Homogénéité du timbre

Ambitus, tessiture et notes extrêmes 5/11
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Vous avez peut-être remarqué dans les billets précédents : les voix de Guy Marchand, Julien Clerc et Balavoine sont très différentes entre le grave et l’aigu, tandis que celle d’Édouard Khil est plus homogène. Ce dernier était un chanteur classique de formation, l’homogénéité du timbre est un critère esthétique très important dans le chant classique.

On retrouve cette qualité chez une chanteuse comme Édith Piaf qui n’avait pas un ambitus exceptionnel, mais un timbre particulièrement homogène. À l’inverse, un manque total d’homogénéité peut être recherché, comme dans le yodel, où le basculement brusque de la voix de tête à la voix de poitrine est un ornement qui signe le genre. Le yodel pâtit d’une image kitsch, mais au service d’un bon blues, ça peut être pas mal. Blue Yodel No 5, par Gene Autry.

Dans d’autres musiques populaires, ou même dans le rock, les passages brusques tête-poitrine sont utilisés. The Cranberries, Zombie.

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L’assassin assassiné

Ambitus, tessiture et notes extrêmes 2/11
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Nous continuons à explorer les chansons ayant un grand ambitus, c’est-à-dire qui recourent à des notes très graves et très aiguës. On l’a vu dans le dernier billet, ce sous-genre tourne rapidement à la pure performance vocale et au kitsch. Pour que ça fonctionne, il faut un bon interprète, et surtout que l’ambitus soit au service du message délivré par la chanson. Dans le SOS d’un terrien en détresse, la phrase « J’ai jamais eu les pieds sur terre » enchaîne deux arpèges qui gravissent deux octaves. Puis le « j’aimerais mieux être un oiseau » continue à gazouiller au-dessus dans le sur-aigu. Ça cartonne, la musique épouse le texte, une vraie réussite. Plus tard, même procédé avec « qui m’attire, qui m’attire, qui m’attire, vers le hauuuuuuut ».

Un autre moyen de mettre un grand ambitus au service d’une chanson est de tirer parti du principe d’équivalence des octaves. Vous avez sûrement tous chanté do-ré-mi-fa-sol-la-si-do. Pourquoi diable la dernière note a-t-elle le même nom que la première, alors que manifestement, on ne chante pas la même chose, puisqu’on est passé de grave à aigu ? C’est parce que physiquement, on est passé d’une onde sonore vibrant à une certaine fréquence (le premier do) à une autre vibrant à la fréquence exactement double (le deuxième do), ce que notre oreille juge d’une certaine manière « équivalent ». L’écart entre le do du début et celui de la fin est appelé octave (parce que dans « do-ré-mi-fa-sol-la-si-do » il y a huit notes).

Donc, quand on chante une mélodie, on peut tout d’un coup monter ou descendre d’une octave. Ça demande un peu d’entrainement, et ça produit un effet bizarre, mais sans fondamentalement « changer la mélodie ». À ma connaissance, le procédé est assez peu utilisé en chanson. Je ne connais qu’un exemple : L’assassin assassiné, de Julien Clerc sur des paroles de Jean-Loup Dabadie.

La chanson commence plutôt dans le grave, puis sur « lisait un livre de Giono » la mélodie saute d’une octave vers le haut, avant de redescendre d’une octave sur « Le matin même … », etc. Les sauts d’octave épousent la pensée de l’auteur, entre calme et révolte. Chanson très réussie contre la peine de mort, écrite et chantée avant son abolition en France. Ci-dessous la version album (sur un montage vidéo abominable, je n’ai rien trouvé d’autre).

En live, une version un peu plus sobre.

Au fait, pour les amateurs de solfège : L’assassin assassiné a un ambitus de deux octaves et une tierce, un peu moins que le SOS d’un Terrien en détresse, mais quand même. À propos du rythme, il y a des mesures de 2/4 au milieu du reste qui en 4/4, pas évident tout ça, on en reparle dans une prochaine série sur le rythme.

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La guerre du Vietnam

Mai 68 politique 1/8
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Nos cinq séries sur Mai 68 :
1 – Les cultures soixante-huitarde
2 – Mai 68 politique
3 – Les chansons de mai
4 – La chanson anti-soixante-huitarde
5 – Les nostalgiques de Mai 68

La première série sur Mai 68 insistait sur les grands courants sociaux à l’œuvre dans la France des années 1960. On aborde maintenant les chansons proprement politiques.

Mai 68 est né en partie de la contestation de la guerre du Vietnam. Hair, une comédie musicale américaine a traité ce sujet en racontant l’histoire de jeunes objecteurs de conscience. La version française a connu un grand succès, grâce notamment à la performance de Julien Clerc. Laissons entrer le soleil.

Je vous passe une autre version, à la fin du film Hair, tiré de la comédie musicale. Pour bien comprendre la vidéo : Claude Bukowski (celui qui arrive en voiture vers 0:45) s’est échappé pour quelques heures de son service militaire afin de voir sa petite amie. Son copain George Berger l’a clandestinement remplacé pour que son absence ne soit pas remarquée. Ce dernier n’a jamais été militaire, d’où son air perdu pendant tout le début de la vidéo. Or, en l’absence de Bukowski, tous les soldats de la base sont envoyés au Vietnam. Berger, qui a pourtant pris tous les risques pour déserter, se retrouve envoyé au combat, où il meurt.

Autre chanson restée associée dans les mémoires à la guerre du Viet Nam : Paint it black des Rolling Stones.

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La graisse de mitrailleuse n’est pas la brillantine des dieux

Paroles cryptiques 4/9
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Impossible d’aborder les paroles bizarres sans un petit hommage à Étienne Roda-Gil, qui a su combiner ce style avec la variété la plus populaire : « Et c’est chaud comme une crêpe au chorizo », dans Manolo Manolete de Vanessa Paradis, c’est lui ! Un bel exposé sur ce cas, dans la chronique de Bertrand Dicale sur France Info (avec Vincent Delerm) : ici.

Et oui, « Allez donc dire aux moissonneuses, poissons morts, que la graisse de mitrailleuse n’est pas la brillantine des dieux » !! Dans Poisson Mort, de Julien Clerc, sur un texte d’Étienne Roda-Gil.

 

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Encore un peu de Carrey

Parodies 3bis/6
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Vous avez aimé Jim Carrey dans le dernier post ? Je vous le ressers, dans une version hilarante de Somebody to love, des Jefferson Airplane. Admirez le vibrato, Julien Clerc n’a qu’à aller se rhabiller.

Si ça vous plaît de vous moquer, vous pouvez aussi retourner voir la parodie de Antisocial de Trust par Les Jambons, déjà postée dans ce blog, ici.

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