Ni Georges Brassens, ni Renaud ni Francis Cabrel n’est le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 6/8
11bis233bis44bis5677bis8

Hasard du calendrier : ce premier billet de l’année 2018 est aussi le 500è billet du Jardin aux Chansons qui bifurquent ! Faites passer, partagez, abonnez-vous, faites suivre, et bonne année à tous !

Mais pour moi, aujourd’hui c’est le désespoir, j’ai le blues. Parce qu’on n’a toujours pas trouvé le plus grand bluesman français. On passe au bizarre, aux hypothèses les plus folles.

Brassens m’a été proposé dans un commentaire sur Facebook.  En fait, avant d’écrire cette série, j’ai lu quelque part que Brassens, finalement c’est du blues. Cette citation m’a d’ailleurs été rapporté par Pierre Delorme au début de la série. Impossible de trouver qui a dit ça au départ, help.

Je dois rejeter cette hypothèse : les musiques de Brassens n’empruntent pas grand chose au blues. Mais je pense que les tenants de l’hypothèse « Brassens » voient plutôt le blues comme un état d’esprit.  Alors cet homme qui tire seul sur sa pipe dans les bayous de l’étang de Thau en méditant sur la marche du monde et la démarche de la femelle du canard, il pourrait faire l’affaire. Et certaines de ses chansons ont quelque chose du blues… Le 22 septembre.

Mais non, ici, le blues, c’est le blues, yeah baby. Osons toutefois le pas prévu, bousculons nos certitudes. Tenez, par exemple, Renaud. Avez-vous remarquer que son H.L.M. ça peut sonner un peu comme un blues ? Mais de là à dire que Renaud est le plus grand bluesman français, alors là, je dis non, un vrai bluesman ça ne donne pas de coups de pied à des pigeons idiots (même pour de faux). Et ça ne vote pas Fillon.

Ou alors Francis Cabrel, qui m’a été proposé par Pierre Aboulker, internaute de bientôt quelque part espère-t-on. Il n’est pas mal du tout, très « root » à sa manière. Il a écrit des sortes de blues, comme Sarbacanne.

Ou encore La dame de Haute Savoie.

Je ne sais pas pourquoi il cache ça derrière des arrangements rocks ou variétoches. Car si on fait attention à la grille d’accords, on réalise que c’est pas loin d’un blues. Si la grille d’accords ne vous parle pas, contentez vous de cette preuve irréfutable : dans les paroles, Cabrel envisage la mort de son chien. Mais il ne va pas au bout de l’idée, il laisse ce désastre propre à donner le blues à l’état d’hypothèse.

Pour entendre La dame de Haute-Savoie comme un blues, il faut un peu fouiller le web à la recherche d’amateurs. Par exemple, une certaine Victoria. Soyez indulgent, le groove ne se met pas en place tout de suite :

Si vous aimez les vidéos d’amateurs, allez voir une autre version sympathique par Nathy&Mel

Bon, trêve d’amateurs. Monsieur Cabrel, vous êtes un grand professionnel. Mais n’oubliez pas que le Titanic a été construit par des professionnels et l’Arche de Noë par un amateur. Et puis je vous le dis tout net : vous auriez pu être le plus grand bluesman français, il fallait juste ne pas mettre ces arrangements variétoches partout, non mais. Et bien sûr faire mourir votre chien (dans votre chanson, je n’ai rien contre les chiens en dehors du blues). Et vouloir être un bluesman, zut. Non, mieux : ne pas avoir d’autre choix qu’être un bluesman, oh shit man, why ain’t gotta you the blues Francis ? Comme Skip James par exemple. Hard time killin’ floor blues.

Tous les thèmes

Ni Fred Ox ni Gérard Delahaye n’est le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 4bis/8
11bis233bis44bis5677bis8

Ce jeu piste à la recherche du plus grand bluesman française suscite de très nombreuses propositions, merci à tous.

Tout d’abord, Pierre Delorme me signale une énorme bourde dans le dernier billet. Les accords du blues, c’est I, IV, V et non pas I, II, V comme écrit initialement. C’est corrigé, merci.

Ensuite Loïc Perlman me propose sur Facebook de très nombreuses pistes. Georges Brassens (dont on reparle bientôt), Gérald de Palmas, Louis Bertignac et l’irréductible et inoxydable Fred Ox. Je ne peux pas tout passer… Je retiens Fred Ox, Procrastination. Ne remet jamais à demain ce que tu peux faire après-demain Fred Ox !

Sur Facebook encore, Alain Berjon me propose Funeral Blues de Gérard Delahaye, je ne connaissais pas, très joli, merci. Les paroles sont une traduction d’un poète anglo-américain, W.H. Auden. J’ai trouvé un blog de chansons poétiques qui propose de nombreuses traductions du poème, intéressant : ici.

Tout ces trucs ne sont pas vraiment des blues… Et puis, je voudrais passer la fin de la série, alors si j’ai tout de suite le plus grand bluesman français, ce sera un coup arrêt (et pire, un coup de blues).

Tous les thèmes

 

 

Higelin n’est pas le grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 3bis/8
11bis233bis44bis5677bis8

Sur Facebook, Pierre Inkognito propose Higelin comme plus grand bluesman français. L’idée est excellente, je me suis presque laissé convaincre. Banlieue Boogie Blues.

Mais je ne peux pas accepter cette suggestion, j’ai déjà nommé Higelin chanteur français du bonheur (ici), il ne peut en même temps être le plus grand bluesman. Au fait, il va falloir arrêter de faire des suggestions de plus grand bluesman français, parce que je vais bientôt être à bout d’arguments de mauvaise fois pour les refuser…

Inkognito signale aussi Hold Tight, dans un style ragtime très réjouissant (profitez-en pour retourner voir les deux billets consacrés au ragtime, ici et ici).

 

Sinon, dans un des billets sur le blues, je vous ai passé Blind Willie Mctell. Bob Dylan lui a rendu un hommage que me signale Pierre Delorme. No one sings the blues like Blind Willie McTell, ici, chanté avec Mark Knopfler (je pense qu’il accompagne à la guitare, je ne suis pas sûr de l’entendre chanter… et si quelqu’un me trouve une version sans ce piano balourd, j’achète).

Tous les thèmes

The times they are a-changin’

Les chansons de Mai 9bis/9
1234566bis7899bis

J’ai écrit dans le dernier billet que je trouvais la placement rythmique de Bob Dylan dans The times they are a-changin’ complètement absurde. Ceci m’a valu une demande d’explication de Pierre Delorme. C’est évidemment exagéré, mais je m’explique. D’abord on réécoute une version de la chanson, dont j’avais mal orthographiée le titre (le a avant changin’, qui fait bien partie du titre, était oublié). The times they are a-changin’, par Simon and Garfunkel. Vous pouvez aussi lire les paroles avec leur traduction ici.

Ce qui me frappe dans cette chanson, c’est la phrase For the times they are a-changin’ qui contrevient à une règle évidente : l’efficacité. On ne dit pas en six ou sept mots ce qu’on peut dire en trois, surtout dans le titre ou le refrain. Je ne suis pas anglophone, mais times are changing me paraît assez suffisant, non ? Rajouter for, the et they n’apporte pas grand-chose. Le a rajouté avant changin’ est un préfixe archaïque qui intensifie le sens des mots, en usage dans des chansons anglaises il y a un ou deux siècles (d’après Wikipedia). Le for, qui dans ce contexte veut dire car ou parce que, est aussi un peu archaïque.

On peut comparer la chanson à This land is your land de Woody Guthrie, autre hymne contestataire, autre chanson avec un titre-refrain-slogan. L’énoncé « this land is your land » est bien plus simple, carré et percussif.

Le « placement rythmique » maintenant. Bob Dylan insiste beaucoup sur they, mot sans signification, qui tombe sur une valeur assez longue. Ce que j’en pense : Dylan s’affranchit de toute règle. Il chante une chanson de jeunes avec un refrain archaïque, il complique autant qu’il peut une phrase toute simple de trois mots times are changing. Cette phrase toute simple, il aurait pu la placer sur sa mélodie (ou une variante) sans difficulté. Pour placer la version rallongée, il insiste sur le they qui n’apporte rien au sens.

Pourquoi est-ce que ça marche si bien alors ? D’abord c’est nouveau. Ensuite, la maladresse de l’expression n’enlève rien à sa véhémence, au contraire. Elle participe d’une ambiance de prêche grandiloquent (les paroles sont truffés de références bibliques, au jugement dernier notamment). Et puis elle évoque un adolescent qui revendique en cherchant ses mots. Cette maladresse n’est pas occultée, elle est mise en avant, à la place d’honneur (dans le refrain), et donc implicitement revendiquée. Il est évident que les « for », « the », « they » ont été rajoutés intentionnellement. On retrouve ce procédé de maladresse intentionnelle quelques années plus tard dans le punk.

Bon, c’est juste ce que j’en pense… Il y a sûrement pleins d’autres explications aux bizarreries de cette chanson fascinante. Demain, on quitte Mai 68 pour se plonger dans l’univers des geeks, quel repos ce sera !

Tous les thèmes

Le chat revient

Le chat 3bis/7
1233bis4567

À propos du Chat de la voisine, chanté par Yves Montand, Pierre Delorme m’écrit :

Le chat de la voisine est de René Lagary et Philippe Gérard, ils sont derrière un rideau plus opaque, celui de l’oubli !

Effectivement, je ne mets pas toujours les auteurs des chansons que je passe. Je me suis un peu documenté du coup : le parolier René Lagary semble surtout connu pour Le chat de la voisine. Sur les 11 documents le concernant recensés sur le site de la BNF, 6 concernent Le chat de la voisine, les autres étant aussi des chansons sur une musique de Philippe Gérard. Ce dernier a été bien plus prolifique, avec de nombreuses compositions, comme La chansonnette, ici chantée par Lambert Wilson.

 

Un internaute anonyme et sibyllin me signale dans un commentaire The cat came back, que j’ai n’ai pas pensé à mettre dans la série sur Les chats. Sur Wikipedia, j’apprends qu’il s’agit d’une chanson de 1893 due à Harry S. Miller ! Sa version version française par Steve Waring, Le matou revient, a connu un grand succès.

Tous les thèmes

Cheveux longs, idées courtes

Les cultures soixante-huitardes 8/8
11bis2344bis5677bis8

J’allais oublier un dernier aspect important et consubstantiel de la culture soixante-huitarde, bien présent jusqu’à aujourd’hui : la réaction anti-soixante-huitarde. On y consacrera toute une série très bientôt, patience. En attendant, la réponse de Johnny Hallyday aux Élucubrations d’Antoine (cf le billet précédent, et parce que, à la fin des élucubrations, Antoine propose d’enfermer Johnny « dans une cage à Medrano »).

Cheveux long, idées courtes.

 

Cette petite guerre en chanson est si importante dans l’histoire de France qu’une page wikipedia y est consacrée ! Vous pouvez aussi lire l’article de Pierre Delorme sur les controverses en chanson, chez les amis de Crapauds et Rossignols.

Antoine lui-même a participé la réaction anti-Antoine, en chantant des Contre-élucubrations problématiques pleines d’auto-dérision (merci à Daniel Maillot de me l’avoir signalé sur Facebook). Il s’est associé pour cette grande cause au groupe Les problèmes, qui a par la suite fait une belle carrière sous l’appellation Les Charlots.

 

Signe que Les élucubrations remuaient la France en profondeur, Jacques Martin et Jean Yanne (dont on va reparler dans nos séries sur Mai 68) en ont écrit pas moins de quatre parodies de plus ou moins bon goût : Les émancipations d’Alphonse, Les revendications d’Albert, Les pérégrinations d’Anselme, et Les préoccupations d’Antime. Admirez la pochette du disque, avec le logo de Barclay (la maison de disques) dans une esthétique très soixante-huitarde dès 1966. Si vous arrivez à tout écouter, vous verrez que ces parodies brassent bien des sujets : le syndicalisme, l’homosexualité, ou l’exode rural (de bien beaux thèmes pour de futures séries…).

 

 

 

Tous les thèmes

Rainy day woman

Les cultures soixante-huitardes 7bis/8
11bis2344bis5677bis8

A propos de la culture de la drogue dans les année 1960, Pierre Delorme propose Rainy Day Women de Bob Dylan :

À part ça, je profite de ce dimanche pour signaler deux émissions de radio sur Anne Sylvestre, qui fêtera ses soixante ans de carrière prochainement lors de trois concerts au Théâtre du 13è art à Paris, voir ici.

Première émission sur France Culture, dans Continent Vinyles de Matthieu Conquet, en réécoute ici. Deuxième émission sur France Musique, chez Benoît Duteurtre, ici.

Tous les thèmes

Les routard bis

Les cultures soixante-huitardes 4bis/8
11bis2344bis5677bis8

Sur Facebook, Pierre Delorme me signale que le thème du voyage était très à la mode au milieu des années 1960. Par exemple, Antoine a chanté pas moins de trois chansons autour du thème : Une autre autoroute, Autoroute européenne n°4 et Je reprends la route demain (qui insiste sur les raisons de partir plutôt que sur les agréments du voyage lui-même….) :

Tous les thèmes

Rotterdam

Paralipomènes 49/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
123456789
101112131415161717bis1819
20212223242526272829
30313233343536373839
40414243444546474849
50515253545556575859
6061626364656667

Je vous livre une autre réponse à Amsterdam : Rotterdam de Léo Ferré, que m’a signalée Pierre Delorme : « y a pas que des putains, y a pas que des marins », l’allusion à l’Amsterdam de Brel est assez claire.

Tous les thèmes

 

Les arbres de Corot

Paralipomènes 22/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
123456789
101112131415161717bis1819
20212223242526272829
30313233343536373839
40414243444546474849
50515253545556575859
6061626364656667

 

Toujours sur la peinture, une chanson du dernier album de Pierre Delorme. Ça parle de maths, mais surtout de peinture ! Les arbres de Corot.

Tous les thèmes