Le vin que j’ai bu

Vin, alcool et ivrognerie 8bis

Louis de Grenoble nous propose quelques vers de Jacques Prévert, récités par Serge Reggiani au début de sa chanson Le petit garçon.

Ce n’est pas moi qui chante
c’est les fleurs que j’ai vues
ce n’est pas moi qui ris
c’est le vin que j’ai bu
ce n’est pas moi qui pleure
c’est mon amour perdu.

Je profite de ce billet supplémentaire pour insérer une extrait de Mon oncle Benjamin de Claude Tillier. C’était parait-il le livre préféré de Georges Brassens.  

Boire et manger sont deux êtres qui se ressemblent: au premier aspect, vous les prendriez pour deux cousins-germains. Mais boire est autant au-dessus de manger que l’aigle qui s’abat sur la pointe des rochers est au-dessus du corbeau qui perche sur la cime des arbres. Manger est un besoin de l’estomac; boire est un besoin de l’âme. Manger n’est qu’un vulgaire artisan, tandis que boire est un artiste. Boire inspire de riantes idées aux poëtes, de nobles pensées aux philosophes, des sons mélodieux aux musiciens; manger ne leur donne que des indigestions.

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Le vin

Vin, alcool et ivrognerie 1

Nous commençons cette série d’automne par quelques strophes de circonstance. Elles sont de Raoul Ponchon. Peut-être pas le poète le plus célèbre de toute notre belle littérature, mais le plus prolifique sans doute. Il parait qu’il a écrit plus de 150 000 vers. On reparlera de lui dans cette série.

Laisserai-je passer l’automne,
Sans le chanter ?
Non, non. Je n’y puis résister ;
Croyez-moi, c’est la bonne
Saison.
Allons-y de notre chanson.

Que d’aucuns chantent sur leur lyre
Ce qu’ils voudront,
Et qu’ils convoitent pour leur front
Les lauriers d’un Shakespeare…
Ma foi,
C’est leur affaire. Quant à moi,

Qui me fiche autant de la gloire
Que d’un corset
Vide, et suis né, comme l’on sait,
Uniquement pour boire,
Je bois !
Que si j’ose élever la voix

Dans le tumulte de la Vie,
Ce n’est que pour
Célébrer le Vin et l’Amour,
Et l’amour de ma mie,
Ô gué !
Encor suis-je bien fatigué !

Que d’autres chantent sur leur lyre
Le doux Printemps,
C’est gentil quand on a vingt ans ;
Ce serait du délire
À moi,
De m’emballer à son endroit.

Sans remonter au Moyen Âge,
Ne vais-je pas
Toucher… encore quelques pas –
À l’hiver de mon âge ?…
Hélas !
Ce que c’est de nous, Babylas !

Un coq, chaque matin, me guette
« Fini, l’été !
Dit-il. – C’est temps, en vérité,
De fermer ta brayette,
Ponchon !
Ouvre ta cave, mon cochon !

« Tes dents, vrais haricots malades,
Fichent le camp,
Au moindre vent qui souffle, ou quand
Tu manges des panades ;
Et ton
Crâne est plus chauve qu’un toton. »

Las ! je cassais des clous, naguère,
Avec mes dents.
J’avais des cheveux abondants
À ne savoir qu’en faire,
Jadis !
Il ne m’en reste plus que dix !

C’est pourquoi, je vous le répète,
Je bois du vin,
Car il me semble en avoir vingt,
Dès que je suis pompette.
Et quoi
Nous sauve, si ce n’est la foi !

Vive donc le superbe automne,
Rouge et doré !
Le vin magnifique et sacré,
Qui chante dans la tonne,
Le vin…
Je ne dis pas l’eau… mais le Vin !

En ce mois d’octobre célébrons donc sans modération le jus d’octobre et l’alcoolisation. Le vin de Georges Brassens.

Autre chanson alcoolisée de Brassens : L’épave. Au fronton de laquelle j’inscris ces vers de Victor Hugo, aux rimes rendues approximatives par une langue sans doute trop pâteuse.

Un discours de cette espèce
Sortant de mon hiatus,
Prouve que la langue épaisse
Ne fait pas l’esprit obtus.

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Cache-cache party et go

Jeu et chanson 9bis/15

À propos du jeu de cache-cache, Simon Modeste nous propose un tube des années 1980 un peu oublié… Cache-cache party de Jérôme Pijon. Yeah, ça envoie.

Et Simon Billouet me propose un lien vers de nombreuses chansons sur le jeu de go, ici. Il y a notamment une adaptation au jeu de go d’Il n’y a pas d’amour heureux par Denis Feldman. Le site crédite la musique à « french trad. », alors qu’elle est de Georges Brassens. Cette approximation est sans doute le plus beau des compliments.

Merci à Simon et Simon pour vos commentaires et suggestions. Je n’ai pas la chance de vous connaître, et je m’excuse si à un moment je vous ai confondus dans mes réponses à vos commentaires !

1 – Les échecs
2 – Le jeu générique
3 – Monopoly
3bis – Chanteuses au nom de jeu
4 – Le flipper
5 – Marelle et pile ou face
6 – Le flambeur
6bis – Cache-cache
7 – La partie de bridge
8 – Le jeu de go
9 – La pétanque
9bis – Cache-cache party et go
10 – Question pour un champion
11 – La belote
12 – Le casino
13 – Les jeux vidéos
13bis – Les jeux vidéos (bis)
14 – Poker
15 – Le joujou du pauvre

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La pétanque

Jeu et chanson 9/15

Après le go et le bridge, assez rarement évoqués en chanson, on parle d’un jeu bien de chez nous, présent dans nombreuses chansons, prétendant légitime au titre de jeu le plus cité en chanson, mais un peu derrière le flipper d’après mes statistiques secrètes. Sacha Distel, La pétanque.

Darcelys, Une partie de pétanque.

Les ricounes, Hé Jacques.

La pétanque est même présente dans deux chansons de Georges Brassens, honneur qui n’est réservé à aucun autre jeu me semble-t-il. Voilà donc la réponse à notre troisième devinette (bravo à Simon Billouet et Pierre Delorme). C’est dans Le modeste et dans Vénus callipyge.

Pour conclure ce billet, la partie de boules dans le film Fanny.

1 – Les échecs
2 – Le jeu générique
3 – Monopoly
3bis – Chanteuses au nom de jeu
4 – Le flipper
5 – Marelle et pile ou face
6 – Le flambeur
6bis – Cache-cache
7 – La partie de bridge
8 – Le jeu de go
9 – La pétanque
9bis – Cache-cache party et go
10 – Question pour un champion
11 – La belote
12 – Le casino
13 – Les jeux vidéos
13bis – Les jeux vidéos (bis)
14 – Poker
15 – Le joujou du pauvre

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Cache-cache

Jeu et chanson 6bis/15

Merci à Simon d’avoir déniché un jeu si bien caché qu’il a échappé à mes recherches : cache-cache. Par Mouloudji.

Pauline Croze, Cache-cache.

Françoise Hardy, À cache-cache.

Nadia remarque que la popularité du jeu de cache-cache chez les cachalots est discrètement évoquée dans Comme une sœur de Georges Brassens.

1 – Les échecs
2 – Le jeu générique
3 – Monopoly
3bis – Chanteuses au nom de jeu
4 – Le flipper
5 – Marelle et pile ou face
6 – Le flambeur
6bis – Cache-cache
7 – La partie de bridge
8 – Le jeu de go
9 – La pétanque
9bis – Cache-cache party et go
10 – Question pour un champion
11 – La belote
12 – Le casino
13 – Les jeux vidéos
13bis – Les jeux vidéos (bis)
14 – Poker
15 – Le joujou du pauvre

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Les échecs

Jeu et chanson 1/15

Pour le premier thème de l’année, le Jardin joue : chanteurs joueurs, joueurs chanteurs, jeux en chansons, etc. Vous aussi, chères lectrices et chers lecteurs, êtes invités à jouer puisque je vous propose quatre devinettes :

  • Quel est le jeu le plus souvent cité en chanson ? Je ne prétends pas avoir la réponse ultime, qui supposerait de connaître toutes les chansons… et tous les jeux. J’attends vos propositions, les plus foutraques s’il vous plait.
  • Quelle chanteuse dont la carrière fut assez brève a la particularité que ses deux plus grands succès mentionnent chacun un jeu dans leur titre (mais pas le même jeu) ? Indice : cherchez du côté des années 1980.
  • Georges Brassens ne semble pas avoir eu le démon du jeu. Aussi, peu de jeux sont-ils cités dans ses chansons. Quel est le seul d’entre eux qui soit mentionné dans deux d’entre elles ? Indice : la réponse ne se trouve pas au début de la chanson Le moyenâgeux.
  • La devinette la plus difficile. Quelle chanteuse qui a pour nom un jeu de carte chante une chanson sur un autre jeu de carte ? Bravo à qui la résout, celle-là…

Mais entrons dans le vif du sujet et commençons notre étude par le jeu d’échecs. Saviez-vous que le meilleur joueur de son temps, le premier véritable théoricien du jeu, François-André Danican Philidor, était aussi un compositeur renommé ? Probablement l’exemple le plus éclatant de double carrière dans le jeu et la musique jusqu’à l’avènement de Patrick Bruel.

En chanson, le jeu d’échecs est rarement évoqué. Je vous propose La partie d’échecs de Jacques Douai, dans un disque de La fine fleur de la chanson française.

Les échecs inspirent donc assez peu les chanteurs. Ce jeu élitiste serait-il incompatible avec un art aussi populaire que la chanson ? À l’encontre de cette théorie, j’observe que le jeu d’échecs inspire assez les rappeurs.

Échec et mat par Sofiane

Jeu d’échec par Malakine

Mon hypothèse : la confrontation titanesque de deux égos s’accommode bien de l’univers violent du rap. La grandiloquence ésotérique du jeu est en outre une variante originale de l’étalage d’armes à feu, ce qui divertit quelque peu la mégalomanie fatiguée du rappeur.

Je note que les chansons de ce billet sont assez inintéressantes du point de vue du jeu. Il faut dire que les échecs, et plus généralement les sujets techniques ou scientifiques, sont souvent maltraités dans la culture populaire. Voyez cet extrait du film Revolver, avec l’exposé laborieux d’une théorie tout aussi bouffonne que la partie qui l’illustre.

Les joueurs d’échec curieux peuvent consulter ce lien, où la combinaison est reconstituée et commentée.

En fait, même dans des films apparemment bien documentés, les parties d’échecs sont généralement assez fantaisistes. Voir par exemple La diagonale du fou, Oscar du meilleur film étranger en 1984, qui relate un affrontement échiquéen sur fond de guerre froide. La vidéo ci-dessous nous montre une combinaison dont le personnage joué par Michel Piccoli semble assez fier, et qui désarçonne son adversaire. Mais même avec mon niveau très faible aux échecs, elle me parait un peu simplette pour des joueurs en compétition pour le titre mondial.

Je m’en suis ouvert à mon collègue Édouard Bonnet, excellent joueur d’échec (dans le top 150 français), voilà ce qu’il m’écrit :

Le coup Dxh3+ (dame prend pion, échec) n’est pas difficile pour des joueurs candidats au titre mondial. Donc le joueur ayant les Blancs ne devrait pas être surpris. Après ce coup, tout joueur à ce supposé niveau abandonnerait immédiatement, en tout cas en cadence lente.

Même si ce n’est pas la pire dépiction des échecs au cinéma, cette scène comporte plein de mauvais choix des acteurs et/ou du metteur en scène, qui font sourire ou grincer des dents les habitués du monde échiquéen.

Voici une liste non exhaustive d’éléments problématiques.

  • Le déplacement des pièces surtout par Piccoli n’est pas convaincant. Le mouvement sautant du cavalier n’est pas approprié. Sans pièce venant obstruer sa trajectoire, les joueurs d’échecs feraient typiquement glisser cette pièce (surtout que c’est un déplacement court).
  • La main en suspens de son adversaire est aussi totalement déplacée.
  • Ce même adversaire appuie beaucoup trop fort sur la pendule.
  • La tenue à la table pourrait être améliorée.
  • Les joueurs ont chacun une feuille de partie (c’est normal) mais ils ne notent pas les coups (c’est obligatoire après chaque coup).
  • Les applaudissements alors que l’adversaire de Piccoli n’a pas encore abandonné viennent de nulle part.

Finalement, la meilleure partie d’échecs au cinéma, c’est dans Le septième sceau d’Ingmar Bergman.

1 – Les échecs
2 – Le jeu générique
3 – Monopoly
3bis – Chanteuses au nom de jeu
4 – Le flipper
5 – Marelle et pile ou face
6 – Le flambeur
6bis – Cache-cache
7 – La partie de bridge
8 – Le jeu de go
9 – La pétanque
9bis – Cache-cache party et go
10 – Question pour un champion
11 – La belote
12 – Le casino
13 – Les jeux vidéos
13bis – Les jeux vidéos (bis)
14 – Poker
15 – Le joujou du pauvre

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