L’avant-garde

Les chansons de Mai 9/9
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Aujourd’hui, c’est les funérailles nationales de Johnny. Dans toutes les analyses, interviews, etc, à la radio, je n’ai pas entendu une seule fois évoqué le précédent de Pierre-Jean de Béranger, poète et chansonnier qu’on a justement évoqué dans la présente série.  Le gouvernement de Napoléon III lui organisa des funérailles nationales. Belle opération de com’ à destination du peuple qui vénérait Béranger… et prétexte à la présence de soldats autour du cortège au cas où ça dégénère. Revenons à Mai 68.

Dans Opinions littéraires, philosophiques et industrielles publié à Paris en 1825, Saint-Simon écrivait :

C’est nous, artistes, qui vous servirons d’avant-garde : la puissance des arts est en effet la plus immédiate et la plus rapide. Nous avons des armes de toute espèce : quand nous voulons répandre des idées neuves parmi les hommes, nous les inscrivons sur le marbre ou sur la toile… Quelle plus belle destinée pour les arts, que d’exercer sur la société une pression, un véritable sacerdoce et de s’élancer en avant de toutes les facultés intellectuelles, à l’époque de leur plus grand développement !

Pour la première fois, le mot d’avant-garde s’appliquait à des artistes et non à des militaires. De révolution en révolution, l’idée d’une avant-garde artistique qui devance les combats politiques ou sociaux a perduré. Puis le sens a un peu glissé : l’avant-garde désigne non plus des artistes à l’avant garde des luttes sociales, mais des artistes à l’avant-garde de l’art.

L’âge d’or de l’avant-garde se situe probablement autour de la révolution russe de 1917. Mais 68 ne fut pas en reste, surtout pour ce qui est de la musique : on ne peut pas dire que les années 1960 aient été spécialement calmes musicalement… Ce dernier billet sur les chansons de mai présente un florilège d’artistes (plus ou moins) avant-gardistes et qui ont émergé (plus ou moins) dans la mouvance soixante-huitarde.

Sur le strict plan musical, je vous propose le groupe Magma, qui a exercé une grande influence dans le rock expérimental jusqu’à aujourd’hui (on le revoit dans la prochaine série sur Mai 68).

En chanson, pour ce qui est du bizarre, on a déjà entendu Évariste (ici et ici), laissons la place à d’autres. Je vous propose Catherine Ribeiro + Alpes.

Ou encore Jacques Higelin et Brigitte Fontaine qui ont su combiner jusqu’à aujourd’hui chansons assez traditionnelles et avant-gardisme. Cet enfant que je t’avais fait, avec un dialogue à la Ionesco au début.

Belle vidéo d’époque avec Brigitte Fontaine en concert.

Évidemment, « l’avant-garde » de Mai 68, c’était Bob Dylan. The times they are changin’, en 1964.

J’aime bien le placement rythmique du refrain : complètement absurde.

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Brel voit grand

Petite géopolitique de Jacques Brel 12/13
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On arrive presque au bout de la géopolitique de Brel (et oui, j’arrive, j’arrive). Une géopolitique pas toujours très réaliste qui procède par invocation de grands blocs essentiels. J’ai omis de nombreux territoires ou peuples que Brel aborde incidemment : le Brésil, l’Inde ou Varsovie apparaissent dans ses chansons. Dans Voir ami pleurer, il chante « Ni le courage d’être juif, ni l’élégance d’être nègre », mais on en reparlera dans une prochaine série sur les juifs dans la chanson.

Sa géopolitique est un peu expressionniste, plus introspective que documentée, et traversée par ses propres passions. Aucun chanteur ne donne une vision du monde aussi riche, curieuse, personnelle et incarnée. À la manière de Victor Hugo, qui lui aussi voyait grand, et n’hésitait pas à convoquer Napoléon ou Waterloo à tout propos (voir ici) ! Je vous passe une dernière chanson de Brel, qui en fait un rien trop, dans Knokke-Le-Zoute Tango, tour d’horizon délirant de sa propre géographie, plein de saveur et d’autodérision.

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