Gainsbourg est-il misogyne ?

Féminisme / sexisme 9

On a parlé de Jane Birkin il y a quelques billets, mais qu’en est-il de son mentor Serge Gainsbourg ? Pour instruire son procès en misogynie il y a une difficulté. Son personnage est embrouillé par toutes ses ambiguïtés et provocations. Exemple avec Sois belle et tais-toi. Est-ce une injonction ou la critique de cette injonction ?

Autre exemple, Les femmes ça fait pédé, qui renvoie dos-à-dos des poncifs sur femmes et pédés, manière amusante de montrer leur inanité… tout en les exposant par le menu. Par Régine.

Je vous propose aussi Ronsard 58, chanson revancharde d’homme laid (thème très gainsbourien). Sur le plateau de l’émission Apostrophe. Notez que Guy Béart n’applaudit pas à la fin. La prestation est musicalement assez nulle soit dit en passant.

En conclusion, je risque cette hypothèse : Serge Gainsbourg n’était pas un féministe enragé.

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Georges Brassens est-il misogyne ?

Féminisme / sexisme 8

Jacques Brel et Léo Ferré étaient d’authentiques misogynes, il n’y a aucun doute là-dessus. Pour Georges Brassens, la question est autrement plus complexe. Je vous propose un florilège de ses chansons les plus féministes et les plus misogynes.

Quand Brassens raconte l’histoire d’une blonde, il l’appelle Bécassine, mauvais point de départ. Mais la chanson est plutôt féministe.

Dans La complainte des filles de joie, il parle des putains sans misérabilisme ni complaisance, c’est plutôt rare en chanson, voir la série du blog sur la prostitution en chanson, ici.

Une difficulté de notre question, c’est l’anachronisme. On juge un chanteur né il y a presque un siècle sur des critère actuels, on tombe vite dans les débats stériles du type « Tintin est-il raciste ? ». Brassens est original de ce point de vue : homme du passé profond, ou même de sa réinvention, qui chante les dieux grecs, le moyen-âge, le cocu, la bergère ou le curé du village… mais qui chante aussi des chansons qui semblent en avance sur leur temps, comme Les croquants, qu’on appellerait aujourd’hui une chanson sur le « consentement » (tout comme Bécassine d’ailleurs).

Passons aux chansons misogynes. Tout d’abord, Misogynie à part. Le mot est dans le titre, c’est assez rare. Elle l’emmerde, on a compris.

Dans Une jolie fleur, il explique qu’en amour, on ne demande pas aux filles d’avoir inventé la poudre. C’est vrai, mais aux hommes non plus en fait.

Une petite dernière, Les casseuses. Prenez garde au placement rythmique des paroles, c’est assez curieux et original.

Bon voilà, trois chansons partout, match nul. Je note cependant que dans ses chansons féministes, Brassens recourt un peu plus à la généralisation que dans ses chansons machistes. Ma conclusion : ce bon Georges n’est pas du tout misogyne !

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Jacques Brel est-il misogyne ?

Féminisme / sexisme 7

Jacques Brel est bien connu pour son « problème » avec les femmes, problème plus facile à mesurer (il est très gros) qu’à définir. Il avait toutes sortes de théories sur « l’homme » et « la femme », exposées très clairement dans la vidéo à suivre.

Une autre interview, avec Denise Glaser.

Dans ses chansons, Brel nous livre parfois de véritables exposés de doctrine misogyne. Les filles et les chiens.

Autre exemple dans son album testament, Les Marquises, sa chanson La ville s’endormait.

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Léo Ferré est-il misogyne ?

Féminisme / sexisme 6

On s’attaque aux grands de la chanson, avec cette lancinante question : sont-ils misogynes ? Ne perdons pas de temps en débat stérile : la réponse est oui (sauf un qui sera révélé plus tard). Chez Léo Ferré, la misogynie est parfois implicite, au milieu de ses plus belles chansons. Par exemple, dans La vie d’artiste, la répartition des rôles dans le couple est claire : à l’homme tout ce qui est créatif (« le piano ») et à la femme tout ce qui est répétitif (« le phono ») ou bassement matériel (« la fin de mois », quelle mesquinerie franchement).

Je note toutefois que La vie d’artiste est une chanson neutre. Je veux dire que si on lit les paroles, il n’y a aucun indice grammatical du genre des deux protagonistes, ils pourraient être homosexuels, transgenres, non binaires, ce que vous voulez. Ce qui permet à Barbara de reprendre la chanson à la première personne sans changer un seul mot des paroles.

Jolie môme est l’une des chansons les plus connues de Ferré, et le public ne remarque pas toujours à quelle point derrière la musique guillerette les paroles sont désobligeantes. Léo va jusqu’à chanter « T’es qu’une chose », explicitation assez rare en chanson de la femme-objet. Extraits :

T’es qu’une vamp qu’on éteint
Comme une lampe au matin

T’es qu’une étoile d’amour
Qu’on entoile aux beaux jours

T’es qu’un point sur les  » i « 
Du chagrin de la vie
Et qu’une chose de la vie
Qu’on arrose qu’on oublie.

Pour conclure, Ton style, chanson ambiguë qui balance entre amour et misogynie. Le concepteur de la vidéo a eu l’idée d’intercaler des images de luttes féministes qui donnent un relief original aux paroles.

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Les rapeurs sont-ils jugés sexistes ?

Féminisme / sexisme 5

La question du sexisme dans le rap a fait couler beaucoup d’encre … Pour en rajouter une goutte, je pourrais vous passer un affreux rapeur très sexiste, et puis après un gentil qui chante un truc sur les femmes battues, et puis dire que oui mais non, mais peut-être, etc. N’y connaissant rien, j’ai préféré demander une approche originale à mon conseiller spécial pour le rap, Émile, internaute de Cachan. Il a remarqué que dans la plupart des raps, lorsque le personnage d’une chanson passe devant le juge, ce juge est toujours une femme. Exemple dans DKR de Booba.

Après quelques recherches, il s’avère que le fait a déjà été noté (mais seulement chez Booba) dans un article bien documenté et qui propose quelques hypothèses, dans le Nouvel Observateur, ici. Autre exemple, chez Sofiane, Lundi.

Bref, si Brassens avait été rapeur, dans Le gorille comment aurait-il choisi entre la vieille et la magistrate ? Émile ajoute que dans plusieurs raps, si le juge est une femme, l’avocat est lui souvent juif, on en reparle dans une prochaine série sur le thème de l’année, les juifs et la chanson.

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Jane Birkin

Féminisme / sexisme 1

Le billet d’aujourd’hui est tiré d’un article très intéressant paru dans Le Monde le 20 décembre 2019, à propos des méandres et paradoxes de la vie publique et privée de Jane Birkin : femme célèbre, libre, et femme-objet. À lire ici. Je ne vais pas redire tout ce qu’il y a dans l’article, mais un passage m’a frappé. Dans son journal, Jane Birkin raconte une cure de thalasso après sa rupture avec Jacques Doillon.

J’ai l’impression que toutes les femmes ici ont 45 ans et sont, pour la même raison que moi, désespérées dans des bains bouillonnants, en faisant des efforts enfantins, droite, gauche, dans la douche piscine. Sur chaque visage je vois une peine, une honte dans les yeux baissés, sinon pourquoi on est là ? Toutes probablement mères de famille, toutes…

Autoportrait imaginé par Gainsbourg, dans Di doo dah.

En 1968, Gainsbourg propose à Jane de reprendre Je t’aime moi non plus, dont Brigitte Bardot refuse la sortie en disque. Le producteur demande un album complet, qui sera Jane Birkin – Serge Gainsbourg. Extrait, 69 année érotique.

Une des meilleures chansons à mon gout du duo Gainsbourg-Birkin : La Ballade de Johnny Jane. Au début de la vidéo, extrait du film de Gainsbourg, Je t’aime moi non plus.

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Êtes-vous sexiste-Beatles ou sexiste-Rolling Stones ?

Féminisme / sexisme 2

L’une des questions les plus rabâchées de la chanson, c’est bien sûr « êtes-vous Beatles ou Rolling Stones ?». D’accord, c’est une très bonne question. Mais êtes-vous sexiste-beatles ou sexiste-rolling-stones ?

Car les bad boys des Rolling Stones sont bien sûr super-sexistes, et l’une de leur chanson attire particulièrement les foudres des féministes : Under my thumb. Elle est inspirée de la relation entre Mick Jagger et Chrissie Shrimpton, qui est comparée à un animal domestique (« pet » en anglais), plus particulièrement un chat siamois (« siamese cat of a girl »).

La chanson a rencontré un immense succès, probablement grâce à son arrangement. L’ostinato joué au marimba par Brian Jones contraste avec le chant syncopé de Mick Jagger, ce qui confère une énergie toute spéciale et obsédante à ce morceau.

Le calamiteux festival d’Altamont, le 6 décembre 1969, est considéré comme la fin du mouvement hippie. Il est marqué par quatre décès, quatre naissances et plusieurs incidents qui culminent pendant la prestation des Rolling Stones. Pendant l’interprétation de Sympathie for Devil, plusieurs bagarres éclatent, et une femme nue essaye de monter sur scène (vers 5:00 sur la vidéo).

Mais c’est pendant Under my Thumb que le concert vire au tragique. Un spectateur est poignardé à quelques mètres de la scène par le service d’ordre constitué de Hell’s Angels. Voir l’histoire du festival d’Altamont, ici.

Les Beatles sont bien plus sages que ces affreux Rolling Stones, mais en écoutant leurs chansons, on trouve des éléments sexistes insidieux et disons petit-bourgeois. Par exemple ce passage dans Back in the U.S.S.R. :

Been away so long I early knew the place
Gee, it’s good to be back home
Leave it till tomorrow to unpack my case
Honey disconnect the phone

Il parait que c’est Paul McCartney qui joue de la batterie sur le morceau. Quand on lui demandait « Est-il exact que Ringo Starr est le meilleur batteur du monde ? », il répondait : « Ce n’est même pas le meilleur batteur des Beatles ». Ouh la … Je vole au secours de ce pauvre Ringo : de mon côté, je ne suis pas très fan des prestations vocales de Paul McCartney, il s’économise un peu trop à mon goût. Je vous propose une reprise de Back in the U.S.S.R. par Motörhead, là ça gueule comme il se doit.

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