Le chat de Nougaro

Le chat 7

Claude Nougaro, a aussi chanté une chanson qui s’appelle Le chat. La musique est de Lalo Schifrin (connu par exemple pour le générique de Mission impossible, déjà passé ici). Profitez-en pour aller voir la série du blog consacré aux compositeurs de Nougaro, ici.

« Ramina quoi ? » demande Nougaro. Probablement Raminagrobis, nom inventé par Rabelais, et surnom donné au chat dans plusieurs fables de La Fontaine. Par exemple, dans Le chat, la belette, et le petit lapin.

Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.

Nous avons donc écouté au total six chansons dont le titre est Le chat : par Biscotte, Téléphone, Pow Wow, Léo Ferré, Georges Chelon et Claude Nougaro. Et encore, je me suis limité aux bonnes chansons. Pour en finir avec ces chatteries, ma vidéo de chat préférée, Le petit bout de la queue du chat par Les Frères Jacques.

Cette série a été initiée par Mathilde et Romain, internautes de Paris 10è, merci à eux.

Je vous recommande la page Wikipedia Chat dans la musique.

Et je vous avoue : les statistiques du premier billet de la série étaient bidons, comme noté par Christelle, internaute de Villeurbanne. Le moteur de recherche de la Sacem est tellement nul qu’il m’a compté « Chateaubriand », « Chatty », « Château », etc dans les chansons de chats. Chut, ne le répétez pas à mes lecteurs…

Aucun chat n’a été maltraité durant l’écriture de cette série.

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Le chat de Baudelaire

Le chat 6

En préparation de la prochaine série sur Mai 68 (qui commence très bientôt, juste après les chats), je lance aujourd’hui un sondage : quel est le chanteur le plus « soixante-huitard » selon vous ? Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chats.

Le plus beau portrait de chat, c’est bien sûr Le chat de Charles Baudelaire, titre commun à deux de ses poèmes (ici et ici). Il a aussi écrit Les chats, ici. Morceau choisi.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Je vous propose Le chat (deuxième version) de Baudelaire, mis en musique par Georges Chelon.

Léo Ferré s’y est aussi essayé (avec un peu moins de bonheur à mon humble avis).

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Il n’y a pas d’amour heureux

Cinq devinettes sur Georges Brassens 5/6
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Voici la réponse à notre quatrième énigme : Dans quelle chanson Brassens se livre-t-il à la censure ? En fait dans presque toutes ses chansons adaptées de poésies (voir le livre Brassens ? de Bertrand Dicale, page 111). Brassens coupe 23 des 29 strophes de Pensée des Morts de Lamartine, 17 des 27 strophes des Oiseaux de passage de Jean Richepin, 15 des 24 strophes de La vierge séduite de Victor Hugo qui deviendra La légende de la nonne… On a déjà vu qu’il coupe une strophe des Passantes, bonne occasion d’aller revoir la série du Jardin sur Brassens et les poètes. Dans de nombreuses poésies, il introduit de petites variantes. Pourquoi diable ? Souvent pour resserrer le propos. Et bien sûr, de bonnes poésies ne font pas nécessairement de bonnes paroles, et réciproquement…

Bref, Brassens transforme les poésies en paroles de chanson, on ne peut pas vraiment parler de censure, au sens politique du terme. Sauf quand il se refuse à chanter l’amour de la patrie, en caviardant cette strophe d’Aragon dans Il n’y a pas d’amour heureux !

Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs
Il n’y a pas d’amour heureux

Louis Aragon ne prenait pas ombrage que les chanteurs malmènent ses poèmes. Dans le numéro 601 de la N.R.F., Variété. Littérature et Chanson, sous la direction de Stéphane Audeguy et Philippe Forest, on peut lire une interview d’Aragon par Francis Crémieux. À la question de savoir si cela le dérange que Léo Ferré modifie ses textes, Aragon répond :

Non, pourquoi est-ce que ça me gênerait ? (…) Je trouve très naturel qu’un homme qui fait des chansons, un homme du talent et de la sensibilité de Léo Ferré, prenne quelque chose de moi, j’en suis même absolument honoré, et je suis même très intéressé à ce qu’il fait en coupant ainsi, en distribuant les choses : c’est comme s’il pratiquait une critique de ma poésie. (…) Cela m’apprend énormément sur mes poèmes (…)

Je vous propose une version d’Il n’y a pas d’amour heureux par Nina Simone.

Il ne reste qu’une seule devinette.

Cinquième devinette : quand Brassens se livre-t-il à l’auto-censure ?
D’accord, Brassens censure, l’affaire est entendue. Mais dans quelle chanson Brassens s’autocensure-t-il ? Évidemment, c’est impossible à déduire de la simple écoute de la chanson, puisque le couplet caviardé ne s’y trouve pas (ce ne serait pas de la censure sinon)… Attention, il y a au moins deux réponses possibles.

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La complainte du partisan

Les cultures soixante-huitardes 1bis/8
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J’ai eu quelques commentaires à propos du premier billet sur Mai 68. Presque toutes les chansons et liens que vous m’avez proposés vont passer dans les prochaines séries.  À propos du sondage, un internaute me signale La complainte du partisan. En cherchant cette chanson, je découvre qu’elle a été écrite en 1943 par Emmanuel d’Astier de La Vigerie sur une musique d’Anna Marly. Il semble qu’elle ait été plus connue en son temps que Le chant des partisans, qui l’a détrônée après-guerre. Avant que Leonard Cohen ne la reprenne en anglais (je croyais que c »était de lui …).

Sinon, si vous ne savez pas quoi faire ce dimanche, écoutez donc l’émission Étonnez-moi Benoît du samedi 16 septembre 2017 sur France Musique, consacrée à la Fête de l’Humanité en chansons. Il y est un peu question de Mai 68. Ici.

Allez aussi chez France Culture écouter Bernard Lavilliers qui reprend des chansons de Léo Ferré, ici. Il y a quelques bijoux…

Dans une prochaine série sur Mai 68, je vous parlerai de Claire Bretécher. En attendant, vous pouvez l’écouter, sur les Nuits de France Culture, ici.

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La guitare de Vyssotski

Chanter faux 4/6
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La fausse note peut être volontaire et systématique. Vladimir Vyssotski était un auteur-compositeur-interprète russe. Sa carrière connut son sommet dans les années 1970 à Moscou, et il est toujours très populaire en Russie, longtemps après sa mort. Le pouvoir soviétique le censurait, il donnait des concerts clandestins chez des amis, enregistrés au magnétophone, recopiés à l’infini comme un samizdat. Il paraît que quelques jours après le concert, on trouvait l’enregistrement au fond de la Sibérie. Il excellait dans une variante russe de la chanson réaliste, chantant les bas-fond et toutes les professions avec une telle authenticité que de l’aviateur à la putain, chacun croyait reconnaître en lui un ex-collègue reconverti dans la chanson.

Sa voix rauque est très reconnaissable. L’étrangeté de son chant provient entre autres de son habitude de faire durer les notes en traînant sur la consonne au lieu de la voyelle, pratique périlleuse, inhabituelle et généralement contre-indiquée. Il chantait juste, du moins suffisamment pour moi, mais sa guitare était parfois curieusement désaccordée. Il faut savoir qu’il s’agit d’une guitare russe à sept cordes (voir à 2:00 sur la première vidéo ci-dessous). Il baissait chaque corde d’un ton, les cordes étaient donc sous-tendues et sonnaient un peu « mou » et distordu quand elles n’étaient pas franchement désaccordées. Dans le public, il arrivait que quelqu’un proposât de ré-accorder la guitare, mais Vyssotski refusait. On en est venu à penser que sa guitare désaccordée était un parti pris esthétique, une variante musicale du flou ou de l’asymétrie…

Je vous passe trois versions d’un de ses plus grands succès, Variations sur des thèmes tsiganes, aussi appelé В сон мне жёлтые огни (Dans mon sommeil entrent les feux jaunes), d’après les premiers mots de cette chanson aux paroles mystérieuses, dans la manière de Léo Ferré ou Bashung : voir ici la série de blog consacrée aux paroles cryptiques en chanson.

La première version est enregistrée en studio, et tout ronronne parfaitement juste. La deuxième est à peu près propre, encore que ça dissonne de-ci de-là du côté de la guitare. Sur la troisième la guitare est franchement désaccordée… Après cette apologie de la fausse note, ce sera sûrement votre version préférée !

Orchestration studio. La vidéo est un montage de différents films où apparaissait Vyssotski qui était acteur avant de devenir chanteur :

En concert, avec quelques légères dissonances :

Guitare franchement désaccordée :

Si sur les vidéos vous avez cru reconnaître l’actrice Marina Vlady, vous avez sûrement raison : elle était l’épouse de Vyssotski. Et si la chanson vous rappelle quelque chose, c’est normal. Il semble qu’elle soit bâtie sur un air traditionnel, et que le refrain soit standard. Je n’ai pas le courage d’explorer tout l’internet russe à sa recherche. En tout cas, Charles Aznavour a chanté une version française, mais les paroles n’ont rien à voir (à part le « ещë много, много раз » qui se prononce « iéchio mnoga mnoga rass » et veut dire « encore de nombreuses fois » en russe).  Sur le site de la Sacem, la musique est attribuée à Aznavour, mais sur mon vinyle, il y a écrit « paroles et musique de Vladimir Vyssotski »… si quelqu’un arrive à me démêler tout ça, preuve à l’appui, merci. Les deux guitares.

 

Une dernière petite, pour voir voir Vyssotski en vrai. Il se chauffe la voix au début, les amateurs de technique vocale apprécieront.

 

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Rotterdam

Paralipomènes 49/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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Je vous livre une autre réponse à Amsterdam : Rotterdam de Léo Ferré, que m’a signalée Pierre Delorme : « y a pas que des putains, y a pas que des marins », l’allusion à l’Amsterdam de Brel est assez claire.

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Hexagone

Paralipomènes 19/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La douzième série du blog proposait un petit tour dans les autres blogs consacrés à la chanson. J’ai omis de vous parler de Hexagone, excellent journal sur la chanson. Allez-y voir, ici.

Et puis pourquoi diable appeler Hexagone un truc en lien avec la chanson ? S’il y avait une chanson qui s’appelle Hexagone, ça se saurait. Hexagone, de Renaud (amusant de la passer le 14 juillet, c’est pas du tout pour commémorer le 24è anniversaire de la mort de Léo Ferré, ce sont les hasards de la programmation comme on dit).

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La môme à trois pieds

Paralipomènes 18/67
(la série qui revient en 68 billets sur les 44 premiers thèmes du blog)
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La onzième série du blog était consacrée à l’Ouchanpo, variante chansonneuse de l’Oulipo. On demandait quelle chanson déjà donnée dans le blog est écrite en vers de trois pieds. Personne n’a trouvé la réponse, c’est sûrement faute d’avoir cherché… Réponse : Jolie môme de Léo Ferré, qu’on avait passée dans la série sur le sexisme (chantée par Juliette Gréco, ici). Je vous passe la version de Ferré.

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La flemme d’un énergumène n’est qu’un dédale de simagrées

Paroles cryptiques 9/9
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Pour conclure cette série, retour à la case départ avec Bashung, qui peut-être a su le mieux renouveler le genre « cryptique ». Il a inventé une manière originale de co-écrire des paroles avec Jean Fauque, sous forme d’échange d’idées, d’aller-retour et de collages. Il semblerait qu’avec Boris Bergman, la collaboration était plus classique et moins intriquée. Je vous recommande sur ce sujet d’écouter une interview récente de Boris Bergman, ici.

À titre tout à fait personnel, je mesure la qualité du travail de Bashung à la quasi-absence de références aux mathématiques dans ses textes, signe d’un refus des astuces un peu trop faciles pour paraître « hermétique » ou « profond » (à ce propos, allez donc lire ou relire la série sur la science en chanson si le cœur vous en dit, ici). En tout cas, Bashung n’a pas touché un si large public avec des textes en apparence obscurs sans se donner un peu de mal…

Je vous propose donc aujourd’hui la dernière piste de l’album Chatterton (dont je recommande l’écoute intégrale) : J’ai longtemps contemplé. Il y a quelques explications après la vidéo.

J’ai choisi l’extrait suivant du mémoire de Karine Daviet, Alain Bashung, entre rock et chanson, déjà mentionné dans le premier post de la série, qui montre la richesse du processus de création d’une chanson : musique et texte bien sûr, mais aussi influences assumées, interprétation, phrasé, orchestration, son, enregistrement, etc.

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Bien que le système d’écriture soit semblable sur tout l’album [Chatterton], les autres textes étant du même acabit, le traitement vocal de J’ai longtemps contemplé dénote. Le récitatif est donc bien issu d’un choix musical et n’est pas lié aux caractéristiques intrinsèques du texte. Par exemple, ce n’est pas l’absence de métrique régulière, qui bouscule les lois de la prosodie traditionnelle (débit régulier, accents rythmiques calqués sur les accents toniques de la langue, coïncidence des fins de phrase musicale et textuelle), qui a entraîné le choix de la parole, puisque cette métrique déconstruite est présente dès la collaboration avec le parolier Boris Bergman.

Léo Ferré influence tout de même l’écriture de l’album en confortant Jean Fauque et Alain Bashung dans leurs envies poétiques, mais il a également un impact sur le traitement sonore de la voix. En effet, depuis Osez Joséphine, Jean Fauque est insatisfait car la plupart des gens ont du mal à comprendre les textes des chansons à cause de la façon dont la voix est traitée à l’intérieur du mixage : trop en arrière, à l’anglaise. L’ingénieur du son, Phil Délire, est à l’écoute de ses attentes, mais Alain Bashung a peur d’obtenir un résultat où la musique serait en retrait par rapport à la voix. L’écoute de Léo Ferré finira par le convaincre :

« J’ai dit : “Regarde, Alain. Léo, il a un symphonique avec quarante cordes derrière et un pianiste lead, et la voix, elle n’est pas devant, c’est juste qu’on entend tout, on comprend tout, la moindre syllabe de ce qu’il raconte.” Ça m’a aidé. Il m’a dit : “Ouais.” Et du coup, à partir de ce moment-là, on a fait un truc tout bête, pour ne pas s’imposer des choses sur lesquelles on n’aurait pas pu revenir : en studio, quand l’ingé son faisait son mix final, — il y a évidemment des repères de référence au niveau des volumes —, on mettait la voix à  0dB, mais on tirait toujours une version à +1 dB sur la voix et -1 dB au cas où on en aurait mis trop. Et le +1db permettait, en réécoutant avant la dernière étape, le mastering, de se dire : “Finalement, ça mériterait un peu de voix.” Il y a un virage assez net sur cet album : tout à coup, la voix est redevenue devant » [Communication personnelle de Jean Fauque à Karine Daviet, janvier 2015]

Enfin, l’influence de Léo Ferré se manifestera directement sur la façon de « chanter » la chanson J’ai longtemps contemplé, pour laquelle Alain Bashung assume un mode récitatif proche du murmure.

« Il y a un morceau extrêmement influencé, qu’on a composé en studio, J’ai longtemps contemplé, qui est assez poétique, qu’on a fait avec des chutes de choses qu’on avait. Et Alain, là, pour la première fois, il devient chanteur français. C’est-à-dire que tout à coup, on dirait du Ferré. Comme c’est parlé, ça pourrait être du Gainsbourg, aussi.»[Communication personnelle de Jean Fauque à Karine Daviet, janvier 2015]
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Un dernier petit truc avant de passer au prochain thème : je me suis bien amusé dans cette série à choisir le titre des posts en sélectionnant la phrase la plus drôle, curieuse ou éclairante de chaque chanson. Je me suis dis qu’en les mettant tous bout-à-bout, ça ferait un poème surréaliste tout à fait génial. Et bien pas du tout, c’est nul (et surtout très bancal). Comme quoi le tout est moins que la somme de ses parties, et il ne suffit pas d’écrire n’importe quoi pour être Bashung-Tri-Yann-Charlebois-Roda-gil-Thiéfaine-Rimbaud-Les-Inconnus. Je vous le mets quand même :

Y a un truc qui fait masse
Poissons sanglants en dix orteils
Et surtout mon pot de biscuits

La graisse de mitrailleuse n’est pas la brillantine des dieux
J’ai mal aux globules
L’ombre qui perd son temps à dessiner mon théorème

Je me suis baigné dans le poème de la mer, infusé d’astres et lactescent
Telle est la question sinusoïdale de l’anachorète hypocondriaque
La flemme d’un énergumène n’est qu’un dédale de simagrées

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Telle est la question sinusoïdale de l’anachorète hypocondriaque

Paroles cryptiques 8/9
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Pas question de quitter le thème des paroles cryptiques sans une petite blague… car le genre se prête naturellement à la parodie, Léo Ferré et Arthur Rimbaud ne nous en voudront pas. Vice et Versa, par Les Inconnus.

Au fait, je sais que ce blog est suivi par quelques internautes dont le français n’est pas la langue maternelle. Je leur propose un exercice difficile : chercher les nombreuses fautes de français glissées volontairement dans les paroles de la chanson du jour !

Sinon, j’ai peut-être dit un peu vite dans le dernier post que la poésie abstraite, ou hermétique n’avait pas d’exemple avant Rimbaud. Il y a eu Gérard de Nerval avant lui et son « épanchement du songe dans la vie réelle » (citation trouvée ici). Mais ça reste un cran en dessous de Rimbaud (en terme de « dérèglement de tous les sens »). El Desdichado, de Gérard de Nerval :

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phœbus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

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