Gainsbourg est-il un génie ?

L’été Gainsbourg 15

Mon collègue de blog Pierre Delorme se plaint dans plusieurs commentaires de ce que Gainsbourg est considéré dans les médias comme un « génie », titre usurpé selon lui. Pour tuer le désœuvrement du 14 juillet, j’ai pris la question au sérieux, un peu comme un sujet du bac philo. Donc : Serge Gainsbourg est-il un génie ? Je ne me serais jamais interrogé en ces termes sans les commentaires de mon ami et ex-professeur d’analyse de chansons, mais je suis interpelé. Car comme je l’ai dit au début de la série d’été, au fil de mes cinq années de blog sur la chanson, est petit à petit montée en moi une « surprise Gainsbourg ». À force de me casser la tête sur toutes sortes de questions autour de la chanson, j’ai réalisé sa place singulière dans le paysage. Je vais commencer par un inventaire de ce qui le distingue à mon avis des autres ACI (auteur-compositeur-interprète).

Univers

D’abord, Gainsbourg n’a pas d’univers très défini. La plupart des « grands » de la chanson utilisent un dispositif avec un « décor », arrière-plan constant dans lequel se déploie chacune de leurs compositions, et où tous les genres (chanson d’amour, politique, sociale, d’actualité, …) trouvent une couleur qui leur est propre, définition de leur personnalité d’artiste. Village de convention de Brassens, Europe fantasmée de Brel, banlieue de Renaud, géopolitique de carton-pâte de Pierre Delanoë sont les meilleurs exemples (auxquels des séries ont parfois été consacrées, suivre les liens). Certains habitent des univers moins concrets, dont l’unité réside dans un style ou un personnage : sentimentalité vaporeuse de Barbara, « surréalisme » de Trenet, argot de Pierre Perret, artiste maudit à la Ferré, adolescence poétique à la Souchon, etc.

Gainsbourg a mangé de ce pain-là en fin de carrière avec son Gainsbarre, mais sur l’ensemble de son œuvre, il fait évidemment exception. On peut le rapprocher d’Aznavour de ce point de vue. D’ailleurs nos deux ACI qui riment avec troubadour sont peut-être ceux qui ont le plus (et le mieux) écrit pour d’autres. Mais Gainsbourg va plus loin qu’Aznavour dans le disparate. Comment croire que c’est le même qui a écrit Love on the beat et Le poinçonneur des Lilas ? On pourrait donner sans se fatiguer une vingtaine d’autres exemples. Voilà un critère assez objectif pour l’exclure du club des grands de la chanson et le ranger parmi les faiseurs ou les commerciaux, étiquette qu’il revendiquait d’ailleurs dans certaines interviews. Ce serait bien sûr réducteur de ne retenir que ce critère sur lequel on pourrait même le réhabiliter avec une hypothèse hardie. Aznavour a dit que chaque chanson devait raconter l’histoire de celui qui l’écoute, et pas de celui qui la chante. Je pense qu’il appliquait ce précepte aux chansons biographiques, dont il était expert (Je n’ai rien oublié, Comme ils disent, Je m’voyais déjà, etc, etc). Gainsbourg aurait inversé le dispositif : il raconte sa vie, mais dans les univers mouvants des générations successives de ses auditeurs.

Le chanteur en largeur d’abord

J’ai dit il y a quelques jours que Gainsbourg me frappait par le nombre de sujets qu’il aborde, et par l’originalité de l’approche pour chacun d’eux. Sur ce point, Pierre Delorme me cherche noise dans un commentaire. Effectivement, il n’est pas évident de prouver que c’est lui qui aborde le plus grand nombre de sujets, mais on ne va pas se lancer dans des décomptes fastidieux. Il se pourrait que Pierre Perret ou Guy Béart le surpasse largement par exemple. On y verra plus clair à la fin de la série, que je ne suis pas certain de tenir jusqu’au bout, vous verrez. J’ai prévu une petite cinquantaine de billets, à la suite desquels l’originalité de Gainsbourg et la diversité des thèmes qu’il aborde sera étalée noir sur blanc, je ne m’étends pas plus aujourd’hui.

J’ajoute que Gainsbourg n’a jamais l’air de faire « une chanson sur un sujet », un peu comme à l’atelier d’écriture de chanson. Je dois dire que Pierre Perret me donne souvent cette impression. La largeur des thèmes abordés par Gainsbourg me semble procéder non pas d’un auteur qui épuise laborieusement des listes de thème, mais de la gourmandise de l’immigré qui absorbe comme une éponge toute la culture de sa terre d’adoption et souhaite en rendre compte. Un peu comparable à celle de Goscinny dans Astérix ou le Petit Nicolas, qui recense systématiquement tous les poncifs de son temps. Chez Gainsbourg, cela ne conduit pas à un étalage systématique, mais plutôt à un mystère de la précision et du détail qu’on ne trouve pas dans la chanson purement commerciale : exactitude du vocabulaire et des descriptions (cf les billets consacrée au poinçonneur des Lilas, à Qui est in qui est out, etc).

Le chanteur transigeant

On n’imagine pas Brassens acceptant de mettre des nappes de synthé dans ses arrangements, ni la production de Brel lui imposant des choristes en mini-jupe au concert, ni qu’on exige de Barbara des chansons qui fassent danser dans les nightclubs. Voilà, ce sont des artistes intransigeants, droits dans leurs bottes. À l’inverse, il y a les artistes commerciaux, qui cherchent à toute force la recette du succès, le plus caricatural étant peut-être Claude François. Gainsbourg, à l’instar de quelques autres (Higelin, Lavilliers, …) est dans un entre-deux. Venu de la chanson « rive-gauche », passé par la chanson-jazz, il se résout à suivre la vague yéyé, et court après le hit-parade jusqu’à la fin de sa carrière, alternant succès et échecs dans une étrange dialectique entre l’art et le commerce.

Mais il est bon ou pas ?

Évidemment, avant de savoir si Gainsbourg est un génie, il faudrait savoir s’il est bon dans sa partie ou pas. Comme compositeur, c’est difficile d’évaluer Gainsbourg. Il a composé de bonnes musiques, comme Black trombone ou Penser à rien, presque des petits standards de jazz. Et des albums qui ont marqué musicalement : Melody Nelson (avec Jean-Claude Vannier) ou L’homme à la tête de chou. Il a bien sûr tiré le meilleur de l’élite des arrangeurs de son époque. Est-ce que cela enlève ou ajoute à son mérite ? Je laisse la question ouverte, on peut pinailler dans les deux directions. Idem pour la fusion qu’il opérée entre musique romantique et variétés : est-ce de l’habilité ou du plagiat ? Plagiat auquel il a recouru avec des escroqueries avérées, on en a déjà parlé dans le blog. Il parait qu’Alexandre Dumas disait : « L’homme de génie ne vole pas, il conquiert ». En tout cas, on a affaire à un compositeur difficile à évaluer. Je ne m’y risque pas plus. Je note qu’à ‘l’instar des paroles, il n’a pas d’univers musical très défini et qu’il n’a pas écrit de grande musique de film ou autre, alors quoi qu’on en pense, c’est quand même pas le Mozart du XXe siècle. Mais quel compositeur de chansons peut prétendre à ce titre ?

Comme parolier, on peut inscrire Gainsbourg dans la filiation de Boris Vian, qui a « désaffublé la poésie » selon le précepte de Francis Ponge. Un peu moins radical que le maitre dans l’usage d’un langage quotidien, il opère une subtile réaction en étant plus rigoureux et poétique, mais avec une poésie à mon avis assez peu inventive dans ses chansons de facture classique (La javanaise, Je suis venu te dire que je m’en vais, La chanson de Prévert, etc), par rapport à Souchon par exemple pour donner un exemple relevant d’une écriture d’apparence « simple » à la Vian. Ce sont d’ailleurs des chansons d’opinion plus que romantiques ou sentimentales si on écoute bien, et Gainsbourg est souvent didactique (En relisant ta lettre), une autre marque de fabrique. Je retiens à son crédit deux inventions d’écriture. D’abord son traitement original et systématique de la rime (rime en « ex » dans Comment te dire adieu, il y a plein d’autres exemples) ou parfois des assonances (« ve » dans La javanaise). Le procédé est très commun dans la chanson comique et Gainsbourg l’étend aux autres registres. Ensuite son usage des énumérations, mode littéraire à son époque (Prévert, Queneau, Perec, …), mais qu’il transpose en chanson le premier et d’une belle manière (Les petite papiers). Dans les deux cas, on peut dire que Gainsbourg a trouvé une bonne combine. Il suffisait d’y penser et après, c’était peut-être à la portée de tout parolier habile … Ou peut-être pas.

Je propose une seule chanson pour ce billet, Ford Mustang, bonne synthèse de l’univers de Gainsbourg : musique pas géniale mais bien arrangée dans l’air de son temps, chanson énumérative, rime rare en « ang », chanson de description, sociale et sans poncif, teintée d’érotisme et de didactique. Pour être plus précis, chanson du non-univers de Gainsbourg, puisqu’il n’a pas d’univers défini n’est-ce pas.

Alors voilà : après tout ça, comment dire si Gainsbourg est un génie ? Il se distingue tellement des autres ACI, qu’il est difficile à classer sur une échelle de valeur. Et puis il faut s’entendre sur ce qu’est un « génie ». Si un génie est un artiste qui s’est hissé au sommet de son art, alors je suis d’accord pour dire que Gainsbourg ne mérite pas l’appellation : peintre raté, versificateur habile, parolier inventif, compositeur énigmatique… C’est sûrement un artiste surdoué, mais à mon goût, c’est un mélodiste moins « génial » que Brassens, un parolier moins « génial » que Brel ou Souchon. Et plus un suiveur qu’un inventeur, mais un suiveur qui a su maintenir une certaine qualité au long de carrière, ce qui le rend crédible et recyclable. Pris globalement, son cas est donc quand même défendable : il n’a pas de grand point faible, pas mal de bonnes chansons, plusieurs très bonnes, c’est quand même le principal.

Mais je pense qu’on fait qu’on fait fausse route, parce que Brassens ou Brel ne sont en aucun cas des « génies ». Ils se sont hissés au sommet de leur art et l’ont même ré-inventé, mais y compris dans l’espace médiatique, le mot génie doit s’entendre dans un sens plus restreint. Le génie est un individu dont la créativité et les capacités intellectuelles surhumaines ont un impact majeur dans les domaines artistiques, scientifiques, sociaux et politiques, impact supérieur à celui des meilleurs spécialistes de chacun de ces domaines. Il provient d’un de ces champs particuliers, dans lequel il est le meilleur, mais il les transcende. La notion émerge avec l’humanisme. Elle culmine alors avec Léonard de Vinci. Puis elle se renouvelle et trouve toute sa plénitude sociale et politique, voire messianique, à la charnière entre les Lumières et le Romantisme, moment où l’individu peut occuper la place laissé vacante par Dieu. Le premier génie de ce point de vue est peut-être Goethe. En France, on pourrait opter pour Napoléon, ou plus sûrement pour Victor Hugo. En ce sens, le seul génie incontestable de la chanson française, ce fut en son temps Béranger, même si son œuvre est aujourd’hui complètement dévaluée. Le dernier « génie » français en ce sens, c’est peut-être Jean-Paul Sartre. L’espèce a proliféré au XIXe siècle, puis a décliné jusqu’à disparaître à peu près au long du vingtième siècle. Elle ne subsiste aujourd’hui qu’en des variantes dégénérées dont aucune ne parvient à même faire croire à un consensus : entrepreneurs qui inventent le futur (Steve Jobs est peut-être le moins antipathique), prophètes-imposteurs résiduels du totalitarisme en leur pays (dynastie Kim), leader populistes, penseurs autoproclamés, etc.

Nos chanteurs les plus estimés affichent une grande modestie, ils sont tous d’accord pour n’être pas poète, je vous épargne les extraits d’interview de Brassens, Brel ou Barbara qui se gargarisent de cette formule. Trenet la chante même : « J’suis pas poète, mais je suis ému » (Ménilmontant). Quelques ambitieux, comme Léo Ferré, bornent leur prétention à être de grands poètes et composent un opéra pour marquer le coup. La question du « génie » ne se pose même pas pour eux. Sauf pour Vian et son éclectisme peut-être, et pour Gainsbourg bien sûr. Peut-être ironiquement, mais pour lui et rien que pour lui. Déjà, il a la première qualité requise : une certaine mégalomanie. Il s’inscrit dans les plus grandes lignées, se compare discrètement à Chopin ou à Rimbaud dans des interviews. Et puis, il émarge à tous les débats de son siècle, parfois dans une certaine indifférence, quelques fois avec un vrai impact sur la société. Je pense à Je t’aime moi non plus, ou à sa reprise de la Marseillaise. Il est en ce sens notre seul « génie » de la chanson. Avec son personnage de marquis de Sade à paillettes, sodomite inassouvi et alcoolique véritable qui hantait les plateaux de télé , il incarne bien sûr une forme décadente et parodique de génie, un pale reflet de cette catégorie en son temps déjà désuète. Et qui avait bien compris qu’un authentique génie doit se hisser au-dessus de son art. Sur ce point, Gainsbourg a eu une idée de génie : pour se situer loin au-dessus, plutôt que de se fatiguer à grimper, autant rabaisser son art. En le déclarant mineur.

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Renaud

En passant par la Halle Tony Garnier 4/5

Le seul chanteur que je suis allé voir à la Halle Tony Garnier, c’est Renaud. Il n’avait plus du tout de voix, mais le public chantait à sa place toutes ses chansons apprises par cœur. J’ai remarqué un truc dans dans Dès que le vent soufflera. À deux reprises dans la chanson, il y a une modulation, c’est-à-dire que la ligne mélodique est décalée d’un demi-ton vers l’aigu, procédé classique en chanson pour donner un peu d’intensité.

À la guitare, c’est assez malcommode, parce qu’on a essentiellement trois choix. Premier choix : complètement changer les positions des accords ce qui est ennuyeux à mémoriser et peut faire sonner différemment l’accompagnement d’un couplet à l’autre. Deuxième choix : garder les mêmes positions, mais les décaler d’une case vers la droite. Les cordes à vide produisent alors des fausses notes, qu’il faut corriger en écrasant tout le manche avec son index, ce qu’on appelle un accord barré, qui produit à la longue une crampe insupportable à la main gauche. Reste la troisième solution, interdite par tous les profs de guitare : utiliser un « capodastre », petit gadget qui écrase les cordes de la guitare à la place de l’index de l’accord barré. La solution est généralement impraticable, parce qu’il faut s’arrêter de jouer pour poser ou bouger le capo. J’ai pourtant eu la surprise de voir Renaud tranquillement bouger son capo en pleine chanson. Il faut dire qu’il a tout un bastringue de super musiciens derrière, alors il peut s’arrêter de jouer deux secondes, ça ne se remarque même pas. On se demande même si c’est bien sa guitare qu’on entend.

Regardez sur la vidéo d’un vieux concert :

  • Vers 00:30, Renaud ajuste son capo. À ce stade, il est juste rangé au bout du manche, prêt à bondir, il ne sert encore à rien (enfin pour ce qu’en je vois).
  • Vers 1:45, commence la progression d’accords qui prépare la première modulation, qui a lieu au début du troisième couplet vers 1:50. J’ai l’impression que le capo n’a pas bougé, je pense que Renaud a changé ses positions, mais c’est difficile à voir.
  • Vers 3:00, deuxième modulation avant le cinquième couplet. Et là, regardez-bien, le capo a bougé sur la deuxième case du manche ! Hélas, le montage ne montre pas comment.

Avis aux Tintinophiles : regardez le nom du bateau sur la vidéo, c’est le Karaboudjan, le bateau commandé par le capitaine Haddock dans le Crabe aux pinces d’or.

1- Mylène Farmer
2- JuL
3- Johnny Hallyday
4- Renaud
5- Boys bands

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Paris

Amour et mélancolie des villes, 14/28

Encore Paris aujourd’hui. Nostalgiques des vieilles Renault, regardez ce vieux Renaud. Amoureux de Paname.

Anecdote personnelle aujourd’hui. Il y a quelques décennies dans le RER, un chanteur avec sa guitare chantait Amoureux de Paname. Mais il écorchait un peu les paroles : « Béthune, c’est mon paysage ». Avec l’indulgence propre au grand âge, je lui dis aujourd’hui, et bien oui, pourquoi pas. Si ça se trouve, il venait de Béthune en plus. Ou c’était un hommage aux origines nordistes de la mère de Renaud.

1 – La ville morte
2 – Hôtel Périphérique
3 – Marseille
4 – Rio
5 – Grenoble
6 – Vienne
7 – Lyon
8 – Numance
9 – New York
10 – Hong Kong
11 – Bruxelles
11bis – Un chameau à Bruxelles
12 – Le regard tranquille des vieilles villes
13 – Moscou
13bis – Il neige sur Liège
14 – Paris
15 – Madrid
16 – Barcelone
17 – Je reviendrai à Montréal
18 – Il faut s’offrir du bitume
19 – Marseille
20 – L’ennui des villes
21 – La Havane
22 – Anarchy in Tokyo
23 – Cergy
24 – La fille de Londres
25 – The old main drag
26 – Vancouver
27 – Pérégrination d’Amsterdam
28 – Venise n’est pas en Italie

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Ficelle à rôti

Bouchers, boucherie et chanson, 15/16

On approche de la conclusion de cette série. Mais pourquoi toutes ces chansons de boucher ? Le personnage du boucher a bien des agréments pour le parolier. La commodité du mythe d’abord : à l’instar du gitan ou de la putain, ce personnage récurrent ne requiert par d’explication, l’auditeur connait. Autre avantage, le ressort comique du contraste : le boucher amoureux, le boucher romantique, qu’est-ce qu’on rigole. Il ne reste pourtant qu’un mythe de seconde zone. Je pense que c’est en raison d’un point faible crucial : il n’est guère plaisant de s’identifier à un tel bouffre. Alors que chacun rêve quelque part d’être un peu gitan ou un peu pute n’est-ce pas.

La ficelle du boucher est un peu grosse. On peut le voir à plusieurs signes. D’abord, les grands de la chanson, les tout meilleurs à mon goût, n’ont pas leur chanson de viande : Jonasz, Gainsbourg, Renaud, Ferré, Brassens, Brel, Barbara, Nougaro, Souchon, Sanson, la fine fleur de l’élite, ils n’ont pas de chanson de boucherie. Quand on a quelque chose dire sur l’amour, la vie ou les fleurs, pourquoi faire une chanson sur les bouchers ? Et le sujet « boucherie » n’a pas sa « grande chanson ». Pas de Comme ils disent, pas de Complainte des filles de joie, pas d’Assassin assassiné, pas de Ne me quitte pas, etc. La chanson de boucherie est souvent aussi lourdingue que le personnage qu’elle prétend décrire, elle reste cantonnée aux faces B, à la bonne idée-recette pour farcir son répertoire, excellent exercice pour atelier d’écriture chansons au demeurant. Bon, quand même une grande exception à tout ce que je raconte : Les joyeux bouchers de Boris Vian, privilège de l’inventeur qui épuise presque tout le mythe en une seule chanson.

Je vous ai préparé pour ce billet le pire de la chanson bouchère. Un sketch d’abord, de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Jolis bouchers.

La femme du boucher, c’est amusant et bien interprété, mais après toute une série de boucherie, c’est l’indigestion de viande.

Exemple d’écriture automatique bouchère, Pièce de viande par le groupe Les Trois Accords.

Touchons le fond. Jean-Pierre Coffe et Carla Bruni fabriquent du boudin.

1 – Trois petits enfants s’en allaient glaner aux champs
2 – Comment inventer le mouton français ?
3 – Rue de l’Échaudé
4 – Elle est d’ailleurs
5 – Les crochets de bouchers
6 – L’hyper-épicier
6bis – Crochets francophones
7 – La viande commence par Vian
8 – Coagulation
9 – Professeur Choron, boucher et assassin
10 – Les garçons bouchers
11 – Jean-Claude Dreyfus
12 – Tout est bon dans le cochon (et réciproquement)
13 – Jean-Pierre Coffe en a un petit bout
14 – Mes bouchers
15 – Ficelle à rôti
16 – La Chanson du boucher de Michèle Bernard

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Igor Stravinsky et Serguei Rachmaninov

Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique 4/8

Les plus grands compositeurs russes se sont intéressés à l’hymne national américain, ne me demandez pas pourquoi ce mystère. Sergei Rachmaninov a proposé un arrangement pour piano qui met bien en valeur l’entrelacement du chant et du contrechant un peu plus grave vers la fin (à peu près à 1:00 sur la vidéo).

Igor Stravinsky, fraichement réfugié aux États-Unis a proposé un arrangement pour orchestre en hommage à sa nouvelle patrie, qui pour le remercier lui a envoyé la police au titre d’une loi du Massachusetts qui interdit de modifier l’hymne. Voir la chronique de Max Dozolme sur France Musique qui relate cette étrange affaire, ici.

Bon, tout ça ne nous dit pas quel nouvel hymne proposer. Au temps des faits alternatifs réfléchissons aux hymnes alternatifs. La Belgique a Le plat pays de Jacques Brel, gloire à la nation belge d’avoir adopté comme hymne de cœur un chant aussi beau et mélancolique.

La France, pays profondément réactionnaire, a élu en 1981 un homme de droite à la présidence : François Mitterrand. La preuve, ce dernier est revenu sur la réforme la plus importante de son prédécesseur : le changement du tempo de La Marseillaise, prérogative régalienne ultime, seul véritable bouton rouge à la disposition du bon plaisir de notre monarque constitutionnel, actionné par un certain Valéry Giscard d’Estaing, récemment disparu, et qui devrait être un sacré gauchiste pour oser faire ça. En fait, je crois même me rappeler que ce dernier préférait à notre hymne national Le régiment de Sambre-et-Meuse, un chant purement militaire assez célèbre jadis, mais impossible de remettre la main sur cette information. L’histoire de Sambre-et-Meuse n’est pas encombrée de révolutions et ses paroles n’ont rien de sanguinolent. L’idée de la proposer comme nouvel hymne est tellement con que je suis étonné qu’on n’en parle pas du tout aujourd’hui. Pourquoi pas plutôt l’anti-hymne Hexagone de Renaud ? Voilà notre authentique hymne alternatif, bien plus franchouillard qu’il n’y paraît.

Et les USA ? Ils ont This land is your land, de Woody Guthrie, chant contestataire de l’âme profonde de l’Amérique. God save the queen est écrit à la troisième personne. La Marseillaise à la première personne du pluriel (« allons enfants … », « contre nous …», « nos sillons », « marchons », …). Je trouve qu’un hymne écrit à la deuxième personne (« your land »), voilà, ça c’est américain, yeah. Alors allez-y les ricains, officialisez ça, adoptez-le une fois pour toute comme hymne national.

Dans la même veine patriotico-contestataire typiquement américaine, il y a le célèbre Born in the U.S.A. de Bruce Springsteen que me rappelle opportunément Nadia de Meylan dans un commentaire.

1 – Les chœurs de l’armée rouge en hommage à l’Amérique
2 – Un hymne de Michael Jackson
2bis – Propositions
3 – Chanteuses américaines
4 – Igor Stravinsky et Serguei Rachmaninov
5 – La soupe aux choux doit être l’hymne de l’Amérique : preuve par la musicologie
5bis – Jean Ferrat américain
6 – Jimi Hendrix
7 – Borat et Jim Carrey
8 – Les Simpsons

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Ponchon pochtron

Vin, alcool et ivrognerie 21/24

On a beaucoup cité Raoul Ponchon dans cette série. C’était un journaliste bohème qui pratiquait un art aujourd’hui perdu : la gazette rimée. Sa citation la plus célèbre :

Quand mon verre est vide, je le plains ; quand mon verre est plein, je le vide.

Sa vie recèle un étrange mystère : alcoolique et goinfre, n’ayant pas eu une hygiène de vie très exemplaire, il vécu pourtant jusqu’à l’âge de 88 ans sans grand problème de santé. Il se pourrait qu’il ait grandement exagéré son alcoolisme. Sa pratique intensive de la marche à pied l’a peut-être aussi gardé en forme. Excellente émission à son sujet sur France Culture ici.

En écoutant l’émission, j’ai pris quelques notes pour cette série, à propos de la vie de « bohème ». Jean-Didier Wagner, historien de la littérature :

Il ne faut pas oublier que « bohème » est un terme qui a été pratiquement imaginé par Henri Murger. Auparavant, on pouvait vivre de façon artiste, en dehors des règles de la vie bourgeoise. Mais le mot « bohème » et « bohème littéraire » n’a pas été associé avant 1842 je dirais au champ littéraire et artistique. C’est une manière de se vendre au public. On est bohème pour le bourgeois en fait. Donc, si on veut vendre, il suffit de mettre comme Goudot « dix ans de bohème » sur ses mémoires.

Renaud, Pochtron.

1 – Le vin
1bis – Je bois la bouteille
2 – J’ai bu
3 – Un ivrogne appelé Brel
4 – Chanson à boire
5 – En titubant
6 – Le vin me saoule
7 – La santé, c’est la sobriété
8 – Si tu me payes un verre
8bis – Le vin que j’ai bu
9 – Tango poivrot
9bis – Sur le Pressoir
10 – L’alcool de Gainsbourg
11 – C’est cher le whisky, mais ça guérit
12 – L’eau et le vin
13 – Sous ton balcon
13bis – Le sous et Le Houx
14 – Sacrée bouteille
15 – Le dernier trocson
15bis – Java ferrugineuse
16 – Commando Pernod
16bis – Cereal killer
17 – Six roses
18 – 1 scotch, 1 bourbon, 1 bière
19 – Vins d’appellation
20 – On boira d’la bière
21 – Ponchon pochtron
22 – Copyright apéro mundi
23 – Rapporte moi des alcools forts
24 – Je vais m’envoler

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Le flipper

Jeu et chanson 4/15

Il est temps de révéler la réponse à la première devinette : le jeu plus souvent cité en chanson. J’ai eu toute sorte de réponses (voir le billet précédent) et personne n’a trouvé la mienne. Diego propose la chasse, réponse intéressante avec beaucoup de chansons, mais je ne range pas la chasse dans les jeux.

Je propose donc : le flipper. Tout comme un bon coup au jeu de go, le flipper remplit plusieurs objectifs. D’abord, le jeu est musical en lui-même, il se prête bien à la musique figurative à l’instar de la machine écrire ou du train par exemple. Ensuite, ce jeu des copains, adolescent et générationnel permet d’actionner le ressort (c’est le cas de le dire) le plus efficace de la chanson : la nostalgie. Le flipper a aussi une valeur métaphorique : les rebonds illogiques de la boule de bumper en bumper sont la vie même. En fait, certains flippers étaient même des petites allégories, avec dans un univers bien défini des zones chanceuses et d’autres adverses, des prisons, des gains inespérées, etc. Bref, le flipper a tout pour plaire au parolier.

Même Édith Piaf a chanté le flipper. Le billard électrique.

Parmi les nombreuses chansons de flipper, je trouve que celle qui exploite le mieux tout le potentiel du jeu, c’est Flipper, du groupe Téléphone.

Pour la valeur nostalgique du flipper, je propose Les forbans, La fille du flipper.

Comme chanson qui exploite le potentiel métaphorique du flipper, je propose Corynne Charby, Boule de flipper. Il faut juste qu’on m’explique pourquoi le clip montre surtout des boules de bowling et une boule de pétanque bien astiquée sur un billard … La musique est de Christophe en personne.

Sur le plan musical, ma chanson de flipper préféré est Pinball wizard des Who. Avec Elton John au chant, le version du film Tommy exploite un peu le potentiel musical du jeu.

Pour les vrais fans des Who, une version live avec Roger Deltrey au chant. Au festival de l’ile de Wight, en 1970. Le tempo s’embourbe quelque peu… Keith Moon devait être un peu défoncé, mais merde, ça a de la gueule.

Version française, par Richard Anthony, un beau massacre, merci. Le sorcier du flipper. Les paroles sont de Boris Bergman, il a quand même fait mieux après …

Tant qu’à rester en France, je préfère de très loin la pop déjantée d’un autre Richard (Gotainer). L’empereur du flipper.

Même Chantal Goya a chanté le flipper, dans sa période yéyé au début de sa carrière. Si tu gagnes au flipper. Tout comme le yaourt avec de vrais morceaux de fruits, il y a de vrais bruits de flipper au début.


Les nuits sans Kim Wilde de Laurent Voulzy exploite le côté obsessionnel du flipper. Paroles d’Alain Souchon.

Je conclus ce billet par une anecdote personnelle. Soucieuse de mon éducation, ma maman m’emmenait parfois sur les lieux de tel ou tel événement historique. Ainsi nous sommes-nous retrouvés il y a une bonne quarantaine d’années dans le café où Jean Jaurès avait été assassiné quelque décennies auparavant, rue Montmartre à Paris pour autant que je me souvienne. Elle a demandé où se trouvait le grand homme au moment du coup de feu. Le garçon nous a répondu : « il était au flipper ». Tout comme Bob qu’était au flip quoi. Marche à l’ombre de Renaud.

Je me suis limité aux chansons centrées sur le flipper. Pour aller chercher l’extra-balle, ou même peut-être « claquer » et gagner une partie gratuite, quelques chansons qui l’évoquent incidemment :
Laisse béton, encore Renaud
Rock autopsie ou Les dingues et les paumés d’Hubert-Félix Thiéfaine
J’ai eu 30 ans de Maxime Le Forestier
Nos amours cassées de Félix Gray & Didier Barbelivien
Couleur menthe à l’eau d’Eddy Mitchell
Cœur en stéréo de Jeanne Mas
La solitude de Gilbert Bécaud

Vous venez de lire le 1200e billet du Jardin aux chansons qui bifurquent.

1 – Les échecs
2 – Le jeu générique
3 – Monopoly
3bis – Chanteuses au nom de jeu
4 – Le flipper
5 – Marelle et pile ou face
6 – Le flambeur
6bis – Cache-cache
7 – La partie de bridge
8 – Le jeu de go
9 – La pétanque
9bis – Cache-cache party et go
10 – Question pour un champion
11 – La belote
12 – Le casino
13 – Les jeux vidéos
13bis – Les jeux vidéos (bis)
14 – Poker
15 – Le joujou du pauvre

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Le conflit israélo-palestinien

Les Juifs et la chanson IV – Image des juifs dans la chanson 9/19

Le conflit israélo-palestinien est parfois évoqué dans des chansons pacifistes, comme Inch’Allah de Salvatore Adamo.

Je n’ai trouvé que peu d’allusion à la cause palestinienne chez des chanteurs ayant une certaine diffusion. Je note que dans les deux chansons à suivre, les règles non-écrites régissant la majorité des chansons évoquant les juifs s’appliquent : rester allusif, ne pas nommer ce dont parle, et lorsqu’on le nomme, l’inclure dans une liste.

Dans Tout le monde y pense de Francis Cabrel, « Des cailloux sur des casques lourds » : tout le monde pense à l’intifada (et à Francis Cabrel).

Dans Miss Maggie, Renaud sacrifie à la tradition énumérative, tout en inventant un génocide pour les besoins de sa démonstration. Suite à une polémique, il paraît qu’il a changé les paroles dans ses concerts, voir ici.

1 – Le chandelier
2 – Le mot « juif » dans des listes
3 – La chanson anticléricale œcuménique
3bis – Souchon et Ferré
4 – Le juif non-dit
5 – Les juifs chez Gainsbourg
6 – Un juif célèbre
7 – L’Aziza
8 – La chanson pro-israélienne
9 – Le conflit israélo-palestinien
10 – Image des juifs dans le rap
11 – L’anti-antisémitisme de Pierre Perret
12 – La chanson antisémite
13 – On peut rire de tout, mais pas en mangeant du couscous
14 – Les mères juives
15 – Betty Boop
16 – Noirs et juifs aux USA
17 – Nica
18 – Noirs et juifs en chanson chez Jean-Paul Sartre
19 – Azoy
19bis – Retour sur quelques commentaires

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La chanson pro-israélienne

Les Juifs et la chanson IV – Image des juifs dans la chanson 8/19

Le courant est aujourd’hui un peu passé de mode, mais il y a eu plusieurs chansons pro-israéliennes dans les années 1960. Par exemple, Exodus, paroles d’Eddy Marnay, interprétée par Édith Piaf, pour le film du même nom.

Autre exemple, Nino Ferrer, Je vous dis bonne chance.

Dans un contexte plus actuel et circonstancié, Renaud évoque Israël dans Hyper cacher, chanson écrite après les attentats de janvier 2015.

Pour un exposé plus doctrinaire du sionisme en chanson, je vous propose Plaidoyer pour ma terre (qu’est-ce que le sionisme) d’Herbert Pagani.

J’inclus aussi une chanson de Serge Gainsbourg, Le sable et le soldat, écrite à l’occasion de la guerre des six jours, et dont il n’existe qu’une maquette. Plus d’information sur cette étrange chanson ici (à écouter si vous vous posez tout plein de questions sur Gainsbourg, la France et le sionisme).

 

1 – Le chandelier
2 – Le mot « juif » dans des listes
3 – La chanson anticléricale œcuménique
3bis – Souchon et Ferré
4 – Le juif non-dit
5 – Les juifs chez Gainsbourg
6 – Un juif célèbre
7 – L’Aziza
8 – La chanson pro-israélienne
9 – Le conflit israélo-palestinien
10 – Image des juifs dans le rap
11 – L’anti-antisémitisme de Pierre Perret
12 – La chanson antisémite
13 – On peut rire de tout, mais pas en mangeant du couscous
14 – Les mères juives
15 – Betty Boop
16 – Noirs et juifs aux USA
17 – Nica
18 – Noirs et juifs en chanson chez Jean-Paul Sartre
19 – Azoy
19bis – Retour sur quelques commentaires

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Le mot « juif » dans des listes

Les Juifs et la chanson IV – Image des juifs dans la chanson 2/19

Quand le mot « juif » apparaît dans une chanson, c’est rarement pour désigner un personnage particulier, ou pour souligner une qualité prêtée aux juifs. On va le voir dans ce billet, le « juif » dans la chanson est souvent abstrait, insipide, à l’antipode du « gitan », personnage récurrent à la personnalité forte et affublé de nombreuses qualités (voir ici). Il y a peu d’exceptions, retournez voir le billet consacré à Georges Moustaki pour en trouver une (ici).

« Juif » apparaît donc souvent dans des chansons énumératives, avec d’autres peuples, ou simplement adossé au nom d’une autre ethnie, comme pour se mettre à distance d’un antagonisme ou pour dissiper toute suspicion de racisme. Dans ce contexte, « juif » et « arabe » sont souvent cités ensemble, l’un justifiant l’autre et inversement, ou l’excusant. Les exemples sont assez nombreux et chacun peut interpréter le phénomène selon sa paranoïa propre, je vous laisse à vos méditations.

Plus belle chanson de la collection, Claude Nougaro, Sonnet à Mouloudji. Vous noterez que techniquement, il ne s’agit pas d’un sonnet, puisque l’avant-dernière strophe contient quatre vers, et que dans la dernière un vers ne rime avec aucun autre, sans que cela ne produise aucune gêne à l’écoute, c’est le génie créatif de Nougaro.

On me prend pour vous
On vous prend pour moi
Ressemblance féconde
Du Juif et de l’Arabe

Kabyle de la Butte
Sarrazin de Toulouse
Ainsi se répercutent
Dans du noir et du rouge

Je serais anarchiste
Comme vous, cher frangin,
S’il n’y avait là, qui geint
Dans ma vierge âme bistre

Un ange, qu’on ne peut nier
Et qui tient à nous mettre
Dans le même panier

Chanson la plus surprenante dans notre étude, magnifique exemple de chanson énumérative : Le zizi de Pierre Perret, seul tube que j’ai trouvé pour cette série (et en sens seul véritable « tube » de toute la chanson française).

Celui d’un marin breton
Qui avait perdu ses pompons
Et celui d’un juif cossu
Qui mesurait le tissu
Celui d’un infirmier d’ambulance
Qui clignotait dans les cas d’urgence

Le mot « juif » apparaît parfois dans des listes de victimes du racisme, comme dans Monsieur Machin de Nino Ferrer.

Vous n’aimez pas les nègres
Vous n’aimez pas les juifs
Vous aimez les gueuletons
Dimanche après la messe
Monsieur Machin, vous êtes mort en naissant

Ou encore, Cannabis, toujours de Nino Ferrer.

La crasse et le vide
La gueule et l’angoisse
La guerre aux métèques
Nègres, Juifs ou chiens
Ça n’fait rien

 

Pour dénoncer la télé-poubelle, Louis Chedid va même jusqu’à mettre dans le même sac racistes et victimes du racisme, dans Reality-Show.

Je m’adresse à tous les charognards
Qui tirent sur la corde sensible
Les chasseurs de sensationnel
Vautours de la télé-poubelle
Qui mélangent dans le même shaker
Juifs, skins, nazis, beurs

 

Plus positivement, les juifs sont souvent cités dans des chansons célébrant l’unité du genre humain. Par exemple dans Mélangez-vous Pierre Perret.

Femme pleine de grâce
Quand l’étranger à l’entour de ta maison passe
Noir, Blanc, Juif ou Berbère
Laisse ton cœur désigner celui qu’il préfère

Ou encore dans J’ai embrassé un flic de Renaud.

Nous étions des millions
Entre République et Nation
Protestants et catholiques
Musulmans, juifs et laïcs
Sous le regard bienveillant
De quelques milliers de flics

Ou encore dans Oye Sapapaya de Doc Gyneco

Je suis nègre, juif et communiste
Allez leur dire aux lepénistes

Dans la géographie imaginaire de Jacques Brel (voir ici), il y a une petite place pour les juifs et les noirs. « Ni le courage d’être juif, ni l’élégance d’être nègre » dit-il dans Voir un ami pleurer. J’observe que le judaïsme est très discret dans l’œuvre de Brel, mais s’il respecte la règle non-écrite consistant à toujours évoquer « juif » avec un autre peuple, il est aussi le seul de tout ce billet qui n’est pas dans une neutralité complète, puisque fidèle à son habitude de prêter une personnalité à tel ou tel peuple, il associe « juif » à une qualité.

Hubert-Félix Thiéfaine utilise aussi le mot juif dans une chanson énumérative. Le titre de la chanson est peut-être une provocation (Je suis partout était un journal antisémite sous l’occupation)… mais peut-être pas, à partir d’une certaine dose de THC dans le sang, c’est difficile de savoir. La chanson aurait eu sa place dans la série sur la Shoah si je l’avais trouvée à temps. Je suis partout.

je suis partout
dans le héros, dans le vainqueur
le médaillé qui fait son beurre
dans la fille tondue qu’on trimbale
à poil devant les cannibales
dans le train Paris-gare d’Auschwitz
entre les corps des amants juifs
dans ces millions d’enfants gazés
qu’on voudrait me faire oublier
je suis partout
partout partouze
tendresse en s.o.s.
eros über alles

Pour conclure ce billet, Philippe Katerine, dont je réalise petit à petit en travaillant à mon blog que toute l’œuvre est une sorte d’analyse critique de la chanson, pousse le dispositif jusqu’à l’absurde dans Juifs Arabes.

 

 

1 – Le chandelier
2 – Le mot « juif » dans des listes
3 – La chanson anticléricale œcuménique
3bis – Souchon et Ferré
4 – Le juif non-dit
5 – Les juifs chez Gainsbourg
6 – Un juif célèbre
7 – L’Aziza
8 – La chanson pro-israélienne
9 – Le conflit israélo-palestinien
10 – Image des juifs dans le rap
11 – L’anti-antisémitisme de Pierre Perret
12 – La chanson antisémite
13 – On peut rire de tout, mais pas en mangeant du couscous
14 – Les mères juives
15 – Betty Boop
16 – Noirs et juifs aux USA
17 – Nica
18 – Noirs et juifs en chanson chez Jean-Paul Sartre
19 – Azoy
19bis – Retour sur quelques commentaires

 

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