Il croyait vraiment qu’elle le prenait pour Verlaine

L’affaire Verlaine 5/9
1 – 1bis – 2 – 2bis – 3 – 4 – 5 – 67 – 89 – 9bis

Dans le deuxième post de la série, on annonçait que ce grand buveur de Verlaine rimait avec verveine. Aujourd’hui, on le prouve (c’est vers 2:10 si vous ne voulez pas tout écouter, parce qu’entre nous, c’est un peu saoulant toute cette verveine). Pierre Bachelet, En ce temps là j’avais 20 ans.

 

On continue l’enquête sur Verlaine, toujours avec Borges. Dans L’inachevable, Yves Bonnefoy rapporte que les derniers mots qu’il a entendus de la bouche de Borges était « Virgile et Verlaine », prononcés sur son lit d’hôpital, quelques mois avant sa mort. Et Bonnefoy de se lancer dans des explications :

______________________
Verlaine, au contraire [de Virgile], c’est de la vérité vécue en toute irresponsabilité. Il ne propose aucune tâche élevée, il ne cherche pas à connaître, il se contente de laisser vivre en lui les pulsions, les appétits, les nostalgies, les enthousiasmes de l’être faible qu’il est, et de ce fait on peut, assurément, s’agacer de lui et le tenir pour un poète mineur. Mais penser ainsi, ce serait pas avoir remarqué la façon dont les mots vivent chez lui, des mots capables de se rouler, toute honte bue dans des rêveries au mieux enfantines, mais aussi comme l’alouette jadis, de remonter droit dans la lumière, la transparence : vocables tout prêts alors à tout comprendre et aimer de la poésie la plus pure.  

Yves Bonnefoy
________________________

Cette opposition entre Virgile et Verlaine, ne dirait-on pas l’opposition entre la grande poésie et les innocentes et naïves paroles des chansons ? Et comment s’étonner alors que bien des paroliers trouvent en Verlaine plutôt qu’en aucun autre poète une sorte de grand frère ? Allez, on en reparle dans le prochain post.

Tous les thèmes

Chanson d’automne

L’affaire Verlaine 4/9
1 – 1bis – 2 – 2bis – 3 – 4 – 5 – 67 – 89 – 9bis

En ce 1er octobre, un post de saison, La Chanson d’Automne de Verlaine, mise en musique par Charles Trenet, sous le titre Verlaine, qui n’hésite pas à un peu tordre le texte (« blesse mon cœur » devient « berce mon cœur » par exemple). Et ceux pour qui les paroles de Gainsbourg dans le post précédent étaient mystérieuses (« Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais … ») trouveront là quelques éclaircissements.

Avant d’écouter, on continue notre enquête sur la présence de Verlaine dans la chanson, sous le haut patronage de Jorge Luis Borges, parrain de ce blog (à son corps défendant : j’ai emprunté le nom du blog à l’une de ses nouvelles, Le jardin aux sentiers qui bifurquent).  Borges appréciait beaucoup Verlaine. Exemple, dans un entretien avec Jacques Chancel, Radioscopie, décembre 1979 :
______________________________
Si je pense à la France, je pense aussitôt à la Chanson de Roland, à Voltaire, à Taine… En poésie, à Hugo, mais surtout à Verlaine. Voilà un poète que je ne placerais évidemment pas au-dessus de Virgile, mais vous serez d’accord avec moi qu’en vertu de son incomparable innocence,  il domine de loin toute la poésie française. J’ai par exemple la certitude qu’il écrivait d’un seul jet. Impression unique et tout à fait opposée à celle que me laisse Baudelaire, dont les textes « sentent le brouillon », nombreux et préalables. De Verlaine, on peut imaginer que tout lui est venu ou lui a été donné à son insu, qu’il écrivait en pensant à autre chose. Il y a comme une inconscience, une force de la nature, dans sa poésie. En tout cas, pas de « métier ».

J. L. Borges
_______________________________

Tous les thèmes