The times they are a-changin’

Les chansons de Mai 9bis/9
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J’ai écrit dans le dernier billet que je trouvais la placement rythmique de Bob Dylan dans The times they are a-changin’ complètement absurde. Ceci m’a valu une demande d’explication de Pierre Delorme. C’est évidemment exagéré, mais je m’explique. D’abord on réécoute une version de la chanson, dont j’avais mal orthographiée le titre (le a avant changin’, qui fait bien partie du titre, était oublié). The times they are a-changin’, par Simon and Garfunkel. Vous pouvez aussi lire les paroles avec leur traduction ici.

Ce qui me frappe dans cette chanson, c’est la phrase For the times they are a-changin’ qui contrevient à une règle évidente : l’efficacité. On ne dit pas en six ou sept mots ce qu’on peut dire en trois, surtout dans le titre ou le refrain. Je ne suis pas anglophone, mais times are changing me paraît assez suffisant, non ? Rajouter for, the et they n’apporte pas grand-chose. Le a rajouté avant changin’ est un préfixe archaïque qui intensifie le sens des mots, en usage dans des chansons anglaises il y a un ou deux siècles (d’après Wikipedia). Le for, qui dans ce contexte veut dire car ou parce que, est aussi un peu archaïque.

On peut comparer la chanson à This land is your land de Woody Guthrie, autre hymne contestataire, autre chanson avec un titre-refrain-slogan. L’énoncé « this land is your land » est bien plus simple, carré et percussif.

Le « placement rythmique » maintenant. Bob Dylan insiste beaucoup sur they, mot sans signification, qui tombe sur une valeur assez longue. Ce que j’en pense : Dylan s’affranchit de toute règle. Il chante une chanson de jeunes avec un refrain archaïque, il complique autant qu’il peut une phrase toute simple de trois mots times are changing. Cette phrase toute simple, il aurait pu la placer sur sa mélodie (ou une variante) sans difficulté. Pour placer la version rallongée, il insiste sur le they qui n’apporte rien au sens.

Pourquoi est-ce que ça marche si bien alors ? D’abord c’est nouveau. Ensuite, la maladresse de l’expression n’enlève rien à sa véhémence, au contraire. Elle participe d’une ambiance de prêche grandiloquent (les paroles sont truffés de références bibliques, au jugement dernier notamment). Et puis elle évoque un adolescent qui revendique en cherchant ses mots. Cette maladresse n’est pas occultée, elle est mise en avant, à la place d’honneur (dans le refrain), et donc implicitement revendiquée. Il est évident que les « for », « the », « they » ont été rajoutés intentionnellement. On retrouve ce procédé de maladresse intentionnelle quelques années plus tard dans le punk.

Bon, c’est juste ce que j’en pense… Il y a sûrement pleins d’autres explications aux bizarreries de cette chanson fascinante. Demain, on quitte Mai 68 pour se plonger dans l’univers des geeks, quel repos ce sera !

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13 commentaires sur “The times they are a-changin’

  1. Cette chanson, comme d’autres, a été écrite dans ce que l’on a coutume d’appeler le  » folk revival » au Etats-Unis. Le jeune Bob Dylan s’était nourri de centaines de chansons du folklore qu’il avait parfaitement intégrées. Il explique ça très bien dans ses « Chroniques ». Tellement bien intégrées que parfois l’emprunt frôle le « plagiat »… (cf. Blowin’ in the Wind vs Nor Auction Block for Me »)
    Ensuite, quant au placement « absurde » des mots sur la mélodie ( « . Bob Dylan insiste beaucoup sur they, mot sans signification, qui tombe sur une valeur assez longue. ») Je m’étonne … Notons quand même le mot « times » au refrain est une valeur longue placée sur le temps fort, même chose pour « chan » de « changing », mot aussi important que ‘Times », puisqu’il s(agit de dire que « les temps changent », et, en tout cas, leur valeur est plus longue que celle du « they ».
    Sinon, pour les valeurs longues sur des mots ayant une simple fonction d’outil ,rendez-vous à « La Non-demande en mariage » de Georges Brassens, l’absurdité va beaucoup plus loin encore ! 🙂
    .

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    1. Effectivement… D’ailleurs on a parlé dans les série sur 68 de la Non-demande en mariage et de son accompagnement pas très standard. Mais je n’avais pas pensé aux valeurs des notes, intéressant. C’était là (et d’ailleurs, je réalise que l’url du billet contient « la mariage », c’est une faute de frappe, impossible à modifer !).
      https://jardinauxchansons.blog/2017/09/23/la-mariage/

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