Casimir Oberfeld

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 6/23

On évoque dans ce billet Casimir Oberfeld, compositeur juif polonais immigré en France dans l’entre-deux guerre. Il y devient un compositeur de chansons renommé. On lui doit par exemple Paris sera toujours Paris, Félicie aussi popularisée par Fernandel, ou encore C’est vrai !, peut-être la chanson la plus connue de Mistinguett.

Casimir Oberfeld a été déporté à Auschwitz fin 1943. Il y a survécu comme musicien dans l’orchestre et est mort dans les marches qui ont suivi l’évacuation du camp par les Allemands en janvier 1945.

Il semblerait que la musique de l’hymne officieux de l’État français, Maréchal nous voilà, soit un plagiat de La Margoton du bataillon, chanson composée par Casimir Oberfeld pour une opérette. On a déjà vu dans un billet précédent que le slogan de l’état français « la terre elle ne ment pas » serait dû à Emmanuel Berl, juif alsacien. Maintenant c’est Maréchal nous voilà. Ce type de rapprochements ridicules ou tragiques est simplement le signe de l’intégration complète des juifs à la société française d’avant-guerre. L’absurdité de ces coïncidences, c’est en miroir l’absurdité de l’antisémitisme. Il y a de nombreux autres exemple et pour me restreindre à la chanson, j’en cite un dernier. Le chansonnier Montéhus, de son vrai nom Gaston Mardochée Brunswick, était un juif alsacien. On lui doit des chansons engagées comme La butte rouge ou Gloire au 17e. Il paraît qu’il était ami avec Lénine, mais aussi avec Pierre Laval, qui aurait tenté de le faire témoigner lors de son procès en 1945.

La Margoton du bataillon par Armand Bernard.

Je vous propose encore Maréchal, version parodique de Maréchal nous voilà, en 1983. Les paroles sont de Georges Coulonges et la musique est de Jean Ferrat (dont on reparle bientôt), qui s’inspire de l’original, ou de l’original de l’original peut-être. Interprétée par Juliette Gréco. Noter que la mère et la sœur de Juliette Gréco ont été déportées à Ravensbrück pour résistance en 1943. La jeune Juliette n’y a échappé qu’en raison de son âge (elle avait 15 ans), et a été jetée en prison. À la libération de Paris, presque un an avant celle de Ravensbrück, Juliette Gréco a été hébergée chez Hélène Duc près de Saint-Germain-des-Prés.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Mireille

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 5/14

En écoutant l’émission Tour de chant de Martin Pénet et ses épisodes consacrés à la compositrice et chanteuse Mireille (en réécoute ici), j’ai découvert qu’elle était la fille d’un immigré juif polonais. Elle a dû se cacher pendant la guerre. Voilà ce qu’elle racontait sur sa vie clandestine.

Quand il a fallu se cacher, se sauver, un ami de Théodore, Emmanuel Arago, avait une maison en Corrèze, tout à fait perdue, perdue, perdue, dans un endroit qui s’appelait Argentat. Et il nous avait demandé de venir nous réfugier là, de nous sauver à ce moment-là. Et ils nous ont envoyés chez le facteur d’Argentat. Monsieur et madame Bouilloux, Je dois ma vie et longtemps celle de Théodore à monsieur et madame Bouilloux. Et je suis resté cinq ans. Il y a eu mille, mille, mille et mille aventures à Argentat.

Et j’ai eu cette chose extraordinaire que le facteur m’achète le piano droit qu’il y avait à l’hôtel de ville d’Argentat, à la salle des fêtes. J’ai ri énormément en Corrèze avec madame Bouilloux. Et le facteur, c’était formidable parce que il me disait : « n’allez pas là », « n’achetez pas là », « ne vous promenez pas là ». Il savait avec ses rondes naturellement tout ce qui se passait. La gestapo était dans les parages. C’est comme ça que j’ai pu faire venir André Malraux et Josette. Je pensais pouvoir les cacher là, et c’est là qu’il a commencé le maquis de Corrèze. On pouvait se servir de moi parce que je jouais les artistes folles, qui cherchais des sous pour la Croix rouge, les blessés. Ça me permettait de bouger, j’étais la seule à pouvoir voyager, bouger en tout cas avec une bicyclette.

À l’instar de nombreux chanteurs juifs, il n’y a aucune allusion au judaïsme dans les chansons de Mireille. Tout au plus Martin Penet note-t-il quelques accents klezmer dans les arrangements Dine et Din (due au violoniste Michel Warlop).

Je vous propose aussi La complainte des caleçons, paroles de Robert Desnos. Par l’orchestre de Ray Ventura, autre grande juive de la musique populaire d’avant-guerre.

« Théodore », auquel Mireille fait allusion plus haut, est le surnom affectueux qu’elle donnait à son mari, Emmanuel Berl. Ce dernier était issu d’une famille bourgeoise de juifs alsaciens. Journaliste, historien et écrivain, il était aussi conseiller auprès d’hommes politiques. Étrangement, il a travaillé quelques semaines pour le maréchal Pétain en juin et juillet 1940. Il parait qu’il a écrit certains de ses discours et qu’on lui doit la célèbre formule qui résume la « révolution nationale » promue par Vichy : « La terre, elle, ne ment pas ». Extrait de Mélancolie d’Emmanuel Berl, essai d’Henri Raczymow. À propos de la judéité de Berl :

Une judéité dépourvue de tout « judaïsme ». Et même une judéité athée. « La plupart des Juifs de ma connaissance, et moi tout le premier, ne voyaient pas plus de difficulté à professer l’athéisme en restant juifs qu’à être libre penseur et dauphinois. » Nous ne sommes pas loin de ce qu’Alain Finkielkraut, en 1980, définissait comme « le Juif imaginaire » : un Juif vidé de toute substance, ou quasi. Comment dès lors, pour Berl, une judéité aussi dépourvue de contenu peut-elle constituer l’armature d’une réflexion critique indéfinie ? Justement, Berl cite son ami Drieu : « Avant de céder lui-même à l’antisémitisme, Drieu écrivait dans La comédie de Charleroi : ‘’Jacob était juif. Qu’est-ce qu’un Juif ? Personne n’en sait rien. Enfin, on en parle.’’

Puisqu’on parle de « la terre », qui ment ou pas, je vous passe Terre, chanson sortie par Charles Trenet en 1941. Prenez garde au deuxième couplet, assez complaisant avec l’idéologie de la France de Vichy.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

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