Brassens et les poètes : Les passantes

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Bienvenue sur Le jardin aux chansons qui bifurquent, le blog qui explore la chanson à travers des séries thématiques ! La série que vous avez sous les yeux, c’est Brassens et les poètes, mais il y a en eu plein d’autres, voir la liste ici.

On s’intéresse donc aux poètes mis en musique par Georges Brassens. On va procéder par contraste, en alternant les poèmes chantés par Brassens avec des chansons dont il a lui-même écrit les paroles : excellent moyen de découvrir des aspects méconnus du grand Georges, de son rapport à la poésie et à tout plein de choses.

On garde le meilleur pour le début avec la mise en musique la plus rocambolesque de l’histoire de la chanson. Les lecteurs qui nous arrivent de MusikTips connaissent déjà l’histoire : dans les années 1940, Georges Brassens déniche sur un marché aux puces Émotions Poétiques, recueil édité à compte d’auteur en 1918 par un inconnu, Antoine Pol.  Il remarque plus particulièrement un poème : Les passantes. Brassens a mis des années avant de lui trouver une musique convenable. Il y parvient vers la fin des années 1960, et se met en quête de l’auteur pour obtenir son autorisation.  Mais impossible de le retrouver. En 1971, incroyable coïncidence, c’est Antoine Pol qui écrit à Georges Brassens pour une tout autre raison : il souhaite publier un recueil de ses textes. Brassens n’en revient pas bien sûr et propose un rendez-vous à Pol. Mais jamais la rencontre n’a pu se faire parce qu’Antoine Pol est mort quelques semaines plus tard.
Vous pouvez aller voir le site du petit-fils d’Antoine Pol, ici.

Je vous propose trois versions de la chanson, ce qui sera très utile à notre étude. Écoutez bien, ça vaut pas la peine. D’abord la version d’Iggy Pop (et oui…).

Puis une version par Georges Brassens. Il parait que c’est le premier enregistrement de la chanson, c’est effectivement un peu brut de décoffrage. Vous noterez que les arpèges (les ti-gi-li-gi-li-gi-li de la guitare) sont à l’arrière plan, surtout au début, la « pompe » typique de Brassens (le « boom-tchak boom-tchak ») prenant toute la place. La version de Brassens sonne donc beaucoup plus rock que le truc vaguement mièvre d’Iggy Pop, yeah, well done Georges.
Brassens disait souvent qu’il était obligé de varier un peu ses accompagnements, mais que sur bien des chansons, il aurait préféré garder sa bonne vieille pompe… C’est vrai qu’il n’y a rien de tel.

La dernière version, c’est Georges Brassens et Maxime Le Forestier, au Grand Échiquier, émission de Jacques Chancel. On reconnaît sur la vidéo Lino Ventura, dont Les Passantes était parait-il la chanson préférée. Il y a aussi Joël Favreau à la deuxième guitare. Ce qui est intéressant, ce sont les paroles : écoutez bien, Maxime Le Forestier ajoute un couplet ! Plus exactement, c’est Brassens qui a supprimé une strophe du poème d’Antoine Pol, une pratique dont il était coutumier, on en reparle dans la suite de la série.

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Chanson d’automne

L’affaire Verlaine 4/9
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En ce 1er octobre, un post de saison, La Chanson d’Automne de Verlaine, mise en musique par Charles Trenet, sous le titre Verlaine, qui n’hésite pas à un peu tordre le texte (« blesse mon cœur » devient « berce mon cœur » par exemple). Et ceux pour qui les paroles de Gainsbourg dans le post précédent étaient mystérieuses (« Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais … ») trouveront là quelques éclaircissements.

Avant d’écouter, on continue notre enquête sur la présence de Verlaine dans la chanson, sous le haut patronage de Jorge Luis Borges, parrain de ce blog (à son corps défendant : j’ai emprunté le nom du blog à l’une de ses nouvelles, Le jardin aux sentiers qui bifurquent).  Borges appréciait beaucoup Verlaine. Exemple, dans un entretien avec Jacques Chancel, Radioscopie, décembre 1979 :
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Si je pense à la France, je pense aussitôt à la Chanson de Roland, à Voltaire, à Taine… En poésie, à Hugo, mais surtout à Verlaine. Voilà un poète que je ne placerais évidemment pas au-dessus de Virgile, mais vous serez d’accord avec moi qu’en vertu de son incomparable innocence,  il domine de loin toute la poésie française. J’ai par exemple la certitude qu’il écrivait d’un seul jet. Impression unique et tout à fait opposée à celle que me laisse Baudelaire, dont les textes « sentent le brouillon », nombreux et préalables. De Verlaine, on peut imaginer que tout lui est venu ou lui a été donné à son insu, qu’il écrivait en pensant à autre chose. Il y a comme une inconscience, une force de la nature, dans sa poésie. En tout cas, pas de « métier ».

J. L. Borges
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