avec les opérettes (par exemple Offenbach…), et dont les chanteurs populaires comme Maurice Chevalier ou Édith Piaf sont des stars planétaires dans ces années 1950.

Le rock de la fin des années 1950 c’est trois accords de blues, un rythme syncopé avec appui sur les temps 2 et 4, le tout chanté trop vite et trop fort pour de jeunes babyboomers à peine adolescents. Voilà, rien du tout. Évidemment, c’est sa vacuité même qui est pleine de promesses : c’est une page blanche, un cadre d’une surprenante plasticité où Bob Dylan allait pouvoir déverser de la poésie, les Beach Boys de la polyphonie, les Rolling Stones de la révolte, et les Beatles tout, et en particulier n’importe quoi. Etc. En 1960, il aurait fallu une sacrée boule de cristal pour deviner que le rock n’allait pas finir aux oubliettes, allongeant la litanie des musiques à danser et autres coups commerciaux sans lendemain : twist, jerk, smurf, tecktonik…

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Chanson d’automne

L’affaire Verlaine 4/9
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En ce 1er octobre, un post de saison, La Chanson d’Automne de Verlaine, mise en musique par Charles Trenet, sous le titre Verlaine, qui n’hésite pas à un peu tordre le texte (« blesse mon cœur » devient « berce mon cœur » par exemple). Et ceux pour qui les paroles de Gainsbourg dans le post précédent étaient mystérieuses (« Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais … ») trouveront là quelques éclaircissements.

Avant d’écouter, on continue notre enquête sur la présence de Verlaine dans la chanson, sous le haut patronage de Jorge Luis Borges, parrain de ce blog (à son corps défendant : j’ai emprunté le nom du blog à l’une de ses nouvelles, Le jardin aux sentiers qui bifurquent).  Borges appréciait beaucoup Verlaine. Exemple, dans un entretien avec Jacques Chancel, Radioscopie, décembre 1979 :
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Si je pense à la France, je pense aussitôt à la Chanson de Roland, à Voltaire, à Taine… En poésie, à Hugo, mais surtout à Verlaine. Voilà un poète que je ne placerais évidemment pas au-dessus de Virgile, mais vous serez d’accord avec moi qu’en vertu de son incomparable innocence,  il domine de loin toute la poésie française. J’ai par exemple la certitude qu’il écrivait d’un seul jet. Impression unique et tout à fait opposée à celle que me laisse Baudelaire, dont les textes « sentent le brouillon », nombreux et préalables. De Verlaine, on peut imaginer que tout lui est venu ou lui a été donné à son insu, qu’il écrivait en pensant à autre chose. Il y a comme une inconscience, une force de la nature, dans sa poésie. En tout cas, pas de « métier ».

J. L. Borges
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Lorsque Carlos paraît

Incroyable mais vrai – 4/6
1 – 2 – 3 – 4 – 56 

Restent en lice :

Les chanteurs (par ordre alphabétique) :
– Didier Bourdon
– Carlos
– Charles Trenet

Les chansons (par ordre de longueur du résumé) :
– Une chanson ouvertement antisémite
– Une chanson qui demande que tous les immigrés chinois rentrent dans leur pays
– Une chanson pour enfants qui fait (presque) explicitement la promotion du tourisme sexuel

Réglons le cas du tourisme sexuel. Comme c’est une chanson pour enfants, vous étiez nombreux à soupçonner Carlos, de son vrai nom Yvan-Chrysostome Dolto, fils de la célèbre psychanalyste Françoise Dolto. Luc, internaute de Villeurbanne, propose sur mon compte facebook Tout nu et tout bronzé.  Mais comme suggéré par Éric dans un commentaire, Le tirelipimpon est quand-même plus gratiné. Éric signale aussi que plusieurs chansons traditionnelles pour enfants ont, à l’instar des contes, des double-sens sexuels cachés, comme par exemple J’ai descendu dans mon jardin, plus connue pour son refrain « gentil coquelicot … », ou Il court, il court le furet. D’après wikipedia ce point est toutefois controversé, allez voir ici pour vous faire votre opinion.

Mais tout ça est de la petite bière à côté de Carlos ! Écoutez bien les paroles hallucinantes du Tirelipimpon, le passage le moins pire étant probablement « Touche mes castagnettes, moi je toucherai tes ananas »!

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Sardou, ce léniniste

Incroyable mais vrai – 3/6
1 – 2 – 3 – 4 – 56 

Merci à GA, internaute des États-Unis d’Amérique, pour ses commentaires sur le post d’hier. Effectivement, les paroles de Redemption song ne sont probablement pas une défense de l’industrie nucléaire comme le très bref extrait que j’ai fourni peut le laisser croire. « Incroyable mais vrai » doit donc s’entendre comme « très-très-incroyable, et à peu-près-plus-ou-moins-vrai ».  Les solutions suivantes seront peut-être plus convaincantes. Il nous reste à marier :

Les chanteurs (par ordre alphabétique) :
– Didier Bourdon
– Carlos
– Michel Sardou
– Charles Trenet

Les chansons (par ordre de longueur du résumé) :
– Une chanson qui défend Lénine
– Une chanson ouvertement antisémite
– Une chanson qui demande que tous les immigrés chinois rentrent dans leur pays
– Une chanson pour enfants qui fait (presque) explicitement la promotion du tourisme sexuel

Michel Sardou, chanteur engagé de droite, a défendu Lénine (mais pas le Léninisme). Le cas est assez connu, il a fait couler un peu d’encre et surtout vendre beaucoup de disques au début des années 1980.  Aux paroles de la chanson, le génie graphomane Pierre Delanoë qui a paraît-il écrit plus de 5000 chansons, parmi lesquels beaucoup de tubes. Écoutez radio Nostalgie pendant une heure, vous êtes certain d’entendre du Delanoë. On reparlera de Sardou et Delanoë plus tard. La musique est de Jacques Revaux et Jean-Pierre Bourtayre. La chanson, c’est Vladimir Ilitch.

 

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