Les comedian harmonists

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 14/14

Pour le dernier billet de cette série, on quitte la France pour l’Allemagne de l’entre-deux guerre, avec le groupe Les comedian harmonists. Certains d’entre eux étaient juifs, ce qui a conduit à leur interdiction par les nazis. Pionniers des groupes vocaux, il parait qu’ils ont eu une grande influence sur Les Frères Jacques par exemple. Ils ont chanté en français. Les gars de la marine.

Et ils ont chanté des chansons qu’on croit parfois françaises, comme Avoir un bon copain, qui est en fait l’adaptation française de la chanson allemande Ein Freund, ein guter Freund.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

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Les juifs de Stéphane Golmann

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 13

On l’a vu dans cette série, bien peu de chanteurs juifs ont donné en chanson leur vision du judaïsme. Je vous ai trouvé une belle exception pour le billet d’aujourd’hui, une petite rareté. Stéphane Golmann, Les juifs.

Stéphane Golmann est bien oublié aujourd’hui. C’était l’un des premiers chanteurs français s’accompagnant seul à la guitare, juste avant Brassens.

J’observe que Stéphane Golmann a une trajectoire personnelle assez originale : combattant dans les forces françaises libres pendant la guerre, il a quitté la France pour le Canada après sa brève carrière de chanteur rive-gauche. Sa personnalité ou des circonstances l’auront soustrait aux déterminismes de la société française et de son modèle d’intégration, ce qui explique peut-être qu’il soit à ma connaissance le seul chanteur juif de son époque à chanter sans détour Les juifs.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

 

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Juif errant et pâtre grec

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 12/14

Le tableau que j’ai dressé du judaïsme français en trois strates est assez simpliste. Où ranger l’écrivain Albert Cohen par exemple ? Il est issu de communautés romaniotes, les descendants de juifs hellénisés pendant l’antiquité dont il dresse un portrait truculent dans ses romans. Il n’est donc ni séfarade ni ashkénaze, comme les juifs du proche orient, d’Asie ou d’Afrique.

Georges Moustaki est aussi un descendant de juifs romaniotes. À propos de sa chanson Le métèque, dans le magazine Je chante :

Lorsqu’on écrit, on ne maîtrise pas toujours tout ce que l’on va dire. Je suis parti de « ma gueule de métèque » et, pour alimenter le propos, je voulais parler de ce que je suis, c’est-à-dire un juif et un Grec. Et dans la chose écrite, on soigne l’expression. C’est là où je dis qu’il y avait de l’humour et de la dérision, parce que « juif errant » et « pâtre grec » sont des clichés qui mettent un peu une sourdine aux mots juif et grec, qui les adoucissent.

[…]

Je me souviens que les radios ne voulaient pas passer de chansons qui contenaient le mot « juif ».

Plus d’information sur l’histoire de cette chanson, sur le site de Je chante : ici.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

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Juif espagnol

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 11/14

Dans les derniers billets, nous avons évoqué les juifs français « de souche » puis les juifs ashkénazes. La troisième grande composante du judaïsme français, ce sont les juifs séfarades. Au sens strict, ce sont les juifs espagnols expulsés au XVe siècle, qui ont émigré dans tout le bassin méditerranéen. Certains de leurs descendants se sont retrouvés en Afrique du nord, et donc colonisés par la France au XIXe siècle. Ils vivaient d’abord sous le régime « d’indigénat », puis ont obtenu la citoyenneté française à l’occasion des fameux décrets Crémieux au début de la troisième république. Au moment de l’indépendance de l’Algérie, ils étaient donc des pied-noirs, et ont été à ce titre rapatriés en France. De 1492 à 1962 : presque cinq siècles pour simplement traverser les Pyrénées.

À la différence des ashkénazes, les séfarades ont un grand chanteur populaire pour raconter leur histoire, Enrico Macias bien sûr. Juif espagnol.

Sur la vidéo à suivre, Enrico Macias chante en anglais, en japonais. Puis il chante Oseh shalom en hébreux et Ya rayah en arabe. Avec Faudel et Shirel (et non pas Chirel comme indiqué dans la légende de la vidéo).

Avec Khaled, L’oriental.

Une belle vidéo d’archive, J’ai quitté mon pays.

Excuses à mes abonnés, un billet sur Léo Ferré prévu pour la prochaine série est parti par erreur hier …

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

 

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Yellow star

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 10/14

À l’instar des chanteurs juifs ashkénazes de sa génération, Serge Gainsbourg n’a pas beaucoup évoqué ses origines dans ses chansons. À part dans son album Rock around the bunker, qui parle surtout du nazisme, mais aussi du jeune Lucien Ginsburg contraint de porter l’étoile jaune. Yellow Star.

 

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
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10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
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Serre les poings

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 9bis

Dans un commentaire, Hervé Gasser me demande si le « positionnement politique de Goldman est le même dans les chansons qu’il a écrites pour les autres » ? Je dirais que plutôt oui …

Un exemple intéressant, c’est Serre les poings. Cette chanson servait de générique à l’émission Parloir libre, diffusée sur sur radio Tomate dans les années 1990, c’est de là que la connais. En me documentant sur Goldman pour cette série, j’ai appris que Goldman avait composée et co-écrit (avec Bernie Bonvoisin) cette chanson pour le groupe Trust qui avait besoin d’un titre un peu vendeur.

On reconnait très bien la patte de Goldman dans la musique, mais aussi dans les paroles. Il s’adapte à l’univers révolté du groupe de Antisocial, avec cette idée d’une lutte individuelle et centrée sur soi (« serre les poings »). Mais qui n’a rien « d’antisocial », puisqu’elle prend un sens plus collectif (« compagnons de misère »).

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

 

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Des moyens légaux

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 9/14

Les juifs ashkénazes qui ont immigré en France parlaient souvent le yiddish (voir la série consacrée à la chanson yiddish). Ils étaient souvent artisans ou ouvriers. Beaucoup étaient bundistes (militants du Bund, le parti socialiste juif polonais) ou communistes. Au moins deux chanteurs chanteurs français illustrent cette sensibilité juive militante de gauche : Francis Lemarque et Jean Ferrat.

D’autres chanteurs moins marqués politiquement sont issus de l’immigration juive d’Europe de l’est : Barbara, Serge Gainsbourg, Michel Jonasz, Catherine Ringer ou même le chanteur belge Arno pour ne citer que les plus célèbres. Tous ont en commun que leurs origines sont très discrètes dans leurs chansons. Dans ce billet, je vais m’attarder sur Jean-Jacques Goldman, homme de mystère et de contradictions : « Rencontre rarissime de la gloire et du dédain de la gloire » selon le Dictionnaire amoureux de la chanson française de Bertrand Dicale, homme normal au succès anormal, artiste engagé et lisse, chanteur commercial et auteur d’une œuvre personnelle. Et bien sûr, personnalité préférée des Français selon plusieurs sondages.

Il est issu d’une famille de juifs polonais et militants de gauche. Son père était résistant dans les mouvements communistes (la M.O.I. : main d’œuvre ouvrière immigrée), mais assez lucide sur le stalinisme. En août 1944, il a participé à l’insurrection de Villeurbanne (ville d’où sont écrits la plupart des billets de ce blog). Ce passé est rarement évoqué dans les chansons de Goldman, toujours avec pudeur, et presque toujours de manière un peu abstraite. On a déjà noté que lorsque Goldman parle du nazisme, il invoque une ville imaginaire, voir ici. La chanson Là-bas nous parle d’émigration sans citer une seule époque ni un seul pays. Avec Sirima.

L’histoire de Jean-Jacques Goldman et de sa famille est toutefois bien présente dans ses chansons. Il parle du peuple juif en ces termes dans Je te donne (chanson cent fois entendue, et je n’ai remarqué le passage qu’en novembre dernier, au karaoké, meilleur endroit pour bien comprendre les chansons) :

Je te donne nos doutes et notre indicible espoir
Les questions que les routes ont laissées dans l’histoire
Nos filles sont brunes et l’on parle un peu fort
Et l’humour et l’amour sont nos trésors

Je garde Comme toi pour une prochaine série. Et je vous propose aujourd’hui un détail, dans les paroles de Envole-moi, qui laisse souvent perplexes les auditeurs pour peu qu’ils y prennent garde. On écoute, faites bien attention.

Voilà le passage :
J’m’en sortirai
J’me le promets
Et s’il le faut, j’emploierai des moyens légaux

Pourquoi diable Goldman menace-t-il d’employer des « moyens légaux » ? Dans cette chanson révoltée évoquant la crise des banlieues ou quelque chose comme ça, « Et s’il le faut » nous prépare plutôt à quelqu’extrémité, et donc à l’emploi de moyens illégaux, non ? Goldman lui-même s’en explique :

L’idée, c’est de se dire qu’en fait la phrase clé de cette chanson c’est « et s’il le faut j’emploierai des moyens légaux ». C’est-à-dire qu’il n’y a pas de fatalité à l’inculture et à la misère des cités, et que finalement la façon de s’en sortir c’est l’école ! Donc c’est l’histoire d’un gamin qui demande un peu d’aide… Là, je ne sais pas à qui, peut-être à un prof, peut-être à un ami, peut-être à un livre, ou peut-être à quelqu’un qu’il ne connaît pas ! Mais il a envie de sortir de cette fatalité et il va s’en sortir de cette façon, « à coup de livres je franchirai tous ces murs ». Voilà c’est ce thème-là.

J’irais plus loin en me référant à l’histoire familiale de Goldman, à son père résistant et à son demi-frère, le militant d’extrême-gauche Pierre Goldman. Car les paroles de Goldman ont un positionnement politique clair et constant : républicain et au centre-gauche disons, avec la célébration d’institutions comme l’école (« c’était un professeur… », dans Il changeait la vie, chanson utilisée dans la campagne de Lionel Jospin en 2002), l’éloge de la culture (« à coup de livres je franchirai tous ces murs) ou de la différence (« je te donne toutes mes différences »), les exemples sont très nombreux dans ses paroles.

Goldman est donc un réformiste, qui en toute logique refuse explicitement la révolution (« On ne promet pas le grand soir » dans la Chanson des restos du cœur). Bertrand Dicale va même jusqu’à parler d’un « catéchisme citoyen, engagé, laïque, responsable, souvent libertaire, toujours moral ». Pour illustrer le Goldman réformiste, on écoute son bilan doux-amer du siècle des révolutions, enregistré en 1993 à Moscou, la chanson Rouge avec les Chœurs de l’armée de la même couleur. Par le trio Fredericks Goldman Jones.

Goldman réformiste donc. Le demi-frère de Jean-Jacques, Pierre Goldman, de sept ans son aîné, a fait des choix politiques opposés : militant très actif en 1968 (il dirige le service d’ordre de l’Union des étudiants communistes), il tente ensuite de rejoindre la guérilla en Amérique du sud, participe à divers braquages destinés à financer la révolution, là-bas puis en France. Il est finalement accusé du meurtre de deux pharmaciennes lors d’un hold-up qui tourne mal en 1969 à Paris, condamné en 1974, puis innocenté en 1976 suite à un procès très médiatisé et marqué par une mobilisation de nombreux intellectuels, artistes et militants. Il meurt assassiné en 1979. Le crime est revendiqué par une mystérieuse organisation d’extrême droite, « honneur de la police ». L’assassinat des pharmaciennes et celui de Pierre Goldman n’ont jamais été vraiment élucidés, bien que de nombreuses hypothèses plus ou moins bien étayées circulent, vous trouverez tout ça sur le web.

Même si j’en suis réduit aux conjectures, les « moyens légaux » de Envole-moi me semblent plutôt limpides. Je suppose que Jean-Jacques Goldman a le plus grand respect pour le passé de résistant de son père pendant la guerre, mais qu’il estimait la lutte armée anachronique dans les années 1970-80. Et qu’il a au moins un désaccord idéologique avec les « moyens illégaux » choisis par son demi-frère. Auquel il rend un hommage aussi beau qu’apolitique dans Ton autre chemin. Extrait des paroles :

Et puis, tu as commencé à être absent
Souvent, puis plus longtemps
Ta mère nous disait que tu partais en vacances
Elle ne mentait pas quand j’y repense
En vacance de vie, en vacance d’envie
Et puis la vérité, celle qu’on suppose
Celle qu’on cache, celle qu’on chuchote
Celle qui dérange, celle qu’on élude
Ton autre chemin
Ton autre chemin

Le positionnement « lisse » de Goldman n’est donc évidemment pas un choix par défaut, à la manière du chanteur commercial moyen dont l’intérêt bien compris est de se fondre dans un consensus mou (ou d’occuper une « niche » contestataire).  Ce n’est pas non plus le centrisme du dandy-normal Alain Souchon, l’ami chocolat-basket dont la douce séduction suit en tout domaine (y compris mélodique) les lignes de moindre pente. Goldman aurait pu emprunter un « autre chemin », des déterminismes sociaux l’y invitaient : la présence de nombreux  baby-boomer juifs ashkénazes dans les mouvements d’extrême gauche des années 1960 est un phénomène bien compris et documenté. Souvent auto-documenté d’ailleurs : le meilleur document à ce sujet, le premier peut-être, est le livre écrit par Pierre Goldman en prison, Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, allez-y voir. Ou écoutez cet épisode du Journal de l’histoire d’Anaïs Kien, ça ne dure que quatre minutes, ici. Je pense que le public a ressenti d’instinct la réalité, l’originalité et la profondeur de l’engagement de Jean-Jacques Goldman, ce qui a permis ce paradoxe apparent du lisse-engagé et la construction de la star intègre et modeste Jean-Jacques Goldman, sorte de saint laïc de la chanson. Dans ce registre iconique, il n’a d’équivalent que Brassens, n’en déplaise aux classificateurs adeptes des taxons « commercial » et « de qualité ».

Je vous propose la vidéo d’un débat entre Jean-Jacques Goldman et Romain Goupil. Ce dernier a réalisé un film intéressant : Mourir à trente ans. Il raconte la vie tragique de Michel Recanati, qui était une sorte de collègue de Pierre Goldman puisqu’il dirigeait le service d’ordre de la Ligue Communiste. À ne pas manquer, à partir de 4:53 : Jean-Jacques Goldman n’arrive pas à réprimer un fou rire devant Goupil, qui devait se trouver à l’époque à mi-chemin de sa trajectoire allant du trotskisme au néo-conservatisme. C’est au début de la Chanson des restos du cœur : « sans idéologie, discours et baratin, … », œillade appuyée à monsieur Goupil, c’est vrai qu’il nous fait bien rigoler.

Pour conclure, je me permets une dernière hypothèse sur le succès de Jean-Jacques Goldman (et qui explique aussi pourquoi il ne rencontre ce succès qu’à l’âge de 30 ans ce qui est tard pour une pop-star à la musique immédiatement consommable). Il est dans une sorte de décalage générationnel : né en 1951, il a tout juste l’âge d’être soixante-huitard (Renaud, né en 1952, écrit ses premières chansons dans la Sorbonne occupée). Mais par rapport à son frère, il est déjà dans l’après 68, dont il vit la désillusion tragiquement et comme dans un saut de génération accéléré. En gros, Renaud serait le plus jeune des soixante-huitards, et Goldman le plus vieux des post-soixante-huitard. Goldman est donc en phase avec la génération du militantisme humanitaire ou de SOS racisme, etc. Génération qui s’identifie à ses chansons, et auprès de laquelle il rencontre le succès. Dernier détail : avec de très bonnes chansons.

Vous trouverez de très nombreux documents sur Jean-Jacques et Pierre Goldman sur le site de son fan Jean-Michel Fontaine, ici.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

 

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Chanson d’Exil

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 8/14

Au XXe siècle s’ajoutent au vieux judaïsme français évoqué dans le dernier billet les juifs ashkénazes immigrés d’Europe de l’est, surtout de Pologne. Assez peu de chansons françaises relatent leur histoire, mais j’en oublie peut-être… Je vous propose Chanson d’Exil, extrait de la bande originale du film La passante du Sans-Souci, par Talila.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
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14 – Les comedian harmonists

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Le neveu du capitaine Dreyfus

Les Juifs et la chanson II – La chanson et le problème de l’éléphant 7/14

On a vu jusqu’ici quelques figures juives de la chanson, surtout d’avant guerre, sans chercher à définir, ou même à simplement décrire le judaïsme français. Sa complexité est peut-être l’une des raisons de sa discrétion dans les chansons, parce que les sujets trop compliqués, c’est mauvais pour le hit parade. Il y a très peu de chansons sur la trigonométrie ou la physique des particules par exemple. Dans les billets qui viennent, on va explorer les trois strates principales du judaïsme français, en chanson bien sûr.

La présence de juifs sur le territoire de la France remonte à l’empire romain, il y a environ 2000 ans, soit avant même que la France n’existe en tant que telle. Il y a eu plusieurs vagues d’expulsion des juifs au moyen-âge puis pendant les guerres de religion, à la suite desquelles il n’aurait pas dû rester de juifs en France. Au moment de la révolution française, il y avait toutefois quelques communautés :

– Les juifs de Bordeaux, parfois appelés Portugais car récemment immigrés du Portugal, ou encore « nouveaux chrétiens », car prétendument convertis. Pierre Mendès France était par exemple issu de cette communauté.

– Les juifs comtadins, ou juifs du pape, qui vivaient en Provence dans le comtat vénaissin, autour de Carpentras. Ce territoire faisait partie des États pontificaux, et n’a pas été concerné par certaines expulsions ordonnées par les rois de France. Ce sont les ancêtres d’Adolphe Crémieux ou de Bernard Lazare.

– Les plus nombreux, les juifs d’Alsace, dont la présence s’explique par un rattachement tardif à la France. Ce sont les ancêtres de Léon Blum ou du capitaine Dreyfus.

Ces communautés implantées depuis plusieurs siècles, ce sont les juifs français « de souche », ceux qui aujourd’hui n’ont pas d’immigrés parmi leurs proches ancêtres. Des juifs français dont les ancêtres sont des juifs gaulois en quelque sorte, qu’on appelait autrefois israélites. On a déjà rencontré Pierre Dac et Emmanuel Berl dans les billets précédents. Comme chanteur, je vous propose aujourd’hui Yves Duteil. Il est le petit neveu du capitaine Alfred Dreyfus. Il en parle au micro de Sylvie Nicolet sur Radio Bleue, dans l’émission À mots découverts en octobre 1997.

SN : On vous a entendu vous exprimer dans diverses interviews. Parfois pour râler, pour dire je ne suis pas celui que vous croyez. Mais ça, jamais vous ne l’aviez dit.

YD : Non. C’est vrai. Parce que c’était un réflexe chez moi. Un réflexe de rétention. Y avait un grand signe « attention danger », ne pas dire. Et c’était devenu une seconde nature.

SN : Mais ne pas dire pourquoi ?

YD : Justement, sans très bien savoir pourquoi. Parce que je crois que dans les familles où des choses comme celles-là sont pas trop révélées, vous êtes élevés dans une sorte de culture de discrétion. Et moi, mes parents m’ont toujours élevé dans ce silence-là. Et je ne peux pas dire que c’était un secret, tout le monde le savait dans la famille, on en parlait beaucoup. Mais jamais longtemps.

SN : Mais on en avait honte ?

YD : Oh, non, au contraire. Moi je me suis rendu compte que j’en étais très fier. Mais c’était une sorte d’absence. C’était un sujet qu’on n’évoquait pas, je me suis souvent demandé pourquoi. Et je crois avoir compris que c’était parce qu’il était douloureux, simplement. Et de la même manière que les gens qui ont traversé la guerre se réveillent la nuit en hurlant, mais n’en parlent jamais, il y a quelque chose au fond de leurs yeux qui est cassé, mais ils n’en parlent pas. Et bien chez nous, c’était ça. C’était une affaire tellement douloureuse, mes parents évitaient d’en parler.

Yves Duteil, Dreyfus.

1 – Gypsies rock’n roll band
2 – Isaac Gorni, le troubadour juif
3 – Jacques Offenbach
4 – Norbert Glanzberg
5 – Mireille
6 – La complainte des nazis
7 – Le neveu du capitaine Dreyfus
8 – Chanson d’Exil
9 – Des moyens légaux
9bis – Serre les poings
10 – Yellow star
11 – Juif espagnol
12 – Juif errant et pâtre grec
13 – Les juifs de Stéphane Golmann
14 – Les comedian harmonists

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