Une géographie de prospectus

Pierre Delanoë, parolier géopolitique 3

Comment Pierre Delanoë faisait-il pour brasser les continents et l’histoire séculaire des empires dans ses innocentes chansonnettes ? Il était bien sûr très cultivé, mais il n’hésitait pas à faire feu de tout bois pour alimenter son fourbi et construire ses décors de carton-pâte. Par exemple, en plein brainstorming avec Michel Sardou et le compositeur Jacques Revaux, ce dernier fait une fausse manœuvre avec un nouveau clavier électronique et produit un horrible son de cornemuse. Delanoë, saisi d’une intuition, le convainc de garder le réglage pour écrire une chanson sur l’Écosse. N’y connaissant rien, il descend chercher un prospectus dans une agence de voyage. Il ne trouve rien sur l’Écosse, mais à la place une brochure sur un coin perdu en Irlande, le Connemara. Ça fera l’affaire. Est-ce que le public a jamais demandé qu’on lui chante l’Écosse d’ailleurs ? Sardou ne croit pas du tout à la chanson : six minutes de cornemuse et un mariage folklorique en Irlande sur fond de guerre d’indépendance, qui ça peut intéresser ? Les lacs du Connemara,

Delanoë pouvait donc faire une chanson à succès avec un peu n’importe quoi, même une rivière en Bulgarie. À propos de La Maritza, il raconte :

C’était une commande pour Sylvie Vartan [née en Bulgarie, ndb]. Bulgarie. Sofia. Tiens ! une rivière, la Maritza, c’est marrant. Pour le refrain, Jean Renard s’est inspiré d’une musique du folklore balkanique. L’éditeur de Joseph Kosma, compositeur des Feuilles mortes, a considéré qu’il y avait plagiat.  Interview donnée à l’Express.

Vous venez de lire le 600è billet du Jardin aux chansons qui bifurquent (et il m’a fallu tout ce temps pour mettre une chanson de Sylvie Vartan …).

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La société, ça fait chanter Johnny

De l’usage du mot « société » en chanson – 2/5
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On continue à explorer le mot « société » et son usage dans la chanson. N’hésitez pas à soumettre vos idées dans les commentaires à propos, il y a sûrement de nombreux exemples (ou contre-exemple ?). On passe à Johnny. Mais qu’est ce qui le fait chanter depuis 50 ans ? La société bien sûr, c’est lui qui le dit dans J’ai oublié de vivre : 

À force d’oublier qu’il y a la société
M’arrachant du sommeil
Pour me faire chanter

On notera l’air particulièrement rageur de Johnny au moment de prononcer « société-hé-é ». C’est vers 2min 50s :

« À force d’oublier qu’il y a la société
M’arrachant du sommeil
Pour me faireuh chanter »

À l’appui de mon hypothèse selon laquelle le mot « société » parlait particulièrement au public des années 1970, j’observe qu’en 2006, Johnny laisse tomber le couplet « société » :

https://www.youtube.com/watch?v=1uv1ihHbF9U

Les paroles sont de Pierre Billon, fils de Patachou et filleul de Brassens. On le reverra dans ce blog, on l’a même déjà évoqué sans le nommer dans une petite énigme non-encore résolue (c’est un indice, fouillez tout le blog pour voir de quoi il s’agit…). La musique est de Jacques Revaux.

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Sardou, ce léniniste

Incroyable mais vrai – 3/6
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Merci à GA, internaute des États-Unis d’Amérique, pour ses commentaires sur le post d’hier. Effectivement, les paroles de Redemption song ne sont probablement pas une défense de l’industrie nucléaire comme le très bref extrait que j’ai fourni peut le laisser croire. « Incroyable mais vrai » doit donc s’entendre comme « très-très-incroyable, et à peu-près-plus-ou-moins-vrai ».  Les solutions suivantes seront peut-être plus convaincantes. Il nous reste à marier :

Les chanteurs (par ordre alphabétique) :
– Didier Bourdon
– Carlos
– Michel Sardou
– Charles Trenet

Les chansons (par ordre de longueur du résumé) :
– Une chanson qui défend Lénine
– Une chanson ouvertement antisémite
– Une chanson qui demande que tous les immigrés chinois rentrent dans leur pays
– Une chanson pour enfants qui fait (presque) explicitement la promotion du tourisme sexuel

Michel Sardou, chanteur engagé de droite, a défendu Lénine (mais pas le Léninisme). Le cas est assez connu, il a fait couler un peu d’encre et surtout vendre beaucoup de disques au début des années 1980.  Aux paroles de la chanson, le génie graphomane Pierre Delanoë qui a paraît-il écrit plus de 5000 chansons, parmi lesquels beaucoup de tubes. Écoutez radio Nostalgie pendant une heure, vous êtes certain d’entendre du Delanoë. On reparlera de Sardou et Delanoë plus tard. La musique est de Jacques Revaux et Jean-Pierre Bourtayre. La chanson, c’est Vladimir Ilitch.

 

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