Quand reviendras-tu ?

La chanson, art majeur ou art mineur I. L’énigme ART 1/9
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Lorsque j’ai commencé ce blog, je me suis dit qu’il y avait une question que je n’aborderais jamais : celle de savoir si la chanson est un art majeur ou un art mineur, vieille tarte à la crème usée jusqu’à la croûte, éternel prétexte à verbiage. Mais voilà : en préparant différentes séries, j’ai réalisé que la question ne datait ni de Gainsbourg, ni de Béart, ni de la Rive Gauche, ni de Trenet, ni même de la chanson réaliste… Pas même de Béranger, ce chansonnier objet d’un véritable culte au XIXè siècle, considéré par ses contemporains comme le plus grand poète de tous les temps, et aujourd’hui à peu près oublié.

Bref, la question de savoir si la chanson est un art majeur, c’est un peu l’Affaire Grégory de l’esthétique : un procès interminable, un marronnier dont on sait dès le départ qu’on ne connaîtra jamais le fin mot. D’un certain point de vue, on pourrait définir la chanson comme l’art de poser cette question… C’est la face cachée de l’iceberg, ou disons la partie immergée de la lune. Au lieu de l’escamoter, je rejoins le chœur des radoteurs, et je fais de la vieille question le thème de toute cette année ! Je ne tiendrai qu’une promesse : tout à la fin, il n’y aura pas la réponse.

Ce sujet particulièrement indigeste sera découpé en séries courtes. Je commence par une énigme. C’est l’énigme ART, elle est très facile et j’espère qu’elle me réconciliera avec mes lecteurs excédés par l’énigme de l’été dernier !

Trouvez-moi le point commun entre les chansons suivantes, et on rediscute d’art mineur et majeur après. Comme dans plusieurs énigmes du blog, je commence par une chanson de Barbara. Dis quand reviendras-tu ?

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Guy Béart

L’énigme de l’été 2018, 32/63
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C’est la série d’été du Jardin aux Chansons. Je vous rappelle qu’on cherche ce qui se cache derrière 62 chansons… Aujourd’hui, Hôtel-Dieu de Guy Béart.

Chipée sur facebook, cette notice de Pierre Delorme :
C’est une autre chanson que j’ai découverte il y a une dizaine d’années seulement.
Elle est peu connue et différente des autres chansons de Guy Béart, elle a un tour bien plus personnel et biographique. Comme me l’avait dit un copain en l’écoutant « les images sont coupées au couteau ». J’aime sa sobriété et sa chute d’une simplicité très forte, « au couteau ». Je ne sais pas si c’est « une chanson importante de ma vie », mais je la tiens pour une très grande chanson.

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Chienne d’énigme

L’énigme ALF 9/9
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Voici l’heure tant attendue de la solution. Vous l’avez tous deviné, le point commun de toutes les chansons passées dans l’énigme, c’est qu’elles parlent d’un sujet qui n’est révélé qu’à la fin de la chanson (A La Fin = ALF) : la solitude, l’âne gris, les deux amoureux qui s’ennuient, pourquoi LV88 dit Hou La La, le sujet la lettre reçue par Renan Luce, le motif de la sieste du dormeur du val, le père de Barbara, etc.

Dans le même style, Pierre Delorme nous propose Le monsieur et le jeune homme, de Guy Béart. Par Juliette Gréco.

Pour conclure, je vous propose un exemple encore plus extrême : une chanson où on ne dit pas du tout de quoi ça parle, même à la fin. Chienne d’idée, Maxime Le Forestier et Vanessa Paradis.

Et oui, c’est quoi cette chienne d’idée ? C’est la liberté, mais ça n’est jamais dit explicitement. Je tiens l’info d’une interview du parolier, Boris Bergman.

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Sur Amsterdam

Paralipomènes 48/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La trente-troisième série du blog tentait de présenter la géopolitique formant le sous-bassement implicite aux chansons de Jacques Brel. On notait ici que cet arrière-plan était plus introspectif que documenté. La série se concluait par une sorte de réponse à la chanson Amsterdam, par le groupe Parabellum. On n’a peut-être pas assez insisté sur le côté singulier de Amsterdam dans l’œuvre de Brel, et même dans la chanson en général : chanson jamais enregistrée en studio et succès unique dans toutes les annales du music-hall. Sur wikipedia, on lit :

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Jacques Brel avait l’habitude de chanter ses chansons – qu’il composait en tournée avec ses musiciens – pour la première fois en public, aussitôt qu’il les sentait achevées, avant de les enregistrer ensuite en studio. Dans le cas d’Amsterdam, il n’est pas convaincu par la chanson, qu’il considère sans la moindre importance. À tel point que, comptant la chanter pour la première fois lors d’une série de concerts à l’Olympia à Paris, il décide de l’utiliser comme la chanson « sacrifiée » de son concert, en la plaçant tout au début, au moment où peuvent encore se faire quelques ultimes réglages pour le concert, et où les gens du métier savent que le public fait de toute façon bien plus attention aux artistes qu’aux chansons ; « comme ça, on n’en parlera plus, de celle-là », dit-il.

La première est prévue pour le 16 octobre 1964. Mais, comme à l’habitude pour l’Olympia, une représentation servant de répétition générale est donnée la veille, dans un théâtre de Versailles également dirigé par Bruno Coquatrix (directeur de l’Olympia). Constatant alors que la chanson séduit le public, Jacques Brel décide finalement de la déplacer en troisième position de son prochain concert. Lors de la première à l’Olympia, le 16 octobre, la chanson obtient un immense succès auprès des 2 000 spectateurs qui, debout l’ovationnent interminablement ; à tel point que les musiciens, ayant après quelques instants entamé l’introduction de la chanson suivante, sont contraints de la rejouer en boucle un certain nombre de fois devant les applaudissements qui n’en finissent pas. À ces spectateurs s’ajoutent des millions d’auditeurs d’Europe 1 qui retransmet en direct la soirée, auprès desquels la chanson fait également sensation.
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Il semble que cette chanson tracasse particulièrement les chanteurs contemporains de Brel, qui à l’instar de Parabellum semblent lui adresser des réponses, avec « leur » Amsterdam. Sont-ils jaloux du succès incroyable de cette chanson, qui lorsqu’on l’écoute un peu froidement paraît en dessous de bien d’autres chansons de Brel ?

Par exemple, À Amsterdam, de Guy Béart. Il semble que la vidéo ne soit pas disponible sans aller directement sur YouTube, ici.

Au fait, on a déjà passé Amsterdam de Brel dans le blog, ici.

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Dessin dans le ciel

Paralipomènes 30/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Toujours sur la science, je n’ai pas pensé à rechercher des chansons inspirées par la science elle-même. Il y a de nombreux exemples, notamment avec la conquête spatiale (voir Années lumière de Guy Béart dans la série sur les nombres, ici).

Je vous propose dans la même veine Dessin dans le ciel, de Serge Reggiani.

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Vos grands nombres

Quel est le plus grand nombre (dans une chanson) ? (6bis/6)
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Comme promis, un petit florilège des nombreuses propositions de chansons citant des grands nombres (merci à tous … le post est exceptionnellement long du coup). Vous avez été plusieurs à me suggérer Et moi, et moi, et moi de Jacques Dutronc, mais seule So Raya me l’a proposée sur Facebook avec le bon nombre : 500 milliards (de petits martiens) !  C’est toutefois très loin du compte, et même mes 1000 milliards du post précédent sont bien petits. Car la vainqueur (ou vainqueuse ? ou vainqueure ?) est NP, internaute de Lyon 6è, qui a déniché une chanson sur un nombre vraiment gigantesque, le Gogolplex ! Par bonheur, tout est expliqué dans la chanson, Googolplex de Jack Pearson (voir ici pour plus d’infos).

 

Dans un commentaire, Alain Berjon écrit « revenons aux sources, et à Tonton Georges qui avait pris date dans la durée, fusse pour chasser le papillon : « Des milliards de fois, et mêm’ davantage ». » En effet, des milliards, c’est beaucoup, et davantage, c’est encore plus ! La chasse aux papillons, de Georges Brassens, chantée par Christine Lebail.

Sur Facebook, Vincent propose carrément une chanson évoquant l’infini : Capitaine Flam, générique d’un dessin animé du début des années 1980, aussi proposé par Nicolas B. quelques jours plus tard. Les paroles sont de Roger Dumas, qui a écrit plus de 80 chansons pour Chantal Goya ! Musique de Jean-Jacques Debout, époux de cette dernière. La chanson évoque aussi le nombre cent mille millions, ce qui se dit cent milliards en bon français, beaucoup moins que le nombre de martiens selon Jacques Dutronc. Si l’on en croit les paroles, Capitaine Flam descend « d’aussi loin que l’infini »… Bien y réfléchir : il est assez simple d’aller vers l’infini, il suffit de se mettre en route et puis d’être très, très patient. Mais venir de l’infini, ou a fortiori en descendre, comme faire ? Très fort Capitaine Flam.

 

Acaber, abonné au blog, nous propose une chanson de Guy Béart, Années Lumière. J’ignorais que Guy Béart eût abordé la science fiction dans ses chansons, intéressant. Ça donne envie de revoir les dessins animés de René Laloux (La planète sauvage ou Les Maîtres du Temps).

 

Découverte toujours, avec Pierre A, internaute de Bruxelles, qui nous propose L’homme fossile, paroles et musique de Pierre Tisserand, chantée par Serge Reggiani (qui arrive dans le blog au 215è post seulement, honte à moi…).

Sur le site de l’INA, ici.

Enfin, Alain, de Montreuil, nous propose  sur Facebook un bon vieux Johnny, 24000 baisers, pas moins. Je vous propose plutôt la version de Dalida pour changer un peu.

 

Dans la catégorie « calembour », la palme revient à Nadia, internaute de Meylan, qui nous propose Le petit vingt blanc. Pas de chance, il est petit justement. Elle nous propose aussi « jamais 203 » sans citer de chanson. Effectivement, il est très difficile de trouver une chanson citant le nombre 203… Tentez votre chance avec la bande originale du film Bollywood Victoria No. 203, mais il vaut mieux comprendre le Hindi. Attention, la vidéo dure 2 heures et 44 minutes.

 

Et vous pouvez regretter que Jacques Brel et son compositeur-arrangeur  François Rauber n’aient pas écrit de chanson sur la Peugeot 203 dans laquelle ils sillonnèrent la France de concert en concert (info piochée dans l’excellent Dictionnaire amoureux de la chanson française de Bertrand Dicale, à l’article Jacques Brel). Mais pourquoi se focaliser sur 203 ? Parce que s’il n’y en a jamais 2 sans 3, et bien il n’y en a peut-être jamais 4 sans 9 ?  Comme disaient les Beach Boys dans 409.

 

Dans la catégorie nombres exotiques, la récolte est bien maigre. Nadia encore se demande comment classer Quatre-vingt-quinze pour cent de Georges Brassens. Cela compte-t-il pour 95 ? Pour 100 ? Ou pour 0.95 ? Je penche pour cette dernière hypothèse, qui nous fournit le seul nombre non-entier de la série… Elle nous dit encore dans son commentaire que cette chanson ne plaît pas aux hommes. Et bien à moi, elle me plaît beaucoup, déduisez-en ce que vous voulez. Une jolie version par les 2moiZelles.

 

L’un des premiers suiveurs du blog, monsieur GA, internaute d’on ne sait plus très bien où, et dont on est très content d’avoir des nouvelles, nous propose en vrac le générique des Tortues Ninja (pour le nombre 4), et puis Albert le 5è Mousquetaire (pour le nombre 5). Je les passerai une autre fois, on a déjà eu Capitaine Flam… Aller GA, encore un effort : pour la prochaine fois, tous les nombres de 1 à 100 !

Pour finir, je vous demandais une chanson citant un nombre négatif, personne n’a trouvé. On en a pourtant déjà vu une dans le blog, c’est André de Sanseverino, déjà passée dans la série sur les roms, ici. Il faut suivre plus attentivement !

Demain, ça repart fort avec une série très spéciale pour passer les fêtes dans une ambiance famille+télé tout à fait typique de Noël (en compagnie de Julien Lepers bien sûr).

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Comme dit si bien Verlaine

L’affaire Verlaine 3/9
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On continue notre enquête sur l’usage du nom de Verlaine par de nombreux paroliers avec Serge Gainsbourg. Avant d’en venir à sa chanson, rappelons sa célèbre altercation avec Guy Béart sur le plateau d’apostrophe le 26 décembre 1986. Regardez les vidéos sur le site de l’INA : Gainsbourg en appelle à Rimbaud (vers 2:30, ici), tandis que Béart en appelle à Verlaine (vers 1:00, ici) ! Rassurez-vous, ils ne se sont pas tirés dessus.

Gainsbourg en appelle donc à Rimbaud, mais il n’hésite pas à citer Verlaine dans Je suis venu te dire que je m’en vais. Je vous en propose deux versions, une par Catherine Ringer, puis une parodique par Philippe Duquesne (hilarante) accompagné de Yolande Moreau.

 

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Boby Lapointe, mathématicien

Les scientifiques dans la chanson 9/12
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On a déjà noté dans cette série que Boris Vian était ingénieur. À son instar, les exemples de chanteurs scientifiques ne manquent pas : Guy Béart (ingénieur des Ponts et Chaussées), Antoine (centralien comme Boris Vian),  Nicolas Peyrac (étudiant en médecine) et même Bernard Menez (reçu au concours de l’ENSET, aujourd’hui appelée École Normale Supérieure de Cachan, et un moment prof de maths). J’en oublie sûrement. Je n’ai pas trouvé tellement de traces de leurs études dans leurs chansons.

Il n’en va pas de même avec Boby Lapointe. Son affinité avec les mathématiques a déjà été noté dans ce blog, dans la série sur la chanson oulipiste (ici). Il était mathématicien amateur dans sa jeunesse et auteur d’un mémoire sur la numération binaire.  On trouve quelques traces de cette carrière parallèle dans ses chansons : goût immodéré pour ces constructions formelles que sont les calembours, art de tirer toutes les conséquences logiques d’une idée, aussi absurde soit-elle, et parfois même, une curieuse manière de procéder axiomatiquement, comme par exemple en posant que « uhuhuh » est un « refrain ». Le saucisson de cheval. 

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