Ménilmontant

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 2/17
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Paris est bien sûr citée dans d’innombrables chansons. Mais l’un de ses quartiers a droit à un traitement d’honneur, sans commune mesure avec son rôle dans l’histoire ou la géographie de Paris : Ménilmontant.

Ménilmontant, moins beau que l’Ile Saint-Louis, moins de monuments que partout ailleurs, moins pittoresque que Montmartre, moins chic que Passy, moins bobo que le canal Saint-Martin, moins romantique que la place de Fürstenberg, moins dansant que la rue de Lappe, moins révolutionnaire que la Bastille, moins industrieux que le Faubourg Saint-Antoine. À rester dans ce coin populaire du nord-est de Paris, autant aller juste à côté, à Belleville, tout aussi cosmopolite, plus commerçant et plus vivant. Ou alors visiter le Père Lachaise tout proche, ou même un rien plus loin l’ancien village de Charonne, dont on devine encore le plan avant que Paris ne l’absorbe sans parvenir à le digérer tout à fait. Avec sa petite église au milieu, sa grande rue, sa gare désaffectée, son minuscule cimetière, tout enserré par la grande ville.

Du village de Charonne, descendez la rue de Bagnolet, puis la rue de Charonne, jusqu’au lointain métro Charonne, chargé d’histoire, même s’« ils sont pas lourds, en février, à se souvenir de Charonne » (Renaud, Hexagone). Car le métro Ménilmontant n’a rien de spécial. Il a pourtant manqué de très peu d’être la vedette de la plus grande catastrophe de toute l’histoire du métropolitain. L’épisode est bien oublié aujourd’hui : le 10 août 1903, il y a eu 84 morts lors de l’incendie accidentel d’une rame sur la ligne Nation – Porte Dauphine. La plupart sont morts asphyxiés dans les fumées à la station voisine de Ménilmontant : Couronnes. Lorsque j’étais enfant, les vieilles personnes en avaient encore la mémoire. Je me souviens d’une dame me racontant en roulant des yeux sinistres : la plupart qui sont morts, c’est parce qu’ils sont restés pour qu’on leur rembourse leur ticket.

Le rue de Ménilmontant est quelconque, à part sa pente peut-être. Dans le quartier, traînez plutôt rue Piat, rue des Envierges, passez par la place Henri Krasucki. Et puis parcourez à flanc de colline quelques rues à la nostalgie toute hydrographique : rue des Cascades, rue de la Mare, rue des Rigoles. Bref, Ménilmontant n’a rien de spécial. Ce n’est même pas l’une des onze communes annexées à Paris en 1860, tout au plus un hameau de la commune de Belleville, qui jouxtait autrefois Paris, entre celles de Charonne et La Villette.

Mais voilà : Mé – nil – mon – tant, 4 consonnes occlusives dont deux labiales, deux voyelles nasales : sonorités imbattables, encore mieux que New – York – New – York, Sa – tis – fac -tion ou San – Fran – sis – co. Bien trop commodes pour le parolier assoiffé d’occlusives, qui dans sa quête n’hésite pas à rebaptiser Paris « Paname » ! Et de chanson en chanson, Ménilmontant devient un mythe. Aristide Bruant, Belleville-Ménilmontant.

Je vous passe aussi Mimile (Un gars d’Ménilmontant), paroles de Jean Boyer, musique de Georges van Parys, grand succès de Maurice Chevalier. Sur la vidéo, prenez garde à la pochette du disque. Il y a un accordéoniste, un chanteur, et une fille qui vend les « petits format » : partitions des succès du moment, que les passants achetaient contre quelques sous pour les chanter.

En fait, Ménilmontant est le quartier natal de Maurice Chevalier, ce qui a contribué à sa popularité en chanson. Mais naître à Ménilmontant n’oblige pas à chanter Ménilmontant, parce que sinon, Michel Legrand aurait écrit Les parapluies de Ménilmontant et Les demoiselles de Ménilmontant, n’est-ce pas. Michel Legrand a toutefois enregistré avec Stéphane Grappelli une version de La marche de Ménilmontant, chanson de Maurice Chevalier composée par Charles Borel-Clerc, le compositeur de Ah ! Le petit vin blanc.

Avec les paroles.
https://www.youtube.com/watch?v=i3-fB9pgKSc

Vous avez entendu « Ménilmuche » ? C’est le surnom de « Ménilmontant » en « argomuche », une variante d’argot, qui viendrait de la Bastoche. Si l’on en croit Jean-Roger Caussimon du moins. Paris jadis.

Charles Trenet a écrit la chanson sur Ménilmontant la plus souvent reprise. Elle était au départ destinée à Maurice Chevalier, qui suite à une brouille avec Trenet ne l’a pas chantée. Ménilmontant, par Zoë Fromer.

Ménilmontant inspire les chanteurs jusqu’aujourd’hui. Bertrand Louis, Ménilmontant

Les demoiselles de Ménilmontant, par Elzef.

Une curiosité pour finir : La rue de Ménilmontant, de Camille. Chanson sur Ménilmontant (si l’on en croit le titre) qui n’utilise pas le mot « Ménilmontant » aux sonorités pourtant si commodes… Il est vrai qu’avec une pédale de si, on peut se passer de bien des artifices.

 

Aller, une dernière… Même Dalida, qui habitait pourtant Montmartre, se réclame de Ménilmontant ! Si, si, c’est vrai. Comme disait Mistinguett.

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Yop la boum, tagada tsoin tsoin

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 10bis/13
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Dans un commentaire, Arnaud (internaute de l’Arbresle) nous propose l’expression « Yop’la boum, tagada tsoin tsoin ». On trouve Yop’la boum dans Prosper, chanson créée par Maurice Chevalier, déjà passée dans la série sur la prostitution ici. J’ai bien écouté, je n’entends pas tagada tsoin tsoin dedans, mais il y a peut-être d’autres versions …

On retrouve le tagada tsoin tsoin dans Ça c’est de la musique par Colette Renard.

Quant à l’origine de cette expression, je m’en remets à Georges Perec et son roman Un cabinet d’amateur. Ce merveilleux fatras labyrinthique raconte l’histoire d’un richissime américain d’origine allemande, collectionneur de tableaux berné par ses conseillers. Extrait :

La plupart de ces conseillers étaient allemands ou américains, peut-être par xénophobie ou chauvinisme, mais plus vraisemblablement pour des questions de langue ; de fait, on trouve parmi eux quelques Anglais (dont John Sparkes, qui rédigea l’excellent catalogue de la collection de peintures du collège de Dulwich), trois Suisses (Reinhardt Burckhardt, conservateur du musée de Bâle, qu’il ne faut pas confondre avec son cousin lointain Jakob, l’historien d’art ami de Nietzsche, le peintre bernois Lengacker, et le marchand zurichois Anton Pfann), mais seulement deux Italiens (Zannoni et le directeur de la revue Befana, Franco Veglioni), un Hollandais (Ernst Moes, directeur du cabinet des estampes au Rijks Museum) et un Français (Henri Pontier, alors chargé de cours à l’université d’Aix, mais qui allait devenir, sous le sobriquet de La Flanelle, un comique troupier extrêmement prisé : c’est de lui que daterait, encore que cette opinion soit aujourd’hui controversée, l’habitude de finir les chansons par « tagada tsoin tsoin »).

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La source Albert Willemetz

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 9/13
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Un auteur de chanson un peu oublié aujourd’hui nous a laissé quelques belles expressions : Albert Willemetz. C’est probablement avec Pierre Delanoë le parolier français le plus prolifique. On lui doit plus de 3000 chansons, dont au moins deux déjà passées dans le blog : Les palétuviers, ici, et Dites-moi ma mère, ici.

Il a écrit des tubes comme Félicie aussi, Valentine, ou l’hakuna-matatatesque Dans la vie faut pas s’en faire. Par Maurice Chevalier.

Il a aussi inventé plusieurs expressions plus ou moins utilisées, comme « Est-ce que je te demande si ta grand-mère fait du vélo ». Ça vient de la chanson Est-ce que je demande ? Par Dranem.

Dans la version de Serge Clin, les paroles sont plus faciles à suivre.

Albert Willemetz a aussi inventé l’expression « si vous n’aimez pas ça, n’en dégoutez pas les autres ». Dans Si vous n’aimez pas ça, ici chanté par Marcel Amont.

Enfin, l’expression « se faire chanter Ramona », qui veut dire se faire engueuler, vient de la chanson Ramona, une adaptation co-écrite par Albert Willemetz d’une chanson américaine. Chantée par Saint-Granier.

Plus d’information sur un site remarquable, Du temps des cerises aux feuilles mortes.

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Tout le monde veut devenir un chat

Le chat 1/7
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On s’intéresse à partir d’aujourd’hui au chat dans la chanson. Saviez-vous que c’est l’animal le plus mentionné dans les titres des œuvres déposées à la Sacem, très loin devant son ennemi héréditaire, le chien, et l’une de ses proies, l’oiseau ?

Chat : 8446 œuvres
Oiseau : 5561
Chien : 3784

Le cheval est cité 2840 fois, et la jument seulement 87. Ne voyez là aucun sexisme, chez les bovins, c’est l’inverse : la vache est citée 1147 fois, le bœuf 491, le taureau 321, le veau 155 et la génisse 5 fois. La souris est citée 1835 fois, et l’ornithorynque 26 fois.

Bravo, quel succès mesdames et messieurs les chats ! Peut-être parce que tout le monde veut devenir un chat ? Les Aristochats, Everybody wants to be a cat.

Notez que le générique du dessin animé est chanté par Maurice Chevalier, dont ce fut la dernière prestation.

Avant de passer à la chanson française, j’ai trouvé un truc pas mal. The Cure, The lovecats.

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Tout sur le ragtime

Paralipomènes 42/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La vingt-septième série du blog essayait de comprendre pourquoi la chanson française a eu du mal à assimiler la musique rock. On a parlé un peu vite d’un précédent, avec le ragtime, dont j’ai dit qu’il avait peu influencé la chanson française. De toutes les bourdes que j’ai pu écrire depuis le début de ce blog, c’est sûrement la plus grave.

Pour rétablir la vérité, allez voir cette page très complète, écrite par Benjamin Intartaglia,  le ragtime français. Elle contient une longue liste de compositeurs français et de leurs œuvres influencées par le ragtime, à visiter absolument.

Malheureusement, il est très difficile de trouver des vidéos de chansons françaises d’époque influencées par le ragtime. Faute de mieux, je vous propose Dites-moi ma mère par Maurice Chevalier, chanteur qui, en son temps, était toujours à l’affût de la nouveauté. La musique est de Maurice Yvain, je sens une vague influence du ragtime. Les paroles légères, paillardes et absurdes sont typiques d’Albert Willemetz, l’un des paroliers les plus prolifiques de la chanson française, on en reparlera.

Écoutez une autre version par Firzel. On entend nettement un piano ragtime à l’arrière plan !

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Yop’la boom

Putain de métier 4/11
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Le chanteur, tout comme la prostituée, doit aguicher le client. Rien de tel qu’un bon petit « hook ». Si j’en crois wikipedia : « Un hook (crochet) est un procédé musical, souvent un court riff, un passage ou une phrase, utilisé dans la musique populaire pour capter l’attention de l’auditeur. » Le hook est le plus souvent rythmique et/ou mélodique. Il peut être instrumental, mais lorsqu’il est pris en charge par le chanteur, il marchera d’autant mieux qu’il fera usage de syllabes régressives : « yop’la », ou « boum » par exemple. Si vous arrivez à caser les deux à la suite, c’est encore mieux. Prospère, par Maurice Chevalier.

Comme pour L’accordéoniste, la musique, et le hook donc, font oublier la violence des paroles. À tel point que les publicitaires n’ont pas hésité à reprendre la chanson pour vendre une marque de pain d’épice à nos chers petits enfants !

Vous pouvez vous amusez à collectionner les chansons avec « boum » (et transmettez-les moi, je ferai une série sur le sujet) : Boum de Trenet, Boum, Boum, Boum de Mika, Les Playboys de Jacques Dutronc, Comme un boomerang de Gainsbourg. En tirant un peu, il y a aussi Bim Bom de João Gilberto. Et puis une qui est déjà passée dans le blog…  Qui saura la retrouver ? C’est la petite devinette du jour. Un indice : réécoutez tout depuis le début, vous la retrouverez à coup sûr.

Sinon, merci à NP, internaute de Lyon 6è et plus fidèle commentatrice du blog, pour m’avoir signalé une erreur au début de la série : en fait Sanseverino chante bien le dernier couplet de Cayenne, je vais corriger ça. Et dans la série sur Brassens, je pointais vers une vidéo de Philippe Jaroussky chantant Gastibelza. La vidéo a été retiré de YouTube, je n’y peux rien…

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L’ordre des grades

Le comique troupier 7/9
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Un passage obligé de la chanson troupière, presque un sous-genre, c’est l’énumération des grades. Connaître ses grades, c’est le B-A-BA de la science militaire et évite bien des désagréments à la caserne… Je lance un petit débat : quand on énumère les grades, faut-il le faire en ordre croissant ou décroissant ?

Dans Ça fait d’excellents français, célèbre chanson de Maurice Chevalier, les grades sont énumérés en ordre décroissant. Les paroles sont de Jean Boyer et la musique Georges van Parys, deux des meilleurs auteurs de chansons de l’avant-guerre. La chanson est emblématique de la drôle de guerre, période qui précède la défaite de mai-juin 1940 : unité nationale de façade, j’m-en-foutisme, etc.

La chanson en entier, sans l’image.

Dans Les Français au quotidien: 1939-1949, de Gilles Gauvin, Bénédicte Vergez-Chaignon, et Éric Alary, on peut lire :

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Le grand historien Marc Bloch, affecté au 4è bureau chargé de la circulation de la main d’œuvre et des ravitaillements, relève dans L’étrange défaite que l’armée se perd dans des procédures administratives interminables alors que l’ennui gagne le front : « […] je glissais, comme tous mes camarades, à la vie sans fièvre d’un bureaucrate d’armée. Je n’étais pas oisif certes; je n’étais pas non plus fort occupé et mes besognes quotidiennes ne me procuraient qu’une faible dose d’excitation cérébrale […] L’ennui de ces long mois de l’hiver et du printemps 1939-1940, qui a rongé tant d’intelligences pesait lourdement […] »

Sur les ondes, Maurice Chevalier chante aussi Ça fait d’excellents français; les paroles véhiculent l’idée d’une union sacrée retrouvée comme en 1914 : « Et tout ça, ça fait d’excellents Français, d’excellents soldats qui marchent au pas en pensant que la République, c’est encore le meilleur des régimes ici-bas. »
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Battles

Compétitions musicales dans les films américains 7/8
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Les rappeurs ont inventé une forme ritualisée de compétition musicale, le « battle », un duel de paroles improvisées. Quelques exemples tirés du film 8 Mile du rappeur Eminem.

On trouve bien avant le rap des « battles » (bien que non improvisés). Par exemple entre la gloire vieillissante Maurice Chevalier et les Chaussettes Noires, premier véritable groupe de rock français (allez donc revoir la série sur les débuts du rock en France, ici) ! Le twist du canotier.

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Il aime le music-hall

L’énigme LdV 1/6
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Sur Le Jardin aux Chansons qui Bifurquent, on aime bien les énigmes. La dernière que je vous ai proposée (ici) était presque impossible à démêler, et je n’ai même pas félicité Arnaud, internaute de l’Arbresle, qui a quand même réussi à trouver la solution ! Pour me rattraper, une petite énigme un peu mieux conçue. Encore une fois, il faut trouver le lien secret qui relie toutes les chansons de la série.

Pour commencer, Moi, j´aime le music-hall, de Charles Trenet qui nous fait réviser tout un siècle de chansons : de Félix Mayol (un peu oublié, créateur de rengaines qu’on connait tous plus ou moins, comme Viens, Poupoule !) à un certain Charles Trenet (qui nous révèle ses talents d’imitateur, écoutez comment il dit « Maurice Chevalier » avec la voix de Maurice Chevalier !). Bon, trêve de blabla, je vais finir par donner la réponse à l’énigme…

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Cording, Bike et Sainclair : rockeurs

Les péchés originels du rock français 3/8
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On a vu dans le dernier post avec le ragtime que la France était parfaitement capable d’accommoder une musique étrangère. Le ragtime n’a pas pour autant marqué  la musique populaire française, on aurait pu prendre des exemples bien plus probants dans la chanson : Charles Trenet qui arrive même à faire swinguer Verlaine (voir ici), ou les Double Six avec le jazz (voir notre série sur le Vocalese, ici), ou même plus récemment le rap. Mais le rock, au départ, ça a donné ça.

Non mais quelle daube (et pour rappel, le rollmops, c’est du hareng roulé et mariné dans une sorte de saumure).  Qui chante ? Qui a écrit les paroles ? Et la musique ? Sûrement de pauvres nazes aujourd’hui bien oubliés. Effectivement, avez-vous entendu parler du chanteur Henry Cording, du compositeur Mig Bike, et du parolier Vernon Sinclair ?  Peut-être pas, mais sous ces trois pseudonymes se cachent respectivement Henri Salvador, Michel Legrand et Boris Vian ! Donc, c’est clair, ils se fichent de nous les vilains garnements, et ils n’osent même pas mettre leur vrai nom. Voilà le péché originel : le rock n’a pas été pris au sérieux. Il faut dire que dans ces années 1950, c’est pas génial le rock. Écoutons Rock Around The Clock de Bill Haley, l’un des tous premiers tubes de rock (regardez bien la vidéo, il y a même un accordéon derrière, et si vous voulez savoir ce que veut dire marquer les temps 2 et 4, regardez bien les petites filles qui tapent dans leurs mains).

 

C’est plein d’entrain, mais musicalement, après un demi-siècle de Ragtime, de Blues, de Swing, de Stride, de Be Bop, ça n’est vraiment pas une révolution. On dirait plutôt à une tentative de tirer le dernier jus commercial du jazz avant de passer à autre chose. Rien de très innovant. Pourquoi s’intéresser à cette mode passagère ? Surtout dans cette France qui a dominé la musique légère pendant des décennies avec les opérettes (par exemple Offenbach…), et dont les chanteurs populaires comme Maurice Chevalier ou Édith Piaf sont des stars planétaires dans ces années 1950.

Le rock de la fin des années 1950 c’est trois accords de blues, un rythme syncopé avec appui sur les temps 2 et 4, le tout chanté trop vite et trop fort pour de jeunes babyboomers à peine adolescents. Voilà, rien du tout. Évidemment, c’est sa vacuité même qui est pleine de promesses : c’est une page blanche, un cadre d’une surprenante plasticité où Bob Dylan allait pouvoir déverser de la poésie, les Beach Boys de la polyphonie, les Rolling Stones de la révolte, et les Beatles tout, et en particulier n’importe quoi. Etc. En 1960, il aurait fallu une sacrée boule de cristal pour deviner que le rock n’allait pas finir aux oubliettes, allongeant la litanie des musiques à danser et autres coups commerciaux sans lendemain : twist, jerk, smurf, tecktonik…

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