C’est très grave

Ambitus, tessiture et notes extrêmes 8/11
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Continuons notre voyage au pays des notes extrêmes. On s’intéresse à partir d’aujourd’hui aux notes les plus graves et plus aiguës émises par des chanteurs. Il est temps de faire un point sur la voix. Il n’est pas facile d’en parler, parce que c’est d’un côté l’instrument de musique le plus répandu, puisque presque tout le monde possède une voix. Mais c’est aussi le seul instrument qu’on ne voit jamais fonctionner, puisqu’il est caché dans notre corps.

La voix est produite par le larynx. Deux renflements peuvent y laisser passer l’air ou le bloquer, ce qui provoque une vibration, qui va ensuite résonner dans différentes parties de la tête. Ces renflements sont improprement appelés cordes vocales. Ils n’ont rien à voir avec des cordes, les spécialistes les appellent plutôt plis vocaux. Ils vibrent de différentes manières, selon ce que les experts appellent les quatre mécanismes laryngés : voix craquée, voix de poitrine, voix de tête et voix de sifflet. Plus de détails ici.

La voix de poitrine et la voix de tête sont les plus utilisées. Si vous essayez de chanter du grave à l’aigu, vous devez normalement sentir à un moment ce qu’on appelle le passage, une sorte de bascule, qui change le timbre et correspond physiologiquement à un mode de vibration différent des cordes vocales. C’est le passage de la voix de poitrine à la voix de tête, qu’on a déjà vu dans le yodel.

Les deux autres mécanismes sont plus anecdotiques, mais ils nous intéressent ici, parce qu’ils permettent des notes extrêmes : graves pour la voix craquée, et aiguës pour la voix de sifflet. La voix craquée fait entendre les contacts entre cordes vocales, et donne parfois l’impression de sonner comme un rôt. La voix de sifflet (qu’on a entendu chez Mariah Carey) sonne comme un sifflet justement.

On s’intéresse aujourd’hui au grave. On trouve de nombreuses vidéos sur le web de « note la plus grave jamais chantée », partez à leur recherche si ça vous chante. En ce domaine viril, pas étonnant de trouver des concours de celui qui a « la plus grosse ». Souvent les notes extrêmes sont des sortes de borborygmes, ou de degueulendo. J’ai même vu un chanteur prétendre chanter des notes tellement graves qu’une oreille humaine ne peut pas les entendre, ce qu’on appelle des infrasons, le grand n’importe quoi. Qu’il aille donner des concerts aux éléphants. Si vous ne me croyez pas, allez voir, je vous donne son nom pour faciliter vos recherches, il s’appelle Tim Storms.

À la place, je vous propose le Rainbow of love, un standard de chorales américaines. Le chanteur Ken Turner garde une certaine musicalité même dans le grave extrême qu’il chante en voix craquée. Avis aux amateurs de solfège : sa note la plus grave est un do, cinq lignes sous la clef de fa, le do-zéro en notation américaine, un truc tout à gauche du piano, c’est très exceptionnel (le fa d’Ivan Rebroff dans le billet précédent est une quarte au-dessus, mais lui reste en voix de poitrine il me semble). Rainbow of love, par les Crystal river boys, avec Ken Turner, qui touche le fond vers 4:15.

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