Hommage à Michel Legrand

Ambitus, tessiture et notes extrêmes 11bis/11
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Dans un commentaire, Miss Monde me demande à propos des déclic musicaux si j’ai pensé à rendre hommage à Michel Legrand qui nous a quitté récemment. Hélas non… En fait, mon petit jardin ne publie qu’exceptionnellement des billets d’actualité, et seul notre Johnny national a eu le droit à un billet spécial pour sa disparition, ici. Ne me demandez pas pourquoi…

Mais j’adore Michel Legrand, et puisqu’il est question de déclic, allons-y. Je rajoute ce billet à la fin de la série de septembre 2018, sur les notes extrêmes, à cause d’une chanson de Michel Legrand que j’ai oubliée. Rien de grave dans les aigus, chanson pleine d’humour sur l’ambitus, chantée par Christiane Legrand, sœur de Michel.

En regardant la vidéo, j’ai découvert le groupe vocal Les blue stars, et j’ai trouvé cette vidéo charmante de Lola (ou la légende du pays des oiseaux), version en français de Lullaby of birdland. L’arrangement est dû à Michel Legrand.

Je vous propose aussi La valse des lilas.

Et puis Je ne pourrai jamais vivre sans toi, par Monique Leyrac.

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Cole Porter avance masqué

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 13/16
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Au début du XXè siècle s’opère un croisement intéressant entre art populaire et art savant. Avec la naissance du jazz et les débuts de l’industrie musicale d’une part, et le formalisme de la musique savante qui se détourne de plus en plus du public d’autre part, émerge un entre-deux : des compositeurs mi-savants, mi-populaires, parfois de formation classique, parfois autodidactes. Un de leur meilleurs représentants, le magnifique Michel Legrand nous a d’ailleurs quitté il y a peu. Cette tradition existait déjà avec l’opérette, mais au XXè siècle, elle s’autonomise de plus en plus de la musique classique. Je propose dans ce billet des passages de la correspondance de Cole Porter, compositeur brillant de l’entre-deux-guerres. Bel éclairage sur le travail d’un artiste américain, à la fois savant et populaire donc, whatever that means mister Porter.

Lettre de Cole Porter à Alan Broderick, du 21 septembre 1934, dans Variétés : littérature et chanson, sous la direction de Stéphane Audeguy et Philippe Forest. N°601 de la NRF.

(Nos idées ne sont jamais neuves, considérées l’une après l’autre : 2500 ans après Aristophane et quatre siècles après William Shakespeare, le dernier recours des créateurs de Broadway est encore l’art combinatoire : voilà pourquoi la plupart sont des plagiaires mélancoliques, et trompent leur mélancolie en jouant aux cartes.)

Afin d’écrire des succès par dizaine, je porte un masque — mes chansons elles aussi doivent porter un masque, pour trouver leur forme, pour avoir du caractère et donner de la voix dans des théâtres à trois mille places. Mon masque, tu le connais, c’est celui de Cole Porter, Américain à Paris, à New-York dandy gâté par les raffinements parisiens ; mon masque, c’est, à cause de ma demi-vie parisienne, le soupçon des pires turpitudes, l’amour avec un garçon boucher, ou pire encore l’habitude de tremper mon croissant dans le café.


Lettre de Cole Porter à Alan Broderick
, le 5 novembre 1934.

La virtuosité du paresseux, voilà ce qui me fait vivre : il m’a été donné de pouvoir me mettre au travail l’esprit limpide au lendemain d’une longue baignade au champagne, et ce qui me reste de fatigue rapporté du profond sommeil m’aide à trouver mes mots. J’ai aussi cette apparence de facilité en musique — elle est en vérité le résultat de ma roublardise, d’une patiente perversité de mélomane, de mon éducation, de l’assiduité aux concerts, du travail et du plaisir de compliquer une mélodie, comme on plie une feuille en douze, pour lui donner l’allure d’une chanson simple. Quand ils reprennent mes couplets a capella sur le chemin du retour, les spectateurs ne savent pas qu’ils tombent dans le piège de ma mélodie articulée sur des rythmes tordus ; ils ne savent pas non plus qu’ils se sortent de ce piège grâce à mon bon vouloir de compositeur, à la fois courtoisie, professionnalisme et quête du succès populaire : moi vivant, je ne laisserai jamais les auditeurs dans le désarroi : mes chansonnettes sont baroques, mais dans mon petit labyrinthe baroque, je me vante de faire danser sans souci monsieur Tout-le-monde.

Je ne sais pas si Porter fait référence au larvatus prodeo de Descartes avançant lui aussi « masqué ». Je vous passe Anything Goes, composé probablement vers l’époque de ces lettres.

La même chanson, par Cole Porter lui-même

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Alain Goraguer n’a rien composé pour Nougaro

Ils n’ont rien composé pour Nougaro 5/8
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Nougaro a chanté sur des musiques de plusieurs compositeurs ou arrangeurs français qui ne sont associés à aucun courant musical précis. Les électrons libres Michel Colombier ou Jean-Claude Vannier par exemple, et surtout Michel Legrand. Mais rien d’Alain Goraguer, qui a beaucoup travaillé pour Gainsbourg ou Ferrat. On en reparle dans une future série sur les arrangeurs de Gainsbourg.

Goraguer a par exemple écrit les arrangements de Poupée de cire, poupée de son. Par France Gall.

Goraguer était aussi un excellent compositeur avec par exemple la bande originale de La planète sauvage, dessin animé de René Laloux.

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Cording, Bike et Sainclair : rockeurs

Les péchés originels du rock français 3/8
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On a vu dans le dernier post avec le ragtime que la France était parfaitement capable d’accommoder une musique étrangère. Le ragtime n’a pas pour autant marqué  la musique populaire française, on aurait pu prendre des exemples bien plus probants dans la chanson : Charles Trenet qui arrive même à faire swinguer Verlaine (voir ici), ou les Double Six avec le jazz (voir notre série sur le Vocalese, ici), ou même plus récemment le rap. Mais le rock, au départ, ça a donné ça.

Non mais quelle daube (et pour rappel, le rollmops, c’est du hareng roulé et mariné dans une sorte de saumure).  Qui chante ? Qui a écrit les paroles ? Et la musique ? Sûrement de pauvres nazes aujourd’hui bien oubliés. Effectivement, avez-vous entendu parler du chanteur Henry Cording, du compositeur Mig Bike, et du parolier Vernon Sinclair ?  Peut-être pas, mais sous ces trois pseudonymes se cachent respectivement Henri Salvador, Michel Legrand et Boris Vian ! Donc, c’est clair, ils se fichent de nous les vilains garnements, et ils n’osent même pas mettre leur vrai nom. Voilà le péché originel : le rock n’a pas été pris au sérieux. Il faut dire que dans ces années 1950, c’est pas génial le rock. Écoutons Rock Around The Clock de Bill Haley, l’un des tous premiers tubes de rock (regardez bien la vidéo, il y a même un accordéon derrière, et si vous voulez savoir ce que veut dire marquer les temps 2 et 4, regardez bien les petites filles qui tapent dans leurs mains).

 

C’est plein d’entrain, mais musicalement, après un demi-siècle de Ragtime, de Blues, de Swing, de Stride, de Be Bop, ça n’est vraiment pas une révolution. On dirait plutôt à une tentative de tirer le dernier jus commercial du jazz avant de passer à autre chose. Rien de très innovant. Pourquoi s’intéresser à cette mode passagère ? Surtout dans cette France qui a dominé la musique légère pendant des décennies avec les opérettes (par exemple Offenbach…), et dont les chanteurs populaires comme Maurice Chevalier ou Édith Piaf sont des stars planétaires dans ces années 1950.

Le rock de la fin des années 1950 c’est trois accords de blues, un rythme syncopé avec appui sur les temps 2 et 4, le tout chanté trop vite et trop fort pour de jeunes babyboomers à peine adolescents. Voilà, rien du tout. Évidemment, c’est sa vacuité même qui est pleine de promesses : c’est une page blanche, un cadre d’une surprenante plasticité où Bob Dylan allait pouvoir déverser de la poésie, les Beach Boys de la polyphonie, les Rolling Stones de la révolte, et les Beatles tout, et en particulier n’importe quoi. Etc. En 1960, il aurait fallu une sacrée boule de cristal pour deviner que le rock n’allait pas finir aux oubliettes, allongeant la litanie des musiques à danser et autres coups commerciaux sans lendemain : twist, jerk, smurf, tecktonik…

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Cinéma

Nougaro et ses compositeurs 15/15
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Pour dire au revoir à Nougaro, une petit dernière, Le cinéma, musique de Michel Legrand (déjà vu dans la série). Demain, ça repart très fort sur le blog, avec la première série entièrement publiée sur la nouvelle plateforme… Il y aura un grand test de personnalité (en chanson). Plus tard, une enquête palpitante sur un squatteur de chansons, un certain Paul Verlaine. Bref, restez en ligne.

 

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Delphine et Guillaume

Nougaro et ses compositeurs 11/15
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Aujourd’hui, une chanson composée par Michel Legrand (mais sans Nougaro). Extrait des Demoiselles de Rochefort film de Jacques Demy. À l’image Catherine Deneuve (Delphine) et Jacques Riberolles (Guillaume). Mais leurs voix sont doublées par Anne Germain et Jean Stout.

Au fait, c’est amusant, Anne Germain fut l’interprète du générique de l’Île aux enfants, tandis que Jean Stout était la voix de Baloo dans la version française du Livre de la jungle de Disney. Aller, on écoute tout ça.  Pas simple de reconnaître leur voix…

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Les Don Juan

Nougaro et ses compositeurs 10/15
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Nougaro a beaucoup collaboré avec Michel Legrand. On en a déjà eu un exemple dans ce blog avec Le paradis voir ici. Une autre chanson, Les Don Juan, que  je trouve intéressante parce qu’on n’y reconnait pas du tout la patte très particulière de Legrand, ce qui montre que Legrand sait faire autre chose que du Legrand (enfin je trouve…). On notera la présence de Guy Marchand au saxophone (il est prévu dans une future série car il a fait un peu de chanson).

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