Le cheval génial de Musil

La chanson, art majeur ou art mineur IV. Archéologie d’une question 11/16
1234567899bis10111213141516

On quitte la France aujourd’hui pour se promener dans la déliquescence fin de siècle de l’empire austro-hongrois. Ce billet m’a été suggéré par mes amis du site Crapauds et Rossignols qui se lamentent à chaque nouveau « chanteur à découvrir d’urgence » déniché, ou peut-être concocté par France Inter, aux « fulgurances » de tel autre, aptes enfin à susciter des « moments de grâce » probablement « jubilatoires ». Ne soyez pas si fine bouche mes amis crapauds, le suivant vous fera sans doute regretter le précédent… En fait, le ver est bien évidemment dans le fruit depuis longtemps, je veux dire ce ver-là dans ce fruit-là. Lisez ce passage de L’homme sans qualité de Robert Musil. Ulrich est le personnage principal, un jeune mathématicien plein de promesses, mais quelque peu blasé.

Or, un beau jour, Ulrich renonça même à vouloir être un espoir. Alors déjà, l’époque avait commencé où l’on se mettait à parler des génies du football et de la boxe ; toutefois, les proportions demeuraient raisonnables : pour une dizaine, au moins, d’inventeurs, écrivains et ténors de génie apparus dans les colonnes de journaux, on ne trouvait encore, tout au plus, qu’un seul demi-centre génial, un seul grand tacticien du tennis. L’esprit nouveau n’avait pas encore pris toute son assurance. Mais c’est précisément à cette époque-là qu’Ulrich put lire tout à coup quelque part (et ce fut comme un coup de vent flétrissant un été trop précoce) ces mots: « un cheval de course génial ». Ils se trouvaient dans le compte rendu d’une sensationnelle victoire aux courses, et son auteur n’avait peut-être même pas eu conscience de la grandeur de l’idée que l’esprit du temps lui avait glissée sous la plume. Ulrich comprit dans l’instant quel irrécusable rapport il y avait entre toute sa carrière et ce génie des chevaux de course. Le cheval, en effet, a toujours été l’animal sacré de la cavalerie ; dans sa jeunesse encasernée, Ulrich n’avait guère entendu parler que de femmes et de chevaux, il avait échappé à tout cela pour devenir un grand homme, et voilà qu’au moment même où, après des efforts divers, il eût peut-être pu se sentir proche du but de ses aspirations, le cheval, qui l’y avait précédé, de là-bas le saluait… (…)

Voilà, la messe était dite depuis longtemps. De toute manière, « génie », depuis Victor Hugo, c’est ringard. En ce qui me concerne, je trouve Philippe Katerine génial, voilà, n’en déplaisent aux rossignols. Je le trouve même tout à fait cheval. Katerine, Francis et ses peintres, Il est vraiment phénoménal.

Tous les thèmes

Ma Benz

La chanson sexuellement explicite 8/18
12344bis55bis6788bis99bis
101111bis1212bis131415161718

Le rap a une réputation sulfureuse. Je n’en passe pas suffisamment dans mon blog parce que je n’y connais rien. Je devrais pourtant pouvoir y trouver des dizaines de chansons de sexe… Ce sera pour une autre fois. Je connais quand même Ma Benz de Suprême NTM et Lord Kossity.

Les Brigitte en ont produit une reprise intéressante. Ma Benz, par Les Brigitte.

La synthèse : JoeyStarr + Les Brigitte, qui nous prouvent que le tout est moins que la somme de ses parties.

Par Philippe Katerine et ses peintres, pas à leur meilleur.

Tous les thèmes

Le passé lointain

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 6/8
12344bis5678

Une des plus anciennes controverses philosophiques opposa Héraclite à Parménide il y a quelques milliers d’années. Pour le premier, l’être est éternellement en devenir, tandis que pour le second, l’être est. Doctrine que l’on résume par la maxime paradoxale « c’est toujours la même eau qui coule », refrain d’une chanson de Michel Sardou. Cette fois, les paroles ne sont pas de Pierre Delanoë, mais de son cadet de trente ans, Jean-Michel Bériat. Ce dernier utilisait la même ficèle que le maître, en écrivant des chansons dont la légèreté contrastait avec un arrière-plan géographique, philosophique ou historique profond. La même eau qui coule, donc, ou Africa interprétée par Rose Laurens, ou encore Ève lève-toi de Julie Pietri. Chez Bériat, l’impression de décor en carton-pâte est encore plus nette que chez Delanoë, et les images sont moins limpides « c’est toujours le raisin qui saoule », c’est pas très heureux franchement. Pourquoi pas « c’est toujours la même boule qui roule » tant qu’on y est… « Chie pas droit qui veut » comme disait Céline.

Mais j’en perds mon fil. Je voulais dire que Delanoë, en homme de droite, se range sans conteste du côté de Parménide. Il aime à se référer un passé lointain ou profond, à une certaine permanence des choses. Il le dit explicitement dans quatre vers de Attention mesdames et messieurs, de Michel Fugain :

Attention, mesdames et messieurs, c’est important, on va commencer
C’est toujours la même histoire depuis la nuit des temps
L’histoire de la vie et de la mort, mais nous allons changer le décor
Espérons qu’on la jouera encore dans 2000 ans

Voilà quelques exemples de passé lointain chez Delanoë. Il n’hésite pas à mettre en scène la guerre séculaire entre la France et l’Angleterre. Que fais-tu là Petula ? Par Petula Clark.

Dans Le bal des Lazes, il ressuscite une Angleterre aristocratique. Mais encore une fois, pour une histoire d’amour. Avec Michel Polnareff, compositeur inspiré et sans choucroute sur la tête.

Puisqu’on parle beaucoup d’Angleterre aujourd’hui, je ne résiste pas au plaisir de mettre en parallèle à celles de Delanoë la chanson de Philippe Katerine. La reine d’Angleterre. Avec cette vision encore plus profonde que « La place rouge était vide » : « car le monde est ainsi fait ».

Tous les thèmes

Une vache d’ailleurs

Paralipomènes (de vache) 4/8
11bis2345678

Le chef d’œuvre ultime de la chanson pour vache est sans doute la reprise d’Elle est d’ailleurs, par le groupe Katerine, Francis et ses peintres.

Je trouve ça très réussi musicalement. Retournez donc voir la série sur le silence en chanson, il y a plein de trucs, dont du Philippe Katerine. Qui aime bien mettre des silences un peu partout. Et des vaches donc. Le dictateur.

Tous les thèmes

 

Mon bulletin dans ton urne

Paralipomènes 65/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
123456789
101112131415161717bis1819
20212223242526272829
30313233343536373839
40414243444546474849
50515253545556575859
6061626364656667

On reproche parfois à mon blog de ne pas suivre l’actualité. Mais d’autres lecteurs me disent justement que c’est ce qu’ils apprécient… Je ne sais plus quoi faire, mettez-vous d’accord à la fin. Les fans d’actualité peuvent suivre l’excellente chronique Ces chansons qui font l’actu, de Bertrand Dicale, sur France Info. Bon, voilà, je fais de la pub à France Info, ils en ont sûrement grand besoin. S’ils pouvaient me renvoyer l’ascenseur, ce serait sympa. En prime time, avec 14 rediffusions par jour SVP.

En tout cas, ici la chanson est reine, pas l’actu. Je ne vais sûrement pas vous passer des chansons qui ne m’intéressent pas parce qu’il y a telle guerre ou telle élection ou je ne sais pas quoi d’autre. J’ai passé une chanson de Katerine dans un post spécial sur l’élection présidentielle française de 2017, elle était très drôle et collait très bien. Mais ma chanson d’élection présidentielle préférée, c’est ça. K-Bayrou par K. Maro.

Tous les thèmes

 

J’adore

Le silence en chanson 7/8
11bis22bis34566bis788bis

Faites une petite recherche google, vous trouverez plein de chanson appelé Silence, Sound of Silence, etc, etc. Tubes, pop internationale, chanson française, tout y passe. J’en ai écouté quelques unes, étrangement, elle ne comportent pas de silence. Leurs auteurs sont comme ces dealeurs qui ne consomment pas la dope qu’ils vendent !

Katerine a écrit une chanson très amusante sur la musique qui s’arrête, Louxor j’Adore (merci à Émile de Villeurbanne de me l’avoir signalée). Et la musique s’arrête vraiment, sans qu’on puisse parler vraiment de silence, puisque qu’on est sensé entendre le public (ce qui est d’ailleurs l’analyse la plus répandue de 4’33 » que je vous ai épargnée quelques posts plus tôt).

Dans la version live aux Victoires de la Musique, le silence est vraiment long, mais ça ne compte pas, le public gueule pendant… On cherche donc toujours le plus long silence dans une chanson française. Réponse dans le prochain post !

 

Tous les thèmes