La solution

L’énigme CPV 8/9
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Voici l’heure tant attendue de la solution. Comme vous l’avez deviné, les chansons de la série présentaient toutes une faute de liaison. Comme dans « ce n’est pas-t-à moi, je ne sais pas-t-à qui est-ce ». La fin de cette phrase aurait donné le mot « pataquès », dont le sens premier désigne une faute de liaison. Qu’on appelle aussi « cuir » ou « velours », d’où le titre de l’énigme CPV : cuir, pataquès, velours. En fait chacun de ces mots désigne une faute différente, je vous épargne les détails, voir ici.

Je vous propose maintenant un examen détaillé des chansons passées au long de cette énigme, avec quand c’est possible des versions des chansons sans la faute.

Dans Mon amant de Saint-Jean, les doux mots d’amour sont « dits-t-avec les yeux ». Si ça vous chauffe les oreilles, rabattez vous sur la version de Marcel Mouloudji accompagné par Marcel Azzola, la faute n’y est pas… Pour une fois que Marcel ne chauffe pas (nos oreilles)…

Dans Le métingue du métropolitain, ce coquin de Maurice Mac-Nab, auteur des paroles, a glissé :

Peuple français, la Bastille est détruite,
Mais y a-z-encor des cachots pour tes fils !

Dans Drouot, Barbara laisse échapper « on avait mis-t-aux enchères ». Dans sa récente interprétation, Gérard Depardieu évite la faute :

Dans Les poupées, on entend « c’est pas-t-à moi », pataquès paradigmatique s’il en est. Dans Corne d’Auroch de Georges Brassens, on entend :

Alors sa veuve en gémissant
coucha-z-avec son remplaçant.

Notez que dans la reprise punk-rock par Brassens’s not dead, la faute est corrigée ! Merci messieurs les punks.

Dans Mon truc en plumes, on entend : « plumes de-z-oiseaux, de-z-animaux ». Si vous avez voyagé à l’île de la Réunion, vous avez sûrement remarqué les magasins de nourriture pour z’animaux. Si c’est le cas, vous êtes un vrai z’oreille.

Dans À jeun de Jacques Brel, on entend :

Guili, Guili, Guili,
Viens là mon petit lit
Si tu ne viens pas-t-à moi
C’est pas moi qui irai-t-à toi

Dans Pas de boogie woogie, on entend « Reprenez-r-avec moi tous en chœur ». Cette faute est recensée sur plusieurs sites internet consacrées aux fautes dans les chansons. Il s’agit probablement d’une bourde en studio, parce que dans les versions live que j’ai pu écouter, la faute n’est pas présente. Comme dans ma préférée (à propos, retournez voir la série sur le silence en chansons, celle-là aurait bien été dedans).

Dans Le soldat Moralès, il y a beaucoup de fautes de liaisons dans le préambule parlé, mais aussi une dans la chanson proprement dite : « Toi qui voulait voyager, te voilà-z-éparpillé »

La chanson Sur le Mireille commence par « J’étais venue-z-en Avignon ». Et Babx nous chante dans la pub pour son album « un jour je serai-z-une icône » (prédiction qui ne s’est pas réalisée d’ailleurs).

Voilà, partez à la pêche aux cuirs, pataquès et velours, et ramenez moi vos trouvailles. Je vous laisse à vos conjectures quant au caractère volontaire ou non des différents pataquès, dont on continue à parler dans le prochain billet.

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Pas de boogie woogie

L’énigme CPV 4/9
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Bravo à Pierre Inkognito, internaute de Paris, qui a résolu l’énigme !! Je ne spoile pas (pardon, je ne divulgache pas) ceux qui veulent continuer à chercher.

Môsieur Eddy se charge du quatrième volet de l’énigme, avec son Boogie woogie. Ce n’est pas la chanson la plus évidente de l’énigme, mais la raison de sa présence est assez connue, je ne sais pas pourquoi celle-là en particulier.  Pas de boogie woogie, Eddy Mitchell.

L’indice du jour, c’est Bénureau et son Soldat Moralès, déjà passé ici.

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Michel Jonasz n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 3/8
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Le plus grand bluesman français serait-il Michel Jonasz ? La question est un peu tordue. Je suis très fan de l’interprète. Comme parolier, je le trouve plutôt sous-estimé, on parlera de ça une autre fois. Comme musicien, ses mélodies ciselées me font plus penser à Vincenzo Bellini qu’à B.B. King. Écoutez plutôt, Dolente immagine di Fille mia, de Vincenzo Bellini, par Luciano Pavarotti, et puis Dites-moi, de Michel Jonasz, en duo avec Véronique Sanson. Vous ne trouvez pas comme une parenté ?

Moi, je trouve une parenté dans la mélodie. Et puis voilà des compositions qui accordent une certaine attention à la respiration du chanteur, c’est une musique qui s’écoute avec les poumons je trouve, alors que le blues ça s’écoute avec les tripes évidemment. Pourtant Jonasz parle souvent de blues, c’est presque une manie. Écoutez plutôt.

Du blues du blues du blues, en duo avec Eddy Mitchell

La même, avec Nougaro et Bill Deraime.

Joueurs de blues, ça groove grave.

Mais voilà, Jonasz, le blues, il en parle, il en parle, mais il n’en fait pas tellement… Joueur de blues n’est pas un blues, Du blues du blues du blues, ce n’est pas du blues. Comme aurait dit De Gaulle, il ne suffit pas de sauter comme un cabri en criant « du blues, du blues ». Non, monsieur Jonasz, vous n’êtes pas le plus grand bluesman français. Vous l’auriez été sans difficulté, mais pour ça, il eût fallu chanter du blues, tout simplement. Comme par exemple Blind Willie McTell, Statesboro Blues.

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Eddy Mitchell n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 2/8
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Notre quête du plus grand bluesman français sera compliquée, parce que le blues est à la fois rudimentaire et malléable, ce qui fait qu’on le retrouve un peu partout. Par exemple, dans le Lèche-bottes blues, d’Eddy Mitchell.

Très bien ce blues Monsieur Eddy. Vous n’êtes pas loin d’être le meilleur bluesman français, vous aviez tout pour y parvenir. Mais il ne fallait tant blaguer dans votre chanson, c’est sérieux le blues.

Au fait, en v’la du blues. Sleepy John Estes, Mailman blues. (et joyeux Noël à tous).

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Claude Nougaro n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 1/8
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Nous démarrons un jeu de piste pour Noël, en quête d’un mythe de la chanson française. Elle n’en manque pas, le Jardin aux chansons qui bifurquent en a déjà abordé quelques-uns. Comme le Gitan (voir ici) : libre et farouche. Puisse sa liberté libérer notre chanson. Et puisse notre chanson nous faire gagner l’amitié si précieuse et redoutable du manouche.

Ou encore Verlaine (voir ici). On glisse son nom dans des paroles plus que celui d’aucun autre poète. On implore sa légèreté, on la supplie de dissoudre dans l’air notre chanson grise… Ça marche des fois. On a abordé des mythes d’importance moindre comme Jean-Sébastien Bach (ici), la « société » (ici), ou les scientifiques (ici).

D’accord, tout ceci est bien mythique. Mais quel style de musique est mythique ? Le menuet ? Non, Johnny Hallyday n’a pas écrit « toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du menuet ». La sonate ? Non, dans Starmania, il n’y a pas de Sonate du businessman. L’oratorio ? Non, Michel Jonasz n’a pas écrit « Enfant noir, femme de Toulouse, tous ceux qui chantent I was born to loose, on est des joueurs d’oratorio ». La fugue ? Non, Henri Salvador et Boris Vian n’ont pas écrit une Fugue du dentiste. L’opéra ? Non, Eddy Mitchell n’a pas chanté le Lèche-bottes opéra.

Vous l’avez compris, ce genre mythique, c’est bien sûr le blues. Un seul autre style peut lui être comparé (comme grand mythe de la chanson française s’entend) : la java.

Le blues et la java : je pense que ce sont les deux styles musicaux les plus souvent cités dans les paroles de chansons, voire même dans les titres de chansons… Deux pôles opposées. La java, c’est une référence purement nationale, une sorte de camembert originel franchouillard, à la fois paradis perdu et destination fatale d’un perpétuel retour aux sources. On parlera de java une autre fois, car là, on s’intéresse au blues.

Le blues est pour la chanson française un élément à la fois étranger, amical, authentique et pur, un art mineur qui ensemence un autre art mineur (la chanson française) pour le magnifier. Écoutez, c’est dit presque explicitement dans la chanson d’aujourd’hui. Claude Nougaro, Bleu, blanc, blues.

Mais je vous avais promis un jeu de piste, et je ne fais que parler… Le voilà : on cherche le plus grand bluesman français. C’est qui ?

Monsieur Nougaro, ce n’est pas vous, parce que Bleu, blanc, blues, ce n’est pas du blues, tout simplement. Sinon vous seriez sûrement le plus grand bluesman français. Sinon, voilà du blues. Big Bill Broonzy, In the evening (when the sun goes down).

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Du rock pour dans dix siècles

Les péchés originels du rock français 8/8
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Nous voilà au terme de cette série sur les origines du rock français. Ses faiblesses tiennent-elles à ses origines parodiques ? Peut-être pas, le péché originel a bon dos … difficile à dire. L’affaire est complexe, comme le montrent certains musiciens qui suivent des chemins inattendus avant d’en venir au rock. Par exemple Frank Zappa, ici interviewé alors que Pierre Boulez s’apprêtait  à diriger sa musique.

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Peu de gens savent qu’avant de faire du rock, j’écrivais de la musique de chambre depuis l’âge de 14 ans. Je me suis seulement dirigé vers le rock à 21 ans. Ma passion initiale était la musique contemporaine. Mais personne ne voulait jouer mes partitions. Aux États-Unis, il est très difficile d’être joué. J’ai dû me consacrer au rock pour pouvoir tout simplement faire entendre ma musique.

Frank Zappa, Libération, le 9 janvier 1984
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Pour revenir à la France, il y a d’autres thèmes autour du rock qu’on explorera dans de prochaines séries.  Par exemple, la tradition française que veut que petit à petit, nos artistes « rockeurs » se transforment en chanteurs de variété (on avait déjà noté ça dans le blog, ici). La liste est longue : Johnny Halliday, Eddy Mitchel, Kent, Elli Medeiros, même dans une certaine mesure Bashung.  D’autres parcours sont plus tortueux, comme ceux d’Higelin et Lavillier, qui commencent comme chanteurs à texte rive gauche, deviennent rockeurs, puis retournent à de la chanson plus classique. Bref, comme dit le proverbe, « En France, tout finit par une chanson », même le rock.

Pour conclure, un chanteur de la plus pure tradition « chanson française » : ce bon Léo Ferré. Lui, il a pris le rock au sérieux (à la fin des années 1960, il n’y avait plus tant de mérite, d’autant qu’entre nous, Léo, il prenait tout au sérieux j’ai l’impression). Il a fait accompagner son poème Le Chien par un groupe de rock français, Zoo.

 

Plutôt réussi, avec ce gros riff qui produit son effet quand il faut (vers 4:00)… En fait, un texte parlé en rythme sur de la musique, ça anticipe peut-être plus le rap que ça ne conclut le rock ? Mais on parlera de rap une autre fois.  Vers 4:40, Ferré dit qu’il faut « mettre Euclide dans une poubelle ». Quelle drôle d’idée. Léo Ferré semble faire allusion aux géométries non euclidiennes, où les droites sont « courbes », ce qui est d’un grand soulagement poétique, parce que les droites droites, et bien elles sont désespérément droites.

Troublante coïncidence, la même année que Le Chien, 1969, le célèbre mathématicien Jean Dieudonné, éminent membre du groupe de mathématiciens Bourbaki, lançait son slogan « À bas Euclide », dont le sens était qu’il fallait enseigner autre chose que de la géométrie aux petits enfants, et aussi peut-être dégager le raisonnement géométrique de l’intuition trompeuse issue des figures. Les nouveaux programmes de maths, les fameuses « maths modernes » s’apprêtaient à débouler dans les écoles, voir ici pour en savoir plus. Ça doit être l’ébullition révolutionnaire qui faisait tout se mélanger (à la même époque, la révolution culturelle chinoise condamnait les « quatre vieilleries »…).  Si cette intrusion de la science dans la chanson vous intéresse, allez donc voir la série de ce blog consacrée aux scientifiques dans la chanson : ici.

Léo Ferré a essayé d’autres genres de musique pour accompagner Le Chien. Une polyphonie de la Renaissance : le motet O vos Omnes, de Tomás Luis de Victoria. Et aussi du piano qui sonne très « musique contemporaine ». Je vous mets tout ça, d’abord Le Chien sur le motet.

Le motet sans les paroles de Ferré (une merveille) :

Et la version qui sonne contemporain. Vers 2:38, Ferré a un « trou », mais il s’en tire bien. Très pro Léo.

 

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Marquise

Michel Berger et Véronique Sanson 5bis/7
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On abandonne Michel et Véronique juste pour aujourd’hui, afin de donner la réponse à la dernière énigme. On retrouve nos amoureux demain. Bravo à Nathalie et NP qui ont donné la solution, et merci à Mathilde pour ses suggestions. Rappel, on cherchait une chanson dont les paroles sont écrites par deux auteurs ayant chacun écrit une partie bien distincte et identifiable, comme Message Personnel, voir ici.

Mathilde nous propose La dame Brune, et a été jusqu’à vérifier sur le site web de la SACEM que les paroles sont bien écrites par Barbara et Georges Moustaki. Beau professionnalisme (il n’y a plus qu’à mettre tout ça dans les commentaires du blog pour faire buzzer le schmilblik). Toutefois, bien que la chanson soit écrite comme un dialogue, il n’est pas certain que chaque auteur ait écrit sa propre partie. Ou alors, on pourrait citer Vieille canaille, par Serge Gainsbourg et Eddy Mitchell sinon… Peut-être quelqu’un peut-il apporter une preuve irréfutable dans un sens ou l’autre ?

Ma solution (trouvée par Nathalie et NP donc) est Marquise, une mise en musique par Georges Brassens de stances de Corneille, suivi d’une réponse de Tristan Bernard, écoutez bien, vous saurez facilement qui a écrit quoi !

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