André Bézu

La CFPQ (chanson française pas de qualité) 5/9

Aujourd’hui, on attaque fort. Avec Bézu. La queuleuleu, une chanson composée par Guy Lux.

Que dire pour la défense d’André Bézu ? Je laisse la parole à Hervé Vilard, au micro de Benoit Duteurtre.

André, c’était mon grand ami, mon grand frère. On était né le même jour. Notre André buvait beaucoup. Il avait des raisons de boire parce qu’il avait été le grand attaché de presse de Paris. À Paris, il savait s’occuper des artistes. Son dernier film dont il s’était occupé, c’est Les valseuses. Il s’occupait beaucoup de Louis de Funès, d’Oscar, de La cage au folles, […]

Un jour, il a été dénoncé au fisc, je ne sais pas par qui, mais il s’est retrouvé sur la paille. Je le voyais perdre l’équilibre, et Nougaro et moi l’avons engagé pour qu’il soit notre « détaché de presse ». On le payait pour ne rien faire. Et par contre, je le voyais marcher sur ses smokings. Exactement, il rentrait chez lui, Il marchait sur ses smokings. Il ne pouvait plus ouvrir sa porte, son service de presse bloquait sa porte. C’était un désastre.

Un jour Guy Lux lui a dit, « mais écoute, avec tous les services que tu m’as rendu, il ne faut pas que tu restes comme ça. Il a fondé La classe pour André Bézu. C’est un grand personnage, d’une intelligence, j’allais dire suprême. Il était très intelligent, et délicat. C’est un lion, mais c’était un lion battu.

Je vous propose la version de Philippe Katherine (mais est-ce de qualité ?).

Encore un peu d’intelligence suprême. La bézumania.

1 – L’hérésie simoniaque
2 – Sardou le détesté
3 – Chantal Goya
4 – Brassens contre Tino Rossi
5 – André Bézu
6 – Rousseau
7 – HAL
8 – Patrick Bruel
9 – Le fan club de Serge Lama

Tous les thèmes

Chantal Goya

La CFPQ (chanson française pas de qualité) 3/9

Je demandais dans le billet précédent laquelle de Barbara et de Chantal Goya était fan de l’autre. Vous l’avez tous deviné, Barbara était évidemment fan de Chantal Goya, voilà qui remettra bien des pendules à l’heure. Lisez donc cette interview Jean-Jacques Debout, mari et auteur de nombreuses chansons de Chantal Goya. Au micro de Benoît Duteurtre, dans l’excellente émission Étonnez-moi Benoît.

BT : Je peux vous assurer que je l’écoute en boucle chez moi, mes voisins le savent. Ça me met en transe. Merci Jean-Jacques Debout, merci Chantal Goya pour cette extrait de La planète merveilleuse. Un de vos nombreux spectacle. Mais il y a quand même, non mais sans blague, cette magie de la couleur enfantine dans l’utilisation des chœurs, du rythme, c’est aussi le travail de votre ami Jean-Daniel Mercier.

JJD : Oui, je vivais autant chez lui qu’il vivait à la maison. Parce qu’il m’a suivi pendant toute la grande époque des spectacles, et lui confiais tout. Je l’avais connu chez Vogue, il était le pianiste de Jacques Dutronc. Il avait fait le fameux arrangement d’Antoine, les Élucubrations.

BT : Il est devenu l’arrangeur de vos spectacle avec Chantal Goya.

JJD : Oui, et Chantal l’aimait beaucoup, elle me disait : voilà quelqu’un qui te comprend vraiment très bien.

BT : Et je ne suis pas le seul fan chez les grandes personnes, parce qu’il parait que Barbara adorait tout ça ?

JJD : Barbara elle venait à tous les spectacles. Elle louait un petit car, à Précy-sur-Marne, et elle amenait tous les enfants de Précy-sur-Marne. Et il y en a deux comme ça : Barbara, elle venait dès qu’elle le pouvait à tous les spectacle, et à la fin elle montait sur scène avec les enfants. Et elle disait à Chantal, emmène-moi dans les étoiles avec toi, je veux partir dans les étoiles avec toi. Et Louis de Funès venait avec ses petit-enfants. Il adorait ce spectacle. Et Jean Poiret aussi, qui pleurait dans la loge tellement il était ému.

Bigre. Sinon, la chanson que Benoît Duteurtre écoute en boucle au grand dam de ses voisins, c’est Le chat botté.

Dans l’œuvre de Chantal Goya, ma préférence va aux duos avec Thierry Le Luron. Une fille de Provence.


Je vous recommande le best of de l’INA.

Les amateur de culture plus cultivée peuvent se consoler avec la bande originale de Masculin féminin, de Jean-Luc Godard. Interdit au moins 18 ans à sa sortie.

1 – L’hérésie simoniaque
2 – Sardou le détesté
3 – Chantal Goya
4 – Brassens contre Tino Rossi
5 – André Bézu
6 – Rousseau
7 – HAL
8 – Patrick Bruel
9 – Le fan club de Serge Lama

Tous les thèmes

La reprise : un art majeur

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 9/11
1234567891011

Composer, écrire des chansons, voilà sûrement un art mineur : c’est Gainsbourg qui le dit. Mais les reprendre, leur apporter jeunesse, les magnifier, voilà un art majeur. Extrait de La musique et l’ineffable, de Vladimir Jankélévitch, philosophe et musicien :

Le créateur, l’exécutant qui est recréateur actif, l’auditeur qui est recréateur fictif participent tous les trois à une sorte d’opération magique : l’exécutant coopère avec le premier opérateur en faisant exister l’œuvre effectivement dans l’air vibrant pendant un certain laps de durée, et l’auditeur, recréateur tertiaire, coopère en imagination ou par des gestes naissants avec les deux premiers. Refaire, disions-nous, c’est faire, et le recommencement est parfois un vrai commencement […]
_______________________

La nuit, je mens, chanson d’Alain Bashung reprise par Cazoul. À force de l’écouter, je lui trouve quelques mérites, mon côté recréateur actif sans doute. D’ailleurs, pour une fois qu’une chanson parle de théorie des graphes (« voleur d’amphores au fond des cliques »).

Sinon, je me demande à quoi tient ce génie de la chanson pour le mauvais goût. Je dirais qu’entre tous les arts, la chanson est celui dans lequel on regarde l’artiste avant l’œuvre. C’est l’art de la sincérité, de l’identification par excellence. J’en tiens pour preuve l’hystérie des fans, phénomène qui concerne surtout la chanson (on y consacrera une série bientôt).

Autre indice : on juge souvent un chanteur sur l’authenticité du personnage qu’il incarne (encore une série en préparation). On reproche à Renaud de ne pas être un vrai loubard, à tel rappeur de ne pas venir d’une cité. Mais on congratule Daniel Guichard d’avoir vraiment perdu son père, qui était vraiment un prolo, Brel de vraiment avoir des problèmes avec les femmes, Barbara d’être vraiment amoureuse, d’avoir vraiment visité Göttingen, d’avoir vraiment perdu son père à Nantes, père qui avait vraiment abusé d’elle. Quand Sardou explique benoitement que dans Je suis pour, ce n’est pas lui mais son personnage qui défend la peine de mort, personne ne le croit. Probablement, lui-même n’y croit pas. On se félicite par contre que Brassens soit vraiment un bon bougre. Et Pierre Perret, qu’il soit peut-être un faux bon bougre, que son amitié avec Léautaud soit peut-être inventée, l’affaire est assez grave pour mériter une campagne de presse et un procès. Si vous ne connaissez pas cette étrange histoire, tapotez dans votre moteur de recherche préféré, vous verrez.

Mais savoir si Louis de Funès est vraiment colérique, Chaplin vraiment un vagabond, etc., tout le monde s’en fout. Au contraire, on mesure le talent de l’acteur au nombre de kilos qu’il prend ou qu’il perd pour n’être plus lui-même et coller à son personnage, on félicite Bruno Ganz pour incarner son contraire (Hitler dans La chute), on admire Peter Sellers qui dans Docteur Folamour est successivement un savant nazi, un colonel british et un président des états-unis falot, on adore Sabine Azéma et Pierre Arditi qui interprètent tous les personnages de Smoking, no smoking, etc.  Je ne parle même pas des cantatrices, des mimes, des imitateurs, des marionnettistes, …

Le chanteur de chansons, c’est le seul dont on exige qu’il soit lui-même. Tout lui sera alors pardonné, il peut chanter faux, mal jouer de la guitare, écrire des paroles con-con et des musiques simplettes. Mais s’il fait du kitsch ou du bidon, on l’entend comme une part essentielle de sa personne. Et de la notre, car dans l’offense au bon goût du chanteur, notre complicité de « recréateur tertiaire » (cf Jankélévitch au début du billet) est requise. Dans le vague karaoké permanent, le casque sur les oreilles ou dans sa voiture, l’amateur de chansons n’entend pas la chanson-hon comme il jetterait un œil distrait sur un bibelot kitch.

Tous les thèmes

 

Ma série préférée

Paralipomènes 20/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
123456789
101112131415161717bis1819
20212223242526272829
30313233343536373839
40414243444546474849
50515253545556575859
6061626364656667

Vous vous demandez peut-être quelle est ma série préférée depuis que je fais ce blog ? Plus probablement, vous ne le vous demandez pas… Mais je vous le dis quand même : c’est la treizième série que j’ai passée, Décortiquons l’auto-stoppeuse. Parce qu’elle ne parle de rien de spécial, que ça m’a pris une heure seulement pour la préparer, qu’il y a du rock, du Renaud, de l’interaction avec mes lecteurs, Louis de Funès et quelques vers de Victor Hugo. Je voudrais que toutes les séries soient comme celle-là, mais la vie n’est pas si simple…

C’est aussi l’une des séries qui a eu le moins de succès, retournez donc y jeter un œil. On y parle de Star Shooter, groupe de rock lyonnais, auquel j’affirmais préférer Haine Brigade (ici). Ce groupe anarcho-punk des années 1980 n’a sorti qu’un seul album, Sauvage, qui se trouve être l’un des deux vinyles en ma possession, impossible de me rappeler comment il est arrivé là. Pour information, l’autre, c’est un disque de Vladimir Vyssotski, compagnonnage intéressant, je me plais parfois à imaginer ce que ces deux galettes auraient à se raconter si elles prenaient vie… Je passerai du Vyssotski une autre fois (voir ici).

Haine Brigade a connu en son temps un beau succès d’estime dans le milieu alternatif. Je retiens surtout son authenticité rock et la voix de sa chanteuse Alexa. Une voix peu travaillée et qui rebute certains, mais qui a quelque chose de juvénile, sincère et engagé. Bref j’adore, et le succès de Haine Brigade lui doit beaucoup selon moi. Je vous passe Solitude urbaine, de Haine Brigade.

Je vous propose plein d’autres liens. D’abord, une deuxième vidéo, avec plein de photos d’époque.

Et puis le site officiel du groupe et une belle interview pour en savoir plus.

Tous les thèmes

La prime à l’ignorance à QPUC

Questions pour un champion 5/6
1 – 2 – 3 – 4 – 56

L’un des aspects les plus curieux de QPUC est la prime à l’ignorance. Bien des contempteurs du jeu en ont une vague notion, quand ils notent que les champions ne sont pas « vraiment » cultivés (whatever that means). De nombreuses anecdotes soutiennent cette opinion, tel ce grand champion, vainqueur de cagnottes et joueur invincible de club, que j’ai vu répondre « 1923 » à la question de savoir quand les nazis avait pris le pouvoir. Il estimait s’être trompé de pas beaucoup, 1923 ne différant que d’un chiffre de la bonne réponse : 1933. La prochaine fois, il répondra peut-être 1833… le champion sait tout, mais rien de plus pourrait-on dire. Il serait même l’ignorant paroxystique : détenteur d’un bric-à-brac de faits anecdotiques, vide-grenier de la culture, chien savant, adepte d’une sorte de gonflette du cerveau, authentique déconstructeur du savoir, broyant tout l’édifice de la connaissance pour le réduire à des miettes débitables au 4 à la suite, faisant donc exactement le contraire de l’intellectuel véritable. Peut-être, et alors ? Du moment qu’on marque au 9 points gagnant, où est le mal ?

Au delà de ces jugements de valeurs sans intérêt, au jeu, la prime à l’ignorance est un phénomène bien réel. Abordée sous l’angle de la modélisation, on peut l’expliquer ainsi : plus la mémoire est grande, plus l’algorithme de récupération des informations est lent (un peu comme une bibliothèque : plus elle est grande, plus il faut de temps pour retrouver son bouquin). Donc, une mémoire vraiment gigantesque doit finir par être un handicap dans un jeu de rapidité. Ce phénomène ne s’observe pas vraiment à l’échelle humaine et à QPUC, sauf sur des sujets très précis et rarement abordés dans le jeu.

Par exemple, supposez que vous ayez des connaissances professionnelles en mathématiques, et qu’il y ait une question sur un théorème. Vous croyez être avantagé, vous en connaissez des dizaines, voire des centaines. Facteur psychologique non négligeable : vous ne voulez pas donner une réponse ridicule dans votre domaine d’expertise (erreur de débutant : on est déjà assez ridicule devant un buzzer, une fausse réponse ne vous rendra pas plus ridicule). Mais voilà, pendant que vous réfléchissez à tous ces beaux théorèmes, vos quatre adversaires buzzent chacun leur tour sans réfléchir pour dire : Pythagore, Thalès, Gauss et Pasolini. Bien sûr, la bonne réponse se trouve là dedans, vous vous faites doubler sur votre terrain, un spécialiste en bricolage-jardinage-collection-de-boite-à-camembert marque le point. Quel idiot celui-là. Mais le jour de votre revanche viendra, vous marquerez un jour en beuglant « Louis de Funès », parce que c’est le seul acteur que vous connaissez…

La prime à l’ignorance s’observe de manière aiguë si vous essayez de faire jouer des enfants que vous connaissez bien, les vôtres par exemple. Pour ne pas les dégouter du jeu, vous ne posez que des questions dont vous êtes sûr que tous les enfants soient au moins en mesure de comprendre la réponse. Invariablement, c’est l’enfant le plus jeune (et donc le plus « ignorant ») qui gagne, car c’est lui qui a l’espace de connaissances le plus petit à explorer, et comme vous vous arrangez pour que la réponse y soit, la prime à l’ignorance tourne à plein. Sauf si l’aîné joue « stratégique », et commence à entrer dans la psychologie de celui qui pose les questions… Enfin rassurez-vous : une ignorance réellement encyclopédique ne sert pas à grand chose (à QPUC du moins).

Pas facile de trouver une chanson sur l’ignorance… Jean Gabin, Maintenant je sais.

Et puis un petit jeu avec prime à l’ignorance, La famille en plomb, des Inconnus :

 

Tous les thèmes

Mon pot’

Chansons roms, chansons sur les roms 3/9
1 – 2 – 3 – 3bis – 4 – 5 – 6 – 7 – 8 – 9

Encore une petite chanson sur les gitans, belle interprétation de Mouloudji, Mon pot’ le Gitan. 

 

Savez vous que Mon pote le Gitan est aussi un film avec Louis de Funès de 1959 ? Sur l’extrait, vous reconnaitrez sans peine le petit air que siffle le gitan avec la grosse clef à molette…

Tous les thèmes

Jacques Borel

Décortiquons l’auto-stoppeuse 3/5
1– 1bis – 2 – 3 – 4 – 4bis – 5

Qui est ce mystérieux Jacques Borel que cite Renaud dans L’auto-stoppeuse ?

On s’est arrêté pour bouffer après Moulins,
Et Jacques Borel nous a chanté son p’tit refrain :
Le plat pourri qui est le sien, j’y ai pas touché,
Tiens, c’est pas dur, même le clébard a tout gerbé !

Jacques Borel était un entrepreneur ayant ouvert de nombreux restaurants d’autoroute servant de la cuisine industrielle dans les années 1970. Les restaurants « Jacques Borel » devinrent un tel symbole de la malbouffe qu’on dut les rebaptiser (ce qui était sûrement plus simple qu’améliorer la bouffe). Pas simple de trouver une autre chanson sur lui… Ce personnage bien réel a inspiré le méchant du film L’aile ou la cuisse, l’infâme Jacques Tricatel, combattu par le critique gastronomique Charles Duchemin, joué par Louis de Funès. À la fin du film, de Funès est atteint d’agueusie (perte du goût) malgré quoi, dans une scène d’anthologie, il parvient à triompher de l’ignoble Tricatel, gloire à la France et au pinard !

 

Pour ne pas se quitter sans musique et tout en restant dans le délicieusement vintage, le générique  de L’aile ou la cuisse, musique de Vladimir Cosma.


 Tous les thèmes