Brassens chante Lamartine

Paralipomènes 61/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La quarante-deuxième série du blog abordait les poètes mis en musique par Brassens. Le sujet est loin d’être épuisé, je vous propose aujourd’hui Pensées des morts adaptation d’un poème d’Alphonse de Lamartine. C’est assez incompréhensible, alors qu’à peu près tout Brassens est en ligne sur Youtube, pour cette chanson, on ne trouve que des reprises plus ou moins lourdeaudes par des fans, allez voir si vous ne me croyez pas… Je vous en propose une qui est très bien par Michel8h.

C’est bien chanté, il faudrait juste juste éviter « c’est alors-re que ma paupière ». Il y a aussi une reprise par Hubert Félix Thiefaine (pas à son meilleur je trouve) ça intéressera les fans.

 

Et puisque dans la série sur Brassens, on citait la préface de l’Anthologie de la poésie française d’André Gide, je vous en ressers un extrait.

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Je me souviens d’avoir entendu Verlaine, ce musicien, déclarer que, de beaucoup, il préférait à Hugo Lamartine. En tout cas Lamartine est le premier en date et c’est de lui qu’il convient d’abord de parler. Il a des départs prestigieux et je ne connais rien qui puisse être comparé aux premiers vers du Lac ou du Vallon ; mais son essor atteint aussitôt son plafond ; hauteur où il plane ensuite inlassablement (ou du moins ne lassant que le lecteur), sans sursauts, sans nouveaux coups d’ailes. Ce qui manque le plus à ces suites de vers, d’un bercement égal et quelque peu fastidieux, c’est à quoi Baudelaire excellait avec audace : la surprise. Mais, dans le flasque, c’est encore ce que l’on a fait de mieux ;

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Ma série préférée

Paralipomènes 20/67
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Vous vous demandez peut-être quelle est ma série préférée depuis que je fais ce blog ? Plus probablement, vous ne le vous demandez pas… Mais je vous le dis quand même : c’est la treizième série que j’ai passée, Décortiquons l’auto-stoppeuse. Parce qu’elle ne parle de rien de spécial, que ça m’a pris une heure seulement pour la préparer, qu’il y a du rock, du Renaud, de l’interaction avec mes lecteurs, Louis de Funès et quelques vers de Victor Hugo. Je voudrais que toutes les séries soient comme celle-là, mais la vie n’est pas si simple…

C’est aussi l’une des séries qui a eu le moins de succès, retournez donc y jeter un œil. On y parle de Star Shooter, groupe de rock lyonnais, auquel j’affirmais préférer Haine Brigade (ici). Ce groupe anarcho-punk des années 1980 n’a sorti qu’un seul album, Sauvage, qui se trouve être l’un des deux vinyles en ma possession, impossible de me rappeler comment il est arrivé là. Pour information, l’autre, c’est un disque de Vladimir Vyssotski, compagnonnage intéressant, je me plais parfois à imaginer ce que ces deux galettes auraient à se raconter si elles prenaient vie… Je passerai du Vyssotski une autre fois (voir ici).

Haine Brigade a connu en son temps un beau succès d’estime dans le milieu alternatif. Je retiens surtout son authenticité rock et la voix de sa chanteuse Alexa. Une voix peu travaillée et qui rebute certains, mais qui a quelque chose de juvénile, sincère et engagé. Bref j’adore, et le succès de Haine Brigade lui doit beaucoup selon moi. Je vous passe Solitude urbaine, de Haine Brigade.

Je vous propose plein d’autres liens. D’abord, une deuxième vidéo, avec plein de photos d’époque.

Et puis le site officiel du groupe et une belle interview pour en savoir plus.

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Le moyenâgeux

Brassens et les poètes 8/8
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C’est le dernier post de la série sur Brassens et les poètes. Si vous a plu, abonnez-vous au blog ! Il faut cliquer quelque part à droite (sur un ordinateur), ou tout en bas, après les mots-clefs (sur un smartphone).

On a vu Antoine Pol qui disait ce que Brassens ne savait pas dire. On vu Paul Fort, héritier de Gustave Nadeau et testateur au profit de Brassens. On a vu Victor Hugo remis au goût du jour par le génie musical de Brassens.  Dans le dernier billet, Brassens chantait Villon, plus célèbre poète français du Moyen Âge. Alors, Brassens moyenâgeux ? Bien sûr, il le dit lui-même dans Le moyenâgeux.

Vous avez entendu ce bel hommage à Villon :

Ma dernière parole soit
Quelques vers de Maître François
Et que j’emporte entre les dents
Un flocon des neiges d’antan

Pour conclure cette série sur Brassens et les poètes, voilà quelques vers que j’aime bien. Petit plaidoyer pour la poésie, tiré de la chanson La femme d’Hector :

Ne jetons pas les morceaux
De nos cœœurs aux pourceaux
Perdons pas notre latin
Au profit des pantins
Chantons pas la langue des dieux
Pour les balourds, les fesse-mathieu
Les paltoquets, ni les bobèches
Les foutriquets, ni les pimbêches

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La marche nuptiale

Brassens et les poètes 6/8
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Dans le dernier billet, on écoutait une mise en musique par Georges Brassens d’un poème de Hugo. Je me suis demandé si Brassens était parfois hugolien. Il partage beaucoup avec Hugo : art classique de la versification et références nombreuses à la culture classique (mythologies grecque et romaine). Mais évidemment, Brassens est moins grandiloquent que Hugo, et sa poésie familière et faussement naïve le rapproche de Paul Fort, on l’a vu.

Mon choix tout personnel de la chanson de Brassens la plus hugolienne : La marche nuptiale, récit très imagé d’un mariage campagnard dans une ambiance panthéiste très éloigné du village conventionnel à la Paul Fort.

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Gastibelza

Brassens et les poètes 5/8
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On poursuit notre étude des rapports entre Brassens et ses poètes avec Gastibelza, poème de Victor Hugo. On l’a déjà entendu dans le blog, chanté par Philippe Jaroussky, ici. La voilà par Brassens.

Je profite de cette chanson pour souligner un aspect de Brassens, non pas méconnu, car tous les musiciens le savent depuis longtemps, mais qui échappe à certaines oreilles distraites : ses qualités tout à fait éminentes de mélodiste. Écoutez attentivement Gastibelza, essayez de la rechanter exactement ou de la jouer au piano : aucune note ne tombe au hasard ou à plat. Et il en fallait du génie pour mettre en musique Hugo, surtout Hugo. Voilà ce qu’un jeune homme disait à André Gide à peu près l’époque où Brassens composait Gastibelza et son autre adaptation, La légende de la nonne (déjà passée, ici) :

L’alexandrin ne nous intéresse plus. Il a vécu ; ayant épuisé ses ressources latentes. Notre curiosité s’en retire ; nous cherchons notre plaisance ailleurs, et ne sentons plus que ce que l’accoutumance à son rythme, à ses lois, avait de factice et de convenu, de consenti. Nous ne trouvons dans Hugo (il ne nous offre) qu’une très habile, mais monotone et vaine,  amplification ; il ne sait cacher que du vide sous sa trompeuse énormité. 

André Gide pense alors :

Et je me sentais furieux contre lui, contre Hugo, contre moi qui ne trouvais plus par quoi ni comment le défendre. Se pouvait-il ? Ce poète énorme, allait-il donc devenir négligeable et s’enfoncer de tout son poids monstrueux dans l’oubli ?

Ces citations sont tirées de la préface de l’Anthologie de la Poésie Française d’André Gide, en 1947. Ce n’est qu’un court extrait, le reste vaut le détour, allez-y voir. Hugo se voit donc plutôt démonétisé en ce milieu du XXè siècle. Retournez lire la série du blog sur Verlaine qui égrainait une longue liste de chansons louant ce poète si léger et moderne. Vous ne trouverez rien de tel sur Hugo. Il faut bien tout le génie musical de Brassens pour le faire chanter à nouveau…

Une dernière chose : comme dans Les Passantes, on peut remarquer que Brassens n’hésite pas à couper les strophes qu’il ne veut pas dans sa chanson. Voir le texte intégral de Hugo, ici. Il fait ça presque à chaque fois qu’il adapte un poème. En auteur efficace de chansons, il concentre le propos sur un seul aspect du poème. Il faut qu’une chanson soit courte, simple et directe.

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Brel voit grand

Petite géopolitique de Jacques Brel 12/13
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On arrive presque au bout de la géopolitique de Brel (et oui, j’arrive, j’arrive). Une géopolitique pas toujours très réaliste qui procède par invocation de grands blocs essentiels. J’ai omis de nombreux territoires ou peuples que Brel aborde incidemment : le Brésil, l’Inde ou Varsovie apparaissent dans ses chansons. Dans Voir ami pleurer, il chante « Ni le courage d’être juif, ni l’élégance d’être nègre », mais on en reparlera dans une prochaine série sur les juifs dans la chanson.

Sa géopolitique est un peu expressionniste, plus introspective que documentée, et traversée par ses propres passions. Aucun chanteur ne donne une vision du monde aussi riche, curieuse, personnelle et incarnée. À la manière de Victor Hugo, qui lui aussi voyait grand, et n’hésitait pas à convoquer Napoléon ou Waterloo à tout propos (voir ici) ! Je vous passe une dernière chanson de Brel, qui en fait un rien trop, dans Knokke-Le-Zoute Tango, tour d’horizon délirant de sa propre géographie, plein de saveur et d’autodérision.

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L’Espagne de Brel

Petite géopolitique de Jacques Brel 7/13
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On a vu dans les derniers posts le Nord, ou plutôt les Nords de Brel. Le Sud lui aussi se partage en plusieurs régions. D’abord, l’Espagne, une civilisation incarnée et romantique. La bière, chanson où s’entremêlent tous les Nords de Brel, déjà mentionnée dans le post précédent, se conclut par :

Mais l’alcool est blond,
Le diable est à nous,
Les gens sans Espagne
Ont besoin des deux
On fait des montagnes
Avec ce qu’on peut.

L’Espagne, voilà donc l’ingrédient qui manque au Nord pour être civilisé. L’Espagne de Brel est sauvage et farouche, c’est l’Espagne de Don Quichotte que Brel a interprété dans une comédie musicale, ou celle des poèmes de Victor Hugo mis en musique par Brassens (Gastsibelza et La légende la nonne déjà passée ici).  Cet imaginaire est donc assez ancien, et on notera qu’il était moqué dès le XIXè siècle ! Dans l’Éducation sentimentale, Flaubert raconte la vie du dernier romantique (avant l’avénement de Brel ?), Frédéric Moreau, imbibé de toutes sortes de poncifs de son siècle : « À propos d’Ozaï, un ballet nouveau, il [Hussonet, ami de Frédéric] fit une sortie à fond contre la danse, et, à propos de la danse, contre l’Opéra ; puis, à propos de l’Opéra, contre les Italiens, remplacés, maintenant, par une troupe d’acteurs espagnols, « comme si l’on n’était pas rassasié des Castilles ! » Frédéric fut choqué dans son amour romantique de l’Espagne ». On verra bientôt que Brel lui-même n’est pas exempt d’autodérision lorsqu’il évoque son « amour romantique de l’Espagne ». Hugo lui-même n’aimait-il pas marier le sublime au grotesque ?

Dans Jef, qu’on a déjà vu à propos de l’Amérique, il suffit d’allumer sa guitare pour être « Espagnol », c’est-à-dire libre, beau, maître de son destin, à une place habituellement occupée par le gitan dans la chanson française (voir la série sur les roms, ici). Mais Brel rajoute son grain de sel et un peu d’autodérision, car son Espagnol est « beau et con à la fois » comme il dit dans Jacky, chanson où il prend l’accent espagnol pour dire « mi corazon ».  Dans Knokke-Le-Zoute Tango (véritable délire géographique), il en rajoute encore :

Les soirs où je suis espagnol,
Petites fesses, grande bagnole,
Elles passent toutes à la casserole.

Quel poète… et quelle efficacité : un espagnol à petite fesse, on voit tout de suite un toréador cambré dans une arène (« acrobates avec leurs costumes de papier » comme dit Cabrel) ! Je suppose que dans la casserole ou la bagnole, les petites fesses s’agitent au rythme du flamenco…

On pourrait parler de l’Argentine, sorte de Sud-Ouest, Amérique de l’Espagnol, présente dans Jacky et Knokke-Le-Zoute Tango, mais elle est un peu secondaire. Notons que L’Espagne est parfois simplement suggérée par une musique qui emprunte au flamenco, comme dans Regarde bien petit, ou dans Vivre debout.

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Chanson d’automne

L’affaire Verlaine 4/9
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En ce 1er octobre, un post de saison, La Chanson d’Automne de Verlaine, mise en musique par Charles Trenet, sous le titre Verlaine, qui n’hésite pas à un peu tordre le texte (« blesse mon cœur » devient « berce mon cœur » par exemple). Et ceux pour qui les paroles de Gainsbourg dans le post précédent étaient mystérieuses (« Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais … ») trouveront là quelques éclaircissements.

Avant d’écouter, on continue notre enquête sur la présence de Verlaine dans la chanson, sous le haut patronage de Jorge Luis Borges, parrain de ce blog (à son corps défendant : j’ai emprunté le nom du blog à l’une de ses nouvelles, Le jardin aux sentiers qui bifurquent).  Borges appréciait beaucoup Verlaine. Exemple, dans un entretien avec Jacques Chancel, Radioscopie, décembre 1979 :
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Si je pense à la France, je pense aussitôt à la Chanson de Roland, à Voltaire, à Taine… En poésie, à Hugo, mais surtout à Verlaine. Voilà un poète que je ne placerais évidemment pas au-dessus de Virgile, mais vous serez d’accord avec moi qu’en vertu de son incomparable innocence,  il domine de loin toute la poésie française. J’ai par exemple la certitude qu’il écrivait d’un seul jet. Impression unique et tout à fait opposée à celle que me laisse Baudelaire, dont les textes « sentent le brouillon », nombreux et préalables. De Verlaine, on peut imaginer que tout lui est venu ou lui a été donné à son insu, qu’il écrivait en pensant à autre chose. Il y a comme une inconscience, une force de la nature, dans sa poésie. En tout cas, pas de « métier ».

J. L. Borges
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Les Djinns

Ouchanpo – 2/5
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On continue d’explorer les métriques anouchanpistes plus ou moins inhabituelles. On a vu hier les vers de trois pieds. Que dites-vous de ces vers de deux pieds :

Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit

Ce n’est pas du Francis Cabrel, c’est du Victor Hugo : la fin de son célèbre poème Les Djinns, du recueil Les orientales. Ce poème utilise des vers de deux pieds, puis trois pieds, etc, jusqu’à des décasyllabes, et redescend jusqu’aux vers de deux pieds. Toutes les métriques en un seul post ! Vous ne croyiez pas que j’allais me fatiguer à faire un post pour chaque métrique ? Au fait : celui qui me trouve une chanson en vers de onze pieds, je lui paye un coup à boire.

Avant d’écouter la mise en musique des Djinns par Gabriel Fauré, une petite énigme ouchanpiste, solution demain : LNALNAHOLNAAOTCOGAPLNAHOLNAHOGAPLNAOO.

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