Pierre Delanoë ou l’art de planter le décor

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 1/8
12344bis5678

Bienvenue sur le Jardin aux chansons qui bifurquent, le blog qui parle de chansons à travers des séries thématiques !

À partir d’aujourd’hui, on s’intéresse au parolier le plus prolifique de toute la chanson française, Pierre Delanoë, l’homme aux 5000 chansons et aux dizaines de tubes : L’Été indien (co-écrit avec Claude Lemesle), Les Champs-Élysées, Je n’aurai pas le temps, La java de Broadway, En chantant, Les Lacs du Connemara, etc, etc. Écoutez Radio Nostalgie pendant une heure, je parie qu’il y aura au moins une chanson de lui…

On raconte qu’un jour Pierre Delanoë a entendu une chanson qui lui plaisait à la radio. Il a appelé le programmateur pour lui en demander l’auteur. Réponse : Pierre Delanoë bien sûr. Il ne se rappelait pas l’avoir écrite… Son œuvre est donc si vaste que lui-même s’y perdait. Comment nous y retrouverions-nous ? Je vous propose l’angle de la géopolitique. Car beaucoup de chansons de Delanoë nous parlent d’histoire, de guerre ou de politique, y compris des romances bien innocentes en apparence. Comme Nathalie, de Gilbert Bécaud.

Les lecteurs qui nous arrivent de MusikTips connaissent déjà l’histoire : le café Pouchkine, qui rime astucieusement avec Lénine, est une invention de Delanoë. De nombreux touristes l’ont cherché en vain à Moscou, dans l’espoir de boire un chocolat, ou peut-être de rencontrer la belle Nathalie. Jusqu’à ce qu’un restaurateur moscovite ait l’idée de l’ouvrir, en 1999. « Quand je pense que Vladimir Poutine et Jacques Chirac se sont rencontrés à Moscou au café Pouchkine, baptisé ainsi depuis Nathalie, c’est fou! » disait Pierre Delanoë. Notez qu’il y a d’autres cas de lieux inventés dans des chansons et qui deviennent réels, comme la rue de la Grange-aux-loups à Nantes, voir ici.

De Nathalie, je retiens surtout la description authentique de l’accueil si fervent que recevait l’occidental en voyage de l’autre côté du rideau de fer. Et bien sûr l’écriture limpide de la chanson. Car Pierre Delanoë était incontestablement un maître, que Charles Aznavour tenait pour le plus doué de tous nos paroliers. Explorons un peu ses trucs et ficèles. Parler de la guerre froide, du communisme, et plus généralement d’histoire ou de politique dans un tube répond à un impératif simple : planter un décor, mettre un cadre qui donne de la profondeur à la chanson. À propos de Nathalie, Delanoë raconte :

J’ai mis un an à convaincre Bécaud d’interpréter Nathalie, qui s’appelait d’abord Natacha et vivait un amour impossible dans l’horreur communiste. À chaque fois, il m’envoyait sur les roses. Un jour, il m’a dit: «Invente une image forte!» J’ai sorti: «La place Rouge était vide/Devant moi marchait Nathalie»… Il s’est mis au piano. On a fini dans l’heure…
Interview de Delanoë donnée à L’Express.

Mettre un cadre, des images fortes, d’accord. Mais ce qui est étonnant chez Delanoë, c’est qu’on ne voit pas « la couture » : il y a le cadre, souvent assez conventionnel et souligné par des orchestrations grandioses. Puis il y a la petite ou la grande histoire d’amour déjà entendue mille fois. Son génie est de fondre l’un dans l’autre. On en verra plusieurs exemples dans la série.

Nathalie a été un tube en France mais aussi en Russie. À tel point qu’il a été repris par les Chœurs de l’Armée Rouge. Voyez cet extrait d’émission. Où l’on découvre que Pierre Perret chante moins bien que le ténor russe moyen, et que Michel Leeb, qui a décidément tous les talents, sait aussi de se moquer de la figure de nos amis russes. Mais il n’en mène pas large devant le chef de chœur (qui a dû en envoyer des moins drôles que lui au goulag)…

Pour ceux qui lisent encore, autre chanson de Delanoë sur l’URSS, Vladimir Ilitch, par Michel Sardou, en live à l’Olympia. Noter la phrase du début, encore cet art de planter le décor : « Un vent de Sibérie souffle sur la Bohême ».

La suite au prochain épisode, dans deux jours. Pour ne rien manquer, abonnez-vous (lien en haut à droite) !

Tous les thèmes

Timbres révolutionnaires

Mai 68 politique 2bis/8
122bis3455bis678

Sur Facebook, Floréal Melgar m’indique un lien vers son histoire des différents mouvements trotskystes, très intéressant, ici. Comme dit le proverbe, « deux trotskystes = une organisation, trois trotskystes = un mouvement de masse, quatre trotskyste = une scission ».

Je réalise que le billet sur le trotskysme d’hier était un peu court, mais c’est vraiment difficile de trouver des chansons typiquement trotskystes. Je fais un petit effort. Vous pouvez écouter une chanson normalement appréciée des militants trotskystes, Le chant des partisans de l’Amour (attention, l’Amour ici, c’est le fleuve).  On la connaît aussi sous titre À l’appel du grand Lénine.

En fait sur Wikipedia, on apprend que de nombreuses paroles ont été proposées pour cette mélodie russe de 1828, qui s’apparente donc à ce qu’on appelait un timbre, une musique de chanson dont on change les paroles selon les circonstances. Il y a même une version russe blanche. Voir ici.

Le même air a été utilisé par des anarchistes pour chanter la Makhnovchtchina, une armée crée pendant la révolution russe par l’anarchiste ukrainien Nestor Makhno. La Makhnovchtchina, extrait du disque Pour en finir avec le travail dont on reparle bientôt (ainsi que de l’anarchisme qui ne sera pas oublié !).

Tous les thèmes

Fritz Lang danse le jerk

Les secrétaires 3/4
1234

La secrétaire est la prolétaire du secteur tertiaire : pas étonnant qu’elle se marie avec un ouvrier admirateur de Lénine.  Si si, écoutez bien les paroles, dans Le Jerk, de Thierry Hazard.

Dans le clip, on reconnaît bien Christophe Salengro dans le rôle de Roger, mais je me demande qui joue Joséphine ? Et pourquoi porte-t-elle ces sortes de brassards gonflables en plastique au coude ? Après une enquête poussée auprès des sites spécialisés en fétichisme ou en articles de bureau vintage, aucune trace de cet ustensile…

La chanson cite discrètement Jean Ferrat (le « poulet aux hormones », comme dans La Montagne). Enfin le clip fait référence au film Metropolis de Fritz Lang. Voyez plutôt (et comme quoi, il y a parfois plus qu’on ne croit au Top 50).

 

Tous les thèmes

Sardou, ce léniniste

Incroyable mais vrai – 3/6
1 – 2 – 3 – 4 – 56 

Merci à GA, internaute des États-Unis d’Amérique, pour ses commentaires sur le post d’hier. Effectivement, les paroles de Redemption song ne sont probablement pas une défense de l’industrie nucléaire comme le très bref extrait que j’ai fourni peut le laisser croire. « Incroyable mais vrai » doit donc s’entendre comme « très-très-incroyable, et à peu-près-plus-ou-moins-vrai ».  Les solutions suivantes seront peut-être plus convaincantes. Il nous reste à marier :

Les chanteurs (par ordre alphabétique) :
– Didier Bourdon
– Carlos
– Michel Sardou
– Charles Trenet

Les chansons (par ordre de longueur du résumé) :
– Une chanson qui défend Lénine
– Une chanson ouvertement antisémite
– Une chanson qui demande que tous les immigrés chinois rentrent dans leur pays
– Une chanson pour enfants qui fait (presque) explicitement la promotion du tourisme sexuel

Michel Sardou, chanteur engagé de droite, a défendu Lénine (mais pas le Léninisme). Le cas est assez connu, il a fait couler un peu d’encre et surtout vendre beaucoup de disques au début des années 1980.  Aux paroles de la chanson, le génie graphomane Pierre Delanoë qui a paraît-il écrit plus de 5000 chansons, parmi lesquels beaucoup de tubes. Écoutez radio Nostalgie pendant une heure, vous êtes certain d’entendre du Delanoë. On reparlera de Sardou et Delanoë plus tard. La musique est de Jacques Revaux et Jean-Pierre Bourtayre. La chanson, c’est Vladimir Ilitch.

 

Tous les thèmes

Incroyable mais … vrai !

Incroyable mais vrai – 1/6

1 – 2 – 3 – 4 – 56 

Après plusieurs jours de Bach et de célébrations, vous voilà tous lassés : où sont les chansons et les thèmes ? Et les énigmes ? Pour me rattraper, je vous propose aujourd’hui une super-énigme, avec plein de chansons à la clef. Il s’agit de marier un chanteur avec une chanson complètement contre-nature, et qu’il a pourtant chanté. Par exemple, ce mécréant de Brassens défendant la messe en latin (vous savez tous que ça existe, c’était juste un exemple pour saisir l’idée, et puisqu’on en parle, c’est la chanson du jour).

Tempête dans un bénitier est très difficile à trouver sur youtube. Cliquer sur le lien ci-dessous, vous la trouverez sur le site de l’INA, qui propose plein de vidéo sur Brassens.

http://www.ina.fr/video/CAB7601175101

Notez qu’un enjambement osé produit une rime qui ne l’est pas moins :

« O très sainte Marie mère de
Dieu dites à ces putains
De moines qu’ils nous emmerdent,
Sans le latin »

Pour en savoir plus sur les enjambements et Brassens, allez donc chez les amis de Crapauds et Rossignols, c’est ici. Mais voilà la devinette : il y a cinq chanteurs, et cinq chansons données sous forme d’un résumé sibyllin. Il faut retrouver qui chante quoi.

Les chanteurs (par ordre alphabétique) :
a. Didier Bourdon
b. Carlos
c. Bob Marley
d. Michel Sardou
e. Charles Trenet

Les chansons (par ordre de longueur du résumé) :
1. Une chanson qui défend Lénine
2. Une chanson ouvertement antisémite
3. Une chanson qui fait la promotion de l’industrie nucléaire
4. Une chanson qui demande que tous les immigrés chinois rentrent dans leur pays
5. Une chanson pour enfants qui fait (presque) explicitement la promotion du tourisme sexuel

Alors qui chante quoi ?

Tous les thèmes