Le retour de l’accent tonique

Peut-on chanter en français – 23bis

À propos de l’accent tonique, Pierre Delorme m’écrit ceci :

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En fait, c’est le rapport entre l’accent tonique et les temps forts de la mélodie qui est en question.
De façon spontanée on fait correspondre les accents toniques de la langue avec les temps accentués de la mélodie. En français, l’accent est fixe, toujours sur la dernière syllabe du mot, et plus généralement sur la dernière syllabe du dernier mot d’un élément de phrase ou d’une phrase (syntagme), par exemple « je suis veNU ». « Je suis venu te DIre »
En anglais, l’accent est mobile, selon les mots il change de place et ça n’est pas toujours la dernière syllabe qui est accentuée, on dit par exemple « MORning » ou « MinneSOta ». En anglais aussi on a tendance à placer les syllabes accentuées sur les temps accentués de la mélodie, pour cette raison et pour faire ressembler le français chanté à l’anglais chanté on déplace l’accent tonique français sur une autre syllabe que la dernière et on la place sur un temps accentué de la mélodie. Pour ressembler à « MORning » , le maTIN du français va devenir chanté « MAtin ».
Laurent Gerra raconte qu’il a rencontré Francis Cabrel (une vraie caricature dans ce domaine ) dans un restaurant et qu’il lui a avoué malicieusement mal connaître ses chansons parce qu’il n’écoutait pas beaucoup la « RAdio » !
On pense ce qu’on veut de cette manière de vouloir singer l’anglais avec le français, mais on peut apprécier aussi la façon dont les chanteurs qui « swinguent » placent la syllabe accentuée du français en léger décalage (un demi-temps par exemple) avec le temps accentué de la mélodie, ce qui allège le phrasé et fait balancer la chanson, sans chercher à imiter l’anglais chanté.
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Comme chanson qui illustre le balancement évoqué ci-dessus, Pierre Delorme propose La folle complainte de Charles Trenet. Amateurs de solfège, à votre papier à musique pour vérifier tout ça.

De mon côté, puisque le billet parle de Laurent Gerra et de Francis Cabrel, je vous passe une petite imitation. Mauvaise nouvelle.


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Le best-of de Pierre Delorme

Peut-on chanter en français – 16bis

Je vous passe aujourd’hui un choix opéré par Pierre Delorme des meilleures adaptations en français de Bob Dylan.

Qui a tué Davy Moore, par Graeme Allwright.

Seven curses, par Sarclo. Pas disponible sur YouTube, je mets un lien vers le site de Sarclo.

Et La fille du Nord, par Hugues Aufray, sur des paroles de Pierre Delanoë.

Merci Monsieur Delorme pour cette sélection des meilleures adaptations du p’tit gars du Minnesota ! Le P’tit gars du Minnesota, paroles, musique et interprétation de Pierre Delorme.

Sur le site Crapauds et Rossignols, un article de Pierre Delorme signale L’étranger de Léonard Cohen. Sur le même lien, je recommande aussi la lecture d’un long commentaire de Sarclo à propos de ses adaptations de Dylan.

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Dire « dire » : ce qu’en dit Brassens

Peut-on chanter en français – 11bis

Dans le billet consacré à Cole Porter, j’ai eu le malheur de dire (ou de dir-euh) que « Tout dire dans des vers de six pieds » est un octosyllabe. Ce à quoi Pierre Delorme et Patrick Hannais m’ont rétorqué qu’il s’agit techniquement d’un vers de neuf pieds, puisque « dire » compte en théorie pour deux syllabes. Je les remercie pour leur vigilance.

Évidemment, en chanson, on peut souligner ou pas les « e » muets. C’est une question de respect des règles, de goût, de mode, de cohérence entre musique et paroles, de sonorité, bref de technique d’écriture, on peut ergoter sans fin. Mais partant du principe que la règle est avant tout le reflet des meilleures pratiques et non l’inverse, je me suis demandé comment un auteur qu’on ne peut suspecter de nonchalance versificatoire, à savoir Georges Brassens, abordait la prononciation du verbe « dire » à l’infinitif dans ses chansons. À ma grande surprise, j’ai dénombré pas moins de quarante-deux chansons du bon maître où l’on dit « dire », ce qui fait que l’échantillon a une certaine significativité statistique. Je ne sais pas si un seul parolier est aussi prodigue de « dire »… Brassens serait le chanteur du dire, je vous laisse à vos conjectures sur ce surprenant phénomène dont je ne sais s’il a déjà été noté.

Malgré des données assez substantielles, la question de la prononciation de « dire » chez Brassens reste assez complexe. Il y a plusieurs subtilités : est-ce que « dire » est en fin de vers ou pas ? Est-ce qu’il est suivi d’une voyelle ou d’une consonne ? Est-ce que Brassens a décidé lui-même, ou est-ce qu’il adapte un poète ? Est-ce que Brassens a écrit lui-même une musique, et si oui, a-t-il enregistré la chanson, seule preuve irréfutable de la manière dont il dit « dire » ? Revue de détails ci-dessous, et le score final sera tout au bout du suspense.

Je commence par trois chansons qui ne comptent pas vraiment, puisque ce sont des adaptations de poètes. Dans Pensées des morts (adaptée d’Alphonse de Lamartine) et Les Oiseaux de passage (adaptée de Jean Richepin), « dire » compte bien pour deux syllabes. Pensées des morts a une structure de rimes assez irrégulière (A-B-A-B-C-C-D-E-E-D) et est écrite en vers de sept pieds. Brassens en transforme certains en octosyllabes prononçant des « e » muets en fin de vers, ce qu’a priori il ne faudrait pas faire lors d’une lecture sans musique. Allez y comprendre quelque chose.

Extrait de la chanson numéro 1 de notre échantillon, Pensées des morts :
C’est l’ombre pâle d’un père
Qui mourut en nous nommant ;
C’est une sœur, c’est un frère
Qui nous devance un moment,
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour où l’autre ravie,
Emporte une part de nous,
Semblent dire sous la pierre :
« Vous qui voyez la lumière,
De nous vous souvenez vous ? »


Extrait de la chanson numéro 2 de notre échantillon, Les oiseaux de passage :
Elle a fait son devoir c’est-à-dire que oncques
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameur sur un fleuve inconnu.


Dans Le roi boiteux, le « e » muet est aussi souligné. C’est assez étrange, parce qu’avec « dire » en fin de vers, ça n’est pas obligatoire, voire même interdit. Et en plus, ça transforme l’octosyllabe en vers de 9 pieds, en contradiction avec la métrique apparente du texte ! Mais quand le sujet est boiteux, pourquoi le roi ne le serait-il pas (je parle du roi des chanteurs bien sûr)… L’auteur des paroles est Gustave Nadaud, qui avait la particularité exceptionnelle pour son époque d’être auteur-compositeur-interprète. Hélas, je crois que la musique originale du Roi boiteux est perdue, et il n’y a évidemment pas d’enregistrement. On ne saura peut-être jamais s’il prononçait son « e » muet.

Extrait de la chanson numéro 3 de notre échantillon, Le roi boiteux :
Tout le monde se mit à rire,
Excepté le roi qui, tout bas,
Murmura : »Monsieur, qu’est-ce à dire ?
Je crois que vous ne boitez pas. »

J’aborde maintenant le cas particulier des sept chansons de Brassens où « dire » tombe à la fin d’un vers. Comme Patrick Hannais le rappelle dans son commentaire, souligner le « e » muet n’est alors pas obligatoire, ou incorrect. Effectivement, dans Histoire de faussaire, le « e » final de « dire » n’est pas souligné. C’est plus ou moins obligatoire à cause de la rime avec « mentir ».

Extrait de la chanson numéro 4 de notre échantillon, Histoire de faussaire :
En l’occurrence Cupidon
Se conduisit en faux-jeton,
En véritable faux témoin,
Et Vénus aussi, néanmoins
Ce serait sans doute mentir
Par omission de ne pas dire
Que je leur dois quand même une heure
Authentique de vrai bonheur.


Mais dans pas moins de quatre chansons, à savoir À l’ombre des maris, Le bulletin de santé, Le vin et Pauvre Martin, le « e » final de « dire » est bien souligné, même en fin de vers ! Sans toutefois compter dans le nombre de pieds.

Extrait de la chanson numéro 5 de notre échantillon, À l’ombre des maris :
À l’ombre des maris, mais cela va sans dire,
Pas n’importe lesquels, je les trie, les choisis.
Si madame Dupont, d’aventure, m’attire,
Il faut que, par surcroît, Dupont me plaise aussi !


Extrait de la chanson numéro 6 de notre échantillon, Le bulletin de santé :
Qu’on me comprenne bien, j’ai l’âme du satyre
Et son comportement, mais ça ne veut point dire
Que j’en aie le talent, le génie, loin s’en faut !
Pas une seule encor’ ne m’a crié : « Bravo ! »


Extrait de la chanson numéro 7 de notre échantillon, Le vin :
Jadis, aux enfers,
Certes, il a souffert,
Tantale,
Quand l’eau refusa
D’arroser ses a-
Mygdales
Être assoiffé d’eau,
C’est triste, mais faut
Bien dire
Que l’être de vin,
C’est encore vingt
Fois pire…


Extrait de la chanson numéro 8 de notre échantillon, Pauvre Martin :
Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite, en se cachant,
En faisant vite, en se cachant,
Et s’y étendit sans rien dire
Pour ne pas déranger les gens


Je laisse ouverte la question pour Le pince-fesse et Le sein de chair et le sein de bois, textes que Brassens n’a pas mis en musique et qu’a fortiori il n’a pas chanté. Il sont en alexandrins et decasyllabes, et il serait curieux de souligner le « e » final. Mais Brassens l’aurait sans doute fait si on se réfère aux chansons passées jusqu’ici.

Extrait de la chanson numéro 9 de notre échantillon, Le pince-fesse :
Les fesses, ça me plaît, je n’crains pas de le dire,
Sur l’herbe tendre j’aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu’à les botter mais
Dieu m’est témoin que je ne les pince jamais.

Extrait de la chanson numéro 10 de notre échantillon, Le sein de chair et le sein de bois :
Après avoir fait son devoir de mère,
Gorgé de lait notre dernier blanc-bec,
Ma femme constata, surprise amère,
Qu’il avait tété la mamelle avec.
Le cœur rongé, c’est le cas de le dire,
La malheureuse criait comme un putois.
Le lendemain, pour calmer son délire,
Je lui fis faire un nouveau sein de bois.

J’aborde maintenant les dix-sept chansons de Brassens ou « dire » n’est pas en fin de vers, mais suivi d’une voyelle, ce qui fait que souligner le « e » muet crée un hiatus désagréable. La règle est alors de compter « dire » pour une syllabe, ce qui est bien le cas dans toutes les chansons effectivement chantées par Brassens, à savoir Brave Margot, Il suffit de passer le pont, L’épave, La messe au pendu, La tondue, Le gorille, Maman papa, Trompe la mort, Vénus Callipyge, Supplique pour être enterré sur la plage de Sète et Mourir pour des idées. Détails ci-dessous.

Extrait de la chanson numéro 11 de notre échantillon, Brave Margot :
Le chat la prenant pour sa mère
Se mit à téter tout de go
Émue, Margot le laissa faire
Brave Margot
Un croquant passant à la ronde
Trouvant le tableau peu commun
S’en alla le dire à tout l’ monde
Et le lendemain…

Extrait de la chanson numéro 12 de notre échantillon, Il suffit de passer le pont :
Ding ding dong ! les matines sonnent
En l’honneur de notre bonheur,
Ding ding dong ! faut l’dire à personne :
J’ai graissé la patte au sonneur.

Extrait de de la chanson numéro 13 de notre échantillon, L’épave :
Et j’étais là, tout nu, sur le bord du trottoir
Exhibant, malgré moi, mes humbles génitoires.
Une petit’ vertu rentrant de travailler,
Elle qui, chaque soir, en voyait une douzaine,
Courut dire aux agents : « J’ai vu quelque chose d’obscène ! »
Ça n’ fait rien, il y a des tapins bien singuliers…

Extrait de la chanson numéro 14 de notre échantillon, La messe au pendu :
Et, plein d’une sainte colère,
Il partit comme à l’offensive
Dire une grand’ messe exclusive
À celui qui dansait en l’air.

Extrait de la chanson numéro 15 de notre échantillon, La tondue :
J’aurais dû prendre un peu parti pour sa toison,
Parti pour sa toison,
J’aurais dû dire un mot pour sauver son chignon,
Pour sauver son chignon

Extrait de la chanson numéro 16 de notre échantillon, Le gorille, avec une particularité étrange : le verbe « dire » est dans une citation, alors qu’en général, il introduit une citation.
« Bah ! soupirait la centenaire,
Qu’on puisse encor’ me désirer,
Ce serait extraordinaire,
Et, pour tout dire, inespéré ! »

Extrait de la chanson numéro 17 de notre échantillon, Maman, papa :
Maman, maman, je préfère à mes jeux fous,
Maman, maman, demeurer sur tes genoux,
Et, sans un mot dire, entendre tes refrains charmants,
Maman, maman, maman, maman.

Extrait de la chanson numéro 18 de notre échantillon, Trompe la mort :
Et si j’ai l’air moins guilleret,
Moins solide sur mes jarrets,
Si je chemine avec lenteur
D’un train de sénateur,
N’allez pas dire : « Il est perclus »
N’allez pas dire : « Il n’en peut plus « ,
C’est rien que de la comédie,
Que de la parodie

Extrait de la chanson numéro 19 de notre échantillon, Vénus callipyge :
Votre dos perd son nom avec si bonne grâce,
Qu’on ne peut s’empêcher de lui donner raison.
Que ne suis-je, Madame, un poète de race,
Pour dire à sa louange un immortel blason.

Extrait de la chanson numéro 20 de notre échantillon, Supplique pour être enterré à la plage de Sète :
Mon caveau de famille, hélas, n’est pas tout neuf.
Vulgairement parlant il est plein comme un œuf
Et, d’ici que quelqu’un n’en sorte,
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens : « Poussez vous donc un peu !
Place aux jeunes ! » en quelque sorte.

Extrait de la chanson numéro 21 de notre échantillon, Mourir pour des idées :
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité.
J’en conclus qu’ils doivent se dire, en aparté :
« Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente,
D’accord, mais de mort lente. »

Je la laisse la question ouverte pour La visite, L’antéchrist, S’faire enculer, Le vieux Normand, L’orphelin et Discours de fleur que Brassens n’a pas chantées.

Extrait de la chanson numéro 22 de notre échantillon, La visite :
On venait pas les sermonner,
Tenter de les endoctriner,
Pas leur prendre leur site.
On venait leur dire en passant,
Un petit bonjour innocent,
On venait en visite.

Extrait de la chanson numéro 23 de notre échantillon, L’antéchrist :
En se sacrifiant, il sauvait tous les hommes.
Du moins le croyait-il ! Au point où nous en sommes,
On peut considérer qu’il s’est fichu dedans.
Le jeu, si j’ose dire, en valait la chandelle.
Bon nombre de chrétiens et même d’infidèles,
Pour un but aussi noble, en feraient tout autant.

Extrait de la chanson numéro 24 de notre échantillon, S’faire enculer :
Lâcher ce terme bas, Dieu sait ce qu’il m’en coûte,
La chose ne me gêne pas mais le mot me dégoûte,
Je suis désolé de dire « enculé ».

Extrait de la chanson numéro 25 de notre échantillon, Le vieux Normand :
Crosse en l’air ou bien fleur au fusil,
C’est à toi d’en décider, choisis !
À toi seul de trancher s’il vaut mieux
Dire « amen » ou « merde à Dieu ».

Extrait de la chanson numéro 26 de notre échantillon, L’orphelin :
Celui qui a fait cette chanson
A voulu dire à sa façon,
Que la perte des vieux est par-
Fois perte sèche, blague à part.
Avec l’âge c’est bien normal,
Les plaies du cœur guérissent mal.
Souventes fois même, salut !
Elles ne se referment plus.

Extrait de la chanson numéro 27 de notre échantillon, Discours de fleur :
Mais minuit sonnait déjà,
Lors en pensant que mes chats,
Privés de leur mou, peuchère,
Devaient dire : « Il exagère »,
Et saluant mes amies
Les fleurs je leur ai promis
Que je reviendrais bientôt.
Et vivent les végétaux !

On en arrive enfin au cœur de la question. Qu’en est-t-il quand « dire » est placé bien au milieu d’un vers et suivi d’une consonne ? Chante-on « dir-EUH » ou « dir’ » ? Maitre Brassens, venez-nous en aide. Le score est très serré ! Dans six chansons, Brassens dit « di-reuh », à savoir Tonton Nestor, Hécatombe, La guerre de 14-18, Trompettes de la renommée, Le pornographe et Le testament.

Extrait de la chanson numéro 28 de notre échantillon, Tonton Nestor :
Quand la fiancée,
Les yeux baissés,
Des larmes pleins les cils,
S’apprêtait à
Dire « oui da ! »
À l’officier civil,
Qu’est-c’ qui vous prit,
Vieux malappris,
D’aller, sans retenue,
Faire un pinçon
Cruel en son
Éminence charnue ?

Extrait de la chanson numéro 29 de notre échantillon, Hécatombe :
Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons,
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons,
Ces furies, à peine si j’ose
Le dire tellement c’est bas,
Leur auraient mêm’ coupé les choses
Par bonheur ils n’en avaient pas.
Leur auraient mêm’ coupé les choses
Par bonheur ils n’en avaient pas.

Extrait de la chanson numéro 30 de notre échantillon, La guerre de 14-18 :
Est-ce à dire que je méprise
Les nobles guerres de jadis,
Que je m’ soucie comm’ d’un’ cerise
De celle de soixante-dix ?

Extrait de la chanson numéro 31 de notre échantillon, Trompettes de la renommée (qui compte aussi pour dire suivi d’une voyelle d’ailleurs, « dire » y est donc prononcé de deux manières différentes) :
Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente
Avec le Père Duval, la calotte chantante,
Lui, le catéchumène, et moi, l’énergumène,
Il me laisse dire merde, je lui laisse dire amen.

Extrait la chanson numéro 32 de notre échantillon, Le pornographe :
Ma femme est, soit dit en passant,
D’un naturel concupiscent
Qui l’incite à se coucher nue
Sous le premier venu…
Mais
M’est-il permis, soyons sincères,
D’en parler au café-concert
Sans dire qu’elle a, suraigu,
Le feu au cul ?

Extrait de la chanson numéro 33 de notre échantillon, Le testament :
Avant d’aller conter fleurette
Aux belles âmes des damnées,
Je rêve d’encore une amourette,
Je rêve d’encore m’enjuponner…
Encore une fois dire : « Je t’aime »…
Encore une fois perdre le nord
En effeuillant le chrysanthème
Qui est la marguerite des morts.
En effeuillant le chrysanthème
Qui est la marguerite des morts.

Et dans cinq chansons, Brassens compte « dire » pour une seule syllabe, à savoir La ballade des cimetières, L’amandier, Le fossoyeur, Le mauvais sujet repenti, et Une jolie fleur.

Extrait de la chanson numéro 34 de notre échantillon, La ballade des cimetières :
Mais, seul, un fourbe aura l’audace,
De dire :  » J’ l’ai vu à l’horizon,
Du cimetière du Montparnasse,
À quatre pas de sa maison « .

Extrait de la chanson numéro 35 de notre échantillon, L’amandier :
Un écureuil en jupon
Dans un bond,
Un écureuil en jupon,
Dans un bond,
Vint me dire : « Je suis gourmande
Et mes lèvres sentent bon,
Et, si tu m’ donnes une amande,
J’ te donne un baiser fripon ! »

Extrait la chanson numéro 36 de notre échantillon, Le fossoyeur :
J’ai beau m’ dire que rien n’est éternel,
J’peux pas trouver ça tout naturel ;
Et jamais je ne parviens
A prendre la mort comme ell’evient…
J’suis un pauvre fossoyeur.

Extrait de la chanson numéro 37 de notre échantillon, Le mauvais sujet repenti :
Elle avait la taille faite au tour,
Les hanches pleines,
Et chassait le mâle aux alentours
De la Mad’leine…
À sa façon d’ me dire : « Mon rat,
Est-ce que j’te tente ? »
Je vis que j’avais affaire à
Une débutante…

Extrait de la chanson numéro 38 de notre échantillon, Une jolie fleur :
Jamais sur terre il n’y eut d’amoureux
Plus aveugle que moi dans tous les âges,
Mais faut dire qu’je m’étais crevé les yeux
En regardant de trop près son corsage…

Je laisse à la sagacité de lecteurs qui voudraient refaire le match quatre chansons non chantées par Brassens.

Extrait la chanson numéro 39 de notre échantillon, Le progrès :
Supplantés par des betteraves,
Les beaux lilas ! Les beaux lilas !
Sans mentir, il faut être un brave
Fourbe pour dire d’un ton grave,
Que le jardin du curé garde tout son éclat,
Tout son éclat.

Extrait la chanson numéro 40 de notre échantillon, Le myosotis :
Le myosotis
Braillait comme dix
Pour dire : »Hé là-bas,
Ne m’oubliez pas. »

Extrait de la chanson numéro 41 de notre échantillon, Les radis :
Certaines pécores futées dirent sans façons : « Nous, on s’en fiche
De cette pénurie, on emploie le radis postiche
Qui garantit
Du manque de radis. »

Dans la chanson numéro 42 de notre échantillon, il y a deux fois le verbe dire. Extrait de Tant qu’il y aura des Pyrénées :
Frapper le gros Mussolini,
Même avec un macaroni,
Le Romain qui jouait à ça
Se voyait privé de pizza.
Après le Frente Popular,
L’hidalgo non capitulard
Qui s’avisait de dire « niet »
Mourait au son des castagnettes.

J’ai conspué Franco, la fleur à la guitare,
Durant pas mal d’années ;
Faut dire qu’entre nous deux, simple petit détail,
Y avait les Pyrénées !

Donc, le résultat des élections est sans appel : six contre cinq. Lorsque « dire » n’est pas en fin de vers et suivi d’une consonne, la règle est bien de compter « dire » pour deux syllabes. Mais je note que la plupart des chansons s’abstiennent et comme en bien des élections, l’abstention est majoritaire. Les chansons pas contentes du résultat n’avaient qu’à voter. Bon, maintenant j’avoue : ce billet c’était en fait un pastiche du chapitre de Bouvard et Pécuchet (celui qui commence par « Ils écrivirent des chansons. Ils se demandèrent d’abord quelles étaient les règles pour compter les pieds, etc, etc ».) Qu’on se le dise.

Dernière chose : je me demande si je n’ai pas découvert La grande question sur la vie, l’univers et le reste.

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Yes I can

Handicap et chanson 34/34

Pour conclure cette série, je vous propose la chanson promotionnelle des Jeux paralympiques de Rio de 2016.

Un grand merci à Pierre Delorme du site Crapauds&Rossignols et à Frédéric Bobin, qui m’ont bien aidé à préparer cette série en me signalant de nombreuses chansons. Merci aussi à Thibaut Chambriard de la mission handicap de l’ENS de Lyon.

Et pour la toute première fois dans le Jardin, une chanson à cheval sur deux séries. Adaptation de Busy line de Rose Murphy en langue des signes américaine … Par Gili Beit Halahmi à la langue des signes et Yael Rasooly à la voix. En lien avec le prochain thème qui ne sera révélé qu’après-demain.

1 – Quasimodo
2 – Belle
3 – L’homme qui rit
4 – Monsieur William
5 – One of us
6 – Tommy
7 – La femme tronc
8 – Les petits amoureux
8bis – Hélicon
9 – La noce des infirmes
10 – L’invalide à la pine de bois
11 – À quoi pense le réalisateur ?
12 – Une courte de Corbier
13 – Kekseksa Papa ?
14 – La mauvaise réputation
15 – Le bégaiement
16 – La jambe de bois
17 – Camille
18 – Corinne
19 – L’handicapé
20 – Il veut faire un film
21 – Tu n’en reviendras pas
22 – Complainte d’un infirme
23 – Quoi ma gueule
24 – Salut à toi l’handicapé
25 – La petite rivière
25bis – Le luneux
26 – L’enfant soleil
27 – Je te donne
28 – Ça ne tient pas debout
29 – Elle dort
30 – Ceux que l’on met au monde
31 – L’enfant différent
32 – Grand corps malade
33 – Le cachet
33bis – Salut à toutes
34 – Yes I can

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Les arbres de Corot

Mathématiques et chansons 12bis

Je n’y ai repensé qu’après avoir préparé la série, mais une chanson de Pierre Delorme parle de maths, si si. Au début du deuxième couplet des Arbres de Corot, déjà passée dans la série sur la peinture en chanson :

Bien sûr que deux et deux font quatre
C’est pas moi qui le dis, c’est les maths
C’est l’intangible vérité,
L’implacable sévérité
.


Sinon, les chansons circulaires continuent d’inspirer les lecteurs, avec Les noix d’coco, proposées par Simon. Par Jean-Naty-Boyer.

1 – Marie Mathématique
2 – Parallèles
3 – Booba, mathématicien du 100-8
4 – Tu fais trop de mathématiques
5 – Seul
6 – Si j’avais un piano
7 – Pourquoi la fatma l’a mis le feu ?
8 – Évariste
9 – Avec moins de clarté que de ferveur
9bis – Le chien du pope
10 – C’est quand qu’on va au pont-aux-ânes ?
11 – Pi
12 – Le théorème de l’électeur médian, l’art majeur et l’art mineur
12bis – Les arbres de Corot
13 – C’est bien ma veine
14 – Trois est un nombre magique
14bis – Great Teacher Issapa
15 – Pas des carrés
16 – Common knowledge
16bis – Everybody knows
17 – La preuve par trois
18 – Un zéro
19 – Rien
20 – New math
21 – Ma thématique
21bis – There a delta for every epsilon
22 – Compter
23 – La prof de math
23bis – L’enfant et les additions
24 – Deux fois deux font quatre
25 – Groupe d’automorphismes des chansons
26 – L’homme orange
27 – Mettre Euclide dans une poubelle
28 – La mémoire et les maths
29 – Lobachevsky
30 – Les valeurs approchées
31 – La vénus mathématique
32 – Mathématiques souterraines
33 – Logarithme 70
34 – Humour tautologique
35 – Quand j’étais petit, je n’étais pas grand
36 – Logical
37 – Permutation circulaire
38 – Contraposée
39 – Je serais pas Mistinguett si j’étais pas comme ça
40 – Les nombres négatifs
41 – Moins deux
42 – 7 est égal à -1 modulo 8
43 – Boby Lapointe, Euclide de la chanson
44 – That’s Mathematics
44bis – Amor Matemático

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Gainsbourg est-il un génie ?

L’été Gainsbourg 15

Mon collègue de blog Pierre Delorme se plaint dans plusieurs commentaires de ce que Gainsbourg est considéré dans les médias comme un « génie », titre usurpé selon lui. Pour tuer le désœuvrement du 14 juillet, j’ai pris la question au sérieux, un peu comme un sujet du bac philo. Donc : Serge Gainsbourg est-il un génie ? Je ne me serais jamais interrogé en ces termes sans les commentaires de mon ami et ex-professeur d’analyse de chansons, mais je suis interpelé. Car comme je l’ai dit au début de la série d’été, au fil de mes cinq années de blog sur la chanson, est petit à petit montée en moi une « surprise Gainsbourg ». À force de me casser la tête sur toutes sortes de questions autour de la chanson, j’ai réalisé sa place singulière dans le paysage. Je vais commencer par un inventaire de ce qui le distingue à mon avis des autres ACI (auteur-compositeur-interprète).

Univers

D’abord, Gainsbourg n’a pas d’univers très défini. La plupart des « grands » de la chanson utilisent un dispositif avec un « décor », arrière-plan constant dans lequel se déploie chacune de leurs compositions, et où tous les genres (chanson d’amour, politique, sociale, d’actualité, …) trouvent une couleur qui leur est propre, définition de leur personnalité d’artiste. Village de convention de Brassens, Europe fantasmée de Brel, banlieue de Renaud, géopolitique de carton-pâte de Pierre Delanoë sont les meilleurs exemples (auxquels des séries ont parfois été consacrées, suivre les liens). Certains habitent des univers moins concrets, dont l’unité réside dans un style ou un personnage : sentimentalité vaporeuse de Barbara, « surréalisme » de Trenet, argot de Pierre Perret, artiste maudit à la Ferré, adolescence poétique à la Souchon, etc.

Gainsbourg a mangé de ce pain-là en fin de carrière avec son Gainsbarre, mais sur l’ensemble de son œuvre, il fait évidemment exception. On peut le rapprocher d’Aznavour de ce point de vue. D’ailleurs nos deux ACI qui riment avec troubadour sont peut-être ceux qui ont le plus (et le mieux) écrit pour d’autres. Mais Gainsbourg va plus loin qu’Aznavour dans le disparate. Comment croire que c’est le même qui a écrit Love on the beat et Le poinçonneur des Lilas ? On pourrait donner sans se fatiguer une vingtaine d’autres exemples. Voilà un critère assez objectif pour l’exclure du club des grands de la chanson et le ranger parmi les faiseurs ou les commerciaux, étiquette qu’il revendiquait d’ailleurs dans certaines interviews. Ce serait bien sûr réducteur de ne retenir que ce critère sur lequel on pourrait même le réhabiliter avec une hypothèse hardie. Aznavour a dit que chaque chanson devait raconter l’histoire de celui qui l’écoute, et pas de celui qui la chante. Je pense qu’il appliquait ce précepte aux chansons biographiques, dont il était expert (Je n’ai rien oublié, Comme ils disent, Je m’voyais déjà, etc, etc). Gainsbourg aurait inversé le dispositif : il raconte sa vie, mais dans les univers mouvants des générations successives de ses auditeurs.

Le chanteur en largeur d’abord

J’ai dit il y a quelques jours que Gainsbourg me frappait par le nombre de sujets qu’il aborde, et par l’originalité de l’approche pour chacun d’eux. Sur ce point, Pierre Delorme me cherche noise dans un commentaire. Effectivement, il n’est pas évident de prouver que c’est lui qui aborde le plus grand nombre de sujets, mais on ne va pas se lancer dans des décomptes fastidieux. Il se pourrait que Pierre Perret ou Guy Béart le surpasse largement par exemple. On y verra plus clair à la fin de la série, que je ne suis pas certain de tenir jusqu’au bout, vous verrez. J’ai prévu une petite cinquantaine de billets, à la suite desquels l’originalité de Gainsbourg et la diversité des thèmes qu’il aborde sera étalée noir sur blanc, je ne m’étends pas plus aujourd’hui.

J’ajoute que Gainsbourg n’a jamais l’air de faire « une chanson sur un sujet », un peu comme à l’atelier d’écriture de chanson. Je dois dire que Pierre Perret me donne souvent cette impression. La largeur des thèmes abordés par Gainsbourg me semble procéder non pas d’un auteur qui épuise laborieusement des listes de thème, mais de la gourmandise de l’immigré qui absorbe comme une éponge toute la culture de sa terre d’adoption et souhaite en rendre compte. Un peu comparable à celle de Goscinny dans Astérix ou le Petit Nicolas, qui recense systématiquement tous les poncifs de son temps. Chez Gainsbourg, cela ne conduit pas à un étalage systématique, mais plutôt à un mystère de la précision et du détail qu’on ne trouve pas dans la chanson purement commerciale : exactitude du vocabulaire et des descriptions (cf les billets consacrée au poinçonneur des Lilas, à Qui est in qui est out, etc).

Le chanteur transigeant

On n’imagine pas Brassens acceptant de mettre des nappes de synthé dans ses arrangements, ni la production de Brel lui imposant des choristes en mini-jupe au concert, ni qu’on exige de Barbara des chansons qui fassent danser dans les nightclubs. Voilà, ce sont des artistes intransigeants, droits dans leurs bottes. À l’inverse, il y a les artistes commerciaux, qui cherchent à toute force la recette du succès, le plus caricatural étant peut-être Claude François. Gainsbourg, à l’instar de quelques autres (Higelin, Lavilliers, …) est dans un entre-deux. Venu de la chanson « rive-gauche », passé par la chanson-jazz, il se résout à suivre la vague yéyé, et court après le hit-parade jusqu’à la fin de sa carrière, alternant succès et échecs dans une étrange dialectique entre l’art et le commerce.

Mais il est bon ou pas ?

Évidemment, avant de savoir si Gainsbourg est un génie, il faudrait savoir s’il est bon dans sa partie ou pas. Comme compositeur, c’est difficile d’évaluer Gainsbourg. Il a composé de bonnes musiques, comme Black trombone ou Penser à rien, presque des petits standards de jazz. Et des albums qui ont marqué musicalement : Melody Nelson (avec Jean-Claude Vannier) ou L’homme à la tête de chou. Il a bien sûr tiré le meilleur de l’élite des arrangeurs de son époque. Est-ce que cela enlève ou ajoute à son mérite ? Je laisse la question ouverte, on peut pinailler dans les deux directions. Idem pour la fusion qu’il opérée entre musique romantique et variétés : est-ce de l’habilité ou du plagiat ? Plagiat auquel il a recouru avec des escroqueries avérées, on en a déjà parlé dans le blog. Il parait qu’Alexandre Dumas disait : « L’homme de génie ne vole pas, il conquiert ». En tout cas, on a affaire à un compositeur difficile à évaluer. Je ne m’y risque pas plus. Je note qu’à ‘l’instar des paroles, il n’a pas d’univers musical très défini et qu’il n’a pas écrit de grande musique de film ou autre, alors quoi qu’on en pense, c’est quand même pas le Mozart du XXe siècle. Mais quel compositeur de chansons peut prétendre à ce titre ?

Comme parolier, on peut inscrire Gainsbourg dans la filiation de Boris Vian, qui a « désaffublé la poésie » selon le précepte de Francis Ponge. Un peu moins radical que le maitre dans l’usage d’un langage quotidien, il opère une subtile réaction en étant plus rigoureux et poétique, mais avec une poésie à mon avis assez peu inventive dans ses chansons de facture classique (La javanaise, Je suis venu te dire que je m’en vais, La chanson de Prévert, etc), par rapport à Souchon par exemple pour donner un exemple relevant d’une écriture d’apparence « simple » à la Vian. Ce sont d’ailleurs des chansons d’opinion plus que romantiques ou sentimentales si on écoute bien, et Gainsbourg est souvent didactique (En relisant ta lettre), une autre marque de fabrique. Je retiens à son crédit deux inventions d’écriture. D’abord son traitement original et systématique de la rime (rime en « ex » dans Comment te dire adieu, il y a plein d’autres exemples) ou parfois des assonances (« ve » dans La javanaise). Le procédé est très commun dans la chanson comique et Gainsbourg l’étend aux autres registres. Ensuite son usage des énumérations, mode littéraire à son époque (Prévert, Queneau, Perec, …), mais qu’il transpose en chanson le premier et d’une belle manière (Les petite papiers). Dans les deux cas, on peut dire que Gainsbourg a trouvé une bonne combine. Il suffisait d’y penser et après, c’était peut-être à la portée de tout parolier habile … Ou peut-être pas.

Je propose une seule chanson pour ce billet, Ford Mustang, bonne synthèse de l’univers de Gainsbourg : musique pas géniale mais bien arrangée dans l’air de son temps, chanson énumérative, rime rare en « ang », chanson de description, sociale et sans poncif, teintée d’érotisme et de didactique. Pour être plus précis, chanson du non-univers de Gainsbourg, puisqu’il n’a pas d’univers défini n’est-ce pas.

Alors voilà : après tout ça, comment dire si Gainsbourg est un génie ? Il se distingue tellement des autres ACI, qu’il est difficile à classer sur une échelle de valeur. Et puis il faut s’entendre sur ce qu’est un « génie ». Si un génie est un artiste qui s’est hissé au sommet de son art, alors je suis d’accord pour dire que Gainsbourg ne mérite pas l’appellation : peintre raté, versificateur habile, parolier inventif, compositeur énigmatique… C’est sûrement un artiste surdoué, mais à mon goût, c’est un mélodiste moins « génial » que Brassens, un parolier moins « génial » que Brel ou Souchon. Et plus un suiveur qu’un inventeur, mais un suiveur qui a su maintenir une certaine qualité au long de carrière, ce qui le rend crédible et recyclable. Pris globalement, son cas est donc quand même défendable : il n’a pas de grand point faible, pas mal de bonnes chansons, plusieurs très bonnes, c’est quand même le principal.

Mais je pense qu’on fait qu’on fait fausse route, parce que Brassens ou Brel ne sont en aucun cas des « génies ». Ils se sont hissés au sommet de leur art et l’ont même ré-inventé, mais y compris dans l’espace médiatique, le mot génie doit s’entendre dans un sens plus restreint. Le génie est un individu dont la créativité et les capacités intellectuelles surhumaines ont un impact majeur dans les domaines artistiques, scientifiques, sociaux et politiques, impact supérieur à celui des meilleurs spécialistes de chacun de ces domaines. Il provient d’un de ces champs particuliers, dans lequel il est le meilleur, mais il les transcende. La notion émerge avec l’humanisme. Elle culmine alors avec Léonard de Vinci. Puis elle se renouvelle et trouve toute sa plénitude sociale et politique, voire messianique, à la charnière entre les Lumières et le Romantisme, moment où l’individu peut occuper la place laissé vacante par Dieu. Le premier génie de ce point de vue est peut-être Goethe. En France, on pourrait opter pour Napoléon, ou plus sûrement pour Victor Hugo. En ce sens, le seul génie incontestable de la chanson française, ce fut en son temps Béranger, même si son œuvre est aujourd’hui complètement dévaluée. Le dernier « génie » français en ce sens, c’est peut-être Jean-Paul Sartre. L’espèce a proliféré au XIXe siècle, puis a décliné jusqu’à disparaître à peu près au long du vingtième siècle. Elle ne subsiste aujourd’hui qu’en des variantes dégénérées dont aucune ne parvient à même faire croire à un consensus : entrepreneurs qui inventent le futur (Steve Jobs est peut-être le moins antipathique), prophètes-imposteurs résiduels du totalitarisme en leur pays (dynastie Kim), leader populistes, penseurs autoproclamés, etc.

Nos chanteurs les plus estimés affichent une grande modestie, ils sont tous d’accord pour n’être pas poète, je vous épargne les extraits d’interview de Brassens, Brel ou Barbara qui se gargarisent de cette formule. Trenet la chante même : « J’suis pas poète, mais je suis ému » (Ménilmontant). Quelques ambitieux, comme Léo Ferré, bornent leur prétention à être de grands poètes et composent un opéra pour marquer le coup. La question du « génie » ne se pose même pas pour eux. Sauf pour Vian et son éclectisme peut-être, et pour Gainsbourg bien sûr. Peut-être ironiquement, mais pour lui et rien que pour lui. Déjà, il a la première qualité requise : une certaine mégalomanie. Il s’inscrit dans les plus grandes lignées, se compare discrètement à Chopin ou à Rimbaud dans des interviews. Et puis, il émarge à tous les débats de son siècle, parfois dans une certaine indifférence, quelques fois avec un vrai impact sur la société. Je pense à Je t’aime moi non plus, ou à sa reprise de la Marseillaise. Il est en ce sens notre seul « génie » de la chanson. Avec son personnage de marquis de Sade à paillettes, sodomite inassouvi et alcoolique véritable qui hantait les plateaux de télé , il incarne bien sûr une forme décadente et parodique de génie, un pale reflet de cette catégorie en son temps déjà désuète. Et qui avait bien compris qu’un authentique génie doit se hisser au-dessus de son art. Sur ce point, Gainsbourg a eu une idée de génie : pour se situer loin au-dessus, plutôt que de se fatiguer à grimper, autant rabaisser son art. En le déclarant mineur.

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Je bois la bouteille

Vin, alcool et ivrognerie 1bis/24

Pierre Delorme nous propose deux belles chansons imbibées d’alcool. Je bois de Boris Vian. Je vous la verse dans un duo imaginaire de Vian et Gainsbourg, extrait du film Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar. Avec Éric Elmosnino en Gainsbourg et Philippe Katerine en Boris Vian. Dans Vian, il y a vin, et dans Gainsbourg, il y a gin …

Et Le temps de finir la bouteille, d’Allain Leprest.

J’en profite pour passer une autre Je bois, mais d’Aznavour.

1 – Le vin
1bis – Je bois la bouteille
2 – J’ai bu
3 – Un ivrogne appelé Brel
4 – Chanson à boire
5 – En titubant
6 – Le vin me saoule
7 – La santé, c’est la sobriété
8 – Si tu me payes un verre
8bis – Le vin que j’ai bu
9 – Tango poivrot
9bis – Sur le Pressoir
10 – L’alcool de Gainsbourg
11 – C’est cher le whisky, mais ça guérit
12 – L’eau et le vin
13 – Sous ton balcon
13bis – Le sous et Le Houx
14 – Sacrée bouteille
15 – Le dernier trocson
15bis – Java ferrugineuse
16 – Commando Pernod
16bis – Cereal killer
17 – Six roses
18 – 1 scotch, 1 bourbon, 1 bière
19 – Vins d’appellation
20 – On boira d’la bière
21 – Ponchon pochtron
22 – Copyright apéro mundi
23 – Rapporte moi des alcools forts
24 – Je vais m’envoler

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Le flambeur

Jeu et chanson 6/15

En préparant cette série, j’ai eu la surprise de constater que la chanson réaliste a peu évoqué la figure du flambeur qui perd tout sur le tapis vert. Pour trouver une chanson, il m’a fallu les lumières de Pierre Delorme, qui m’en a dégotté une, merci. La dernier manche, par Jacqueline Néro, chanson écrite pour le film Bob le flambeur. Malédiction du jeu sans doute, impossible d’incruster la vidéo, suivre ce lien pour écouter cette belle chanson.

À propos du jeu de l’oie, Nadia nous propose la scène du jeu de l’oie dans La belle Hélène d’Offenbach.

1 – Les échecs
2 – Le jeu générique
3 – Monopoly
3bis – Chanteuses au nom de jeu
4 – Le flipper
5 – Marelle et pile ou face
6 – Le flambeur
6bis – Cache-cache
7 – La partie de bridge
8 – Le jeu de go
9 – La pétanque
9bis – Cache-cache party et go
10 – Question pour un champion
11 – La belote
12 – Le casino
13 – Les jeux vidéos
13bis – Les jeux vidéos (bis)
14 – Poker
15 – Le joujou du pauvre

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Recollage

Neuf devinettes (pas que sur Brassens) 9/10

Je vous rappelle que j’attends toujours vos vers préférés chez Brassens ! Je fais le point demain sur les différentes propositions.

Devinette du jour : quel alexandrin de Brassens est obtenu en recollant les titres de trois chansons ?

Réponse à la devinette d’hier. On demandait quelle célébrité a la particularité de voir son nom cité dans des chansons de Adamo, Alizée, Art Mengo, Pierre Bachelet, Barbara, Didier Barbelivien, Claude Barzotti, Bénabar, Benjamin Biolay, Georges Brassens, Jean-Roger Caussimon, Alain Chamfort, Julien Clerc, Vincent Delerm, Bob Dylan, Lara Fabian, Jean Ferrat, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Mark Knopfler, Serge Lama, Allain Leprest, Yves Montand, Mouloudji, Pascal Obispo, Pierre Perret, Renaud, Yves Simon, Charles Trenet et Zazie.

Il s’agit bien sûr de Paul Verlaine, bravo a Pierre Delorme qui a trouvé la réponse le premier, suivi de près par Patrick Hannais et Nadia (de Meylan). Simon me propose même une chanson à ajouter à la liste, Rive gauche d’Alain Souchon qui n’hésite pas à couper en deux le nom de ce pauvre Verlaine. Vous pouvez retourner voir la série qu’on a consacré à cet étrange phénomène, ici. Je ne vais pas vous passer toutes les chansons… Je me contente d’une des plus inattendues : Bob Dylan, You’re gonna make me lonesome when you go.

Et si vous ne me croyez pas, voici la liste des chansons, allez-y voir !

Pauvre Verlaine, Adamo
À cause de l’automne, Alizée
L’enterrement de la lune, Art Mengo
En ce temps là j’avais 20 ans, Pierre Bachelet
La Solitude, Barbara
Gottingen, Barbara
Hop Là !, Barbara
L’absinthe, Barbara
Dinky Toys, Didier Barbelivien
Quitter l’autoroute, Didier Barbelivien
Je ne t’écrirai plus, Claude Barzotti
Remember Paris, Bénabar
Si tu suis mon regard, Benjamin Biolay
À Mireille [parlé, texte de Paul Fort], Georges Brassens
L’enterrement de Verlaine [parlé, texte de Paul Fort, mais il existe des versions chantées], Georges Brassens
Paris jadis, Jean-Roger Caussimon
Jamais je t’aime, Alain Chamfort
Hélène, Julien Clerc
Les chanteurs sont tous les mêmes, Vincent Delerm
You’re gonna make me lonesome when you go, Bob Dylan
La différence, Lara Fabian
Les poètes, Jean Ferrat
Ma môme, Jean Ferrat
Blues, Léo Ferré
La fortune, Léo Ferré
Paris, Léo Ferré
À Saint-Germain des Prés, Léo Ferré
Monsieur Barclay, de Léo Ferré
Je suis venu te dire que je m’en vais, Serge Gainsbourg
Metroland, Mark Knopfler
Jardins ouvriers, Serge Lama
Des éclairs et des révolvers, Serge Lama
Neige, Serge Lama
Pauvre Lélian, Allain Leprest
Ma môme, ma p’tite môme, Yves Montand
Rue de Crimée, Marcel Mouloudji
Et bleu…, Pascal Obispo
Je rentre, Pascal Obispo
Ce qu’on voit… allée Rimbaud, Pascal Obispo
L’arbre si beau, Pierre Perret
T’as pas la couleur, Pierre Perret
La femme grillagée, Pierre Perret
Peau Aime [parlé], Renaud
Mon bistrot préféré, Renaud
Les gauloises bleues, Yves Simon
Aux fontaines de la cloche, Charles Trenet
Ohé Paris, Charles Trenet
Adam et Yves, Zazie

1 – Devinettes
2 – Les premiers seront les premiers
3 – 13 à la douzaine
4 – Renaud dans le rap
5 – Brassens nous parle de chansons
6 – Johnny dans une faille spatiotemporelle
7 – Les toponymes de Georges
8 – Le plus cité
9 – Recollage
10 – Vers d’anthologie

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Confinement

La cigarette 5bis/26

Chères lectrices et lecteurs du Jardin,

Si vous êtes fidèles à ce blog depuis longtemps, vous avez remarqué qu’il ne suit que de très loin l’actualité… Ce n’est pas seulement un choix. Mon planning est bien rempli ce qui m’oblige à m’organiser et à préparer mes séries à l’avance pour garder un flux régulier. Par exemple, la série en cours sur la cigarette a été écrite il y a plusieurs semaines. Il se trouve qu’elle convient particulièrement mal à la période : aucun confiné n’a besoin qu’on enfume son appartement, même virtuellement. Alors je vais commettre l’impensable : interrompre une série en cours !!

À partir de demain, il y aura une série surprise, plus adaptée aux circonstances. On reprendra la cigarette plus tard. Ce sera un peu comme une pause clope. Avant d’écraser mon mégot, je fais le point sur les commentaires et propositions des lecteurs. Patrick Hannais de Villeurbanne me propose Nicotine Queen de Dick Annegarn.

Je me demande si Dick Annegarn fait référence à Acid Queen, des Who ? Les deux musiques ont quelques points communs, sans trop se ressembler. Par Tina Turner.

Pierre Delorme me propose Les Gauloises bleues d’Yves Simon.

François m’informe que La cigarette après l’amour est une chanson de Sophie Makhno. Ça m’avait échappé, je viens de découvrir cette autrice-compositrice, merci. Et Bruno me signale d’autres interprétations, notamment celle de Babylon Circus.

1 – La cigarette, c’est dans la tête
1bis – La gitane
2 – Du gris
3 – Il fume pour oublier
3bis – Don’t smoke
4 – La cigarette après l’amour
5 – Sanseverino fume
5bis – Confinement
6 – Cigarettes sur cigarettes
7 – Cigare à moteur
8 – Fumer le cigare
9 – Café, tabac
10 – La cigarette qui me brûle les doigts
11 – Addiction
12 – Brigitte fontaine fume
13 – Suzanne Gabriello
14 – Je suis une cigarette
15 – La complainte du tabac
16 – Je ne veux pas travailler
17 – La fête du tabac
18 – L’amour est-il comme une cigarette ?
19 – La cigarette d’Higelin
20 – Duo
21 – Dieu est un fumeur de havane
22 – Bien après minuit
23 – Sardou les enfume
24 – Cigarettes, whisky et p’tites pépées
25 – Bye Bye Clope
26 – Si j’étais une cigarette

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