Nuit et brouillard

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 12

Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum et dont le père a été raflé comme juif puis assassiné à Auschwitz, a composé et chanté l’une des chansons les plus marquantes sur la Shoah, Nuit et brouillard.

Je trouve intéressant de comparer les deux chansons les plus connues sur la Shoah : Comme toi et Nuit et brouillard. Cette dernière ne parle pas uniquement de la Shoah, mais plus généralement de la déportation. Le titre lui-même est d’ailleurs le nom d’un décret allemand de 1941 ordonnant la déportation de certains opposants politiques au troisième Reich, sans qu’aucune information ne soient donnée sur leur sort : ils devaient disparaître dans « la nuit et le brouillard ». Le décret ne concernait pas les juifs en tant que tels. Le sort des juifs est certes évoqué discrètement dans la chanson (à travers le prénom « Samuel » et la référence à « Jehovah » cité dans une liste de dieux), mais mis sur le même plan que celui des autres déportés. Y compris ceux qui prient Vishnou, il n’y a pas dû en avoir beaucoup. Ceci donna lieu à une polémique bien longtemps après la sortie de la chanson, voir ici.

Évidemment, la chanson de Ferrat reflète son époque et sa sensibilité juive et communiste. Dans l’immédiat après-guerre, les juifs revendiquaient assez peu la spécificité de leur sort, qui n’était pas non plus perçue par l’opinion publique. La priorité était à la reconstruction et à l’intégration. Et être mis dans le même sac que les déportés politiques n’a rien d’infamant. D’un autre côté, les communistes qui ont représenté une part importante des déportés politiques n’avaient pas intérêt à ce qu’il y ait « plus victime » qu’eux. La mise en avant de spécificités ethniques est en outre peu compatible avec le marxisme qui tend à tout expliquer par des rapports de classes. Le syncrétisme de la chanson de Ferrat, par ailleurs belle et courageuse, est donc bien dans l’air de son temps. Dans L’heure d’exactitude d’Annette Wieviorka, page 112, je lis :

Une ancienne d’Auschwitz, devenue psychanalyste lacanienne, Anne-Lise Stern, douée du sens de la formule, m’a dit une fois : « Les Juifs et les communistes ont passé un accord : nous vous prêtons nos chambres à gaz, vous nous donnez votre résistance ». C’est assez bien vu. Dans certains discours de l’après-guerre, tout déporté fut menacé de la chambre à gaz, tous furent des résistants.

Comme toi de Goldman, passée dans le billet précédant, adopte un point de vue tout différent, mais là encore dans l’air de son temps. La judéité de la petite Sarah n’est pas explicite, tout comme chez Ferrat, mais elle est indiquée par son prénom, celui de ses amis (Ruth, Anna et Jérémie), par la ville de Varsovie et par le pont en style klezmer. La chanson est écrite à hauteur de petite fille, il n’y a pas de généralisation ou de visée politique affirmée. Dans L’ère du témoin, toujours d’Annette Wieviorka, je lis page 151 :

À l’ère du témoin, qui s’épanouit dans les années 1980, l’expression individuelle est sollicitée partout et triomphe. Les événements du passé, comme ceux qui se déroulent sous nos yeux, ne sont plus analysés en termes politiques ni ne donnent plus naissance à un grand récit collectif, mais à une succession ou une juxtaposition de récits individuels. Nous sentons. Nous nous identifions. Nous sommes remplis d’empathie. Mais pensons-nous encore ?

On peut polémiquer sans fin à propos des mérites comparés de ces deux grandes chansons populaires… Un opposant politique torturé et jeté dans un train vers l’enfer, ou une petit fille gazée à Treblinka à la même date : leurs sorts sont essentiellement différents, malgré quelques points communs, à commencer par l’identité du criminel. Insister sur ce qui les rassemble ou les distingue en dit plus long sur celui qui chante que sur leur sort, bien sûr.

Sur le plan de la stricte écriture, je dois dire que ma préférence va à la simplicité de Goldman. Les deux chansons évoquent à la fois les faits et la mémoire des faits. Chez Goldman cette tension entre passé et présent est synthétisée en deux mots tout simples dans le titre qui sert aussi de refrain : « comme toi », on voit toute l’efficacité d’un bon parolier qui n’a pas enchaîné les tubes juste par hasard. Chez Ferrat, c’est « Je twisterais les mots s’il fallait les twister / Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez ». Alexandrin, hémistiche, ça tient la route, mais ça moud un peu trop de grain à mon goût. Ou encore : « Mais d’autres gens en avaient décidé autrement », c’est plus net et surtout plus exact historiquement que la métaphore un peu laborieuse « Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés ». Etc. Probablement le goût de mon époque…

Pour finir ce billet, une chanson moins connue de Jean Ferrat, en hommage à son père mort à Auschwitz, Nul ne guérit de son enfance.

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Comme-toi

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 11

La plus grande chanson populaire sur la Shoah est sans doute Comme toi, de Jean-Jacques Goldman. Je vous en propose une version en duo avec Francis Cabrel.

Je vous propose aussi Quelque chose de bizarre, chanson peu connue de Goldman mais très appréciée de certains fans. Les paroles sont énigmatiques, ce qui est inhabituel chez Goldman. Il y a des trains qui ne mènent nulle part, des vieux avec de drôles de regards, qui sont rassemblés autour d’un grand trou vide et tout noir. Le « samedi 17 novembre », évoqué au début de la chanson, c’est l’anniversaire d’Alter Mojsze Goldman, le père de Jean-Jacques (mais il est né un mercredi, le 17 novembre 1909). Voir toutes sortes d’hypothèses à propos de la chanson, ici.

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Le petit train de Rita Mitsouko

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 10

Catherine Ringer, la chanteuse du groupe Rita Mitsouko, cultivait l’art de la stéganographie. Son premier tube, Marcia baila parlait dans une chanson festive et dansante de la mort de sa prof de danse. La chanson Le petit train, succès du Top 50, sous son air bouffon et brinquebalant a des paroles assez limpides si on les examine de près.

Petit train
Où t’en vas-tu?
Train de la mort
Mais que fais-tu?
Le referas-tu encore?

Personne ne sait ce qui s’y fait
Personne ne croit
Il faut qu’il voie
Mais moi je suis quand même là

Le petit train
Dans la campagne
Et les enfants?

Les petit train
Dans la montagne
Les grands-parents

Petit train
Conduis-les aux flammes
à travers champs

Le père de Catherine Ringer, le peintre Sam Ringer, était un juif polonais, qui a passé toute la guerre, presque 5 ans, dans neuf camps de concentration différents. Catherine Ringer lui a dédié la chanson C’était un homme.

Catherine Ringer, sur son père.

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Il n’y a plus de roses rue des Rosiers

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 9

En 1967 Pia Colombo chante Il n’y a plus de roses rue des Rosiers.

Les paroles sont de Sylvain Reiner, la musique de Joël Holmès. Tous deux ont perdu leurs deux parents qui ne sont pas revenus d’Auschwitz. La rue des Rosiers est le cœur du vieux quartier juif de Paris, dans le Marais.

Interview très intéressante de Sylvain Reiner sur le site du magazine Je chante, ici.

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La fontaine endormie

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 8

Quelques années après la guerre, la Shoah devient progressivement un sujet pour la chanson française, et ce de manière très discrète au départ. Écoutez La fontaine endormie, on est en 1956. Un mur à Varsovie tout au fond d’une cour où s’arrête la vie : l’allusion au ghetto est assez claire à mon avis. D’autant que les paroles sont d’Eddie Marnay, qui a écrit plusieurs chansons sur des sujets juifs, on le reverra dans nos séries. La musique est de son comparse Emil Stern. Chantée par Renée Lebas (de son vrai nom Lieben), fille d’immigrés juifs roumains. Son père et sa sœur ont été arrêtés à la rafle du Vel’ d’Hiv’ en juillet 1942 et ne sont pas revenus de déportation.

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Êtes-vous heureux ?

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 7

On va voir dans les prochains billets que de nombreux chanteurs ou paroliers juifs, parfois enfants de déportés, parfois même orphelins, ont évoqué la Shoah dans leurs chansons. Mais les survivants des camps eux-mêmes, juifs ou non, n’ont pas témoigné en chanson à ma connaissance. Le témoignage sur la Shoah a pourtant été assez abondant et parfois contemporain de la Shoah. Annette Wieviorka commence son livre L’ère du témoin par cette citation de l’archiviste du ghetto de Varsovie, Emmanuel Ringelblum :

Tout le monde écrivait […]. Journalistes et écrivains, cela va de soi, mais aussi les instituteurs, les travailleurs sociaux, les jeunes et même les enfants.

Et dans sa thèse Déportation et génocide, entre la mémoire et l’oubli, elle recense 34 ouvrages parus en France dès 1945, 37 en 1946 et 36 en 1947. Mais ces témoignages sont des livres. Plus tard, ce seront des interviews, des documentaires, etc. Mais pas de chanson, française en tout cas, à ma connaissance. Mon avis sur la question, c’est que la chanson est tout simplement un art assez impropre au témoignage. Charles Aznavour aimait dire qu’on doit raconter dans une chanson non pas sa vie, mais celle de celui qui écoute… La chanson est plus l’art de ce qu’on veut entendre que celui de ce qu’on a à dire, il est rarement à l’avant garde, voir la série du blog sur les sources et les robinets.

À part la chanson de Simon Srebnik passée dans le premier billet de la série, je n’ai trouvé qu’une seule chanson où l’on entende une survivante des camps de la mort : Marceline Loridan-Ivens, dans Êtes-vous heureux, une chanson de Vincent Delerm qui ne concerne pas la Shoah a priori.

La chanson est plutôt un collage, à partir d’extraits de Chronique d’un été, un film expérimental, entre le documentaire et le cinéma-vérité, de Jean Rouch et Edgar Morin. Marceline Loridan-Ivens interviewe des passants Place de la République à Paris. Autre extrait du film :

Toujours dans Déportation et Génocide, je trouve des paroles écrites par un déporté tout juste libéré d’Auschwitz : Henry Bulawko. La chanson a été écrite en mars 1945 au centre de rassemblement des Français de Katowice. Ce n’est pas vraiment une chanson de témoignage, plutôt un chant patriotique. À chanter sur l’air du Chant du départ, je n’ai pas trouvé de version enregistrée.

Brisant enfin ses fers
Notre France éternelle
Ayant connu un véritable enfer
A déployé à nouveau ses ailes
Le fier coq de la liberté
A chanté le réveil de la patrie

Refrain
Une République nouvelle
Nous appelle à conquérir à nouveau
Tout ce qui fit la France si belle (bis)
Sa Marseillaise et son drapeau

[…]

 

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Casimir Oberfeld

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 6

On évoque dans ce billet Casimir Oberfeld, compositeur juif polonais immigré en France dans l’entre-deux guerre. Il y devient un compositeur de chansons renommé. On lui doit par exemple Paris sera toujours Paris, Félicie aussi popularisée par Fernandel, ou encore C’est vrai !, peut-être la chanson la plus connue de Mistinguett.

Casimir Oberfeld a été déporté à Auschwitz fin 1943. Il y a survécu comme musicien dans l’orchestre et est mort dans les marches qui ont suivi l’évacuation du camp par les Allemands en janvier 1945.

Il semblerait que la musique de l’hymne officieux de l’État français, Maréchal nous voilà, soit un plagiat de La Margoton du bataillon, chanson composée par Casimir Oberfeld pour une opérette. On a déjà vu dans un billet précédent que le slogan de l’état français « la terre elle ne ment pas » serait dû à Emmanuel Berl, juif alsacien. Maintenant c’est Maréchal nous voilà. Ce type de rapprochements ridicules ou tragiques est simplement le signe de l’intégration complète des juifs à la société française d’avant-guerre. L’absurdité de ces coïncidences, c’est en miroir l’absurdité de l’antisémitisme. Il y a de nombreux autres exemple et pour me restreindre à la chanson, j’en cite un dernier. Le chansonnier Montéhus, de son vrai nom Gaston Mardochée Brunswick, était un juif alsacien. On lui doit des chansons engagées comme La butte rouge ou Gloire au 17e. Il paraît qu’il était ami avec Lénine, mais aussi avec Pierre Laval, qui aurait tenté de le faire témoigner lors de son procès en 1945.

La Margoton du bataillon par Armand Bernard.

Je vous propose encore Maréchal, version parodique de Maréchal nous voilà, en 1983. Les paroles sont de Georges Coulonges et la musique est de Jean Ferrat (dont on reparle bientôt), qui s’inspire de l’original, ou de l’original de l’original peut-être. Interprétée par Juliette Gréco. Noter que la mère et la sœur de Juliette Gréco ont été déportées à Ravensbrück pour résistance en 1943. La jeune Juliette n’y a échappé qu’en raison de son âge (elle avait 15 ans), et a été jetée en prison. À la libération de Paris, presque un an avant celle de Ravensbrück, Juliette Gréco a été hébergée chez Hélène Duc près de Saint-Germain-des-Prés.

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Le Verfügbar aux Enfers

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 5

Il y avait une vie culturelle assez active dans les ghettos, voire même dans certains camps, on l’a vu dans les billets précédents. Des camps d’extermination, comme Chelmno, Belzec, Sobibor ou Treblinka, où la quasi totalité des juifs étaient assassinés dès leur arrivée, quelques dizaines de survivants seulement sont revenus. A fortiori, très peu de témoignages en sont parvenus, et ne parlons même pas de chansons. Dans les camps de concentration, les prisonniers pouvaient séjourner longtemps et parvenaient parfois, malgré les conditions extrêmement dures, à créer. Je vous propose aujourd’hui Le Verfügbar aux enfers, opérette écrite clandestinement par Germaine Tillion au cours de l’hiver 1944-1945, durant son internement au camp Ravensbrück.

Le titre s’inspire d’Orphée aux enfers. « Verfügbar », qu’on peut traduire par « disponible », désigne un prisonnier qui n’est temporairement affecté à aucun travail (à aucun kommando comme on dit dans le langage des camps), ce qui le rend « disponible » pour une nouvelle affectation. L’opérette utilise des airs connus, sur lesquels Germaine Tillon a ajouté des paroles de son cru et pleines d’humour. Résumé de l’histoire : un naturaliste découvre une nouvelle espèce, le verfügbar (mais personne ne voudrait être un verfügbar). L’opérette est un tour d’horizon de tous les aspects de la vie de la déportée. Le sort des juifs est évoqué dans certains passages. Adaptation et mise en scène d’Henri Mariel.

Je suis abonné depuis quelques temps à Academia, un site qui permet de déposer et consulter librement des travaux universitaires. Depuis environ un an, pas moins de huit mémoires de master, communications ou publications ont été consacrés au Verfügbar aux enfers. À vue d’œil, je dirais que c’est le sujet principal en chansonologie, à peu près à égalité avec des questions identitaires québecquoises :

Germaine Tillion. Credo du « solidus » et sympathie à la lettre, de Djemaa Maazouzi.
Créativités féminines dans les camps de concentration, de Renée Dray-Bensoussan.
Discours sur la méthode de Germaine Tillion, document non signé.
Le Verfügbar aux Enfers – un document de conception orale, de Marie-Hélène Benoit-Otis et Philippe Despoix.
Le Verfügbar aux Enfers. Études et mises en scène contemporaines, de Cécile Quesney.
L’interprétation vocale du Verfügbar aux Enfers au XXIe siècle de Catherine Harrison-Boisvert et Caroline Marcoux-Gendron.
Orphée à Ravensbrück ? Une revue de composition orale : mémoire phonographique et parodie, de Philippe Despoix
Rien de sert de pleurer, il faut rire à point, de Pascale Mottura.

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Le chant des marais

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 4

On quitte momentanément la Shoah proprement dite pour les camps de concentration, qui étaient au départ destinés à la seule répression politique (ce n’est qu’à partir de fin 1941 qu’ont été construits les centres spécifiquement dédiés au gazage des juifs). Le camp de Börgermoor, était l’un des « camps des marais », des camps où les prisonniers étaient employés à des travaux agricoles. En 1933, des communistes allemands y ont composé un chant qui a connu une belle postérité, Moorsoldatenlied, en français Le chant des marais, ou Chant des déportés. À cette époque, les SS et les SA expérimentaient encore et laissaient une certaine liberté aux prisonniers, qui ont pu écrire cette chanson et la chanter lors d’un spectacle autorisé par les gardes du camps qui y ont même assisté.

La musique est de Rudi Goguel et les paroles allemandes sont de Johann Esser et Wolfgang Langhoff. Ce dernier a été libéré en 1934 et a publié en Suisse l’un des premiers témoignages sur les camps allemands, Les Soldats du marais sous la schlague des nazis.

Le chant est devenu célèbre dès avant la guerre. En France, il a été assez universellement adopté : des communistes jusqu’aux militaires. Je vous propose une version par Leny Escudero (qui fait son entrée au 994e billet de ce blog), et une autre par un chœur de parachutistes de l’armée française.

Plus d’information ici.

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Yisrolik

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 3

Les juifs des territoires conquis par les nazis à l’est de l’Allemagne ont été rassemblés dans certains quartiers des plus grandes villes, les ghettos. De nombreuses chansons y ont été composées, surtout en yiddish. Je vous propose aujourd’hui ma préférée, Yisrolik, écrite en 1942 dans le ghetto de Vilnius. Paroles de Leyb Rozental, musique de Misha Veksler, interprétation de Rochelle Horowitz.

Pour plus d’information à propos de la créatrice de la chanson, Khayele Rozental, voir ici. Le site propose de très nombreuses chansons en lien avec la Shoah, ici. Traduction des paroles du yiddish en français :

Allons, achetez-moi des cigarettes,
Achetez-moi de la saccharine
De nos jours, la marchandise ne vaut plus rien.
Une vie pour un groshen [grosz = centime du zloty, la monnaie polonaise]
Un sou, un grain
Vous avez bien entendu parler du « marchand du ghetto ».

Refrain
Je m’appelle Yisrolik,
Je suis un enfant du ghetto,
Un garçon sans foyer,
Et même si je suis resté comme ça, sans rien,
Je n’ai pas mis mes yeux et la langue dans la poche!

Un manteau sans col,
Des pantalons faits dans un sac,
J’ai des guêtres
Il ne me manque que les chaussures !
Et qui oserait se moquer, oy, eh bien,
Je lui montrerai qui je suis !

Ne croyez pas que je suis né
Dans la rue, sans feu ni Dieu,
Chez papa maman, moi aussi j’étais un enfant,
Je les ai perdus tous les deux,
Ne croyez pas que ça m’amuse !
Je suis resté comme le vent dans les champs.

Je m’appelle Yisrolik,
Mais quand personne ne peut me voir,
J’essuie silencieux les larmes de mes yeux,
Mais de ma profonde peine
Mieux vaut ne pas en parler
À quoi sert de se souvenir et d’en avoir le cœur si lourd ?

Une autre chanson assez connue a été écrite dans le ghetto de Vilnius en 1943 : Zog Nit Keynmol, sur des paroles de Hirsch Glick et une musique empruntée à une chanson russe. Cette chanson écrite suite à l’insurrection du ghetto de Varsovie est devenue par la suite l’hymne des partisans juifs.

Vous pouvez écouter de nombreux chants des ghettos sur le site du Ruth Rubin Legacy (voir aussi le billet consacré à ce projet). Je recommande la chanson A Bokh. Ici. D’autres chansons ici.

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