Georges Brassens est-il misogyne ?

Féminisme / sexisme 8

Jacques Brel et Léo Ferré étaient d’authentiques misogynes, il n’y a aucun doute là-dessus. Pour Georges Brassens, la question est autrement plus complexe. Je vous propose un florilège de ses chansons les plus féministes et les plus misogynes.

Quand Brassens raconte l’histoire d’une blonde, il l’appelle Bécassine, mauvais point de départ. Mais la chanson est plutôt féministe.

Dans La complainte des filles de joie, il parle des putains sans misérabilisme ni complaisance, c’est plutôt rare en chanson, voir la série du blog sur la prostitution en chanson, ici.

Une difficulté de notre question, c’est l’anachronisme. On juge un chanteur né il y a presque un siècle sur des critère actuels, on tombe vite dans les débats stériles du type « Tintin est-il raciste ? ». Brassens est original de ce point de vue : homme du passé profond, ou même de sa réinvention, qui chante les dieux grecs, le moyen-âge, le cocu, la bergère ou le curé du village… mais qui chante aussi des chansons qui semblent en avance sur leur temps, comme Les croquants, qu’on appellerait aujourd’hui une chanson sur le « consentement » (tout comme Bécassine d’ailleurs).

Passons aux chansons misogynes. Tout d’abord, Misogynie à part. Le mot est dans le titre, c’est assez rare. Elle l’emmerde, on a compris.

Dans Une jolie fleur, il explique qu’en amour, on ne demande pas aux filles d’avoir inventé la poudre. C’est vrai, mais aux hommes non plus en fait.

Une petite dernière, Les casseuses. Prenez garde au placement rythmique des paroles, c’est assez curieux et original.

Bon voilà, trois chansons partout, match nul. Je note cependant que dans ses chansons féministes, Brassens recourt un peu plus à la généralisation que dans ses chansons machistes. Ma conclusion : ce bon Georges n’est pas du tout misogyne !

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Jacques Brel est-il misogyne ?

Féminisme / sexisme 7

Jacques Brel est bien connu pour son « problème » avec les femmes, problème plus facile à mesurer (il est très gros) qu’à définir. Il avait toutes sortes de théories sur « l’homme » et « la femme », exposées très clairement dans la vidéo à suivre.

Une autre interview, avec Denise Glaser.

Dans ses chansons, Brel nous livre parfois de véritables exposés de doctrine misogyne. Les filles et les chiens.

Autre exemple dans son album testament, Les Marquises, sa chanson La ville s’endormait.

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Serge Rezvani

La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 14/17

On s’attaque maintenant à ces artistes qui ont touché à la fois à la peinture et à la chanson. Je n’en ai pas trouvé au sommet de la gloire dans les deux domaines, pas de Brueghel-Brassens, pas de Brel-Goya, pas de Warhol-Dylan. Pas même de Kandinsky-Ligeti. Comme artiste reconnu dans les deux arts, je propose toutefois Serge Rezvani, peintre et auteur de chansons. Vous pouvez découvrir ses peintures et ses chansons sur un beau site web qui lui est consacré, ici et .

Je vous ai choisi une chanson moins connue que son tube (Le tourbillon) : Ma ligne de chance, dans Pierrot le fou, film de Jean-Luc Godard. Par Anna Karina et Jean-Paul Belmondo.

Jeanne Moreau disait à propos de Rezvani, dans l’émission Tour de Chant, le 26 novembre 2017 :
L’écriture de ses chansons est très simple, mais en même temps, c’est pas bête. En général, on confond la simplicité et la bêtise. Là, c’est pas intellectuel, mais c’est pas sot.

1 – Pourquoy n’aura mon langage, son or et ses douces fleurs ?
2 – Être Dieu
3 – Brel à Gauguin
4 – Goya et la chanson
4bis – Goya bis
5 – La peinture en bâtiment est-elle un art majeur ?
6 – Figure mythique du peintre
7 – Van Gogh, peintre par excellence de la chanson
8 – Autres personnages de peintres
9 – Les arbres de Corot
10 – Regard impressioniste
11 – La Joconde
12 – Nicolas Schöffer
13 – Ekphrasis
14 – Serge Rezvani
15 – Nino Ferrer
16 – Mick Micheyl
17 – Serge Gainsbourg

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Brel à Gauguin

La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 3/17

Patrick Hannais, fidèle abonné du Jardin, a attiré mon attention sur les destins parallèles de Jacques Brel et Paul Gauguin. À presque un siècle d’intervalle, tous les deux quittent les affaires pour se lancer dans l’art, épousent des femmes du nord aux prénoms similaires (Miche Brel, Mette Gauguin). Ils sont morts à peu près au même âge et sont enterrés côte-à-côte dans le même petit cimetière de l’île de Hiva Oa, aux Marquises.

Patrick Hannais a écrit une chanson sur ces histoires parallèles : Brel à Gauguin. Sur la vidéo, regardez les documents qu’il a réunis et cet étrange air de famille entre Brel et Gauguin.

Brel lui-même évoque Gauguin dans sa chanson testament, Les Marquises.

La pluie est traversière
Elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs
Qui fredonnent Gauguin

Quel dommage que Gauguin n’ait pas peint un portrait de Brel… Je vous passe aussi Gauguin, de Pierre Delorme.

1 – Pourquoy n’aura mon langage, son or et ses douces fleurs ?
2 – Être Dieu
3 – Brel à Gauguin
4 – Goya et la chanson
4bis – Goya bis
5 – La peinture en bâtiment est-elle un art majeur ?
6 – Figure mythique du peintre
7 – Van Gogh, peintre par excellence de la chanson
8 – Autres personnages de peintres
9 – Les arbres de Corot
10 – Regard impressioniste
11 – La Joconde
12 – Nicolas Schöffer
13 – Ekphrasis
14 – Serge Rezvani
15 – Nino Ferrer
16 – Mick Micheyl
17 – Serge Gainsbourg

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Amsterdam

Plagiats en chanson 4/9
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La musique d’Amsterdam de Jacques Brel rappelle celle de Greenleeves, une chanson traditionnelle anglaise.

Comme j’ai déjà passé les versions de Brel et Parabellum (excellente, ici), je suis parti en quête d’une bonne reprise. Pas facile, allez-y voir sur youtube. J’ai trouvé ça. Amsterdam, par Isabelle Boulay.

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La sonate au clair de lune de Beethoven

La chanson, art majeur ou art mineur VI. Musique classique, chanson, et réciproquement, 12/18
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En chanson, on entend parfois une citation classique subreptice. Dans Les bonbons de Jacques Brel, au moment de « sur le kiosque on joue Mozart », l’orchestre se prend pour Mozart un quart de seconde.

 

Dans Couché dans le foin, une chanson de Mireille et Jean Nohain, il y a un emprunt rapide à Carmen de Georges Bizet (sur « Hélas le métier de toréador », vers 1:02). Je vous propose une interprétation par Pills et Tabet. On aperçoit Jean Nohain au début de la vidéo.

Dans Il fait des …, l’une des 87 chansons écrites par Édith Piaf, Yves Montand nous fait entendre quelques passages classiques, dont un petit bout de la Sonate au clair de lune de Beethoven, c’est vers la fin.

J’en profite pour vous repasser l’excellent sketch de Bernard Haller.

Il est vrai que cette sacrée sonate se prête volontiers à toutes sortes de massacres. Au kazoo, Joël Van Der Mark.

Puisqu’on parle de Beethoven, je vous raconte un souvenir personnel. En cours de solfège, la prof nous demande pourquoi à la fin de la Cinquième symphonie, l’orchestre joue plusieurs fois l’accord de tonique. J’ai répondu : « parce que Beethoven était sourd ». On m’a viré de l’école de musique.

Meuh non, on ne m’a pas viré, personne n’a entendu ma bonne blague. Et la vraie réponse c’était plutôt que vue la colossale quantité d’énergie harmonique accumulée, il fallait résoudre plusieurs fois.

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La gare Saint Lazare de Brel

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 15/17

Mystère aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi la Gare Saint-Lazare apparaît dans trois chansons de Jacques Brel. La belle Frida y était peut-être guichetière ?

Vesoul, version auto-parodique

Les timides

Titine

Cette apparition de Lazare le ressuscité est peut-être une réminiscence de l’époque catholique de Brel ? Mais « on s’égare » peut-être …

Dites si c’était vrai

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson
1 – Entre Cuba et Manille
2 – Ménilmontant
3 – Le paradis
4 – La Molvanie
4bis – Le kamklep
5 – Chez Laurette
6 – L’underground café déménage rue Watt
6bis – La rue Watt
7 – Café Pouchkine
8 – Rue de la Grange aux Loups
9 – Le café des délices
10 – Quand la RATP invalide les chansons
11 – Les chants du Pelennor
12 – Comment se rendre en Transylvanie Transsexuelle
13 – Leindenstadt
14 – Porte des Lilas et Paimpol
14bis – Porte des Lilas (bis)
15 – La gare Saint Lazare de Brel
16 – San Francisco
17 – Rochefort
17bis – Saint-Lazare, bis
17ter – Gare du nord et Lountatchimo

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Porte des Lilas et Paimpol

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 14/17

Je vous propose maintenant des lieux non pas inventés, mais comme habités par des chansons… Ceci est bien sûr hautement subjectif, mais tout amateur de chanson associe tel lieu à telle chanson, et réciproquement. Pour moi, Arras, c’est la ville du soldat Bidasse, Tampico, c’est La chanson de Margaret, Vesoul c’est Brel. L’Amsterdam de Brel est presque plus réelle que la véritable. Et Broadway, c’est la Java of course. À moins que ça ne soit Meudon ? Je m’y perds. Rassurez-vous, je ne repasse pas La java de Broadway, je suis en cure de désintoxication. Aujourd’hui on va à Paimpol, avec sa célèbre Paimpolaise, chanson de Théodore Botrel. Par Anton Valéry.

 

Et l’aura de la chanson Les Lilas est suffisante pour que la RATP affiche un beau portrait de Georges Brassens à la station Porte des Lilas.

brassensLilas

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson
1 – Entre Cuba et Manille
2 – Ménilmontant
3 – Le paradis
4 – La Molvanie
4bis – Le kamklep
5 – Chez Laurette
6 – L’underground café déménage rue Watt
6bis – La rue Watt
7 – Café Pouchkine
8 – Rue de la Grange aux Loups
9 – Le café des délices
10 – Quand la RATP invalide les chansons
11 – Les chants du Pelennor
12 – Comment se rendre en Transylvanie Transsexuelle
13 – Leindenstadt
14 – Porte des Lilas et Paimpol
14bis – Porte des Lilas (bis)
15 – La gare Saint Lazare de Brel
16 – San Francisco
17 – Rochefort
17bis – Saint-Lazare, bis
17ter – Gare du nord et Lountatchimo

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La reprise : un art majeur

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 9/11
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Composer, écrire des chansons, voilà sûrement un art mineur : c’est Gainsbourg qui le dit. Mais les reprendre, leur apporter jeunesse, les magnifier, voilà un art majeur. Extrait de La musique et l’ineffable, de Vladimir Jankélévitch, philosophe et musicien :

Le créateur, l’exécutant qui est recréateur actif, l’auditeur qui est recréateur fictif participent tous les trois à une sorte d’opération magique : l’exécutant coopère avec le premier opérateur en faisant exister l’œuvre effectivement dans l’air vibrant pendant un certain laps de durée, et l’auditeur, recréateur tertiaire, coopère en imagination ou par des gestes naissants avec les deux premiers. Refaire, disions-nous, c’est faire, et le recommencement est parfois un vrai commencement […]
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La nuit, je mens, chanson d’Alain Bashung reprise par Cazoul. À force de l’écouter, je lui trouve quelques mérites, mon côté recréateur actif sans doute. D’ailleurs, pour une fois qu’une chanson parle de théorie des graphes (« voleur d’amphores au fond des cliques »).

Sinon, je me demande à quoi tient ce génie de la chanson pour le mauvais goût. Je dirais qu’entre tous les arts, la chanson est celui dans lequel on regarde l’artiste avant l’œuvre. C’est l’art de la sincérité, de l’identification par excellence. J’en tiens pour preuve l’hystérie des fans, phénomène qui concerne surtout la chanson (on y consacrera une série bientôt).

Autre indice : on juge souvent un chanteur sur l’authenticité du personnage qu’il incarne (encore une série en préparation). On reproche à Renaud de ne pas être un vrai loubard, à tel rappeur de ne pas venir d’une cité. Mais on congratule Daniel Guichard d’avoir vraiment perdu son père, qui était vraiment un prolo, Brel de vraiment avoir des problèmes avec les femmes, Barbara d’être vraiment amoureuse, d’avoir vraiment visité Göttingen, d’avoir vraiment perdu son père à Nantes, père qui avait vraiment abusé d’elle. Quand Sardou explique benoitement que dans Je suis pour, ce n’est pas lui mais son personnage qui défend la peine de mort, personne ne le croit. Probablement, lui-même n’y croit pas. On se félicite par contre que Brassens soit vraiment un bon bougre. Et Pierre Perret, qu’il soit peut-être un faux bon bougre, que son amitié avec Léautaud soit peut-être inventée, l’affaire est assez grave pour mériter une campagne de presse et un procès. Si vous ne connaissez pas cette étrange histoire, tapotez dans votre moteur de recherche préféré, vous verrez.

Mais savoir si Louis de Funès est vraiment colérique, Chaplin vraiment un vagabond, etc., tout le monde s’en fout. Au contraire, on mesure le talent de l’acteur au nombre de kilos qu’il prend ou qu’il perd pour n’être plus lui-même et coller à son personnage, on félicite Bruno Ganz pour incarner son contraire (Hitler dans La chute), on admire Peter Sellers qui dans Docteur Folamour est successivement un savant nazi, un colonel british et un président des états-unis falot, on adore Sabine Azéma et Pierre Arditi qui interprètent tous les personnages de Smoking, no smoking, etc.  Je ne parle même pas des cantatrices, des mimes, des imitateurs, des marionnettistes, …

Le chanteur de chansons, c’est le seul dont on exige qu’il soit lui-même. Tout lui sera alors pardonné, il peut chanter faux, mal jouer de la guitare, écrire des paroles con-con et des musiques simplettes. Mais s’il fait du kitsch ou du bidon, on l’entend comme une part essentielle de sa personne. Et de la notre, car dans l’offense au bon goût du chanteur, notre complicité de « recréateur tertiaire » (cf Jankélévitch au début du billet) est requise. Dans le vague karaoké permanent, le casque sur les oreilles ou dans sa voiture, l’amateur de chansons n’entend pas la chanson-hon comme il jetterait un œil distrait sur un bibelot kitch.

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