Jean-Claude Dreyfus

Bouchers, boucherie et chanson, 11

Aujourd’hui, on fait connaissance avec Jean-Claude Dreyfus, plus connu comme acteur que comme chanteur. Sa chanson bouchère : Le mâle des truies.

À l’instar de François Hadji-Lazaro, Jean-Claude Dreyfus s’est lancé dans une incarnation toute personnelle du mythe du boucher (ou de la viande), avec une prédilection particulière pour les cochons. Sur Wikipedia, je lis :
Jean-Claude Dreyfus a par ailleurs une passion pour les cochons et collectionne les objets en rapport avec cet animal : il lui a consacré un livre, intitulé Du cochon considéré comme l’un des beaux-arts. Dans sa collection figure notamment le tableau offert par Pierre à Thérèse dans la pièce de théâtre Le Père Noël est une ordure.

Un de ses rôles le plus marquants est justement celui d’un boucher dans Delicatessen.

Puisqu’on parle de cinéma aujourd’hui, un reportage sur le tournage du film de Claude Chabrol, Le boucher. Vous pouvez aussi écouter l’épisode des Chemins de la philosophie qui lui est consacré, ici.

Amis musiciens, pour un travail sur l’indication métronomique accelerando, essayer cette scène de Delicatessen.

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Les garçons bouchers

Bouchers, boucherie et chanson, 10

François Hadji-Lazaro, entrepreneur et multi-instrumentiste surdoué, a eu une bonne idée. Au lieu de simplement continuer d’exploiter le filon de la chanson de barbaque modernisée par Vian, il a carrément décidé d’incarner (c’est le cas de le dire) le mythe du boucher, en créant le label Boucherie production. Et le groupe Les garçons bouchers qui a connu un certain succès. On écoute leur chanson Carnivore.

Interview intéressante des Garçons bouchers

Extrait du film Un idiot à Paris, avec Jean Lefèvre et Bernard Blier en « empereur de la viande ».

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Professeur Choron, boucher et assassin

Bouchers, boucherie et chanson, 9

Aujourd’hui, le professeur Choron nous chante Les pages rouges du bottin. Il est accompagné par Los Carayos, groupe éphémère qui a rassemblé dans les années 1980 la fine fleur du rock alternatif parisien (notamment François Hadji-Lazaro dont on reparle dans le prochain billet, Schultz guitariste et chanteur de Parabellum, et bien sûr Manu Chao avant qu’il ne devienne le Che Guevara de la variétoche internationale sur grille de trois accords, voir la série qu’on lui a consacrée ici).

Les mélomanes peuvent écouter une version au son un peu plus propre.

Je vous ajoute un poème de Charles Baudelaire, L’Héautontimorouménos.

Je te frapperai sans colère
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d’espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon coeur qu’ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C’est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon cœur le vampire,
Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !

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Paludier

La balade aux jardins actuels, 30

Un vers inachevé

n’est-il pas une Fantaisie

sous la Plume

de l’homme Au pas pressé ?

Finies les rimes aquatiques de Lamantine

ne risquent pas Le faux pas.

Plus de Laurent Berger sur sa page pro, Youtube Music, Youtube et Facebook.

Crédits :
Contrebasse : Michel Sanlaville
Piano : Nathalie Fortin

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Coagulation

Bouchers, boucherie et chanson, 8

La chanson de boucherie, c’est aussi l’histoire d’une lente coagulation. Le sang des bêtes n’en finit pas pas de se dessécher. Les « tueries particulières » du XVIIIe siècle, avec leur sang qui coulait à même la rue, remplacées par les abattoirs avec leurs personnages hauts en couleur qui hantaient les centres-villes puis les périphéries, abattoirs finalement repoussés dans les campagnes, et qu’on ne peut plus voir que dans les vidéos filmées par des activistes véganes. Et la viande est de plus en plus hachée, cachée, vendue en cube, en « nuggets », etc. En fait, sans l’invention du « personnage » du boucher par Boris Vian, la chanson serait peut-être devenue végétarienne, insoucieuse de toutes les viandes. Je vous propose aujourd’hui un mini-panorama de l’évolution de la chanson bouchère.

Dans les années 1960, on pouvait encore faire des chansons explorant la nomenclature désuète des différents morceaux du bœuf. Parodie de La valse à mille temps de Jacques Brel par Jean Poiret. Une vache à mille francs.

On pouvait aussi chanter quelques délicieuses spécialités bouchères. Les Charlots, Paulette la reine des paupiettes. J’aime bien l’air consterné du public. Noter la présence de Jean-Christophe Averty dans le public.

Quelques décennies plus tard, une lente fermentation de la chanson carnée a produit La Viande de Brigitte Fontaine.

En bonus du jour, un extrait de la meilleure série télé de tous les temps, The wire. He mister nugget.

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La viande commence par Vian

Bouchers, boucherie et chanson, 7

On rentre aujourd’hui dans le vif du sujet (on rentre dans le lard j’allais dire). Avec Les joyeux bouchers de Boris Vian. Ce grand inventeur inaugure le personnage du boucher dans une variante truculente de la chanson d’humour noir.

Les joyeux bouchers, par Catherine Ringer and The renegade brass band.

L’original.

Puisque la chanson se termine par l’hymne de la légion étrangère (« tiens voilà du boudin »), je vous propose un peu de littérature boudinière. Extrait du Ventre de Paris, d’Émile Zola.

Ce soir-là, vers onze heures, Quenu, qui avait mis en train deux marmites de saindoux, dut s’occuper du boudin. Auguste l’aida. À un coin de la table carrée, Lisa et Augustine raccommodaient du linge ; tandis que, devant elles, de l’autre côté de la table, Florent était assis, la face tournée vers le fourneau, souriant à la petite Pauline qui, montée sur ses pieds, voulait qu’il la fit « sauter en l’air. » Derrière eux, Léon hachait de la chair à saucisse, sur le bloc de chêne, à coups lents et réguliers.

Auguste alla d’abord chercher dans la cour deux brocs pleins de sang de cochon. C’était lui qui saignait à l’abattoir. Il prenait le sang et l’intérieur des bêtes, laissant aux garçons d’échaudoir le soin d’apporter, l’après-midi, les porcs tout préparés dans leur voiture. Quenu prétendait qu’Auguste saignait comme pas un garçon charcutier de Paris.

La vérité était qu’Auguste se connaissait à merveille à la qualité du sang ; le boudin était bon toutes les fois qu’il disait : « Le boudin sera bon. »

– Eh bien, aurons-nous du bon boudin ? demanda Lisa. Il déposa ses deux brocs, et, lentement :

– Je le crois, madame Quenu, oui, je le crois… Je vois d’abord ça à la façon dont le sang coule. Quand je retire le couteau, si le sang part trop doucement, ce n’est pas un bon signe, ça prouve qu’il est pauvre…

– Mais interrompit Quenu, c’est aussi selon comme le couteau a été enfoncé.

La face blême d’Auguste eut un sourire.

– Non, non, répondit-il, j’enfonce toujours quatre doigts du couteau ; c’est la mesure… Mais, voyez-vous, le meilleur signe, c’est encore lorsque le sang coule et que je le reçois en le battant avec la main, dans le seau. Il faut qu’il soit d’une bonne chaleur, crémeux, sans être trop épais.

Augustine avait laissé son aiguille. Les yeux levés, elle regardait Auguste. Sa figure rougeaude, aux durs cheveux châtains, prenait un air d’attention profonde. D’ailleurs, Lisa, et la petite Pauline elle-même, écoutaient également avec un grand intérêt.

– Je bats, je bats, je bats, n’est-ce pas? continua le garçon, en faisant aller sa main dans le vide, comme s’il fouettait une crème. Eh bien, quand je retire ma main et que je la regarde, il faut qu’elle soit comme graissée par le sang, de façon à ce que le gant rouge soit bien du même rouge partout… Alors, on peut dire sans se tromper: « Le boudin sera bon ».

Il resta un instant la main en l’air, complaisamment, l’attitude molle ; cette main qui vivait dans des seaux de sang était toute rose, avec des ongles vifs, au bout de la manche blanche.

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Crochets francophones

Bouchers, boucherie et chanson, 6bis

À propos du billet de samedi dernier, Louis me signale dans un commentaire qu’il y a bien une chanson en français évoquant les crochets de bouchers. Guignol des Têtes raide.

Diego me signale que Brassens évoque implicitement l’abatage des volailles dans Les oiseaux de passage, qu’on a passé il y a quelques jours (le 31 décembre 2020) : « Et quand vient le moment / De mourir il faut voir / Cette jeune oie en pleurs […] ». Et les « bœufs qui passent » de la Légende de la none, j’espère qu’ils ne vont pas à l’équarissage ? Dans le même ordre d’idée on peut se demander si le petit cheval blanc ne finit pas à l’étalage d’une boucherie chevaline, voire dans des lasagnes Findus 100% pur bœuf. Le petit cheval, adaptation d’un poème de Paul Fort (d’ailleurs les trois chansons de Brassens du jour sont des adaptations).

Et si on parlait un peu de salade pour oublier toute cette viande ? La salade, de Raoul Ponchon.

Échinocoque, trichocéphale-dispar,
Anguillule, amœba coli, lombricoïde
Ascarides, ankylostome nicobar,
Oxyure vermiculaire, balantide…
J’en passe et des meilleurs. Tels sont, mes chers enfants,
Entre mille autres, qui vivent à nos dépens,
Les vers intestinaux, les monstrueux reptiles,
Sans compter les crochus et virguleux bacilles,
Qui rognent, sapent, scient, sucent nos intestins,
Quand nous faisons intervenir, dans nos festins,
Ce que vous appelez, moi de même, salade.

Rien qu’à vous les nommer vous m’en voyez malade.
Pensez donc à ceci que chaque individu
De cette faune obscure, en nos tripes rendu,
Y détermine telle ou telle maladie ;
Le « balantidium » une balantidie.
Le « dispar » vous fait disparaître jusqu’à l’os ;
Et le moindre lombrix vous vaut le tétanos,
Que si vous avalez un simple ankilostome,
Vous pouvez devenir une ombre de fantôme.
Songez qu’en dévorant un méchant pissenlit,
Vous risquez d’attraper un amœba-coli ;
Et que l’échinocoque ainsi que l’anguillule
Vous désagrégeront, cellule par cellule.
Autant vaut avaler ton sabre, ô Damoclès !

Qu’être lombricoé par un ascaridès…
Je me sens tricoté par un tricocéphale !…
Ô ma tête ! ma tête ! ô ma pauvre céphale !

Adieu donc, ô salade ! ô raiponce ! ô chicon !
Capables d’enrichir en un jour l’Achéron.
Adieu, scarole jaune, et toi, verte laitue,
Que nous croyions inoffensive et qui nous tue !
Quel coup dur pour l’œuf dur ! Adieu, toi, le cresson !
Tu n’es plus la « santé du corps » de la chanson.
Bonsoir la betterave et la douceâtre mâche !
Endive de malheur, et céleri, grand lâche !
Chicorée ! ah mon Dieu ! c’est fini de friser !
Barbe de capucin !… qui voudrait te raser ?

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L’hyper-épicier

Bouchers, boucherie et chanson, 6

Aujourd’hui Bourvil nous chante La complainte du boucher.

Sinon, je me demande ce que Roland Barthes avait contre les bouchers. Extrait de d’une de ses Mythologies. Quelques paroles de M. Poujade.

Nous savons maintenant ce qu’est le réel petit-bourgeois : ce n’est même pas ce qui se voit, c’est ce qui se compte; or ce réel, le plus étroit qu’aucune société ait pu définir, a tout de même sa philosophie : c’est le « bon sens », le fameux bon sens des « petites gens », dit M. Poujade. La petite-bourgeoisie, du moins celle de M. Poujade (Alimentation, Boucherie), possède en propre le bon sens, à la manière d’un appendice physique glorieux, d’un organe particulier de perception : organe curieux, d’ailleurs, puisque, pour y voir clair, il doit avant tout s’aveugler, se refuser à dépasser les apparences, prendre pour de l’argent comptant les propositions du « réel », et décréter néant tout ce qui risque de substituer l’explication à la riposte. Son rôle est de poser des égalités simples entre ce qui se voit et ce qui est, et d’assurer un monde sans relais, sans transition et sans progression. Le bon sens est comme le chien de garde des équations petites-bourgeoises : il bouche toutes les issues dialectiques, définit un monde homogène, où l’on est chez soi, à l’abri des troubles et des fuites du «rêve» (entendez d’une vision non comptable des choses). Les conduites humaines étant et ne devant être que pur talion, le bon sens est cette réaction sélective de l’esprit, qui réduit le monde idéal à des mécanismes directs de riposte.

Pour une illustration de la sentence selon laquelle « le réel petit-bourgeois : ce n’est même pas ce qui se voit, c’est ce qui se compte », je vous renvoie à la série Quand l’esprit d’épicerie rencontre la révolution sexuelle, consacrée aux relations sexuelles précoces (en chansons), dans laquelle il apparaît que la chanson des années de la révolution sexuelle (années 1970 en gros) avait la manie de toujours citer les âges scandaleusement jeunes protagonistes, de Brassens à Sardou en passant par Antoine, Lenorman, etc. Le scandale se mesure objectivement.

Sinon, le boucher de Barthes, c’est l’hyper-épicier, avec « épicier » dans le sens de petit-bourgeois mesquin. Qu’on retrouve en chanson dans Les philistins, adaptation par Georges Brassens d’un poème de Jean Richepin.

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Jour de poisse

La balade aux jardins actuels, 29

J’te l’dis tout d’suite,

je m’apprête et attends Gare du nord,

Prends les coups

et ne reste que Ta tasse de thé.

Plus de Garance : Sur sa page pro, Youtube Music, Youtube et Facebook.
Crédits :
Guitare électrique, chœurs : Daniel Jea
Pad, clavier, choeurs : Gabriel Le Masne
Sauf Gare du nord :
Guitare, clarinette : Thomas Le Magurier
Batterie : Matthias Moreno
Basse : Fred Feraud

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Les crochets de bouchers

Bouchers, boucherie et chanson, 5

Le billet d’aujourd’hui est consacré aux crochets de boucher, en chansons bien sûr. Avec Meat hook de The Cure.

Je n’ai pas trouvé de chanson française sur les crochets de boucher. Il faut dire que « meat hook » c’est plus facile à caser dans un refrain que « crochet de boucher », comme sonorité s’entend. Je vous laisse à vos méditations sur le génie de la langue anglaise.

Sinon, vous vous rappelez de l’affaire Clearstream ? Il parait qu’un certain Nicolas Sarkozy a voulu pendre un certain Dominique Galouzeau de Villepin « à un crochet de boucher ». Je n’ai jamais compris ça… alors qu’il y a le « crochet à nobles » bien plus adapté en la circonstance. Extrait d’Ubu roi d’Alfred Jarry.

Père Ubu. Apportez la caisse à Nobles et le crochet à Nobles et le couteau à Nobles et le bouquin à Nobles ! Ensuite, faites avancer les Nobles.
On pousse brutalement les Nobles.
Mère Ubu. De grâce, modère-toi, Père Ubu.
Père Ubu. J’ai l’honneur de vous annoncer que pour enrichir le royaume je vais faire périr tous les Nobles et prendre leurs biens.
Nobles. Horreur ! À nous, peuple et soldats !
Père Ubu. Amenez le premier Noble et passez-moi le crochet à Nobles. Ceux qui seront condamnés à mort, je les passerai dans la trappe, ils tomberont dans les sous-sols du Pince-Porc et de la Chambre-à-Sous, où on les décervèlera. (Au Noble.) Qui es-tu, bouffre ?
Le Noble. Comte de Vitepsk.
Père Ubu. De combien sont tes revenus ?
Le Noble. Trois millions de rixdales.
Père Ubu. Condamné !
Il le prend avec le crochet et le passe dans le trou.
Mère Ubu. Quelle basse férocité !



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